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Discours de M

Le défi maritime et le défi industriel

Discours de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, à Euronaval, Le Bourget le 23 octobre 2012 (Seul le prononcé fait foi). Source : Ministère de la Défense.

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le Président du GICAN, cher Jean-Marie Poimboeuf, que j’ai vraiment plaisir à retrouver dans ces circonstances, Messieurs les Délégués généraux, Directeurs, Amiral, Messieurs les officiers généraux, Mesdames et Messieurs. Je suis vraiment très heureux d’être ici parmi vous pour inaugurer la 23e exposition internationale de Défense navale, de sécurité et de sûreté maritime, le salon Euronaval. Comme votre présence le confirme, Euronaval est la première manifestation mondiale du secteur naval avec cette année, si je suis bien informé, près de 350 exposants et parmi eux, 152 entreprises françaises avec 80 délégations attendues, 87 pays, 3 organisations internationales : les Nations Unies, l’OTAN, l’Union européenne. Tous ont répondu présents à l’invitation du gouvernement français. Et je suis aussi très fier du concours apporté par le ministère de la Défense qui s’est mobilisé, cette année encore, pour contribuer à la réussite de cet événement majeur.

Je dois vous dire, Monsieur le Président, que j’attendais aussi cet événement à titre personnel, car le salon Euronaval croise deux de mes préoccupations majeures et qui ne datent pas de mes fonctions actuelles : le défi maritime et le défi industriel. Je ne vais pas, ici, solliciter de votre part, aux uns et aux autres, un brevet personnel de maritimité, mais je voulais vous redire combien, pour moi, il faut prendre le fait maritime très au sérieux et combien, pour moi, l’enjeu de la maritimité au XXIe siècle est essentiel, combien, pour moi, c’est aussi en mer et c’est demain davantage encore en mer que se jouent l’avenir et la sécurité de nos sociétés.

La mer est un espace à protéger, vous l’avez dit. Et en ce sens, la protection de la liberté des mers doit être l’une des finalités de nos stratégies de défense. Mais la mer, c’est aussi un espace à exploiter, singulièrement d’un point de vue stratégique, notamment pour y déployer nos capacités militaires. Les océans désormais mettent en présence rapprochée des nations anciennement lointaines. Cette distorsion de l’espace géopolitique, ce rétrécissement de l’espace géopolitique qui abolit la majeure partie des frontières offrent un accès direct à la plupart des zones sensibles. C’est un bien et c’est un risque à la fois. Et cette donnée majeure doit être intégrée dans nos réflexions, y compris dans celles du Livre blanc, pour notre pays.

La mer comme espace de manœuvre logistique à protéger, la mer comme espace de manœuvre stratégique à exploiter. C’est dans l’articulation de ces deux enjeux que se joue, pour notre pays, l’avenir de notre ambition maritime qui doit être au cœur de notre stratégie de Défense. Cette ambition, sa nécessité, la Marine nationale, Amiral, la porte déjà au quotidien. Elle assume des missions aussi denses que variées pour la défense maritime du territoire, qu’il s’agisse de défendre les intérêts de la Nation en mer ou qu’il s’agisse de défendre les intérêts de la nation depuis la mer, avec la force océanique stratégique, mais aussi par l’action de l’État en mer – Monsieur le Secrétaire général – à laquelle la marine apporte une contribution essentielle. Je suis soucieux pour l’avenir, de faire en sorte que notre Marine assure totalement cette polyvalence nouvelle : cohérence et polyvalence ; polyvalence dans la cohérence, cohérence dans la polyvalence. Ce n’est pas uniquement un jeu de mots. Je crois que c’est la mission qu’il nous faudra renforcer pour notre Marine nationale.

Dans un moment de contraintes budgétaires majeures, je voudrais rappeler ici qu’un certain nombre de décisions ont été prises concernant les capacités de la Marine nationale et qu’elles seront poursuivies. C’est vrai pour les FREMM, onze frégates ont été commandées par la France et le programme sera mis en œuvre. C’est vrai pour le programme Barracuda, destiné à remplacer les sous-marins nucléaires d’attaque de type Rubis. C’est vrai pour le missile de croisière naval sur lequel la mise en œuvre se fait et qui permettra de renforcer la frappe de précision dans la profondeur. C’est vrai pour les torpilles. C’est vrai pour la version navale du NH90. Tout cela se met en œuvre malgré des contraintes. Il s’agit donc de choix politiques et stratégiques. Et cette évocation des quelques-uns des grands programmes français en cours montre bien la nécessité de l’industrie militaire navale française et sa force. Et la manière dont elle peut répondre aux différents besoins actuels et futurs de notre défense maritime est extrêmement importante pour notre pays et c’est un facteur de crédibilité et d’autonomie très important pour notre pays d’avoir une industrie navale de qualité. Et cette industrie navale qui s’expose ici dans tous ses talents et ses capacités est pour la France un enjeu. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’industrie navale militaire française est le premier secteur de Défense à l’exportation pour notre pays. Je vois dans ces chiffres la preuve de sa qualité, dans un secteur dont on sait combien il est concurrentiel. Il y a plusieurs raisons qui concourent à ce succès. Mesdames et messieurs, vous les constaterez au cours de votre visite.

