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La sécurité est la condition qui précède le développement

La sécurité est la condition qui précède le développement

Clôture du Forum sur la paix et la sécurité en Afrique : Discours de Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense. Dakar, le mardi 16 décembre 2014 – Seul le prononcé fait foi – Source : DICoD.

Messieurs les Présidents,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Commissaire,
Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,

Au moment de conclure, mes premiers mots seront des mots de félicitations.

Il y a un an, avec le Président Macky Sall, nous avions fait le pari – certains diront un peu fou – d’imaginer ce forum. Un an après, ce pari a été tenu. Peut-être au-delà même de nos espérances initiales.

Pendant deux jours, j’ai assisté à des échanges qui m’ont frappé non seulement par leur qualité mais aussi par leur liberté de ton et de parole. C’est bien dans cet esprit que nous avions imaginé ce forum : un lieu de rassemblement, un lieu d’échanges sans fard et sans a priori. Je veux donc féliciter les autorités sénégalaises d’avoir donné cette impulsion. Elle a été structurante et se révèle décisive.

Je voudrais également partager avec vous les trois principaux enseignements que j’ai tirés des échanges qui nous ont rassemblés.

Tout d’abord, une idée simple mais qu’il faut rappeler : la sécurité se construit tout d’abord à l’échelle d’un État.

C’est une évidence, mais nous, partenaires de l’Afrique, avons peut-être eu tendance à l’oublier un peu vite. Pour construire une architecture régionale forte, il faut des fondements solides. Pour le dire autrement, il ne pourra y avoir d’organisations régionales africaines fortes sans, au préalable, des États africains forts et des armées africaines solides. Cette priorité doit bien sûr se refléter dans les décisions souveraines des gouvernements africains. Mais elle doit aussi inspirer les choix des partenaires de l’Afrique : avant d’accompagner l’échelon régional, notre responsabilité de partenaire ou de bailleur est de nous assurer que la première marche, celle de l’échelon national, a bien été gravie.

C’est tout le sens de la modernisation de notre dispositif de forces prépositionnées en Afrique que j’ai menée au cours des deux dernières années, et dont les forces françaises au Sénégal sont la plus concrète illustration. Ce dispositif nous permet aujourd’hui d’intervenir ponctuellement et de manière ciblée, dans chaque pays de la région CEDEAO, pour remédier, à la demande des autorités nationales, à des lacunes critiques ou pour consolider les acquis des armées nationales. Mission après mission, nous construisons ainsi des capacités nationales qui pourront, le moment venu, contribuer à une dynamique régionale. Cet ordre est important et doit être respecté.

Je me réjouis de constater que cette approche est également partagée par l’Union européenne. Aujourd’hui, le visage le plus concret de l’Union européenne en Afrique, ce sont les missions de type EUTM qui contribuent, en Somalie, au Mali, demain en République centrafricaine, à reconstruire le premier échelon de l’État de droit, c’est-à-dire une armée loyale, formée et dotée des capacités essentielles pour assurer ses missions au service d’un pouvoir politique légitime et sous son contrôle.

Nous avons encore des blocages à surmonter. Si nous sommes tous d’accord pour considérer que la sécurité est la condition qui précède le développement, alors pourquoi ne pas considérer que les outils minimaux pour permettre à un Etat d’assurer sa propre sécurité – mobilité, transmissions, uniformes, etc. - doivent être éligibles à l’aide au développement ? Pour être concret, je ne comprends toujours pas pourquoi des fonds européens peuvent financer l’achat de matériels pour des policiers africains, mais en aucun cas pour des militaires africains.

C’est un message que ce forum pourrait porter : la sécurité a un prix, et elle est un investissement cardinal pour le développement. Tracer une frontière étanche entre les deux est une illusion. Si nous pouvions porter, ensemble, ce message dans les dialogues entre l’Europe et l’Afrique et faire sauter ce verrou artificiel entre sécurité et développement, ce serait un des premiers débouchés positifs.

La deuxième idée sur laquelle je souhaite insister est tout aussi simple : ll n’y a de sécurité durable que dans la coopération. Nous avons passé en revue, au cours de ces deux derniers jours, les grandes menaces qui pèsent sur la sécurité du continent africain : le terrorisme, la criminalité organisée, les trafics, la piraterie. Aucune de ces menaces n’est limitée au continent africain, on le voit à Sydney et à Peshawar, ne pourra être surmontée par un seul État, quelle que soit sa volonté et quelles que soient ses capacités.

Nous devons donc travailler ensemble à poser les jalons conceptuels et opérationnels de cette « sécurité collaborative » pour l’Afrique. Nous avons, pendant deux jours, abondamment évoqué les défis qui sont devant nous et qui sont clairs : le dialogue, la coopération, la gestion partagée, sont la seule réponse efficace à des menaces communes. Cela ne va pas de soi, et nous savons tous que la menace djihadiste au Sahel a profité des divisions et divergences qui ont trop longtemps retardé la formulation d’une réponse collective.

