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Gérard Longuet

Gérard Longuet : « Un seul pays maîtrise la technologie des drones »

En séance de nuit, le Sénat a adopté à main levée à une immense majorité -- par 33 voix pour et 3 contre, majorité et opposition confondues -- les articles du projet de loi de finances (PLF) 2012, relatifs aux crédits de la mission Défense ainsi que ceux relatifs au compte spécial : gestion et valorisation des ressources tirées de l'utilisation du spectre hertzien. Les sénateurs ont également « approuvé la proposition de la commission des Affaires Etrangères et de la Défense de réduire de 109 millions d'euros les crédits d'engagement destinés à acheter 7 drones MALE et 2 stations de contrôle au sol. Initialement présenté par M. Daniel Reiner, l'amendement adopté par la commission des Affaires Etrangères et de la Défense a pour objet de protester contre l’achat par le ministère de la défense de drones produits par l’industriel israélien IAI et importés par Dassault. La somme de 109 millions d’euros correspond très exactement au surcoût des drones israéliens par rapport à l’offre de son principal concurrent, le drone Reaper, produit par l’entreprise américaine General Atomics.» Pour Xavier Pintat et Daniel Reiner, auteurs du rapport pour avis de la commission des Affaires étrangères, la décision du ministère de la Défense est "financièrement désavantageuse, militairement contestable et industriellement hasardeuse ». Intervention en séance publique de Daniel Reiner, sénateur de Meurthe-et-Moselle (PS), vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat. Orateur du groupe socialiste lors de la séance publique du lundi 28 novembre 2011 (soirée). Le ministre de la Défense, M. Gérard Longuet, qui a participé à cette séance de nuit a présenté ses arguments au cours de deux interventions. Dans la première, le ministre a répondu à toutes les interrogations des sénateurs (rénovation des Mirage 2000, pod de reconnaissance, MRTT, Balard etc..., avant de répondre aux sénateurs Reiner [1] et Gautier sur le choix très controversé, et pas seulement au Sénat, du drone israélien, jugé « nettement plus cher et moins performant », de l'avis unanime. C'est le texte de cette deuxième intervention qui suit. Seul le prononcé fait foi. Source : Sénat. Paris le 29 novembre 2011.

Gérard Longuet, ministre de la Défense à la tribune du Sénat.

Gérard Longuet, ministre de la Défense à la tribune du Sénat

 
Gérard Longuet : « Un seul pays maîtrise la technologie des drones : les États-Unis

M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?

M. Gérard Longuet, ministre. Cher Daniel Reiner, le Gouvernement n’est pas favorable à l’amendement n° II-104. D’ailleurs, je pense que nos positions ne sont pas aux antipodes. Il n’y a pas de véritable opposition entre le point de vue que vous avez exprimé, de même que Jacques Gautier et Xavier Pintat, et la volonté du Gouvernement. C’est plutôt un malentendu, j’en suis désolé, qui existe entre nous, tenant tout simplement à la construction du raisonnement. Permettez-moi de vous exprimer le sentiment du Gouvernement.

Israël n’a pas besoin de communication satellitaire...

Israël n’a pas besoin de communication satellitaire...

Tout d’abord, un seul pays maîtrise la technologie des drones : les États-Unis d’Amérique. Israël, pour des raisons locales, a su développer un système, mais ce dernier est très incomplet, et sa mise en œuvre, notamment en Afghanistan, a montré ses limites, avec une communication impossible par satellite. De par la taille de son territoire, Israël n’a pas besoin de communication satellitaire, mais notre situation est différente.

Les États-Unis disposent d’une filière complète avec un volet aéronautique, qui n’est pas le plus important, et un volet communications, qui l’est beaucoup plus : pour commander l’avion, pour le maîtriser à partir du sol – il s’agit d’avions pilotés – et pour exercer toutes les missions d’identification. En effet, le drone appartient à ce que l’on appelle l’ISR, ou intelligence-surveillance-reconnaissance ; il contribue aux moyens d’observation, dont la gamme est très large puisqu’elle va des systèmes les plus élevés, avec les satellites, pour aller jusqu’aux plus modestes, avec le pod de reconnaissance placé sur l’avion traditionnel, en passant naturellement par tous les drones de très haute altitude pilotés à distance tels que le Global Hawk, de moyenne altitude, tel le MALE dont nous parlons, ou les drones tactiques de terrain, qui sont servis dans les unités.