D’abord, il y a le fait que la France propose une gamme complète de matériels navals. Je les ai déjà évoqués. Il faudrait ajouter les patrouilleurs et les bâtiments de projection de commandement. Mais au-delà de contrats souvent très médiatisés, je tiens à souligner que l’ensemble des entreprises françaises du secteur au premier rang desquelles DCNS, bien sûr, mais l’ensemble des industries, toutes tailles confondues, prend des parts de marché importantes sur les segments les plus concurrentiels, y compris dans les navires côtiers spécialisés, notamment dans ceux qui ont pour mission la surveillance et la lutte contre toutes sortes d’intrusions et de trafic, sujet que vous avez évoqué, Monsieur le Président du GICAN tout à l’heure, qui est tout à fait essentiel pour nous, y compris dans sa dimension européenne. La diversité de l’offre, mais l’excellence des constructeurs français tient aussi à la grande compétence d’intégrateurs des navires ou de systèmes navals qui apportent là la plus grande partie de la valeur ajoutée du secteur. Notre réussite à l’export ne tient pas uniquement à la cession d’un équipement ; elle est due aussi aux partenariats stratégiques à long terme que la France établit avec d’autres pays. Je tiens ici à saluer tout particulièrement le Brésil et l’Inde qui sont des partenaires stratégiques de premier plan et qui bénéficient pleinement, à ce titre, de notre coopération dans le domaine des sous-marins, mais aussi les autres partenaires d’aujourd’hui et partenaires de demain.

Nous avons fait le choix, comme nous l’avons mis en œuvre au Brésil où je vais me rendre dans quelques jours, d’une offre intégrée, allant de l’assistance à la construction pour avoir, de la part des pays avec qui nous travaillons, un véritable partenariat. C’est l’ensemble de ces compétences et de ces choix qui font de l’industrie navale un atout fort de l’économie française. Cet atout fort doit perdurer, d’autant plus que les enjeux de la maritimité sont encore plus grands demain qu’aujourd’hui. Ces atouts doivent se poursuivre à partir d’un renforcement de notre compétitivité à l’export. Cette compétitivité réelle doit continuer. Il faut renforcer notre réactivité dans l’adaptation des produits, mais je sais que cette préoccupation qui s’impose à tous est déjà bien en marche et qu’elle est au centre des stratégies des différentes entreprises présentes ici au premier rang desquelles DCNS.

Deuxièmement, il faut un engagement de l’État à son plus haut niveau pour dynamiser notre processus de soutien aux exportations. C’est ainsi que nous pourrons garantir le maintien de notre base industrielle et technologique de Défense. Mais cet engagement de l’État, il doit être dans ses rôles, dans ses fonctions. Nous ne devons pas mélanger les genres, car souvent la confusion mène à l’échec. Pour que les rôles soient clairs, l’État doit être le partenaire d’autres États en fixant les normes du partenariat, en engageant un partenariat de longue durée, en créant les conditions de la confiance, entre les autres États et la France. Et l’industriel doit être celui qui propose ses compétences et ses capacités dans le cadre de ce partenariat, que les rôles des uns et des autres soient complémentaires, qu’ils se fertilisent pour que la France joue vraiment son rôle de partenaire et que, du même coup, l’exportation s’en tire mieux.

Enfin, il nous faut encourager l’innovation. C’est ce que l’on fait, c’est ce qui fait notre force. Il y a là une difficulté qu’il faut bien appréhender parce que l’enjeu est d’un côté de savoir détecter les ruptures qui pourraient changer la donne et de l’autre côté, de rester en capacité de fournir le navire le plus polyvalent et le mieux intégré, et cela aux meilleures conditions économiques. Et cet équilibre-là n’est jamais simple à trouver. Il est toujours dans l’audace et l’intuition. Et je voudrais, à cet égard, sur l’innovation, rendre hommage à deux types d’acteurs de la filière navale, aux systémiers qui sont les seuls à pouvoir maîtriser la complexité croissante de la mise en œuvre, mais aussi aux PME qui constituent un véritable creuset de l’innovation technologique. C’est pourquoi je me suis engagé à soutenir les PME de Défense. Nous allons remettre tout à l’heure des trophées qui sont le signe de leur vitalité et je serai amené, d’ici la fin de l’année, au plus tard au début de l’année prochaine, à proposer ce que j’appelle pour l’instant le Smart business Act – il faudra sans doute lui trouver un nom français – pour faire en sorte que les PME porteuses d’innovations technologiques soient mieux intégrées dans l’ensemble du process qui vient du ministère de la Défense ou des grands groupes jusqu’à l’innovation technologique d’entreprises, petites ou moyennes.

Mesdames et messieurs, je constate avec beaucoup d’intérêt que la filière navale française longtemps balkanisée, longtemps morcelée, se construit peu à peu, trouve une dynamique globale, associant le civil et le militaire dans une ambition maritime qui se retrouve après des décennies d’absence. Cette logique qui consiste à encourager le rapprochement des acteurs scientifiques, des acteurs académiques, des acteurs étatiques, des régions, des industriels, des petites et grandes entreprises, dans une stratégie globale d’affirmation de souveraineté maritime et d’affirmation de compétences, mérite d’être encore plus accompagnée. Il y a, je le sais, des initiatives exemplaires comme le programme industriel Navire du futur. Il y a le cluster maritime français qui a beaucoup fait pour cette prise de conscience des enjeux de la maritimité. Toute initiative allant dans ce sens sera une bonne initiative pour la France, afin que la stratégie globale de la filière navale fasse partie de notre excellence.

Voilà, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, les quelques propos que je voulais vous tenir avant d’aller visiter les stands, de remettre les trois trophées. Je voudrais vous adresser mes félicitations pour la qualité de cette manifestation qui fait honneur à la Défense, qui fait honneur à notre pays et qui, j’en suis sûr, sera un vecteur de développement à la fois pour notre Marine, pour notre propre industrie, mais aussi pour l’ensemble de l’enjeu maritime mondial. Je vous remercie.


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