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Quelle est la place du Soldat dans la société

Quelle est la place du Soldat dans la société, aujourd'hui en France ? (1)

« La France sera toujours le soldat de l'idéal »

Dans son numéro de Printemps 2011, la revue de l'ASAF, l'Association de soutien à l'armée française,[1] reprend des extraits d'un important colloque qui s'est tenu à l'Assemblée nationale le 9 décembre 2010, organisé par « trois associations attachées à la promotion du lien Armée-Nation, solidarité-défense, civisme-défense-armées-nation (C/DAN) avec l'union des associations de l'institut des hautes études de défense nationale (UNION-IHEDN).» Trois thèmes ont été traités au cours de ce colloque consacré à « la place du Soldat dans la société, aujourd'hui en France » au cours duquel se sont exprimés diverses personnalités : philosophes, universitaires, politiques, médecins et militaires. La revue présente successivement le discours inaugural du président de l'Assemblée Nationale, Bernard Accoyer, le compte rendu des débats par François Torres, et un résumé des interventions des généraux Bertrand de La Presle et Jean-Claude Thomann. Le regard que la société française porte sur ses soldats a changé. Certains y voient une sorte d'indifférence qui choque, et pas seulement que nos militaires, ceux que l'on croise en Afrique qui sont là pour sauver des populations menacées par des rivalités tribales, en Afghanistan sans parler de toutes les opérations d'assistance menées pour sauver des vies en danger. Elle blesse des familles doublement meurtries, par la perte d'un fils ou d'une fille, « mort pour la France » et dont le sacrifice a été banalisé au point de n'être plus qu'un fait divers. Quand on compare ce qui se passe dans d'autres pays, citons le Canada en exemple, on est en droit de se poser des questions. Ces premiers papiers sont appelés à nourrir un débat sur ce sujet que la société française ne pourra économiser plus longtemps si elle veut demain trouver des volontaires pour accomplir de telles missions payées parfois au prix du sang. Avec l'autorisation de l'ASAF, qui est bien sûr en pointe sur ce problème, nous souhaitons ouvrir un "grand dossier" pour mieux nourrir un débat qui nous paraît inévitable. Paris, le 15 mars 2011. Première partie : Discours inaugural du président de l'Assemblée Nationale, Bernard Accoyer.

Bernard Accoyer à l'Assemblée Nationale -- Archives European-Security © Joël-François Dumont.

C''est pour moi un honneur d'accueillir, aux côtés de l'amiral Jacques Lanxade, de Jacques Sonnet (président du CIDAN) et Jean-Raphaël Notton (président de l'UNION -IHEDN), ce colloque consacré à « la place du soldat dans la société aujourd'hui en France ».

« La France sera toujours le soldat de l'idéal ». C est par ces mots que Clemenceau s'est adressé, le 11 novembre 1918, à l'Assemblée Nationale. Des propos qui, aujourd'hui, ont une autre résonance.

La place du soldat au 21e siècle n'est en effet plus la même qu'au siècle précédent, alors que ni les missions de l'Armée, ni la force de l'engagement de nos militaires n'ont changé. L'Armée demeure garante de l'identité de la Nation, vouée à sa protection, à son service. L'engagement de nos soldats reste sans faille, car chaque soldat, chaque militaire peut se trouver un jour confronté au risque du feu, aux dangers d'une opération aux circonstances difficiles ou impossibles à prévoir.

Mais, le regard que la société porte sur le soldat a évolué. Le soldat d'aujourd'hui, c'est le sous-marinier en patrouille loin de sa famille qui assure la dissuasion française, c'est l'aviateur déployé au Tchad dans le respect d'un accord de défense, c'est le militaire en zone de combat au cœur de l'Afghanistan contre les talibans.

Les menaces du XXe siècle correspondaient à un territoire et à la perspective d'un engagement massif, frontal, à nos frontières. La fin de la guerre froide, la reconstruction géopolitique, l'accélération de la mondialisation ont dilué la notion de menace.

Aujourd'hui, si la menace est plus diffuse, elle n'en est pas moins majeure. A terme, elle peut faire vaciller les fondements de la Nation.

