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Terrorisme

 

Terrorisme : tuer pour dire

Docteur d'État en Sciences Politiques, François-Bernard Huyghe est Chercheur en Sciences de l'Information et de la Communication. Il enseigne notamment au Celsa Université Paris IV-Sorbonne, à Polytechnique, à l'École de guerre économique à Paris et sur le campus virtuel de l'Université de Limoges, à l'ICOMTEC (Pôle Information-Communication de l'IAE de Poitiers). Il est directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) où il a créé "l'Observatoire géostratégique de l'Information en ligne" et où il enseigne aussi. Réalisateur de télévision puis fonctionnaire international au secteur Culture Communication à l'Unesco de 1984 à 1987, François-Bernard Huyghe étudie médias et techniques de communication et transmission dans l'optique de la compétition et du conflit comme de la diffusion des croyances. Il est membre scientifique du Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques. François-Bernard Huyghe examine ici le mot de "terrorisme". Paris, le 16 juin 2014 (Source).

Il existe plus de 200 définitions, juridiques ou universitaires, du terrorisme , ce qui explique en partie l’impuissance des organisations internationales à imposer une acception universelle du mot. Le résistant de l’un est le terroriste de l’autre, dit-on souvent. Ou encore, serait "combattant de la liberté" celui qui lutte contre un occupant ou un système interdisant l'expression démocratique. Tandis que les terroristes emploieraient la violence contre des régimes légitimes et des victimes innocentes.

Mais l'on veut faire de "terrorisme" autre chose qu'une étiquette infamante, il faut chercher ailleurs quelle étrange relation entre idée et violence se noue autour d’un simple mot.

François-Bernard Huyghe

Disons qu’il n’existe pas de terrorisme en soi mais des manifestations du terrorisme. Le terrorisme n’est pas une école, une doctrine ou une idéologie, ce que suggérerait sa désinence en « isme » (comme bouddhisme, nationalisme ou structuralisme). C’est une pratique, moyen au service de fins politiques. Il existe, bien sûr, des groupes terroristes, qui posent des bombes ou assassinent. Mais la légitime horreur que suscite la chose ne doit pas empêcher d’examiner froidement le mot.

Un moment pour la terreur

Notons qu’ils refusent le plus souvent l'étiquette : ils se disent combattants de la liberté, avant-gardes, fractions armées du parti, armées secrètes, ou groupes de partisans. Ils ajoutent volontiers que, dès qu’ils auront affaibli l’adversaire (qu’ils dénoncent comme le "vrai " terroriste et le premier agresseur), ils se constitueront en mouvement de masse, jihad de l'Oumma entière ou armée avec uniformes et drapeaux. Il est, par exemple, significatif que ben Laden ne parle jamais d’une attaque terroriste contre les Twin Towers, mais de la « bataille de Manhattan ».

Tout mouvement terroriste veut sa propre disparition et se pense comme un moment historique (sa vocation est de changer l’histoire écrite par les forts) : un jour, dit le terroriste, nous passerons à un autre stade, celui de la « vraie » guerre, de l’action politique ouverte, de la révolution ou, pour certains, de la négociation d’égal à égal avec des gouvernements.

Il y a donc non pas une essence, mais un moment ou une méthode terroriste à laquelle le faible, l'acteur non-étatique, choisit ou non de recourir dans une configuration politique.

Mais au quotidien, la pratique terroriste se reconnaît à un signe : l’attentat par des groupes clandestins frappant des cibles symboliques dans un dessein politique.

L’attentat est un usage de la violence à la fois planifiée (il répond à une stratégie), sporadique (il y a attentat ou séries d’attentats coupé de périodes de calme apparent), secrète (le temps de sa préparation et, après coup, lorsque ses auteurs disparaissent), surprenante (le but du terroriste est de frapper « où il veut, quand il veut » pour placer l’adversaire sur la défensive et transformer son attente du prochain attentat en angoisse) et enfin spectaculaire (l’attentat « vaut » par son impact sur les dirigeants, l’opinion adverse, neutre ou sympathisante, bien plus que par sa valeur strictement « militaire » de nombre de morts ou de bâtiments détruits).

