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FIC 2014
FIC 2014 : La cybersécurité élevée au rang de priorité nationale

Discours de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre français de la défense, au 5ème Forum International de la Cybersécurité. Lille, le 21 janvier 2014. Source : DICoD. (Seul le prononcé fait foi).

Madame et Messieurs les ministres,
Monsieur le Vice-Président du Conseil régional, Mesdames et Messieurs les élus,
Messieurs les officiers généraux, Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux d’être avec vous pour cette nouvelle édition du forum international de la cybersécurité, et de pouvoir m’exprimer devant vous au terme de cette première journée.

Jean-Yves Le Drian au 6ème au Forum International de la Cybersécurité

Je comprends que les débats ont été riches et animés depuis ce matin. J’y vois la preuve que nous devons plus que jamais, sur les questions de cybersécurité et de cyberdéfense, rapprocher les domaines techniques et non-techniques, experts et non experts. C’est bien ce décloisonnement qui fait le succès du FIC depuis sa création en 2007. Je saisis cette occasion pour remercier les fondateurs de ce forum, la Gendarmerie nationale et la région Nord pas de Calais, que je salue particulièrement en la personne de Philippe de Saintignon, son premier vice-président. Je les remercie d’organiser une nouvelle fois, avec CEIS, un salon au succès toujours grandissant.

Le GA Marc Watin-Augouard, co-fondateur du FIC, Luc François Salvador, J.-Y. Le Drian. Photo © Joël-François Dumont.

Le GA Marc Watin-Augouard, co-fondateur du FIC, Luc François Salvador, J.-Y. Le Drian       

Je remettrai tout à l’heure le Prix du livre cyber. En m’y préparant, j’ai constaté que les ouvrages en compétition illustrent la complexité des enjeux de la cybersécurité, dans ses différents domaines (technique, économique, juridique, stratégique, RH), mais aussi la diversité de ses acteurs (autorités gouvernementales, forces armées, forces de sécurité, grandes, moyennes et petites entreprises, chercheurs et acteurs de la formation, et simples citoyens). Je me réjouis de cette ouverture. Dans ce domaine en particulier, nous avons le devoir d’élargir autant que possible notre champ d’analyse.

Le ministère dont j’ai la charge est directement intéressé par la menace cyber et j’ai décidé d’en faire l’une de ses priorités.

Il revient en effet à la Défense de mettre en œuvre les moyens correspondant aux différentes postures de protection du territoire et de la population, y compris pour la sauvegarde maritime et aérienne, de dissuasion nucléaire, ainsi que de conduite des interventions militaires. A ce titre, elle développe et opère des systèmes d’information et de communication particulièrement complexes, qui sont des supports essentiels pour toutes nos opérations militaires, tant en France qu’à l’extérieur du territoire national.

Le ministère de la défense est responsable des systèmes les plus stratégiques, ceux qui sont liés à la dissuasion nucléaire, mais également les systèmes d’attaque et de défense les plus sophistiqués comme ceux des sous-marins, avions de combats, missiles, frégates ou véhicules de combat terrestres.

Les responsabilités qu’il me revient d’exercer s’étendent, au-delà du territoire national, partout où nos forces sont stationnées chez des pays alliés. Je me félicite d’ailleurs de la présence, aujourd’hui, de nombreuses délégations étrangères, et en premier lieu de Mme la ministre de l’informatique et des télécommunications du Qatar, avait qui j’ai eu l’occasion d’échanger quelques mots tout à l’heure. Son intervention a montré que nous avons les mêmes préoccupations.

Patrick Pailloux, directeur de l'ANSSI accueillant la ministre qatarie

Nos forces font en outre face à des menaces cyber spécifiques. Je pense à la zone du Golfe arabo-persique. Je pense aussi, bien sûr, aux opérations militaires décidées par le président de la République, comme c’est actuellement le cas au Mali et en Centrafrique. S’ajoutant à celles que nous connaissons sur le territoire national, force est de constater que le risque n’a cessé, ces dernières années, de s’accroître. Le nombre d’attaques sur les seuls sites du ministère de la défense a ainsi été multiplié par 4 en deux ans. Pour l’instant nous les contenons: elles visent la compromission d’informations, voire la paralysie de nos systèmes, mais leur effet est faible aujourd’hui.

Mais au-delà de ces cyberattaques qui relèvent de la cybercriminalité et de l’espionnage, l’hypothèse d’attaques informatiques majeures s’est renforcée depuis la parution du Livre blanc en 2008. C’est l’analyse que porte le nouveau livre blanc. Ce qui est désormais en jeu, c’est la capacité de contrôle, de paralysie à distance, ou bien de destruction d’infrastructures vitales pour notre pays. Se présente, désormais, le risque d’atteinte grave aux intérêts stratégiques de l’État, à notre autonomie d’appréciation, de décision et d’action, par la menace cyber.

