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Attaques chimiques syriennes : la France publie ses preuves

Dans une "note aux rédactions" envoyée le lundi 2 septembre 2013 à 19H14, la Délégation à l'Information et à la Communication de la Défense, la DICOD, annonce sur le site Internet du ministère français de la défense la décision du Gouvernement de « déclassifier et de rendre publiques un certain nombre d’informations issues du renseignement national français. Elles portent sur le programme chimique syrien, les cas d’emploi passés d’agents chimiques par le régime, et l’attaque chimique conduite par le régime le 21 août 2013. Cette démarche vise à porter à la connaissance de chacun une série d’éléments jusqu’ici classifiés. Ils permettent d’apprécier la situation sécuritaire et les faits constatés et vérifiés par les services français lors de l’attaque chimique du 21 août et des précédentes attaques. Cette note de synthèse nationale de renseignement déclassifié est accessible sur le site Internet du ministère de la Défense : www.defense.gouv.fr.[1] Source : DICOD, École militaire, Paris le 2 septembre 2013.

Selon cette première note de synthèse nationale de renseignement « L’attaque du 21 août ne peut avoir été ordonnée et conduite que par le régime. L’attaque combinée du 21 août répond à un schéma tactique classique (préparation d'artillerie, puis offensive terrestre) et l’emploi d’agents chimiques s’est intégré dans une manoeuvre tactique cohérente, au plan militaire, avec la doctrine d’emploi des forces syriennes. Des renseignements crédibles de plusieurs partenaires font état de préparatifs spécifiques les jours précédents le 21 août. Des bombardements conventionnels aériens et à l'artillerie ont eu lieu entre trois heures et quatre heures du matin sur la Ghouta Est. En parallèle, les localités de Zamalka, Kafr Batna et Ayn Tarma ont été touchées par des attaques chimiques. A six heures du matin, une offensive terrestre du régime a été lancée sur ces localités. Plusieurs sources font état d’utilisation de roquettes d’artillerie, différentes de celles du stock de munitions le plus connu (missiles et bombes). Nos analyses techniques confirment que les restes de roquettes observés à cette occasion, comme lors de certains précédents ponctuels, se prêtent à l’emploi d’agents chimiques

« D’autres documents issus du renseignement extérieur et militaire français sont également accessibles.»[2] Pour les services de renseignement extérieur et militaire français, « un emploi massif et coordonné d’agents chimiques contre la population civile » a été fait « le 21 août. Sur la base d’une analyse technique méthodique de 47 vidéos originales des événements du 21 août, un premier décompte, quartier par quartier, du nombre des victimes a été réalisé. Au vu de ce seul échantillon de vidéos, ont été recensés au moins 281 décès, localisés dans la Ghouta Est (quartiers d’Ain Tarma, de Douma, d’Erbin, de Jobar, de Kfar Batna, de Qas Alaa, de Zamalka) et Ouest (quartier de Mudamiyat Sham). Nos renseignements propres confirment que, dans l’hôpital de Douma, la moitié des victimes sont des femmes et des enfants et que dans 50% des cas, la mort est immédiate. Les médecins déduisent qu’une forte concentration de toxique a donc été employée

Dans la soirée, l'Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense (ECPAD) a envoyé à toutes les rédactions six vidéos. Celles-ci ont également été mises à la disposition du public sur le site de la Défense.[3] Des images aussi insoutenables qu'indispensables pour juger en connaissance de cause.

Depuis près de cent ans, la Communauté internationale a créé une norme : l’interdiction d’utiliser des armes chimiques. La France dispose de capacités de renseignement pour connaître le programme chimique syrien qui a débuté dans les années 70. De nombreuses preuves démontrent l’utilisation d’armes chimiques lors de l’attaque du 21 août 2013.

Carte des attaques chimiques syriennes du 21 août 2013 (Source: MINDEF)

Selon les services français de renseignement, la Syrie détiendrait « l’un des plus importants stocks opérationnels au monde d’armes chimiques, dans le cadre d’un programme ancien et diversifié qui fait depuis longtemps l’objet d’une surveillance des services français et de nos principaux partenaires. Ce programme est l’une des principales menaces en termes de prolifération d’armes de destruction massive, dont la réduction est un objectif majeur de notre défense, réaffirmé dans le récent Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Dans les combats engagés contre l’opposition au régime du Président Assad, Damas a déjà employé de telles armes, notamment du sarin, dans des attaques limitées contre sa propre population, en particulier au mois d’avril 2013.»[2]

