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Ce n’est pas avec les armées d’hier que nous gagnerons les guerres de demain

Discours pour le congrès annuel du Souvenir français par Jean-Yves Le Drian, ministre français de la défense. Reims, le 17 avril 2015 – Seul le prononcé fait foi – Source : DICoD.

Monsieur le président, cher Gérard Delbauffe,
Madame la ministre,
Monsieur le maire,
Mon général,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs, chers amis,

Merci de votre accueil chaleureux et de ces mots amicaux. En réponse, je voudrais simplement vous dire le grand plaisir que j’ai d’être avec vous, cet après-midi, dans cette belle ville de Reims, pour le congrès du Souvenir français.

Ces derniers mois en particulier, la Défense est sur tous les fronts. Cette actualité lourde ne m’a pas facilité la tâche, mais je tenais à venir vous saluer. Je suis donc très heureux de le faire aujourd’hui, à la fois pour vous dire l’importance que j’attache à l’œuvre du Souvenir français, mais aussi pour partager avec vous ma vision de la Défense, une vision dans laquelle vos actions ont toute leur place.

Je vais bien sûr parler des commémorations, qui trouvent d’ailleurs à Reims une résonance particulière. Mais je voudrais commencer par évoquer l’actualité de notre Défense, parce qu’elle vous concerne au premier chef. Comme citoyens, mais également comme membres du Souvenir français.

La grandeur de votre association, en effet, c’est d’avoir tôt compris qu’il n’y avait pas les anciens combattants des deux guerres mondiales et les autres. Qu’il y avait une intime parenté entre le poilu de 1914 et le maquisard de 1944. Qu’il y avait une extraordinaire filiation entre nos combattants d’hier et nos soldats d’aujourd’hui.

Entretenir la flamme du souvenir, celui de tous les soldats morts pour la France : voilà votre mission, et je sais que vous la portez au cœur. Cet engagement, qui vous mobilise tout au long de l’année, ne vous conduit pas seulement à entretenir les tombes de ces soldats ou à restaurer les monuments qui en gardent le souvenir. Régulièrement, vous conduisez des actions citoyennes, pour transmettre, selon une belle expression, le flambeau de la mémoire aux plus jeunes générations.

Dans ce geste essentiel, qui favorise le lien entre l’armée et la nation, c’est aussi un devoir de vigilance que nous devons transmettre. Vigilance à l’égard des menaces qui pèsent sur notre pays, sur notre sécurité, sur le modèle de société que nous avons choisi.

Je ne sais pas si l’Histoire se répète. Après bientôt trois ans à la tête du ministère de la Défense, je mesure simplement que la paix n’est jamais acquise une fois pour toutes. A chaque instant, nous devons la défendre.

Je voudrais ici partager avec vous un moment très fort de mon expérience récente. Le 27 août dernier, j’étais à Clermont-Ferrand, pour commémorer les soixante-dix ans de la libération de la ville. Nous étions sur la place de Jaude. Les soldats du 92e régiment d’infanterie, ceux que l’on appelle les « Gaulois », se mêlaient aux anciens combattants. C’était particulièrement émouvant, parce que les « Gaulois » ne sont pas seulement les héritiers des maquisards. Nous étions alors au cœur de l’opération Serval, et certains revenaient du Sahel, où ils venaient de livrer de durs combats pour la sécurité de la France.

Défense de notre liberté hier, défense de notre sécurité aujourd’hui : mesdames et messieurs, tel est, à mon sens, le devoir de vigilance que les héros des guerres passées nous ont laissé en partage. À nous de l'exercer, à nous de le transmettre, et de nous montrer ainsi à la hauteur du combat qu'ils ont mené et qui reste, cent ans ou soixante-dix ans après, d'une brûlante actualité.

C’est parce que le combat de nos soldats est pleinement le vôtre, le nôtre, que je voudrais donc évoquer avec vous quelques-uns des enjeux de notre Défense aujourd’hui.

Je le ferai en évoquant d’abord trois bouleversements majeurs qui sont intervenus ces derniers mois dans notre environnement stratégique.

Le premier – je les mentionne dans l’ordre chronologique – c’est le retour du spectre de la guerre en Europe. Il y a un an, se nouait en Ukraine l’une des crises les plus graves qu’ait connues notre continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour la première fois en effet, depuis 1945, les frontières internes de l’Europe ont été modifiées par la force, par l’annexion d’une partie d’un pays par un autre pays voisin. Cette situation est lourde de conséquences, pour la sécurité de milliers de personnes en Ukraine, et, au-delà, pour le respect du droit international et la stabilité de notre continent.