Devant des menaces majeures, qui peuvent aller jusqu’à de véritables actes de guerre, militaires ou non directement militaires, il y a un enjeu de premier ordre pour la défense, la souveraineté, la sécurité de notre Nation.

Cet enjeu représente un champ stratégique à part entière, entièrement nouveau, que nous commençons seulement à appréhender et dont les règles, les techniques, les rapports de forces, doivent encore largement être explorés ou inventés.

Le ministère de la défense l’a perçu depuis quelques années. Pour y répondre, il a développé et renforcé des compétences de pointe. Il possède aujourd’hui une expertise, tant opérationnelle que technique, qui est reconnue dans le domaine de la cyberdéfense. Ses capacités uniques sont au service de la posture nationale de cyberdéfense.

Entretien avec le chef de la cyberbrigade d'Arras (N-TECH Gendarmerie)

Il appuie ainsi l’ANSSI dans sa mission interministérielle de sécurité des systèmes d’information. Il travaille étroitement avec l’ensemble de ses partenaires étatiques.

Mais nous ne pouvons pas nous arrêter-là, face à la menace grandissante dont j’ai parlé. Il faut changer d’échelle. Face à un nombre d’attaques qui double chaque année, nous devons recruter des experts, aptes à protéger, détecter, réparer, répliquer. Nous devons former tous nos personnels, depuis les simples utilisateurs jusqu’aux experts chevronnés, à qui il faudra offrir des perspectives de carrière. Nous devons aussi aider à structurer une base industrielle encore beaucoup trop fragile. Nous devons enfin nouer des partenariats avec le monde civil comme avec nos alliés dans le monde.

Fort de cette ambition pour la cyberdéfense, je lancerai dans quelques semaines un « Plan Défense Cyber ». Ce plan, sur le modèle de ce que j’ai mis en place pour les PME avec le « Pacte défense PME », formalisera les objectifs que je souhaite fixer et les actions à mener, tant au sein du ministère qu’avec ses partenaires, publics et privés.

L’enjeu est que l’excellence du ministère en matière de cyberdéfense soit encore renforcée, et de progresser à la mesure des défis qui nous font face.

Ce Plan embrassera tous les aspects de la cyberdéfense. Outre les mesures propres à l’organisation et aux moyens du ministère, il comportera des dispositions destinées à créer ou soutenir des dynamiques extérieures. A cette fin, il apportera un socle sur lequel des initiatives venant des collectivités locales, des grands groupes ou des opérateurs de formation, pourront trouver un appui décisif. Il contribuera à mobiliser les énergies de toute la Défense.

Dans le même esprit de mobilisation collective, le Plan Défense Cyber permettra à chaque acteur de la communauté nationale de cyberdéfense, qu’il soit militaire ou civil, public ou privé, d’identifier les meilleures voies de coopération avec mon ministère, ou un soutien pour ses projets.

Je souhaite que ce Plan Cyber concrétise ainsi une avancée majeure, au service de la posture nationale de cyberdéfense, et toujours en appui de l’ANSSI dans sa mission interministérielle de sécurité des systèmes d’information.

Permettez-moi donc de vous en dire quelques mots plus en détail.

Mon souci est bien sûr de répondre en premier lieu aux besoins de la défense, et en particulier à ceux de nos forces en opérations. Pour cela, nous leur apporterons de nouvelles capacités défensives et offensives, appuyées par un renseignement d’intérêt cyber que j’entends voir développer de façon volontariste. Mais nos efforts ont également vocation à servir les intérêts de la Nation dans son ensemble, conjointement avec l’ANSSI et le ministère de l’Intérieur, au sein d’une communauté nationale de cyberdéfense, fondée sur la confiance, portée par des objectifs communs, à savoir améliorer la protection de nos administrations et de nos entreprises face aux nouvelles menaces informatiques.

Le centre de cyberdéfense du ministère, le CALID, continuera à voir ses effectifs renforcés. Ils étaient 20 en 2011, ils seront 6 fois plus nombreux à la fin de la LPM. Le CALID travaillera étroitement avec le centre opérationnel de l’ANSSI, le COSSI – avec lequel il est d’ailleurs co-localisé depuis quelques semaines –, ainsi qu’avec ses homologues des pays alliés. Son action dépasse d’ailleurs le ministère, car le CALID peut intervenir en prévention ou en réaction à des incidents ou des attaques informatiques au sein de groupes d’action rapides.

De leur côté, les effectifs cyber du centre « Maîtrise de l’information », de la Direction Générale de l’Armement, vont presque doubler, pour passer de 250 à 450 dans les années qui viennent. Ils contribuent, entre autres, à développer des équipements assurant un haut niveau de protection pour les forces armées, mais aussi pour l’interministériel, toujours en étroite collaboration avec l’ANSSI.

J’attacherai également une grande importance à la base industrielle et technologique. Vous savez que c’est l’une de mes préoccupations constantes, dans tous les domaines de la défense.

