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Marine sénégalaise

Marine sénégalaise : une volonté de montée en puissance !

par Richard Labévière (*)

Source : Esprit@corsaire.com.[1] Paris, le 14 janvier 2014.

Richard Labévière -- Photo © Joël-François Dumont.La dernière affaire de piraterie des pêches, survenue au large des côtes du Sénégal, intervient opportunément dans un contexte où plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest cherchent à renforcer l’action de l’État en mer. Piraterie des pêches, trafics de drogues et d’être humains, terrorismes et piraterie tout court nécessitent une meilleure garde côtière le long d’une vaste zone allant de Libreville à Dakar. En termes de besoins, ce défi de défense et de sécurité doit se traduire par l’acquisition de moyens opérationnels ad hoc et le lancement de programme de formation de personnels pouvant assurer le continuum : détection, interception, neutralisation. L’actuelle volonté de montée en puissance de la Marine nationale sénégalaise s’inscrit dans cette perspective.

Rappel des faits

Le 3 janvier dernier, un bateau russe de pêche industriel est arraisonné par la marine sénégalaise au large des côtes sud du pays. Le chalutier Oleg Naïdenov a déjà été interpellé en mai 2012 alors qu’il pêchait illégalement dans les eaux sénégalaises. Le 23 décembre 2013, cinq navires ont été ainsi pris en flagrant délit de pêche illégale en ZEE (Zone économique exclusive) [2] lors de plusieurs vols de surveillance, effectués par un Falcon 50-M de la Marine nationale française. Cet avion est déployé à Dakar depuis le 10 décembre 2013 pour une mission de surveillance des pêches dans le cadre des accords de coopération franco-sénégalais. Lors de ce type de mission, le Falcon 50M embarque un inspecteur de la direction de la protection et de la surveillance des pêches sénégalaises. Ce dernier procède aux constatations de flagrant délit de pêche illégale et enclenche les opérations d’arraisonnement.

Le Falcon 50M "Surmar" (surveillance maritime)

L’alerte donnée, une vedette UFAST de 33 mètres - récemment livrée à la marine sénégalaise par les chantiers lorientais Raidco -, met le cap sur le bateau pirate. Après trois heures de mer le Oleg Naïdenov est abordé. Une quinzaine de marins sénégalais montent à bord, mais sont aussitôt débordés par les membres de l’équipage (62 Russes et une vingtaine de Guinéens) avant d’être pris en otages. Les marins sénégalais arrivent toutefois à alerter leur état-major de Dakar qui dépêche aussitôt sur place une trentaine de commandos. Contrairement aux allégations de l’armateur, le bateau russe se trouvait bien dans les eaux sénégalaises et non dans la zone commune avec la Guinée-Bissau qu’il tentait de rejoindre.

Artisans contre industriels

Acheminé sous escorte jusqu’au port de Dakar, le Oleg Naïdenov reste sous surveillance de la gendarmerie sénégalaise. Les passeports des membres d’équipage sont confisqués. Les autorités sénégalaises réclament à la société Phoenix, armateur du chalutier russe, une amende de trois millions de dollars, annonce le 10 janvier à Moscou Andreï Kraïni, chef de l'Agence fédérale russe pour la pêche (Rosrybolovstvo). « Les autorités sénégalaises insistent sur le versement d'une amende de trois millions de dollars par le propriétaire du bateau (…), ce qui aurait signifié automatiquement la reconnaissance de sa faute. Mais l'armateur ne se reconnaît pas coupable », ajoute M.Kraïni. La Russie exige la libération sans délai du chalutier Oleg Naïdenov et de son équipage. Cette affaire qui prend désormais la tournure d’une confrontation diplomatique russo-sénégalaise appelle plusieurs commentaires.

Haidar El-Aly, ministre sénégalais de la pêche et des affaires maritimes

Selon le ministre sénégalais de la pêche et des affaires maritimes, Haïdar El-Aly, le Sénégal perd chaque année 150 milliards de FCfa du fait des bateaux pirates qui viennent piller les ressources halieutiques. Au quotidien Le Soleil du 6 janvier dernier, il déclare : « nous ne voulons pas développer la pêche industrielle parce que les ressources sont menacées. Les autorisations accordées aux navires étrangers ont été suspendues par le Sénégal depuis le 1er avril 2012 dans une perspective d’assurer une meilleure exploitation rationnelle des ressources halieutiques, particulièrement les pélagiques. Cette mesure a été bien appréciée par les acteurs de le pêche artisanale, dont une forte communauté tire ses revenus de ces ressources ». Dans le prolongement de ce constat, force est de constater que la coopération en matière de régulation des pêches reste très problématique, pour ne pas dire inexistante, tant avec la Guinée-Bissau qu’avec la Mauritanie. Selon plusieurs sources autorisées, les autorisations de pêche font souvent l’objet d’une « corruption organisée ».