Le deuxième bouleversement, c’est l’offensive de Daech dans les États du Proche-Orient, qui n’a pas de précédent. Il y a un an, cette crise – avec la gravité que nous lui connaissons aujourd’hui – était encore devant nous. La menace terroriste d’inspiration djihadiste est désormais globale. Elle dessine un arc qui va du Waziristan au Golfe de Guinée, en passant donc par le Proche-Orient, la Corne de l’Afrique, le Sahel et depuis peu, la Libye. Elle prolifère partout où la faiblesse des institutions étatiques se manifeste. Dans cette nébuleuse, deux ensembles se distinguent. Al-Qaïda est le plus ancien ; avec ses nombreuses filiales, il reste particulièrement actif. Daech est plus récent, mais c’est aujourd’hui une véritable armée terroriste : présente en particulier au Levant, elle se manifeste au travers non seulement d’attentats suicides, d’exécutions de masse ou d’exactions à l’encontre des populations, mais aussi de conquêtes territoriales et de mise sur pied de véritables appareils militaires. Voilà le deuxième bouleversement.

Le troisième en découle. C’est l’intrusion soudaine, mais sans aucun doute durable, de cette menace terroriste au cœur de nos sociétés. Les actions terroristes perpétrées sur le sol national, les 7, 8 et 9 janvier dernier, ont confirmé la réalité d’une menace que l’Etat traque depuis longtemps, mais que plus un Français ne peut ignorer aujourd’hui. Cette menace se joue de nos frontières. Présente de longue date au cœur de régions cruciales pour la stabilité de notre environnement stratégique, elle se manifeste désormais au plus près de nos vies. Jamais, dans son histoire récente, la France n’a connu une telle connexion entre les menaces directes sur son sol national et celles qui se multiplient à l’extérieur de ses frontières. C’est le troisième bouleversement.

Devant de telles menaces, la France a fait le choix de se montrer inébranlable, et ma responsabilité, sous l’autorité du président de la République, est de faire en sorte que notre Défense joue tout son rôle dans la fermeté que nous opposerons toujours à ceux qui voudraient nous frapper dans nos intérêts et nos valeurs.

Depuis les attentats de janvier, nous avons déjà pris un certain nombre de mesures. Je vous en présenterai deux, d’ordre différent, mais qui convergent pour mettre notre communauté de défense en ordre de bataille, à la juste mesure des défis de sécurité que je viens de rappeler.

Les sentinelles sont les gardiens d’un territoire, ceux qui se tiennent à la lisière entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure. L’opération que nous avons baptisée Sentinelle concrétise l’engagement de nos armées – et singulièrement de notre armée de terre – sur le théâtre national pour protéger les lieux les plus sensibles et, à travers eux, l’ensemble de nos concitoyens. Aujourd’hui, 682 sites sont protégés par nos soldats en France métropolitaine et outre-mer, en étroite collaboration avec les forces de sécurité intérieure, police nationale, gendarmerie nationale et polices municipales. C’est une première réponse.

La seconde que je voudrais évoquer est moins visible ; elle n’en est pas moins fondamentale. Il s’agit de l’actualisation de la loi de programmation militaire.

Au cours de l’année 2013, dans un contexte de tensions stratégiques déjà fortes, et de contraintes budgétaires, nous avions énoncé de nouvelles ambitions pour notre Défense – c’était l’enjeu du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale – et nous avions défini des moyens renouvelés pour les réaliser – c’était l’objet de la loi de programmation militaire.

Pourquoi ce travail ? Chacun le voit, le monde est en constante évolution. Je l’ai dit, les menaces changent, certaines prennent une ampleur nouvelle, qui peut s’avérer dramatique du jour au lendemain. Le monde évolue à grande vitesse, nous devons donc nous y adapter. Ce n’est pas avec les armées d’hier que nous gagnerons les guerres de demain, surtout lorsque les bouleversements surviennent si rapidement.

Voilà ma conviction. Elle est forte. L’adaptation des armées, ce n’est pas une contrainte de pays qui s’appauvrissent. C’est la nécessité d’Etats qui font le choix de rester en phase avec les menaces. C’est le cas de la France. Et c’est bien ma responsabilité, en tant que ministre de la défense, de donner à nos soldats les moyens de remplir les missions qui leur seront confiées. C’était l’enjeu de la loi de programmation militaire. Et c’est aujourd’hui l’objectif de son actualisation.

Le fruit de ce travail, c’est que, demain comme aujourd’hui, nous garantirons notre autonomie stratégique et notre sécurité, celle de nos concitoyens, dans ce qu’elle a d’essentiel. Nous le ferons d’abord par la crédibilité de notre dissuasion, dont les deux composantes sont en cours de renouvellement. Nous continuerons ensuite de le faire par une capacité très réactive d’intervention extérieure, comme nos armées en font la brillante démonstration sur tous les théâtres d’opérations où elles sont engagées. Nous le ferons encore par la protection – renforcée – de notre territoire et de la population, devant des menaces majeures. Nous le ferons enfin par le maintien d’une capacité industrielle et technologique substantielle, de premier rang en Europe et dans le monde.

Voilà, à grands traits, l’ambition que je veux porter à travers l’actualisation de la programmation militaire, et que je tenais à partager avec vous.