A ce titre, ce forum m’a conforté dans mon optimisme, car j’y ai retrouvé la prise de conscience que je constate à l’œuvre sur le terrain à chacun de mes déplacements.

Au Sahel, nous avons mis en place avec l’opération Barkhane un cadre d’action qui est davantage qu’une opération de lutte contre le terrorisme. Barkhane est conçu comme un accélérateur de coopération. C’est une nouvelle façon d’agir ensemble, sur un territoire immense qui, je le dis pour mes amis européens ici présents, couvre un territoire équivalent à celui qui sépare Gibraltar de Moscou. Je constate en effet que notre engagement fournit en effet un remarquable vecteur pour accélérer la coopération qui se met en place entre tous les pays de la région. Je me réjouis que nous ayons tous, au cours de ces deux jours, encouragé ce mouvement de coopération qui est la seule réponse durable et décisive pour neutraliser les groupes terroristes, mais aussi face à Boko Haram ou à la lutte contre la piraterie maritime au large du Golfe de Guinée.

Sur ce sujet, je ne doute pas que les travaux que nous avons engagés au cours de ces deux jours vont également permettre de concevoir ce corps de doctrine stratégique qui est nécessaire à toute action militaire. L’opération Barkhane avait besoin de ce socle, et je vous remercie d’y avoir contribué.

Face à la menace sans précédent de Boko Haram, la France a également joué son rôle en facilitant, lors du sommet de Paris, un dialogue indispensable entre les pays exposés aux activités barbares de ce groupe. Je constate que cette dynamique s’amplifie dans le cadre de la commission du bassin du Lac Tchad.

Je pourrais également citer l’exemple du Golfe de Guinée puisque les ingrédients d’une stratégie régionale sont en train d’être mis en œuvre.

Au final, je relève ici que ce forum a adressé un message clair : il n’y a plus de place pour une gestion solitaire des crises. Cette dynamique est portée par l’Afrique. Nous sommes là pour l’accompagner.

Le troisième enseignement que je retiens de ce forum, c’est que l’action militaire est indispensable mais qu’elle ne se suffit pas à elle-même.

Beaucoup d’intervenants ont loué, et je les en remercie, la rapidité de réaction de l’armée française face à la progression de la menace jihadiste au Mali. Il a été également rappelé que, si nous n’étions pas intervenus en RCA, et si nous n’avions pas accéléré notre déploiement, ce pays aurait connu des massacres de masse comparables à des drames connus par d’autres pays d’Afrique centrale. C’est la fierté de la France d’avoir contribué à éviter ce drame et d’avoir été capable de mener deux opérations aussi complexes avec un aussi bref préavis.

Mais la réaction n’est pas tout. Je retire de cette expérience une conviction profonde qui tient en une expression : le besoin d’anticipation.

L’Afrique a bien sûr besoin d’une capacité de réaction rapide. Grâce aux efforts de l’Union africaine, elle est sur la voie de s’en doter avec la CARIC et je m’en félicite. Mais l’Afrique a aussi besoin d’un mécanisme pour anticiper les crises, les prévenir, les comprendre.

Sans vision partagée de la menace, comment organiser une réponse militaire efficace ? Sans prise de conscience commune sur l’urgence à agir, comment espérer que les armées africaines soient au rendez-vous ? C’est, là aussi, le message que ce forum pourra porter. L’Afrique a besoin d’un lieu, d’une plate-forme où se déroule le débat et où se cristallise un consensus, dont l’Union africaine peut relayer le projet, sur les menaces et les défis pour la sécurité du continent. Cette vision commune ne peut se construire en 48 heures, mais elle trouvera son existence et sa force dans la dynamique que nous avons ouverte et qui se prolongera bien au-delà de ce forum.

Le dernier point que je voulais souligner est que l’action militaire ne peut pas tout.

De par mes propres fonctions, je suis convaincu de la centralité de l’outil militaire pour garantir la paix et la sécurité. Une sortie de crise se construit avant tout sur un outil militaire crédible. Mais je suis également conscient que l’outil militaire doit trouver son prolongement dans une action qui ne relève plus du militaire mais de la gouvernance, de l’aide au développement et de la croissance économique. Une sécurité durable ne peut venir que de la combinaison de ces différents volets. C’est le défi qui se pose aujourd’hui au Nord du Mali, mais également dans bien d’autres régions en Afrique où l’action militaire doit être relayée par le dialogue politique et par le développement.

C’est finalement le défi que nous avons relevé pendant ce forum : croiser les approches, confronter nos différents regards et nos différentes cultures, pour faire émerger une vision partagée. C’est maintenant cette approche qu’il faut mettre en œuvre ensemble au quotidien sur le terrain.

Je vous remercie.


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