J’hérite de la nécessité absolue de prendre une décision...

J’hérite de la nécessité absolue de prendre une décision...

Il s’agit d’un système complet, qui suppose une maîtrise totale de la communication, et cette complexité force notre admiration pour les entreprises qui sont capables de maîtriser ce type d’outil. Or il n’existe aujourd'hui qu’un seul acteur mondial susceptible de s’adosser à une industrie et à une commande publique suffisamment puissantes pour se développer et pour prospérer : je veux parler de General Atomics, entreprise évidemment soutenue par le gouvernement des États-Unis, ce qui, permettez-moi de le souligner, n’est pas rien.

Le drone Harfang moyenne altitude que nous avons aujourd'hui arrivera en fin de parcours en 2013. J’hérite de la nécessité absolue de prendre une décision. D’un côté, on peut peut-être prolonger l’existence de ce drone d’un an – pas beaucoup plus – et, de l’autre, nous avons passé un accord avec les Britanniques pour imaginer un drone de moyenne altitude longue endurance commun pour 2020.

Des deux côtés de la Manche, nous dépensons de l’argent et mobilisons nos compétences – des ingénieurs travaillent en effet sur ce dossier – pour définir cet objectif et avoir ce que l’on appelle « une levée de risques » au printemps prochain. Certes, le dossier avance, mais l’échéance est fixée à 2020.

M. Daniel Reiner, rapporteur pour avis. Un drone de troisième génération !

Le sénateur David Reiner pendant l'intervention du ministre.

Le sénateur David Reiner pendant l'intervention du ministre

M. Gérard Longuet, ministre. Troisième génération ? La vérité, c’est que l’évolution est constante et continue. Si vous manquez le train, il vous sera d’autant plus difficile de le rattraper qu’il aura pris de la vitesse.

Nous avons décidé d’ouvrir une consultation en interne pour savoir ce que nous pouvions faire durant cette période transitoire : la DGA, la direction générale de l’armement, à qui ce dossier a été confié, nous a proposé trois pistes. Tout d’abord, nous pouvions nous appuyer sur le drone Harfang, et EADS nous a assurés qu’il était possible de nous faire une proposition en la matière.

Ensuite, il est apparu, eu égard aux éléments d’information que EADS a fournis à la DGA, que le Heron TP proposé par Dassault coûtait 8 % de moins que le Harfang nouvelle génération d’EADS. Au demeurant, soyons honnêtes, notre expérience avec EADS n’a pas été concluante. Exit donc cette solution.

Enfin, il restait le drone Reaper...

Enfin, il restait le drone Reaper...

Enfin, il restait le drone Reaper, qui fait partie de la famille des drones Predator. Il s’agit assurément aujourd'hui du produit le plus performant qui soit pour le prix le plus accessible. On a dit qu’il était 20 % moins cher et 30 % meilleur, ou l’inverse…

M. Jean-Louis Carrère, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. 30% moins cher et 20% meilleur !

il est meilleur et moins cher, sous réserve de sa francisation...

M. Gérard Longuet, ministre. Quoi qu’il en soit, il est meilleur et moins cher, sous réserve de sa francisation.

Monsieur Reiner, vous avez évalué le coût de cette francisation dans votre rapport, mais notre interlocuteur américain ne nous a à aucun moment fait part de cette offre francisée. Peut-être a-t-il considéré qu’il n’avait pas été saisi officiellement de cette question, à moins qu’il n’ait pas procédé à ce travail d’investigation, qui représente un investissement assez lourd ? Quoi qu’il en soit, cette offre est nécessairement plus élevée que l’offre standard, et notre objectif est d’intégrer ce drone dans un système ; c’est là où je veux en venir.