(...) « Le régime a ensuite conduit des frappes terrestres et aériennes importantes sur les zones des attaques. Il s’est attaché à retarder l’arrivée des inspecteurs pendant plusieurs jours. Ces éléments confirment une claire volonté de destruction des preuves a posteriori. De plus, des militaires ont déclenché des incendies, qui visaient vraisemblablement à purifier l'atmosphère grâce au mouvement d'air généré. Nos renseignements confirment que le régime redoutait une attaque d’ampleur de l’opposition sur Damas dans cette période. Notre évaluation est que le régime a cherché par cette attaque à desserrer l’étau et à sécuriser des sites stratégiques pour le contrôle de la capitale. A titre d’exemple, le quartier de Moadamiyé est localisé à proximité de l’aéroport militaire de Mezzeh, emprise des services de renseignement de l’Armée de l’Air. Au demeurant, il est clair, à l’étude des points d’application de l’attaque, que nul autre que le régime ne pouvait s’en prendre ainsi à des positions stratégiques pour l’opposition. Nous estimons enfin que l’opposition syrienne n’a pas les capacités de conduire une opération d’une telle ampleur avec des agents chimiques. Aucun groupe appartenant à l'insurrection syrienne ne détient, à ce stade, la capacité de stocker et d'utiliser ces agents, a fortiori dans une proportion similaire à celle employée dans la nuit du 21 août 2013 à Damas. Ces groupes n’ont ni l’expérience ni le savoir-faire pour les mettre en oeuvre, en particulier par des vecteurs tels que ceux utilisés lors de l’attaque du 21 août

  • La prolifération des armes de destruction massive

La prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs est une menace à la paix et à la sécurité internationale. La synthèse nationale de renseignement déclassifié sur le programme chimique syrien confirme « l’emploi passé d’agents chimiques (sarin) par le régime et notamment, leur utilisation lors de l’attaque du 21 août 2013 dans plusieurs quartiers de Damas. Sans réaction face à l’emploi massif d’agents chimiques, leur prolifération et leur utilisation seraient encouragées. L’autonomie stratégique de la France lui permet de planifier  et de conduire une action militaire ciblée, limitée dans le temps. Cependant, la sécurité internationale étant remise en cause, la France souhaite construire une coalition internationale et va s’y employer dans les jours à venir

A trois jours du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a déclaré que François Hollande continuait « son travail de persuasion pour réunir dans les meilleurs délais une coalition », après le vote négatif du Parlement britannique et dans l'attente du vote du Congrès américain,  « Il n'est pas question pour la France d'agir seule », a précisé M. Ayrault, confirmant que le débat du Parlement le 4 septembre se ferait « sans vote ».

  • « Quiconque accuse doit donner des preuves ».

« Quiconque accuse doit donner des preuves. Nous avons défié les États-Unis et la France d'avancer une seule preuve. MM. Obama et Hollande en ont été incapables, y compris devant leurs peuples.» Ces premiers mots du président syrien, Bachar El-Assad, dans une interview exclusive à l'envoyé spécial du Figaro, accordée lundi 2 septembre à Georges Malbrunot à Damas, prononcés avant une mise en garde solennelle de l'Occident sur les conséquences de toute attaque contre son pays; menaçant les intérêts de la France si celle-ci participait à une intervention, a donc trouvé une réponse précise le soir même à Paris qui a donc relevé ce défi.

Documents :

[1] Synthèse nationale de renseignement déclassifié : Programme chimique syrien. Cas d’emploi passés d’agents chimiques par le régime. Attaque chimique conduite par le régime le 21 août 2013. « Ce document est constitué de renseignements déclassifiés issus des sources propres françaises. Il repose également sur l’analyse technique approfondie des sources ouvertes réalisée par nos services. Il reprend enfin certains éléments complémentaires recueillis dans le cadre de coopérations avec nos principaux partenaires (...) Dans les combats engagés contre l’opposition au régime du Président Assad, Damas a déjà employé de telles armes, notamment du sarin, dans des attaques limitées contre sa propre population, en particulier au mois d’avril 2013. L’analyse des renseignements dont nous disposons aujourd’hui conduit à estimer que, le 21 août 2013, le régime syrien a lancé une attaque sur certains quartiers de la banlieue de Damas tenus par les unités de l’opposition, associant moyens conventionnels et usage massif d’agents chimiques

[2] Autres documents issus du renseignement extérieur et militaire français.

[3] Vidéos originales des événements qui ont fait l'objet d'une analyse technique méthodique

Contacts presse :

DICoD, Centre de presse : Tél : 01 44 42 54 02 -- presse@dicod.defense.gouv.fr

Cabinet du ministre de la Défense, Conseillers pour la communication et la presse : Tél : 01 42 19 41 80 -- com.cabinet@defense.gouv.fr


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