Pour des marines africaines

Sur le plan des équipements et matériels nécessaires à l’action de l’État en mer, l’affaire de l’Oleg Naïdenov conforte la volonté de montée en puissance de la Marine nationale sénégalaise. Cette année, celle-ci devrait toucher une deuxième vedette de 45 mètres - fabriquée elle aussi par Raidco - et un autre patrouilleur plus important de conception française. Indépendamment de ces acquisitions, plusieurs problèmes demeurent, à commencer par celui de la détection et du repérage. Une société américaine cherche actuellement à vendre un dispositif de radars côtiers au Sénégal. Par ailleurs, les nouveaux matériels nécessiteront plusieurs programmes suivis de formation des marins sénégalais et de maintenance des nouvelles unités. Enfin, restent deux questions de taille à résoudre : celle du continuum entre la détection, l’arraisonnement et la prise de contrôle des bateaux en infraction. En effet, il s’agit de prévoir, en amont, l’embarquement et l’engagement de commandos ou d’autres personnels spécialisés pour ces missions de sauvegarde maritime. Enfin, en aval, la question du traitement judiciaire de ce genre d’affaires est loin d’être banalisée et demanderait, elle aussi, un minimum de coopération régionale.

Patrouilleur (PR-48) Poponguine de la marine sénégalaise

L’arraisonnement de l’Oleg Naïdenov pointe à nouveau l’attention sur la grande zone maritime - Dakar/Libreville -, où les cartels latino-américains de la cocaïne disposent de têtes de pont aéroportuaires notamment dans les deux Guinée (Bissau et Conakry). La riposte n’est pas impossible mais ne pourra s’organiser efficacement - répétons-le -, qu’avec un minimum de coopération régionale. Celle-ci ne pourra être opérationnelle que si les moyens de sauvegarde côtière des pays de la zone – à l’image du Sénégal – montent réellement en puissance…

(*) Richard Labévière est rédacteur en chef d'Esprit@corsaire.

[1] espritcors@ire, lancé le 18 juin 2012, est un réseau d’experts des questions de défense et de sécurité. Ils partagent les mêmes valeurs et les mêmes objectifs: déchiffrer, produire et diffuser de l’information sur ces sujets dans un cadre pluraliste, un esprit de liberté, une optique de débat.

[2] Selon, le droit de la mer, une zone économique exclusive (ZEE) est un espace maritime sur lequel un État côtier exerce des droits souverains en matière d'exploration et d'usage des ressources. Elle s'étend à partir de la ligne de base de l'État jusqu'à 200 milles marins (environ 370 km) de ses côtes au maximum. Le terme est parfois abusivement appliqué aussi aux eaux territoriales et aux extensions possibles du plateau continental au-delà de ces 200 milles marins.

[3] Situé à l’extrême ouest du continent africain, le Sénégal demeure une position stratégique de choix grâce à une façade maritime prolongée par une Zone Économique Exclusive de 200 miles particulièrement riche en ressources halieutiques et minières. De cette situation découle toute l’importance de la marine nationale sénégalaise créée en 1961, qui, aussitôt après l’indépendance, est chargée de préserver les intérêts de l’État en mer. Ses moyens comprennent : un patrouilleur Osprey 55 ex-danois, le Fouta. Déplacement : 470 tonnes. Équipage : 38 marins. Armement : 1 x 30mm + 1 x 20mm; ke patrouilleur Njambuur - P-773 (construction française). Déplacement : 450 tonnes. Équipage : 40 marins. Armement : 2 x 76 mm OTO-Melara + 2 x 20 mm GIAT; trois PR-48, les Saint-Louis, Popenguine et Podor. Déplacement : 250 tonnes. Équipage : 38 marins. Armement : 2 x 40 mm + 2 x 12,7mm; trois intercepteurs (classe Interceptor), les Sénégal, Sine Saloum II et Casamance II. Déplacement : 62 tonnes. Armement : 1 x 20 mm; deux vedettes de 22 tonnes armées de mitrailleuses; 3 navires de support logistique et amphibie; les chalands de débarquement ex-français Faleme II, Karabane - L-881 - et depuis mars 2011, le ex-Sabre2 et un CTM (Chaland de Transport de Matériel). Source : Wikipédia.

Chroniques de Richard Labévière en 2014 


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