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« Il n’y a de réussite qu’à partir de la vérité » [1]

« Bien informés, les hommes sont des citoyens, mal informés ils deviennent des sujets ». La génération d'Alfred Sauvy n'a peut-être pas surfé sur le net mais la citation de ce grand économiste et démographe doublé d'un sociologue de talent demeure d'actualité. Depuis de trop nombreuses années, les silences répétés de ce qu'il est convenu d'appeler la « grande presse » française, occultant ou présentant trop souvent de manière biaisée certains faits, en particulier dés lors qu'il s'agit d'importants enjeux de société ou d'autres sujets graves, sinon tragiques, montrent que les choses ne sont vues qu'avec une lorgnette et encore... à travers des prismes partisans. L'actualité, qu'il s'agisse de Gaza ou de la situation des Chrétiens d'Irak, de Syrie ou d’Égypte, se charge d'en faire chaque jour davantage la démonstration, ce qui n'est pas sans entraîner en France des répercussions dont on a peut-être pu voir les effets immédiats sans encore en mesurer les conséquences sur le long terme. Pourquoi ne se trouve t-il plus chez nos politiques de voix qui soit encore assez crédible pour dire les choses telles qu'elles sont en oubliant l’habituel « wishful thinking »,[2] spécificité gauloise autodestructrice ! Depuis quelques années, la France a vu ses internautes se défouler sur le net au détriment d'une presse qui a perdu son monopole d'informer même si elle a réussi à préserver son statut. On le constate chaque jour en lisant les courriels que l'on reçoit de France et d'ailleurs. La dernière livraison de Mediapart n'a pas laissé certains de nos collègues indifférents.[3] Quand la coupe est pleine, il faut la boire ! Arrive un moment où ne rien dire serait perdre son âme… Faut-il être expatrié pour mieux percevoir à quel point notre modèle économique et social est menacé au fur et à mesure que notre voix dans le monde devient de moins en moins audible ?

Source: Esprit@corsaire.com.[4] Berlin, le 31 juillet 2014.

« Sans la qualité d'intervention de vos militaires en opérations extérieures, que resterait-il de la grande Nation » aujourd'hui ? Que répondre à cet ambassadeur étranger, francophone et francophile, en poste à Berlin où les chancelleries ne sont plus les seules à constater chaque jour le rôle de leader politique que l'Allemagne joue en Europe mais aussi dans le monde désormais. Une Allemagne réunifiée qui est depuis trente ans la troisième puissance économique mondiale, en alternance avec le Japon et derrière les États-Unis d'Amérique. Cela a été éclatant lors de l'affaire ukrainienne où les deux seules voix qui portaient à Moscou étaient celles de la chancelière allemande - qui a l'avantage de pouvoir s'exprimer en russe - et du président américain. Même les adversaires les plus farouches de Madame Merkel lui ont manifesté une certaine reconnaissance pour avoir maintenu la stabilité des intérêts de leur pays dans un contexte de crise où l'on a vu de grands pays européens poursuivre inexorablement leur déclin.

Les « spécificités françaises » ici sont de la « rigolade ». La presse allemande a déjà surnommé Moscovici « Mosco Witz » (Mosco la blague) l'homme que Paris entend caser coûte que coûte à Bruxelles, considéré comme « un mauvais choix à un moment où les Eurosceptiques gagnent du terrain partout en Europe.» Ce dernier n'a guère la réputation d'un gagnant après avoir été le grand argentier d'un président qui se transforme en VRP lors des grandes commémorations ou maintenant gère une catastrophe aérienne comme un ministre des transports ou un haut fonctionnaire.

Sans l'intervention de la France au Mali, que vaudrait encore la voix de notre vieux pays ? Les opérations militaires peuvent avoir été conduites de manière brillante, encore faut-il que l'objectif politique soit véritablement identifié. Il n’est qu’à se retourner sur la Libye pour mesurer le désastre... La plupart des étrangers quittent ce pays désormais à feu et à sang devenu un sanctuaire du terrorisme jihadiste, notre « Afghanistan de proximité », pour reprendre les mots de Jean-Claude Cousseran. Nicolas Sarkozy à Tripoli, George W. Bush à Kaboul et à Bagdad. Les résultats sont loin d’être à la hauteur des intentions affichées et la mission accomplie…

Aliénation technologique

A la Libération, après l'épuration de la presse de Vichy, on dénombrait en France 39 journaux d'opinion. Il y a encore quinze ans, il n'en restait plus que trois : La lettre de la Nation du mouvement gaulliste, L'Unité, lettre du parti socialiste -, et last but not least L'Humanité. Puis, nombre de lettres « éditoriales » ont succédé aux quotidiens traditionnels. A défaut d’un important lectorat, ces nouveaux venus étaient surtout cités dans les revues de presse des grandes radios publiques et privées, donnant la fausse impression que la classe politique et ses représentations parlementaires fonctionnaient à l'unisson ou tout au moins selon une règle du jeu commune.

