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Le 23 octobre 1983

Le 23 octobre 1983, 58 parachutistes français sont morts pour la France au Liban

31e anniversaire de l'attentat du Drakkar : Allocution de Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense. Hôtel de Brienne, le 23 octobre 2013 – Seul le prononcé fait foi – Source : DICoD :

Monsieur le ministre, cher Kader Arif,
Monsieur le secrétaire général pour l’administration,
Monsieur le chef d’état-major de l’armée de terre,
Monsieur le major général des armées,
Messieurs les rescapés de l’attentat du Drakkar,
Mesdames et Messieurs les parents de victimes,
Mesdames et Messieurs,

Il y a un an, le 23 octobre 2013, j’étais avec vous à Pamiers, pour commémorer le trentième anniversaire de l’attentat du Drakkar, à l’occasion d’une émouvante cérémonie au 1er régiment de chasseurs parachutistes. Kader Arif, le secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la mémoire, était à Beyrouth quelques jours plus tôt, pour se recueillir sur les lieux mêmes du drame, et porter un message fort sur cette autre rive de la Méditerranée : la France n’oublie pas, elle n’oubliera jamais.

L’événement qui nous rassemble aujourd’hui, trente-et-un ans après, est l’un des plus douloureux de l’histoire de la France engagée en opérations extérieures. Il occupe une place singulière dans notre mémoire collective. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai souhaité vous réunir aujourd’hui à l’Hôtel de Brienne.

Il y a trente-et-un ans, la guerre civile faisait rage au Liban. Elle tuait des familles entières, et déstabilisait un peu plus une région déjà bouleversée. Pour y mettre fin, les Nations unies avaient décidé de mettre en place une force de maintien de la paix, la Force multinationale de sécurité, à Beyrouth. Parmi ces combattants de la paix, se trouvaient 2 000 soldats français, et plusieurs qui sont parmi nous aujourd’hui étaient alors de ceux-là : des soldats aguerris mais aussi des appelés volontaires, jeunes, parfois peu expérimentés, mais désireux de lutter pour la plus noble des causes, celle de la paix.

Il y a trente-et-un ans, jour pour jour, un double attentat frappait les contingents français et américains.

Le premier atteint l’aéroport international de Beyrouth, le siège des marines américains. Je veux à nouveau rendre hommage à nos amis américains, qui ont alors payé comme nous le prix du sang pour leur engagement, et qui continuent aujourd’hui de lutter à nos côtés, toujours en faveur de la paix.

Le second attentat touche la France au cœur. Il provoque l’effondrement du « poste Drakkar », ce grand immeuble de huit étages où était installé l’un des cantonnements de la force française. Durant des jours, soldats et civils se relaient pour retrouver dans les décombres les vies que l’explosion n’a pas emportées. Certains parachutistes échappent ainsi à la mort, après de longues heures passées sous les gravats. Mais d’autres – la plupart – ne survivent pas à l’attentat.

Le 23 octobre 1983, 58 parachutistes français sont morts pour la France au Liban, et « Drakkar » s’est inscrit dans l’histoire de notre pays comme le nom d’une tragédie nationale.

A ceux qui ont donné leur vie en ce jour funeste, la Nation est à jamais reconnaissante. Je pense aussi à leurs familles – certaines sont présentes aujourd’hui –, qui vivent depuis avec l’absence d’un être cher. J’exprime également l’hommage de la Nation aux blessés du Drakkar, ainsi qu’à leurs familles, qui les ont aidés à surmonter cette terrible épreuve.

L’hommage que j’ai l’honneur de renouveler aujourd’hui, s’est traduit il y a trente ans par la reconnaissance individuelle de vos mérites militaires, à travers l’attribution de décorations, pour certains la médaille militaire, pour d’autres la médaille d’or de la défense nationale.

Mais dans ce drame, la Nation vous devait davantage que sa reconnaissance. La Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre, qui œuvre chaque jour de façon exemplaire pour nos blessés, n’existait pas en 1983. Et il faut bien reconnaître que l’accompagnement dont vous auriez dû bénéficier à l’époque n’a pas toujours été à la hauteur de ce que la France doit aux soldats qui se sont sacrifiés pour son drapeau.

C’est pourquoi j’ai demandé, en venant à votre rencontre l’an dernier, que la situation des blessés du Drakkar puisse être évaluée dans les mêmes conditions que nos blessés d’Afghanistan, du Mali ou des autres théâtres d’opération, afin de proposer un accompagnement adapté à chacun. Un groupe de travail pluridisciplinaire a été créé, réunissant les forces vives de la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre et du Service de santé des armées, avec le concours de tout le ministère. L’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, grâce au travail exemplaire de sa directrice générale, Madame Rose-Marie Antoine et de toute son équipe – je salue en particulier Madame Augustin qui s’y est beaucoup investie – a été au cœur de la réussite de cette mission.