Je me félicite de la création par le Premier ministre du comité de filière des industries de sécurité (le COFIS), et je sais qu’Hervé Guillou, ici présent, que je salue, vous le décrira dans le détail ce soir.

Je salue également le plan cybersécurité annoncé par Arnaud Montebourg, l’un des 34 plans de son programme « la France Industrielle ». Nous contribuerons fortement à ces initiatives.

Sur notre propre périmètre, nous allons déjà tripler le volume des études amont consacrées à la cyber. Nous poursuivrons aussi la montée en puissance du dispositif de soutien à l’innovation RAPID, pour aider les PME à développer en peu de temps des projets concrets et innovants dans le domaine de la cybersécurité et de la cyberdéfense.

J’en viens maintenant aux capacités en relation avec la Nation, en particulier à la réserve. En 2012, le ministère a pris l’initiative de créer une réserve citoyenne spécialisée en cyberdéfense. Mise en place en 2012, cette réserve cyber est animée par l’amiral de Coustillière et M. Luc François Salvador, que je remercie pour leur implication. Elle comprend déjà plus de quatre-vingt réservistes actifs. L’élargissement de son réseau est en cours, notamment en province. Ainsi, nous toucherons un plus grand nombre d’acteurs de la société civile. Je pense notamment aux petites et moyennes entreprises, ainsi qu’aux petites et moyennes industries. De nombreux représentants de cette réserve sont présents au FIC. Ils ont contribué au succès du Challenge, et certains sont d’ailleurs les auteurs des ouvrages en compétition pour le Prix du Livre Cyber. Je tiens à les saluer.

Le ministre remet le prix du livre cyber à Myriam Quéméner

J’entends que nous développions également une réserve opérationnelle cyber. L’enjeu est ici de pouvoir mobiliser des effectifs toujours plus importants de personnes de compétences et de confiance, pour appuyer l’Etat dans la gestion d’une crise cyber. Si le Livre blanc a identifié le besoin d’une telle composante au service de la résilience de la Nation, il reste à présent à en définir les contours, ainsi qu’à trouver les moyens et modalités de son véritable essor.

Je finirai cette brève présentation par deux sujets qui me tiennent à cœur. Le premier est juridique. Pour la première fois, le cadre juridique de la cyberdéfense a été défini par le législateur, sur des bases claires et novatrices, qu’il s’agisse de la définition des pouvoirs réglementaires du Premier ministre, des obligations imposées aux opérateurs d’importance vitales, ou bien de la capacité à se défendre et à riposter dans le cyberespace. Grâce à la loi de programmation qui vient d’être votée, nous avons ainsi comblé un vide.

Le deuxième, et dernier sujet, est la création du pôle d’excellence Cyber en Bretagne, que j’avais évoquée en juin dernier à Rennes, et que le Premier ministre a inscrit dans le Pacte d’avenir pour la Bretagne. J’ai donné mandat à l’Ingénieur en chef de l’armement Paul-André Pincemin de mener à bien ce projet. Vous connaissez mon attachement à la région Bretagne, mais c’est d’abord parce que le ministère de la défense y dispose d’implantations uniques dans ce domaine que j’ai décidé d’y installer ce pôle. Je pense à l’école des transmissions de Rennes, au centre DGAI « Maîtrise de l’information » à Bruz, à l’école de Saint-Cyr Coëtquidan, et je pourrais également évoquer l’École Navale à Brest ou l’ENSTA Bretagne, entre autres. Dédié à la formation, à l’entraînement ainsi qu’à la R&D, ce pôle s’appuiera sur cette expertise unique en France, et bénéficiera d’un tissu académique et industriel dense, particulièrement propice à son développement et à son rayonnement.

L’ensemble de ces actions sont présentées sur le stand du ministère de la Défense, que je vous invite à aller visiter, si vous ne l’avez pas déjà fait. Tous les personnels des forces, du CALID, de la DGA et de la réserve citoyenne cyber, vous expliqueront, avec la passion qui les anime, les actions qu’ils mènent au quotidien.

Mesdames et Messieurs,

En l’espace de quelques années seulement, le sujet de la cybersécurité, qui semblait jusqu’ici réservé à une petite communauté d’initiés, s’est élevé en France au rang de priorité nationale. Ce sujet très technique, qui a pu paraître obscur, est aujourd’hui omniprésent. Il touche à des questions aussi fondamentales que notre sécurité, notre autonomie d’appréciation, de décision et d’action – en un mot, à l’essence de notre souveraineté.

Cette prise de conscience fut brutale ; elle a pu être déstabilisante. Pour sa part, le ministère de la Défense est au rendez-vous du défi immense qui se pose à chacun d’entre nous. A travers ses capacités et son expertise, il assume plus que jamais le rôle qui doit être le sien, en lien avec tous les autres acteurs de la communauté nationale de cybersécurité. Les menaces cyber nous concernent tous. C’est collectivement que nous parviendrons à y répondre.

Je vous remercie.

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