Puis les grands quotidiens, magazines hebdomadaires et revues thématiques de qualité, commencèrent à battre de l’aile alors que d'autres s'égaraient ayant manifestement perdu leur âme, sinon leur raison d'être.[4] Ceux qui restent aujourd’hui se comptent désormais sur les doigts de la main.

A bout de souffle, la presse écrite française est venue au net pensant ainsi pouvoir survivre financièrement. Pari immédiat et visiblement très mal réfléchi… Comparée à ses homologues anglaise ou allemande, la presse française se perd en contorsions moribondes, s'enfonçant chaque jour davantage dans une irrépressible érosion de ses lectorats. Combien de grands journaux en France restent-ils aujourd’hui bénéficiaires ? Combien pourraient-ils subsister sans subvention ? Les comptes sont très vite faits.

Cette situation cache mal un grand malaise doublé d’un vide tout aussi abyssal reflétant l'absence de vision politique à long terme de nos dirigeants, de gauche comme de droite, face à une opinion publique instrumentalisée par les « spins doctors » de touts poils. Cette évolution a valeur de symptôme, lequel se manifeste aujourd'hui à travers Internet, dans les flux électroniques quotidiens qui ont désormais supplanté toutes les autres formes de dialogues ou d'échanges.

Inféodés aux nouvelles technologies, les Français seraient-ils devenus, à ce point, incapables de débattre entre eux avec des opinions argumentées ? Auraient-ils peur que les analyses des uns ou des autres puissent diverger du "moule" politiquement correct, gardien des postures idéologiques du moment. Où est donc passé la loi d’airain du vrai journalisme : « les faits sont sacrés, les commentaires sont libres » ?

Manifestations et medias aliénés

Les dernières manifestations parisiennes, autorisées ou non autorisées et leurs regrettables débordements ont produit une nouvelle image négative de notre pays et fait douter de ses capacités et procédures à débattre intelligemment. A Berlin, la manifestation de la semaine dernière s’est bien terminée, même si on a pu déplorer la présence de quelques extrémistes suggérant de « rallumer les chambres à gaz ». Ici, on ne badine pas avec les lois et qui s'attaque à la démocratie a de grandes chances d'en payer le prix fort ! La presse écrite et la télévision allemandes n'ont pas pour habitude d'escamoter les débats. Ce pays conserve une « grande presse » avec des quotidiens puissants et respectés à Hambourg, Berlin, Cologne, Düsseldorf, Francfort, Stuttgart, Munich et même encore à Bonn. Sa première chaîne de télévision pèse au moins dix fois TF1…

Après les scènes de rues dans Paris où l'on a pu lire "Morts aux juifs" : amnésie, ignorance et bêtise… Que dire de telles dérives ?

Que dire enfin de l'inflation sur le Net de blogs plus ou moins bien maîtrisés et des sites « d'information » qui se sont multipliés ? Démêler le vrai du faux sur Internet relève souvent du sport de haut niveau, la connaissance intime des faits étant désormais réservée à une élite qui n'a pas pour habitude de communiquer. Sans oublier certains sites qui prétendent faire de l'investigation « en ligne » et en temps réel. Dans cette jungle de signifiants pressés, quelques sites de référence parviennent toutefois à informer valablement, apportant une contribution appréciable pour peupler ce vide dont la nature a toujours eu horreur.