Tous ces éléments distinguent notamment l’acte terroriste de l’action d’une guérilla – qui a une durée et une visibilité permanentes et cherche à contrôler un territoire – ou de l’émeute.

Il n’est pas moins constant que la cible est toujours symbolique, même s'il s'agit d'un chef d’État : la victime a été choisie moins pour ce qu’elle est ou pour la perte que constitue sa disparition de personne physique que pour ce qu’elle représente : le Système honni, l’autorité illégitime, les ennemis de Dieu, les occupants… Même la victime innocente - passant touché par une bombe dans la rue – est choisie en raison de son anonymat même. Elle est le zéro d’un terrible équation : sacrifiée pour signifier que nul n’est à l’abri même le moins apparemment concerné. Peut-être même ce passant est-il « coupable » aux yeux du terroriste, du seul fait de sa nationalité ou de sa religion, ou parce que, ne participant pas au combat de libération, il est jugé objectivement complice des oppresseurs.

Enfin le but est politique, en ce sens qu’il s’agit de modifier un rapport de pouvoir stable. Il s’agit, par exemple, de détruire l’État (terroristes anarchistes), de chasser l’État d’un territoire (indépendantistes ou anticolonialistes) ou encore de contraindre l’État (les groupes internationaux des années 70/80 « à la Carlos » agissant peu ou prou pour des commanditaires)

Étymologie de l’horreur

Reste pourtant que le mot de terrorisme a une apparition historiquement datée et que ses usages ne le sont pas moins.

Pour sa première occurrence, le mot est attesté par le dictionnaire en 1793 : il désigne d’abord le terrorisme d’État jacobin et révolutionnaire, c’est-à-dire la propagation à tout le territoire de la Terreur ; elle doit paralyser de crainte les ennemis de la Nation. L’idée est de couper les têtes qui refusent de se laisser remplir. La plupart des langues européennes reprennent généralement de notre langue (mais les Grecs parlent de traumokratia, littéralement le règne de la peur).

Au cours du siècle suivant, le sens du mot s’inverse : le terrorisme devient une forme de lutte contre l’État et sans les moyens d’un État (pas d’armée régulière, pas d’institutions reconnues…).

La notion se répand avec les attentats narodnistes dits abusivement « nihilistes » puis ceux des sociaux-révolutionnaires en Russie. On parlera bientôt des bombes anarchistes dans le reste de l’Europe et en Amérique.

Le terroriste est alors, selon le mot de Camus, celui qui « veut tuer une idée quand il tue un homme » : le coup de feu ou l’explosion qui tuent le tsar, le président, le policier ou le simple bourgeois sont des coups de tonnerre censés réveiller le prolétariat. En radicalisant la situation (voire en provoquant la répression), en obligeant chacun à choisir son camp, dominants ou dominés, et en démontrant que les représentants de la tyrannie ne sont plus à l’abri, le révolutionnaire entend faire œuvre idéologique voire pédagogique ou révélatrice. Quand le message compte plus que le dommage ou quand, comme l'écrivait Raymond Aron, il y a recherche d’un impact psychologique supérieur à l’impact « militaire », il y a pratique terroriste.

Ceci constitue une rupture par rapport à des siècles qui ne connurent "que" l’assassinat politique, tel le régicide et le tyrannicide discutés par les philosophes et les théologiens. Les sicaires hébreux, les hashishins chiites ou les carbonaris républicains étaient certes motivés par l’idéologie et voulaient répandre la peur dans le camp adverse. Mais le but était de châtier un homme ou de faire disparaître un ennemi puissant, bref, détruire un obstacle. L’idée que l’éclat de cet acte contribuerait à répandre des idées vraies leur était étrangère ou leur semblait secondaire.

