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La dissuasion est décisive

La dissuasion est décisive : sa force réside dans sa constance

Colloque pour les 50 ans de la dissuasion : Discours de clôture de Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense. École militaire, jeudi 20 novembre 2014 – Seul le prononcé fait foi – Source : DICoD.

Messieurs les Ministres,
Madame la Présidente,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale,
Monsieur le Délégué général pour l’armement,
Messieurs les chefs d’état-major,
Messieurs les directeurs,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs,

Le 8 octobre 1964, le commandant Caubel et le capitaine Caubert, de l’escadron « Gascogne », prenaient place à bord de leur Mirage IV, armé d’une bombe nucléaire AN11. Un avion-ravitailleur C-135 stationnait non loin d’eux, également prêt à décoller rapidement, pour donner au chasseur une allonge supplémentaire.

Cette première prise d’alerte sur la base de Mont-de-Marsan, il y a cinquante ans, a été célébrée le mois dernier sous la présidence du chef d’état-major des armées, le général de Villiers. Il ne s’est passé un seul jour, un seul instant, depuis ce jour de 1964, sans que ne soit assurée la permanence de la mission de dissuasion par des aviateurs, des marins et des gendarmes, sans oublier, pendant un temps, des unités de l’armée de terre.

C’est pourquoi, je suis particulièrement heureux d’être parmi vous pour célébrer cet anniversaire et clore ce colloque sur les Forces aériennes stratégiques.

Cet engagement opérationnel exemplaire est d’abord le fruit d’une formidable aventure humaine, dont il faut reconnaître l’importance et que je veux saluer avec vous. C’est pourquoi, au demeurant, je peux le dire devant vous aujourd’hui, je suis personnellement favorable à la possibilité de décerner une distinction pour la « mission permanente ». J’ai demandé à ce que tout soit fait pour concrétiser ce projet.

Cette aventure humaine est un défi scientifique et technologique hors du commun, qui a débuté bien avant 1964, et qui se poursuit aujourd’hui au travers de la direction des applications militaires du CEA et de la DGA, grâce à l’engagement aussi de nos meilleurs industriels. On ne dit pas assez que l’investissement scientifique, la qualité technologique et les performances techniques mis au service de la dissuasion ont placé la France au tout premier rang des puissances du monde moderne. Vous êtes capables, nous sommes capables, de dialoguer et rivaliser avec les meilleurs laboratoires et centres d’expertise aux Etats-Unis, en Europe, en Russie, dans le monde, et c’est une de nos grandes fiertés.

La direction des applications militaires du CEA a fêté son cinquantenaire il y a six ans et la DGA en 2011. Car avant d’être opérationnel, un tel système d’armes doit être pensé, conçu, puis fabriqué selon des objectifs et un cahier des charges particulièrement exigeants. Permettez-moi donc de rendre hommage ici à deux générations de scientifiques et d’ingénieurs qui ont œuvré au service de la sécurité de la France, avec beaucoup de succès : le premier essai nucléaire français, Gerboise Bleue, le 13 février 1960 ; le déploiement d’une première force de frappe avec l’arrivée du tandem Mirage IV / AN11 et avion ravitailleur C135, en 1964 donc ; l’accès à la capacité thermonucléaire en 1968 ; l’admission au service actif du sous-marin nucléaire lanceur d’engins « Le Redoutable » en 1971.

Cette histoire continue de s’écrire, puisque des défis nouveaux, tout aussi difficiles ont été relevés depuis cette date. Je pense, bien sûr, au passage, à partir de 1996, à la seule simulation pour concevoir nos têtes nucléaires sans essai, formidable défi, que le président Mitterrand croyait possible, que le président Chirac a confirmé et que vous avez, que nous avons brillamment relevé. Le Premier ministre a d’ailleurs rendu récemment hommage aux équipes du Laser Méga-Joule. Je pense aussi aux nouvelles générations de sous-marins, de missiles de longue portée, aux progrès de la discrétion acoustique et il faudrait en citer bien d’autres.