L’information au foie, la recherche du scoop et du « buzz »

Une autre actualité, plus sordide, nous a sorti de la torpeur estivale. Je me suis toujours efforcé de m’enrichir de la différence des autres. Pour cette raison, peut-être, je ne tolère pas (ou plus) certaines formes d'intolérance qui dissimulent de plus en plus mal des méthodes inavouables au service d'intérêts et d’influences idéologiques qui ne prennent même plus la peine de dissimuler leurs agendas. Il suffit souvent d'une minorité pour modifier l'image et l'honneur d'une profession. A force d'errances, on a pu constater une constante « montée des opinions extrêmes » dont on se demande bien où elle finira d’aboutir… Pour avoir toujours eu le privilège et le loisir de comparer la presse française à ses homologues anglo-saxonne ou allemande, j’ai pu mesurer au fil des ans la régression de nos médias hexagonaux. Certes, en dernière instance, on a bien la presse et la classe politique qu’on mérite. Le constat granitique ne date pas d'hier…

Cette évolution n’excuse pas les coups bas, l’information au foie, la recherche du scoop et du « buzz » à tout prix, ainsi que le climat de délation qui s’est imposé dans les gazettes de notre vieux pays. Comment peut-on aujourd’hui dans une démocratie appeler à la destitution de magistrats, d’officiers généraux, de préfets ou même « demander la tête » de quelque journaliste, dés lors qu'ils seraient suspects - donc coupables -, de dévier de la doxa dominante des élites parisiennes et de leur protection idéologique rapprochée ? Comment le délit d’opinion s’est-il subrepticement réintroduit dans notre conscience nationale bardée de sur-moi interdisant désormais le libre arbitre et la pensée critique ? Comment peut-on dans ce vieux pays faire le procès d’hommes et de femmes à cause de leurs liens familiaux ou de leurs croyances religieuses alors que ceux-là ont toujours servi fidèlement ses intérêts ? La loyauté et les fidélités « républicaines » ont toujours été mal reconnues, sinon récompensées en France. Mais aujourd’hui, ces postures d’honneur sont devenues suspectes, voire coupables aux yeux de la bobologie dominante.

Ces tristes évolutions, fruits de basses campagnes, se mettent au service de l’influence, des promotions claniques et de l’argent facile. Ces mutations « journalistiques » sont indignes d'une profession déjà passablement déconsidérée aux yeux des Français qui voit en elle une corporation de privilégiés à la crédibilité déclinante, pour ne pas dire ayant atteint son degré zéro. Évidemment, quelques îlots résistent courageusement, de manière minoritaire et presque clandestine. Le Conseil national de la résistance journalistique (CNRJ) existe, peuplé de quelques Jean Moulin compétents et insubmersibles, mais il faut opiniâtreté et courage pour les contacter…

La télévision porte une énorme responsabilité dans cette évolution cacophonique, anomique et absurde, malgré le confort que peuvent apporter l'image et le son pour restituer les situations les plus diverses. Ses formats continus et en temps réel, lorsque le robinet doit être toujours ouvert, accompagnent le décervelage infinitésimal même s’ils sont rarement à l’origine des chasses à l’homme. Dans le genre, les militaires sont des proies faciles : devoir de réserve, pas de syndicat ni de tutelle pour les défendre.

Depuis une vingtaine d'années, en France, quelques chefs militaires ont ainsi été désignés à une vindicte qui n'a rien de populaire, tout simplement afin de promouvoir quelqu'un jugé plus malléable dans un contexte où la compétence n’est plus la première des priorités. Pour défendre ces hommes qui ont souvent risqué leur vie pour protéger les nôtres, devant le silence assourdissant du ministère qui semble se réserver les hommages posthumes, pour combler ce vide, l'Association de soutien à l'armée française (ASAF) s'est ainsi créée. Richard Labévière, dans son dernier éditorial s'élève une nouvelle fois contre de tels procédés, qu’il n’est pas le seul à qualifier de « journalisme de délation ».[5] Reste à savoir les motivations réelles de cette campagne visant à déstabiliser une nouvelle fois le chef d'état-major particulier du président de la République…

Les Soviétiques avaient une vision très particulière de "la" vérité. En russe, vérité se dit « Pravda », tout un programme que l'on croyait en voie d'extinction. L'actualité montre au contraire que le monstre a encore de beaux jours devant lui…

Joël-François Dumont

[1] Charles de Gaulle : Mémoires de guerre (Tome III).
[2] espritcors@ire, lancé le 18 juin 2012, est un réseau d’experts des questions de défense et de sécurité. Ils partagent les mêmes valeurs et les mêmes objectifs: déchiffrer, produire et diffuser de l’information sur ces sujets dans un cadre pluraliste, un esprit de liberté, une optique de débat.
[3] Prendre des vessies pour des lanternes...
[4] Voir esprit@corsaire "L’Honneur d'un général… Mediapart, journalisme de délation", le dernier billet d'humeur de Richard Labévière.
[5] Voir esprit@corsaire "Étrange « Nouvel Observateur »…" (29-07-2014).


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