Les terroristes nationalistes, réactionnaires, religieux, identitaires, révolutionnaires internationaux, et autres qui suivront pendant tout le XXe siècle se placent dans cette même logique où le spectacle et le sens donné à la mort (ou au dommage physique) comptent plus que la ravage. L’action terroriste est une proclamation à la face du monde.

Logique de la proclamation

Pour le dire autrement, il existe trois approches majeures (et pas inconciliables) du phénomène terroriste.

Soit il est considéré comme une variété particulièrement odieuse du crime. On juge alors qu’il s’en prend à des victimes innocentes par nature (femmes, enfants, civils) ou qui ne sont pas sur la défensive, et qu'il agit par traîtrise (les agresseurs se cachent, ne portent pas d’uniformes…). Équivalent terrestre de la piraterie maritime, fait des "ennemis du genre humain ", ou analogue en temps de paix au crime de guerre, le terrorisme outre ce caractère odieux se caractérise par la finalité de sa violence. Ses buts sont politiques et il cherche à exercer une contrainte sur des dirigeants ou des populations par l’intermédiaire d’une peur exceptionnelle, paralysante, contagieuse.

Seconde perspective : c’est la guerre du pauvre. Qui n'a pas de bombardiers pose des bombes. Le terrorisme serait bien une guerre au sens classique : action armée menée par des collectivités affirmant la légitimité de leur violence et cherchant à faire céder la volonté politique d'une autre entité politique. Mais faute –provisoirement peut-être - d’armes, de territoire où exercer une souveraineté ou encore de reconnaissance juridique, un groupe recourt à des moyens du faible, que son adversaire, le fort, possède par définition et plus abondamment. La spécificité est là, non dans l’idée de provoquer la terreur pour démobiliser ou diviser l’adversaire, qui n’a rien de terroriste en soi : les États répressifs ou les armées d’invasion en connaissent le pouvoir perturbateur.

Troisième interprétation : la « propagande par le fait » . Agir et dire se confondent et c’est l’éloquence de la violence qui compte. Là où la force de la conviction ne suffit pas, ou là où le terroriste pense ne pas avoir des moyens de s’exprimer, il emploie la balle ou la bombe en guise de message. Son contenu est d’ailleurs plus complexe que ne le laisse penser l’expression "répandre la terreur" ou l'idée de "revendiquer". Ce message peut s’exprimer dans un communiqué qui en constitue le sous-titre ou être implicite, dans le choix même de la victime. Il est à plusieurs niveaux de lecture : la signature de l’auteur de l’attentat, qui il représente (le Prolétariat, le Peuple occupé, l'Oumma, tous les opprimés), qui il combat et quels sont ses griefs, ses exigences et son programme, l’annonce d’autres attentats et de victoires futures… Sans oublier la très importante composante qu’est l'humiliation symbolique de l'adversaire, frappé, affaibli, stigmatisé et démasqué tout à la fois.

De ce dernier point de vue, celui de la "communication" ou de la propagation, l'histoire du terrorisme recouvre largement une histoire des techniques. Il y a un terrorisme révolutionnaire de l'âge de l'imprimé avec manifestes et brûlots anarchistes, un terrorisme de libération nationale ou de décolonisation historiquement lié à la radio, un terrorisme de l'image et de la télévision sans frontières (qui commence avec l'attentat contre les jeux olympiques de Munich en mondovision)... Les médias du terroriste ne varient pas moins que ses armes.

Kamikazes et caméras

Ainsi, il est difficile de ne pas s'interroger sur la concomitance de l'attentat suicide et du cyberjihadisme.