Cette histoire, surtout, prend particulièrement sens aujourd’hui, dans un contexte stratégique qui rend pleinement pertinente la stratégie de dissuasion nucléaire pour notre pays.

Force est de constater que l’actualité confirme avec gravité les analyses exposées dans le Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013. Elle nous confronte tout autant aux menaces de la force qu’aux risques de la faiblesse.

Force est aussi de constater que certains États n’hésitent pas à déployer une politique de puissance militaire au mépris des normes internationales et des engagements pris, jusqu’au mépris des frontières. Le raidissement des postures et les démonstrations de force, les actions d’intimidation impliquant parfois le recours à des moyens stratégiques, l’émergence d’un positionnement offensif dans le domaine naval, sont également significatifs. Au plan strict de notre politique de défense, nous ne pouvons ignorer de telles évolutions.

La crise ukrainienne est venue nous rappeler que l’emploi de la force armée, et pas seulement sa menace d’emploi, peut devenir à tout moment une réalité. Cette situation touche aujourd’hui un pays frontalier de l’Union européenne et de l’OTAN. Ce « retour » à une réalité que d’aucuns pensaient révolue doit nous conduire, nous Français, mais aussi nous Européens, à actualiser notre approche des questions de sécurité en Europe.

Le sommet de l’OTAN à Newport a été l’occasion d’affirmer des réalités que nous n’avons eu de cesse de souligner. D’abord, l’OTAN doit demeurer avant tout une alliance militaire crédible. Nous devons disposer de forces suffisantes, interopérables, réactives – et témoigner de la volonté de les employer lorsque cela est nécessaire. Cela nécessite un effort, en particulier budgétaire. Chacun doit prendre ses responsabilités. Dans l’environnement qui est le nôtre, la posture de l’Alliance atlantique doit être robuste et crédible – et pour cela, son volet nucléaire doit lui-même être robuste et crédible.

Les forces nucléaires françaises y contribuent : cela figure, depuis 1974, dans le concept stratégique de l’OTAN, et cela correspond à un choix de tous les présidents de la République française depuis lors. La France est, et restera fidèle à ses engagements au titre de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord. Plus largement, l’existence de forces nucléaires françaises participe, c’est une évidence, à la sécurité de l’Europe.

Je veux le dire ici fortement, ceux qui entendent délégitimer fondamentalement la dissuasion nucléaire se trompent de combat. Nous devons éviter que l’appel généreux à un monde « sans armes nucléaires » ne prépare un monde où seuls les dictateurs en disposeraient. La France est à l’avant-garde d’une politique résolue de maîtrise des armements et de lutte contre la prolifération, dans le cadre du droit international. C’est sur ce terrain-là qu’elle entend concrètement progresser pour éviter que de nouvelles courses aux armements ne s’enclenchent.

Actualiser notre approche des questions de sécurité en Europe, cela veut aussi dire reconnaître que l’Europe de la Défense est une nécessité. Car elle nous permet de contribuer à la sécurité de notre environnement. Elle est aussi le gage de notre solidarité militaire, entre Européens. Il y a aujourd’hui, aux côtés de la France, des Européens en Afrique ou au Moyen-Orient. Je m’en réjouis, car c’est la démonstration que l’Union peut être un acteur de la sécurité de l’Europe et que nous avons su convaincre de l’importance de ces théâtres extérieurs pour la sécurité de notre continent. Mais l’Europe de la Défense est encore un long chemin, qui nécessitera ténacité et volonté politique.

Sur un autre front, la prolifération des armes de destruction massive peine à être enrayée. Nos regards se portent vers les négociations en cours visant à empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Cette étape charnière du traitement diplomatique de la crise nucléaire iranienne est tout autant porteuse d’espoirs que de risques sur les équilibres précaires d’un Moyen-Orient en plein bouleversement. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la stabilité de cette région – centrale pour les intérêts de sécurité européens et ceux de nos alliés – mais c’est aussi la crédibilité du Traité de non-prolifération, et donc rien moins que l’avenir d’un pan entier de la sécurité internationale.