Peu importe qu’il s’agisse d’un drone de deuxième ou troisième génération. C’est toute une famille de systèmes d’observation et de frappe qui va se rencontrer, et nous sommes aux deux bouts de la chaîne. Les satellites : nous en avons ! Les drones tactiques : nous en avons ! Les pod de reconnaissance sur nos avions : nous en avons d’excellents ! Concernant la frappe à distance, les drones sont des avions pilotés du sol qui permettent de frapper à distance. Vous avez évoqué la question des drones de maraudage, qui nous fait revenir à l’actualité libyenne. Un drone de maraudage tire parfois avec malheur – en témoigne la tragédie du Pakistan –, parfois avec bonheur – comme ce fut le cas en Libye –, mais, dans tous les cas, il tire avec efficacité. Toutefois, il existe des dizaines de façons d’intervenir à distance.

Il existe des dizaines de façons d’intervenir à distance.

Il existe des dizaines de façons d’intervenir à distance...

Nos missiles de croisière SCALP tirés en Libye ont été parfaitement pertinents. D’une certaine façon, ce sont des drones. Je veux dire par là que ce sont des avions qui sont télécommandés et qui portent le feu à distance. Il y a donc une gamme complète.

Pouvions-nous prendre le risque de ne pas disposer d’un lien entre le système de reconnaissance qui s’intègre dans le système de maîtrise numérique du théâtre d’opérations souhaité par l’armée française, notamment par l’aviation, et les instruments terrestres, puisque l’on est au niveau interarmées ? Pouvions-nous prendre le risque de ne pas pouvoir réunir toutes ces compétences, au prétexte que nous ne maîtrisons pas un outil important ?

  • La parole est à M. le président de la commission

M. Jean-Louis Carrère, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Monsieur le ministre, à ce stade de la discussion – elle est certes très intéressante, mais nous la conduisons depuis plusieurs mois déjà –, je suis tenté de vous dire que les arguments que vous venez de développer, même si je les respecte, n’en sont pas ! Comment voulez-vous que nous les recevions ?

Nous n’avons pas produit certains matériels pourtant utilisés par l’armée française – je pense, par exemple, aux AWACS, Airborne Warning and Control System, qui sont des matériels américains –, et cela ne nous a pas empêchés d’acheter des matériels français, tels que les avions Dassault ! Par conséquent, cet argument-là ne tient pas, d’autant que nous avons la volonté politique de consacrer une partie des crédits à la recherche, afin de produire le matériel dont nous avons besoin.

C’est donc l’inverse que nous sommes en train de vous expliquer ce soir ! C’est vous qui tentez de nous faire franchir la ligne d’abandon, d’une part, de notre souveraineté et, d’autre part, de la recherche au niveau national !

Non, l’esprit qui sous-tend cet amendement n’est pas celui que vous pensez. Bien que mes connaissances sur ce sujet soient moins pertinentes que celles de mes collègues, même si je débute ma thèse en l’espèce (Sourires), j’ai compris que cet amendement était fondé sur l’idée que le choix que vous avez fait n’est pas le meilleur !

Si nous ne sommes pas persuadés que notre choix est extraordinaire, nous sommes en revanche sûrs qu’il est meilleur que le vôtre. Aussi nous conseillons-vous de nous suivre dans cette voie-là. Pour ce qui nous concerne, monsieur le ministre, nous voterons cet amendement, car nous sommes convaincus en notre âme et conscience qu’il correspond aux attentes de l’armée française. (M. Jacques Gautier applaudit.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° II-104.[2]
(L'amendement est adopté.)

M. le président. Nous allons procéder au vote des crédits de la mission « Défense », figurant à l’état B. Je n’ai été saisi d’aucune demande d’explication de vote avant l’expiration du délai limite.

Je mets aux voix ces crédits, modifiés.
(Ces crédits sont adoptés.)

[1] Voir l'intervention qui précède : Le marteau-tournevis n’existe pas !
[2] "Décision financièrement désavantageuse, militairement contestable et industriellement hasardeuse"

Autres interventions en séance (extraits)

Documents officiels :

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