La bombe humaine -avec une gradation : ceinture d'explosifs, voiture piégée, avion piraté transformé en missile - s'inscrit, pour une part dans une continuité historique. Les tyrannicides n'avaient guère d'illusion sur leurs chances de survie et les premiers terroristes du XIX° siècle se savaient promis à l'échafaud. Quant à l'idée de se faire exploser pour causer le plus grand ravage dans les rangs ennemis, ce n'est pas un monopole des islamistes : tigres tamouls, gauchistes japonais et même sionistes des années 40 l'ont appliquée.

Simplement, les jihadistes, qu'ils soient sunnites ou chiites, y ont apporté une systématicité et une spectacularité particulière. Non seulement, ils privilégient cette stratégie, tant ils ont de volontaires prêts à mourir pour économiser une simple télécommande, mais ils ont inventé un rituel. Cette technique frappe l'adversaire d'une panique toute particulière : le coupable a disparu avec son acte et aucune crainte ne pourra arrêter son successeur. S'il garantit au kamikaze sa place au Paradis, l'attentat que ses auteurs refusent de qualifier de suicidaire se veut surtout exemplaire.

Les testaments vidéo des kamikazes obéissent à des règles aussi formelles que le Kabuki : le déjà-mort parle face à la caméra, en tenue de combattant qui est ici tenue de spectacle, explique son acte et appelle d’autres croyants à l'imiter. Certaines cassettes ou DVD le montrent échangeant un dernier baiser fraternel avec ses camarades. Plus tard, son image sera exaltée par des affiches apposées dans son quartier. Peut-être même, les enfants collectionneront des vignettes avec son visage, parmi des images de martyrs, comme nos bambins les Pokemon. Filmé avant, médiatisé pendant l'attentat, commémoré après, le martyr aura triplement témoigné par l'image.

Cette mort comme spectacle est à mettre en rapport avec un rapport tout particulier des jihadistes avec les médias. Le 11 septembre fut la plus brutale opération de production d'images symboliques que l'on connaisse. Ce jour-là, même les plus terre-à-terre ont compris qu'il s'agissait de frapper des symboles de l'Occident, de l'orgueil des infidèles, de l'argent, de l'Amérique, des tours de Babel, de l'idolâtrie, etc. Ces image-là étaient pensées et scénarisées, à tel point que les mots - un communiqué de revendication par exemple - était inutile.
Mais au quotidien, l'activité jihadiste ne repose pas moins sur la production d'images pixellisées que sur celle de chaleur et lumière par les bombes. Elle est capable de combiner la force de l'archaïque et du numérique. Certes, les discours de ben Laden et Zawahiri sont des prêches remplis de citations de hadith et de poésie et comparent sans cesse l'actualité politique à la situation d'avant 1258 (chute du califat de Bagdad face aux Mongols) ou aux combats du prophète et de ses compagnons "en ce temps-là". Mais ces propos sont relayés par un réseau moderne de caméras digitales, de studios virtuels et de sites de diffusion.

Si les nihilistes dans les Possédés de Dostoïevski, inspiré de faits réels, se déchirent pour une presse à imprimer cachée quelque part, al Qaïda possède une société de production as Sahab. Tout bon sympathisant sait comment se procurer en quelques clics des images exaltantes de l'entraînement des moudjahiddines, des prédications de l'émir ou des séquences d'otages égorgés ou de traîtres fusillés (Irakiens s'engageant dans la police, soldats algériens "anathèmes"). De telles images, que nous, Occidentaux, jugerions les plus propres à desservir leur cause, sont - de leur point de vue - "licites" au sens coranique et bonnes puisqu'elles montrent le châtiment des "ennemis de Dieu" et appellent au bon combat.

Quant à la fonction "réseaux" d'Internet, elle est moins de permettre à la hiérarchie de s'exprimer, de donner des instructions, de créer une messagerie sécurisée ou de servir de "vitrine" éventuellement redoublée d'un centre de "e-learning pour futurs moudjahiddines", que de créer l'équivalent des réseaux sociaux pour combattants de la foi : un lieu numérique ou se retrouver et se conforter.