Plus à l’est encore, en Asie, les tensions régionales se traduisent par une rivalité nucléaire et balistique qui s’est exacerbée entre plusieurs pays. La crise de prolifération en Corée du Nord pèse sur la stabilité de la péninsule. Plus largement, sur l’ensemble du continent asiatique, on relève une augmentation régulière des arsenaux nucléaires, une volonté de diversification des vecteurs, qu’ils soient terrestres, aériens ou sous-marins, dans un contexte général de tensions et de conflits territoriaux anciens et non résolus. L’équilibre stratégique de ce continent porteur de tant d’espoirs est donc fragile. Et la logique de concurrence, voire de rapport de forces, avec les États-Unis n’est jamais loin chez certains.

Dans ce contexte international, la dissuasion nucléaire française me paraît plus que jamais pertinente. Les principes en ont été rappelés tant dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013, que dans la loi de programmation militaire 2014-2019.

La dissuasion protège la France contre toute agression d’origine étatique qui viserait ses intérêts vitaux, d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme. Ce socle fondamental nous a permis de franchir sans encombre les cinquante ans qui nous séparent de la création des Forces aériennes stratégiques. Surtout, il nous donne des assurances pour affronter un avenir sans certitude sur le plan de notre sécurité extérieure.

La dissuasion préserve aussi la liberté de décision et d’action du pays, c’est-à-dire notre autonomie stratégique. Elle permet en effet de prévenir le risque de chantage qu’une puissance nucléaire pourrait être tentée d’exercer à notre encontre dans le cadre d’une crise internationale ou régionale. Elle donne ainsi au Président de la République les moyens d’assumer pleinement et en toute souveraineté les responsabilités de la France et de respecter ses engagements internationaux.

La stratégie de dissuasion s’inscrit plus largement dans une stratégie militaire globale et cohérente, qui allie protection, intervention extérieure et dissuasion. Elle bénéficie de capacités renforcées et du meilleur niveau en matière de connaissance, de renseignement et d’anticipation.

La stratégie de dissuasion doit en effet s’accompagner d’un effort permanent et accru pour percevoir, comprendre et analyser aussi bien les évolutions de notre environnement stratégique que la pratique de la dissuasion dans le monde plus instable, plus ambigu et plus incertain qui nous entoure. Comprendre les intentions et connaître les capacités de nos adversaires potentiels n’est pas un luxe – c’est un investissement indispensable, qui impose d’y consacrer toutes les ressources nécessaires, en termes matériels, humains comme intellectuels. C’est pourquoi, la Programmation militaire comporte un accent prioritaire en faveur du renseignement et de ses équipements, tant dans le domaine de l’observation, spatiale et aérienne, que de l’écoute électromagnétique, lancée, enfin, pour sa dimension spatiale, en décembre 2013.

Conformément aux engagements du président de la République, je veux réaffirmer également la pertinence de la structure à deux composantes de notre force de dissuasion.

La composante aéroportée, sous l’égide des Forces aériennes stratégiques, ou embarquée au sein de la Force aéronavale nucléaire quand elle est activée, offre à l’autorité politique un large choix d’options stratégiques et militaires, avec un éventail de modes d’action qui confère une véritable souplesse à l’ensemble du dispositif. Notamment, elle contribue fortement, sur décision du Président de la République, à l’exercice d’effets stratégiques ciblés, ou à une frappe d’avertissement ultime.

La composante aéroportée représente aussi une capacité « visible », qui ouvre, en cas de nécessité, un espace pour une manœuvre politico-diplomatique.