Aussi, le sentiment de sécurité, cette valeur éminemment importante élevée au rang de premier principe, repose-t-il sur de multiples facteurs notamment économiques et financiers, et de moins en moins sur la défense armée confiée au soldat. La mondialisation, la crise économique ont renforcé l' idée que l' identité nationale n'est plus défendue par le soldat, mais par le chef d'entreprise et les élites de la société civile.

Selon cette logique, les évolutions sociales ont banalisé la fonction du soldat,[2] tout comme elles ont quelque peu, disons-le, désacralisé l'autorité. Cette situation a conduit à brouiller son image, d'autant plus que le concept de la guerre « zéro mort » écarte la notion de risque alors qu' il est plus que jamais présent. La réticence à employer le terme de guerre pour certaines opérations extérieures est en ce sens révélateur, alors qu'on utilise aisément l'expression de « guerre économique ».

La disparition du service national a distendu les liens entre le citoyen et la Nation, tandis que les armées sont devenues professionnelles. L'état de militaire est passé d'un statut à un métier. Aussi la mort n'est-elle plus considérée comme le sacrifice de sa vie, mais comme l'aléa d'une profession, pour laquelle le recours judiciaire recherche une responsabilité. Pourtant, nous ne devons pas ignorer la singularité de l'engagement militaire : engager sa vie, au risque de la perdre, pour défendre les valeurs de la France, des valeurs universelles. La mort du soldat ne sera jamais un banal accident ; des faits d'armes ne seront jamais des faits divers.

Parce que l'Armée est également le fer de lance de notre honneur, de notre rang, de notre diplomatie, le soldat protège nos compatriotes sur le territoire national mais aussi au-delà de nos frontières. Partout dans le monde, au Kosovo, au Tchad, en Côte d'Ivoire, au Liban ou en Afghanistan, il protège la paix et la sécurité mondiales, il protège des femmes, des enfants, des hommes que nous n'avons pas le droit d'abandonner à la barbarie ni au désespoir. Le recours à l'Armée dans ces conditions opérationnelles va au-delà de la protection des faibles, il s' inscrit dans la défense du droit.

Membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, la France a participé à plus de la moitié des opérations de maintien de la paix engagées par l'ONU depuis 1948. Consciente que le temps était venu pour les Européens d'assumer une part croissante de leur sécurité, la France a relancé l'Europe de la Défense.

Attaché à l'Alliance transatlantique entre l'Europe et l'Amérique, voulant, à l'heure du terrorisme de masse, peser davantage sur les choix de défense de l'Alliance et de l'Union européenne, notre pays a repris toute sa place au sein du commandement de l'OTAN. La participation à ces entités atténue
l'image nationale et politique du soldat français, intégré dans des structures supranationales, quand il est autant perçu comme soldat de l'OTAN, de l'Union européenne ou des Nations Unies que comme soldat français.

Cette perception s'est renforcée, depuis plus de 20 ans, avec le développement du concept de soldat de la paix. Les opérations de maintien de la paix ou d' interposition entre les belligérants ont fait disparaître la notion d'ennemi identifié ou territorialisé. Ainsi l'image du soldat n'a-t-elle cessé de se troubler, et les raisons que j'ai évoquées ne sont pas exhaustives. C'est pourquoi ce colloque qui a pour vocation de clarifier la place du soldat au sein de notre société en mutation est particulièrement pertinent. Mesdames mes et Messieurs, je prendrai donc connaissance avec la plus grande attention de vos réflexions et travaux, que je souhaite fructueux. Mais une chose est sûre, sans ses soldats la France ne serait pas. Sans ses soldats, la France n'aurait pas l'espérance qu'elle mérite, héritage de tous les sacrifices de ceux qui l'ont servie, ils sont la fierté de notre chère Nation, la France.

Bernard Accoyer (*)

(*) Président de l'Assemblée Nationale.

[1] Pour mener son combat, l'association ne sollicite aucune subvention officielle mais reçoit les dons. Le Bulletin de l'ASAF (N°90 - Printemps 2011) peut être commandé pour la somme de 5 € (port compris) à: l'ASAF, 18 rue de Vézelay, 75008 Paris.

[2] Voir le Texte intégral de l'intervention du général Bertrand de la Presle (2S) sur le site "Chemin de mémoire des Parachutistes".

Voir sur ce même dossier consacré à la place du Soldat dans la société, aujourd'hui en France :

 

 


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