Cycles

Un des problèmes de la lutte anti-terroriste est précisément d’envisager son objet sous ses trois dimensions criminelle, polémologique, symbolique qui appellent respectivement une répression judiciaire, une stratégie politique et une action d’influence.

Une récente étude de la Rand Corporation posait la question : « comment finissent les organisations terroristes ? » en retraçant le devenir de 648 groupes depuis 1968. Ses conclusions démontraient la faible rentabilité du terrorisme (il ne « gagne » qu’une fois sur dix, mais il est vrai qu’il ne « perd » face à la répression que dans 7% des cas). Les chiffres montrent surtout que la vocation « naturelle » des groupes terroristes est, comme nous l’avions noté plus haute, de muter. Soit en devenant des forces politiques légales, soit en passant au stade supérieur de l’insurrection armée.

Bien entendu, ce constat n’est qu’à moitié rassurant. Car si le terrorisme est une sorte de crise de croissance politique, le nombre de ses victimes s’accroît d’année en année. Mais au moins peut-on se dire que l’action terroriste a une fin, comme la guerre a la sienne qui est la paix (bien avant Clausewitz, saint Augustin faisait remarquer « nous faisons la guerre en vue de la paix »).

Est-ce toujours aussi vrai ? Depuis la fin du XXe siècle, nous avons pu combien la guerre était « menacée », ou comment elle tendait à devenir hybride et imprécise : multiplication des opérations mi-militaires mi-policières contre (ou entre) de factions armées, groupes à la fois criminels et idéologisés, prolifération des combattants sans uniformes dans les zones sans droit, nouvelles formes d’actes de guerre asymétriques soit de très haute technologie (comme la guerre informatique) soit au contraire archaïques et barbares (massacres de civils par des « milices »)…

Parallèlement, le « statut » - instrumental, provisoire, secondaire – du terrorisme n’est pas moins remis en cause.

Il y a d’abord une « dilution » par le bas de la pratique terroriste en ce sens qu’un nombre croissant de groupes sont tentés de franchir le pas et de recourir à la violence expressive et symbolique : groupes d’amis des animaux, éco-terroristes, groupes à motivations sexuelles (pro-pédophiles ou homophobes), sectes apocalyptiques et suicidaires, milices « survivalistes » américains persuadées qu’un complot international cherche à leur faire rendre leurs armes et veut les emprisonner …

Mais c’est surtout le dépassement « par le haut » qui pose problème. Le 11 Septembre, l’organisation qu’il est convenu de désigner comme « al Qaïda » a – chacun l’a bien compris -bouleversé la donne en termes de létalité (le premier attentat à trois décimales de morts), de technicité (l’exploit de la préparation et de la coordination) et de spectacularité (les images les plus filmées et les plus ressassées de l’histoire de l’humanité).

La vraie assomption du terrorisme au statut de mythe, il l’a acquis le lendemain, le 12, quand les États-Unis ont déclaré la « guerre globale au terrorisme » que d’autres ont baptisée « Quatrième Guerre Mondiale » (supposée suivre la troisième, la guerre froide) .

Sans victoire imaginable

Bien entendu, cette « guerre au terrorisme » vite devenue l’acronyme GWOT (Global War On Terror) a été critiquée, y compris dans les rangs républicains pour deux motifs. D’une part, son absurdité évidente car le terrorisme est un moyen pas un adversaire, et selon la formule bien connue « On faisait la guerre au nazisme, pas à la Blitzkrieg ». D’autre part, il est reproché à cette formulation imprécise, de susciter des inquiétudes dans le monde arabe (où s’arrête ce combat ?) tout en faisant à ben Laden le douteux honneur de le proclamer ennemi principal, pour ne pas dire principe métaphysique du Mal. Pourtant, beaucoup s’obstinèrent à renforcer ce « concept » de 11 septembre , à proclamer que l’événement était épochal et ouvrait une nouvelle phase dans l’histoire de l’humanité bien plus que la chute du mur de Berlin. Certains voulurent même distinguer des penseurs d’avant et d’après le 11 Septembre, ceux qui avaient compris l’ampleur des périls et les archaïques déguisés en réalistes – comme dans 1984, la novlangue distingue les ancipenseurs et le bonpenseurs qui adhérent à l’idéologie officielle moderne de Big Brother.