Elle génère pour l’adversaire potentiel une contrainte supplémentaire pour ses défenses, grâce à la diversité des modes de pénétration de nos armes, balistiques ou aérobies, aéronefs ou sous-marins. Et, par la redondance qui en résulte, elle met nos forces nucléaires à l’abri d’une percée technologique imprévue dans tel ou tel domaine.

Enfin, son coût est modéré au regard des enjeux de souveraineté que j’ai évoqués, environ 5 % du budget de la dissuasion dans les dix prochaines années.

Cette composante va poursuivre sa modernisation avec la signature du contrat MRTT, qui permettra de remplacer enfin nos ravitailleurs, acteurs essentiels de l’épopée cinquantenaire des FAS. Ils étaient déjà là en 1964 ! Le ravitaillement en vol est plus largement, aujourd’hui, une capacité indispensable à toute puissance aérienne. Elle est fondamentale pour garantir l’autonomie stratégique de la France, l’entrée en premier, et son positionnement dans une coalition. Elle permet en effet la réalisation très rapide de frappes aériennes à longue distance depuis la métropole, comme les opérations au Mali l’ont brillamment illustré. Elle accroît l’autonomie des appareils engagés sur un théâtre d’opérations, offrant ainsi sur de vastes espaces la maîtrise du ciel et la capacité à frapper en tout lieu, dans des délais parfois extrêmement brefs. Nous le constatons au quotidien dans nos opérations au Levant.

A cet égard, j’ai le plaisir de vous annoncer aujourd’hui même que le contrat MRTT a franchi avec succès les dernières étapes de son instruction administrative, et dispose donc des accords nécessaires pour la notification. Il fallait bien célébrer ce Cinquantenaire ! J’irais jusqu’à dire qu’il est désormais sur une trajectoire « balistique », je crois que parmi vous je peux me permettre cette formulation, avec un achèvement prévu dans les tous premiers jours de décembre. C’est un grand plaisir pour moi, je vous l’avais promis, encore récemment au Parlement. Le contrat va donc démarrer, et le premier des douze appareils prévus sera livré en 2018, conformément à la LPM. J’en félicite les équipes de programme, la DGA et l’Armée de l’Air en premier lieu. La balle va donc passer dans le camp des industriels, Airbus, Thales, Rolls Royce, et bien d’autres, pour réussir ce programme, je le suivrai de près vous pouvez compter sur moi.

Le Général Mercier m’a offert également le privilège de vous révéler le nom de baptême que portera le MRTT dans l’Armée de l’Air. Et cela mérite que l’on s’y attarde quelques instants. Ce choix n’est pas le résultat d’une coûteuse étude marketing. Bien au contraire, il est le fruit de la réflexion des futurs utilisateurs eux-mêmes, et c’est bien ainsi. Le nom qui a été retenu est « Phénix », Airbus A330 « Phénix ». Ce choix n’est pas anodin. Il souligne la volonté d’associer le caractère légendaire de cet oiseau mythique avec un avion qui représente une avancée remarquable à tous les niveaux de performance. Ce sont de grands défis qui attendent les futurs équipages. Et si vous me permettez également ce parallèle, les couleurs Rouge et Or du « Phénix » viennent aussi rappeler le rouge, couleur des Forces aériennes stratégiques, ainsi que l’or des ailes de l’Armée de l’Air.

La complémentarité de cette composante aéroportée avec la Force Océanique Stratégique est donc un atout majeur pour notre pays. Nos quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, épine dorsale de la capacité de frappe en second, en même temps que source du maximum de puissance de nos armes, assurent sans faille la permanence à la mer. Par leur patrouille silencieuse et leur allonge, ils garantissent au Président de la République la possibilité d’exécuter à tout moment et en tout lieu une frappe nucléaire au moyen de leurs missiles balistiques.

Cet impressionnant édifice constitue aujourd’hui un ensemble cohérent et redoutable, qui a su s’adapter sur les plans technique, opérationnel et doctrinal. Il est né d’une volonté politique forte ; il s’est consolidé dans un consensus national solide ; il continue d’exister et de se développer, grâce à une autorité politique affirmée, qui est consciente des exigences de notre sécurité à long terme et des responsabilités de la France en Europe et dans le monde.