De cette actualité, la mémoire n’est jamais loin.

Elle est d’abord au cœur de cette année 2015, nouvelle étape du Centenaire, qui marque en même temps le point d’orgue du soixante-dixième anniversaire de la Seconde Guerre mondiale.

Nul n’ignore que ces deux cycles mémoriels trouvent un écho particulier, ici, à Reims.

Ville-martyre dès 1914, elle a gardé de nombreux stigmates de la Grande Guerre. Chacun pense bien sûr à la cathédrale, incendiée et éventrée, qui est restée, pour tout un pays, comme le symbole des souffrances physiques et morales de la guerre. Mais je pense aussi aux monuments aux morts : celui où nous irons nous recueillir tout à l’heure ; celui également qui honore les « héros de l’Armée noire » ; celui, encore, qui salue l’engagement des infirmières, de toutes ces femmes qui ont donné leur vie, dans ces heures tragiques, en sauvant celles des autres.

Des années plus tard, l’Histoire s’écrit à nouveau à Reims, puisque c’est ici que la reddition allemande est signée, le 7 mai 1945. Et c’est ici encore, en 1962, que le général de Gaulle et Konrad Adenauer scellent la réconciliation franco-allemande.

Je sais que le Souvenir français et ses dirigeants ont le sens des symboles. Le choix de Reims inscrit donc votre congrès au cœur de cette année de commémorations.

Dans l’entretien du souvenir, ma conviction est que tous les Français ont un rôle à jouer. Mais le vôtre est bien sûr particulier. Il conduit vos 200 000 adhérents, bénévoles, je l’ai dit, à entretenir les tombes des soldats morts pour la France, et à restaurer tous ces monuments, en France et par-delà nos frontières, qui gardent le témoignage du sacrifice ultime qu’ils ont à un moment de notre Histoire consenti.

Mais votre rôle est singulier, parce qu’il vous destine aussi à rencontrer les plus jeunes générations, celles qui n’ont pas connu de guerre, hormis peut-être l’Afghanistan et maintenant le Sahel et le Levant, qu’ils perçoivent à travers leurs écrans.

Voilà votre mission. Elle est aussi la mienne, et c’est aussi tout ce qui nous réunit aujourd’hui. Ensemble, il nous revient de porter les voix de ceux qui ont fait les guerres d’hier, et qui sont maintenant disparus. Mais il nous appartient aussi de rappeler à nos compatriotes qu’il existe, dans la France de 2015, des soldats et des anciens combattants qui ont l’âge de ceux qui montaient au front en 1915. Bien sûr, ces soldats, ces « nouveaux anciens combattants », sont sans proportion avec ceux de la Grande Guerre, mais tous risquent leur vie pour préserver la nôtre. Tous s’engagent avec un courage qui force l’admiration, qui les honore et nous oblige.

Promouvoir une mémoire vivante, qui apaise les blessures du passé et forge les amitiés du présent, pour relever ensemble les nombreux défis qui nous attendent ; faire vivre l’esprit de défense à travers la nation, notamment les plus jeunes générations ; marquer notre soutien à la communauté de nos soldats, qui font honneur à l’engagement de leurs aînés. Voilà quelques-unes des missions du Souvenir français.

Ces missions transcendent les époques. Elles sont à la fois pleines d’actualité et d’avenir. Je sais qu’elles vous mobilisent au quotidien, et en saluant chaleureusement le président du Souvenir français, Gérard Delbauffe, mais aussi ceux qui l’accompagnent dans cette tâche, je pense notamment à Serge Barcellini et au grand rabbin de France Haïm Korsia, je veux saluer chacun d’entre vous et tous ceux qui, en France et partout dans le monde, œuvrent à la réussite des actions du Souvenir français.

Puisque nous allons nous recueillir, dans quelques instants, devant le monument aux morts de Reims, je voudrais conclure en revenant à 1915.

Aussi tragique qu’elle fût, avec son immense cortège de destructions et de morts, la Grande Guerre a également été un trait d’union entre les Français, d’abord dans l’espace de la guerre, mais aussi – maintenant – dans le temps de la mémoire.

Entretenir la flamme du souvenir, c’est honorer les combattants morts pour la France, mais c’est aussi perpétuer les valeurs qu’ils ont défendues par les armes, et que nos soldats continuent de porter avec bravoure et dévouement, sur tous les fronts où ils sont engagés, toujours en notre nom.

Dans les commémorations de 2015, en honorant ceux qui ont défendu notre liberté hier, nous saluons donc aussi ceux qui défendent notre sécurité aujourd’hui. Ma conviction est qu’ils sont les héros d’une même Histoire, celle qui fait de la France une grande nation, qui prend ses responsabilités chaque fois que ses intérêts de sécurité et ses valeurs sont menacés, et qui, en rappelant son attachement à une Défense forte, continuera de le faire demain.

Bravo pour votre engagement et longue vie au Souvenir français !

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