En vous réunissant aujourd’hui, je souhaitais aussi pouvoir vous présenter un premier bilan de notre action. Le premier enjeu était de rétablir le dialogue. Ce fut l’objet de la lettre que Kader Arif et moi-même avons conjointement signée. Ce premier dialogue a été par la suite consolidé par les conversations nourries que vous avez eues avec l’ONAC-VG, alors même que certains d’entre vous n’étaient plus en contact avec l’institution militaire depuis les années 1980. Je crois que nous avons pu vous écouter avec attention, nous nous y sommes efforcés. L’objectif était de prendre connaissance de votre situation, et de vous proposer ainsi un accompagnement adapté.

Cet accompagnement repose autant sur une offre de soins, à travers les hôpitaux d’instruction des armées ou les centres médicaux des armées, que sur des aides sociales, ou la relance des démarches pour l’obtention ou la révision de la pension militaire d’invalidité. Ces efforts vont naturellement se poursuivre, dans la durée, comme ils se poursuivent pour nos soldats engagés au quotidien sur les différents théâtres d’opérations. J’en prends l’engagement devant vous.

Mettre à votre service ce dispositif d’accompagnement signifie reconnaître votre qualité, à tous, de blessés. Tous, dans votre chair ou dans votre esprit, vous avez été marqués, à jamais, par cet attentat. Il est donc important que vous soyez collectivement reconnus comme des blessés de guerre. J’ai donc décidé, à titre exceptionnel, qu’il vous serait remis l’insigne des blessés militaires. Cet insigne est un témoignage des combats menés pour la République. Porté par des milliers de combattants des deux conflits mondiaux, des guerres de décolonisation et des opérations extérieures, il marque l’hommage et la profonde reconnaissance de la Nation à celles et ceux qui ont été blessés au cours d’opérations de guerre, pour la défense de ses idéaux, notamment la paix et la stabilité dans le monde.

Le législateur a décidé de donner un nouvel éclat à cet insigne. Il a en effet décidé, dans le cadre de la loi de programmation militaire, la rénovation de ses conditions d’attribution afin de généraliser ce droit à l’ensemble des militaires qui ont subi, en situation de guerre et plus largement en opérations extérieures, une blessure, physique ou psychique, reconnue par le service de santé des armées.

A travers ces actes concrets, à travers aussi la cérémonie qui nous réunit aujourd’hui à l’Hôtel de Brienne, nous voulons porter un message : la France ne vous oublie pas.

Nous n’oublions pas les blessés et les miraculés de cet attentat, qui portent en eux, à jamais, la lourde mémoire du Drakkar. Nous n’oublions pas les familles de ceux qui sont morts à Beyrouth, qui portent le deuil depuis tant d’années, avec tant de courage. Le 23 octobre 1983 est une date qui ne s’effacera pas dans la mémoire collective. Nos armées entretiennent ardemment ce souvenir, à l’occasion de prises d’armes, ou à travers la construction d’ouvrages mémoriels.

Mais je sais aussi qu’avec les années, il devient difficile, pour nombre d’entre vous, de vous associer aux différentes cérémonies de commémoration. C’est pourquoi je demande à l’ONAC-VG de maintenir le lien avec vous et toutes les familles de soldats tombés lors de l’attentat du Drakkar. Je veux ainsi m’assurer qu’un représentant du ministère se déplace au moins une fois par an pour rencontrer chaque famille, et vérifier qu’elle bénéficie de tout le soutien qui est dû aux ressortissants de l’Office.

Cette mémoire qui nous rassemble aujourd’hui reste primordiale, car notre lutte pour la paix et contre le terrorisme est plus que jamais d’actualité. Se souvenir, c’est d’une certaine façon continuer le combat de ceux qui sont morts au Liban. A la volonté des terroristes de nous diviser aujourd’hui, nous opposons aussi le souvenir et l’entraide. C’est la preuve du lien indestructible qui unit la Nation à son armée. Face à l’horreur, devant tant de violence, certains voudraient que nous n’ayons plus que la peur comme refuge, mais l’acte de mémoire que nous faisons aujourd’hui témoigne que notre véritable refuge, c’est la solidarité, ce sont nos valeurs. Aujourd’hui encore, partout dans le monde, nos soldats combattent avec le même courage et le même dévouement que vous avez montrés il y a trente-et-un ans à Beyrouth. C’est pourquoi se souvenir de cet attentat, c’est aussi rappeler la permanence de l’engagement de la France à lutter pour la paix.


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