Cet ensemble, dont je tenais à rappeler la totale pertinence dans les temps troublés que nous traversons, nécessite des équipements modernes, qui concourent directement à la crédibilité de la stratégie de dissuasion.

Conformément aux engagements du président de la République, le Gouvernement a donc poursuivi l’effort de renouvellement de nos moyens de dissuasion. J’ai parlé des MRTT. Je voudrais à présent revenir plus largement sur les engagements inscrits dans la loi de programmation militaire et, sur ces points particuliers, très importants, soutenus par une large partie du Parlement, majorité et opposition confondues.

Concernant la composante océanique, le missile M51.2, doté de la nouvelle tête nucléaire océanique (TNO), sera déployé à partir de 2016, en commençant par le SNLE « Le Triomphant ».

Conformément aux décisions prises par le président de la République en Conseil de défense, la réalisation du missile successeur, le M51.3, est engagée depuis la décision notifiée au mois de juillet dernier. Le M51.3 permettra à nos forces océaniques de maintenir leur capacité de pénétration renforcée, y compris face aux défenses adverses futures. Il concrétisera la logique incrémentale engagée depuis quelques années autour du M 51. En parallèle, des études amont se poursuivront, afin de préparer le futur programme « SNLE-3ème Génération », qui remplacera progressivement les 4 SNLE actuels, du type « Le Triomphant », à l’horizon 2035.

De même, s’agissant de la composante aéroportée, a été lancée durant l’été dernier le stade de l’élaboration du missile ASMPA rénové. Celui-ci dotera cette composante d’un missile aérobie capable de pénétrer toutes les défenses futures jusqu’à l’horizon 2035.

Enfin, les études portant sur le successeur du missile ASMPA, baptisé missile ASN4G, ont déjà débuté. Des conceptions audacieuses, ayant recours par exemple aux technologies de la furtivité ou de l’hyper-vélocité, à la pointe des développements de la technologie, seront explorées. Ces projets sont doublement nécessaires. Nécessaires parce que la dissuasion n’a de sens que si elle peut en permanence surmonter les stratégies d’interdiction que nos adversaires pourraient vouloir mettre en œuvre. Nécessaires, aussi, sur le plan industriel car, dans ce cas comme dans de nombreux autres, la dissuasion exerce un effet d’entraînement sur l’ensemble de nos capacités industrielles et technologiques. Le choix du futur système d’armes, composé du missile ASN4G et d’un porteur encore à définir, représente donc un enjeu majeur pour les Armées. J’ai toute confiance dans le général Denis Mercier et le Délégué général pour l’armement Laurent Collet Billon, pour orienter et éclairer ce dossier, qui est intimement lié au futur format de l’Armée de l’Air.

Notre stratégie de dissuasion est, enfin, inséparable de l’effort réalisé en matière de Simulation et du programme des têtes nucléaires (TN). La France, grâce aux efforts consentis sans discontinuer depuis 1996, dispose, avec la tête nucléaire aéroportée (TNA), de la première arme nucléaire exclusivement réalisée à partir de la Simulation. C’est un motif de grande satisfaction et de grande fierté. Je tiens à en remercier ici toutes les équipes du CEA/DAM.

Cher Daniel Verwaerde, vous savez toute l’admiration qui est la mienne. J’ai eu l’occasion de me rendre sur le site du Laser Méga Joule au début de cette année, et j’ai pu constater l’excellence autant que l’engagement de vos chercheurs, mathématiciens, physiciens, ingénieurs et techniciens, qui se sont montrés plus qu’à la hauteur de cet enjeu technique majeur.