Et certes, le danger de la guerre au terrorisme est d’ouvrir les vannes à des océans de bêtise et à des guerres, très réelles celles-là, aussi absurdes que celle d’Irak. Ces guerres sont censées remplir une fonction
- Stratégique et matérielle : priver l’adversaire de son arsenal, détruire ses sanctuaires
- Symbolique et dissuasive : décourager apprentis terroristes et dictateurs.
- Idéologique et politique : répandre la démocratie dans le monde. En faire « un lieu plus sûr pour la démocratie ».

Mais le plus grand danger est peut-être d’avoir inventé une guerre sans victoire possible. Donald Rumsfeld avait déclaré que la GWOT prendrait fin lorsque plus personne ne songerait à s’en prendre au mode de vie américain, ; elle pourrait durer aussi longtemps que l’on aurait besoin de pompiers et de policiers dans la vie civile. Une guerre qui vise à détruire l’intention hostile (l’islamisme), l’organisation hostile (al Qaïda) et les moyens hostiles (Armes de Destruction Massives, bases terroristes et États voyous les soutenant) a, effectivement, peu de chances de se terminer par un traité de paix et un défilé de la victoire. Elle a même peu de chances de se finir du tout.

Certes, la faute n’en revient pas qu’aux dirigeants américains et tient beaucoup aux délires millénaristes d’une organisation qui qualifie son action de forme théologiquement obligatoire du jihad défensif. Le terrorisme comme pure vengeance ou comme pratique trouvant sa récompense en elle-même (tel le Paradis pour les kamikazes) n’a pas davantage d’issues envisageables. Tandis que l’Histoire se charge de ramener à une vision plus réaliste : ceux qui ont cru, par exemple, que les rapports de puissance ave la Chine et la Russie devenaient secondaires par rapport à la polarité terrorisme/monde démocratique redécouvrent la complexité du réel.

Les terroristes prennent les idées au sérieux (ils tuent pour), raison de plus pour prendre les mots au sérieux

François-Bernard Huyghe

Autres publications :

  • Terrorismes Violence et propagande, Gallimard (Découvertes) 2011
  • Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire avec Alain Bauer, PUF, 2010
  • Maîtres du faire croire. De la propagande à l'influence Vuibert, 2008
  • La Route de la soie avec Edith Huyghe, Petite Bibliothèque Payot, 2006
  • Comprendre le pouvoir stratégique des médias, Eyrolles, 2005
  • Quatrième guerre mondiale. Faire mourir et faire croire, Ed. du Rocher, collection L'art de la guerre, 2004
  • Les Routes du tapis avec E. Huyghe, Découvertes Gallimard, 2004
  • Écran/ennemi Terrorismes et guerres de l'information, Éditions 00h00.com, collection Stratégie, 2002
  • Les Coureurs d'épices, avec E. Huyghe, Petite Bibliothèque Payot 2002
  • L 'Ennemi à l'ère numérique, Chaos, Information, Domination, P.U.F., collection Défense et défis nouveaux 2001
  • Images du monde, avec E. Huyghe, J.C. Lattès 1999
  • Histoire des secrets De la guerre du feu à l'Internet avec E. Huyghe, Hazan 2000
  • Les Experts ou l'art de se tromper de Jules Verne à Bill Gates Plon 1996
  • La Langue de coton, R. Laffont 1991
  • La Soft-idéologie, avec P. Barbès, R. Laffont, 1987

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