Le dispositif actuel, constitué du Laser Méga-Joule, de l’installation de radiographie EPURE (dont nous venons de recevoir les premiers clichés) et de supercalculateurs TERA, nous garantit pour une longue période de disposer d’un outil quasi unique au monde. Grâce à ce dispositif, la France peut réaliser des systèmes nucléaires particulièrement fiables et extrêmement sûrs, uniquement par la Simulation. Elle est le premier pays au monde, le seul à ma connaissance à ce jour, qui soit capable de garantir le fonctionnement d’une arme thermonucléaire par la Simulation. Je crois que notre fierté est légitime.

Je veux enfin rappeler le souci constant que nous avons de respecter le principe de stricte suffisance et de rechercher le « juste besoin ». Dans le cadre de la nouvelle loi de programmation, à l’instar des autres programmes, l’agrégat financier nucléaire a été soumis à de fortes contraintes. Il faut aussi le rappeler.

Les programmes que je viens d’évoquer reposent sur une industrie française au meilleur niveau. Je voudrais insister sur le rôle pilote de la dissuasion, évoqué cet après-midi. La dissuasion porte en effet l’excellence et l’innovation dans de nombreux secteurs : missile aérobie et balistique, radar aéroporté et sonar, simulation, transmissions, acoustique, discrétion… La France est l’un des rares pays au monde à maîtriser parfaitement la technologie des missiles à statoréacteur. Le principe peut paraître simple, mais je sais que le développement et la production de tels missiles sont d’une complexité extrême, et je crois que nous pouvons être fiers du travail accompli par MBDA en lien étroit avec la DGA. Dans le domaine des missiles balistiques, Ariane a largement bénéficié des études et des innovations réalisées dans le cadre du développement du missile M4. Ces synergies se poursuivent grâce au travail exemplaire d’Airbus DS.

Vous savez par ailleurs que de nombreux moyens, utilisés pour la mission de dissuasion, sont duaux ; ils tirent nos capacités conventionnelles vers le haut. Je pense bien sûr aux sous-marins nucléaires d’attaque, aux Rafale, aux frégates anti-sous-marines, aux moyens de renseignement satellitaire, pour ne citer que ces exemples. Il y a ainsi, entre la dissuasion et les forces conventionnelles, un cercle vertueux au plan industriel, qui correspond aussi à une crédibilité croisée sur le plan opérationnel. Les équipages Rafale de l’escadron nucléaire ont ainsi été les premiers sollicités pour réaliser des frappes de longue distance en Libye, avec le missile conventionnel SCALP.

Cinquante ans après la première prise d’alerte des Forces aériennes stratégiques, je veux témoigner, au nom du président de la République, de la reconnaissance de la Nation à l’ensemble des acteurs – militaires et civils – qui ont rendu cette aventure possible. Votre excellence – opérationnelle pour les uns, technologique et scientifique pour les autres –, votre engagement total, font aujourd’hui la fierté de la France et fondent son potentiel face aux défis qui l’attendent, car elle sait qu’elle peut compter sur vous.

Chacun le vérifie, nous sommes au cœur d’un contexte stratégique qui évolue à grande vitesse. Les décideurs des années 1990, ceux qui ont pris la décision de pérenniser la dissuasion nucléaire à travers le programme Simulation, au sortir de la guerre froide, pensaient-ils que les bouleversements des années 2010 conjugueraient terrorisme jihadiste de grande ampleur, menaces de la force, risques de la faiblesse, avec des crises de prolifération majeures ? De la même manière, nous serions bien en peine de prévoir aujourd’hui les menaces auxquelles nous devrons faire face dans vingt ans.

C’est dans ces conditions que la dissuasion est décisive. Sa force réside dans sa constance. Ce que vous accomplissez, avec dévouement et dans la discrétion, est donc l’une des tâches les plus nobles qui soient. Elle assure à la France sa sécurité et sa souveraineté en toute circonstance. Elle lui permet de porter une voix indépendante et forte dans le concert des Nations. Je veux vous en remercier.


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