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Pas de liberté sans combat

Pas de liberté sans combat, plus de liberté sans mémoire pour la défendre...

Le 70ème anniversaire de la Libération de la poche de Lorient (Morbihan) a été célébré en présence de quatre ministres européens de la Défense. Le ministre français, Jean-Yves Le Drian, a convié ses homologues allemand, Ursula Von Der Leyen, polonais, Tomasz Szemoniak et espagnol, Pedro Morenes, à participer à l'hommage rendu par la population aux libérateurs avec une pensée pour ceux qui se sont illustrés lors de la bataille de l’Atlantique. Les ministres ont ensemble rendu un hommage plus solennel aux morts pour la Libération à travers deux gestes mémoriels à la base de sous-marins de Kéroman.[1] Des oeillets blancs ont été jetés dans l'un des bunkers qui ont abrité les U-Boote, avant que Jean-Yves Le Drian ne dévoile une plaque souvenir de ce 70e anniversaire devant une foule nombreuse et ne s'adresse aux personnels de la Marine nationale. Le ministre français a ensuite convié ses collègues à une discussion sur la situation en Libye et sur la préparation du Conseil européen de juin qui sera en partie consacré aux questions de Défense. Allocution  de Jean-Yves Le Drian. Lorient, le 10 mai 2015 – Seul le prononcé fait foi – Source : DICoD.

Mesdames et Messieurs les Ministres, chers collègues et amis,
Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les représentants des associations combattantes,
Mesdames et Messieurs les officiers, sous-officiers et soldats,
Mesdames et Messieurs, chères Lorientaises, chers Lorientais,

En ce jour de commémorations, la base de sous-marins de Kéroman, où nous nous sommes rassemblés, est une fenêtre sur l’Histoire.

Il y a soixante-dix ans, près de ces lieux, les armes de la Seconde Guerre mondiale ont parlé pour la dernière fois.

Cette guerre a marqué Lorient peut-être plus qu’aucune autre ville.

Position stratégique de la bataille de l’Atlantique dès l’été 1940, avec la décision de l’amiral Dönitz d’en faire une place-forte pour les U-boots allemands, ville-fantôme à partir de 1943, quand le brasier des désolations a jeté ses habitants sur les routes, pour Lorient, le pire était encore à venir à l’été 1944, à l’heure où d’autres villes étaient enfin délivrées de la guerre.

Au début du mois d’août, les troupes du général Patton font leur entrée en Bretagne. Elles viennent de faire sauter le verrou d’Avranches. Immédiatement, les forces de l’Occupation se replient sur les ports stratégiques : Brest, Saint-Nazaire et Lorient.

Ici, ce sont 26 000 soldats allemands qui battent en retraite pour constituer, ici, autour de la base-forteresse de Kéroman, la poche de Lorient. Face à eux, durant 277 jours d’un siège harassant, les forces de la résistance bretonne vont s’unir à la 94ème et 66ème division d’infanterie américaine, avec un objectif inlassable : libérer la ville et mettre un terme à la guerre.

Leurs efforts conjugués, au prix de nombreux morts, ne parviennent qu’à repousser la ligne de front sur la rivière d’Etel. Ni le blocus, ni le pilonnage par l’aviation britannique – plusieurs milliers de tonnes de bombes seront ainsi déversées sur la ville –, ne parviennent à réduire la détermination désespérée de ceux qui sont en train de perdre la guerre.

Les accrochages sont violents, les tirs d’artillerie incessants. Dans les abris de fortune, avec le froid et la faim, la lassitude et le découragement s’installent. Cependant, en dépit des souffrances, l’honneur de ces combattants, leur attachement à la liberté, leur volonté de retrouver leurs terres et leurs maisons, finit par l’emporter.

Le 7 mai 1945, l’acte de reddition est signé à Etel.

Trois jours plus tard, le 10 mai, il y a soixante-dix ans jour pour jour, c’est dans un champ de Caudan – où je suis allé me recueillir ce matin – que le général Fahrmbacher remet son arme au général Kramer. Lorient est enfin libéré.

Les 4 ministres sont conduits vers l'un des bunkers par des commandos Marine

Aux premières heures de sa libération, c’est une ville dévastée. Décorée de la Légion d’honneur par le général de Gaulle en reconnaissance des destructions et des souffrances qu’elle a subies, il faudra plus de vingt ans pour reconstruire la ville – sans jamais oublier.

Aujourd’hui, nous saluons les figures de cette histoire glorieuse et terrible à la fois.

Honneur à tous les héros du front de Lorient. De la ria d’Etel à la Laïta, en passant par Nostang et Pont-Scorff, soldats, résistants, citoyens, américains ou français, ces hommes et ces femmes exceptionnels ont affronté de nombreuses fois la mort pour retrouver, en notre nom collectif, les chemins de la liberté. Certains sont avec nous aujourd’hui.

Je pense aux soldats des 94ème et 66ème divisions d’infanterie américaine, qui n’ont pas ménagé leur courage pour combattre sur cette terre qui n’était pas la leur. Je pense aux Forces Françaises de l’Intérieur, intégrant les force vives de l’Armée secrète du Morbihan et des Francs-Tireurs Partisans, à tous ceux venus de toute la France en renfort pour saboter les manœuvres ennemies. Je pense à ces pêcheurs, qui ont permis à de nombreux Lorientais de passer en zone libre. Je pense à ces travailleurs et ingénieurs de la base de Kéroman, qui ont transmis les plans à Londres aux fins de faciliter les bombardements par l’aviation alliée. Je pense aux civils. Ils sont 10 000 à être restés dans la ville jusqu’au bout, 20 000 en comptant aussi les habitants de Groix, de Belle-Île-en-Mer et de Quiberon. Tous ont vécu, de l’intérieur, l’espoir et la terreur du siège.

En cet instant solennel, je pense plus largement à tous ceux que la guerre a frappés dans ces lieux. Soixante-dix ans après, alors qu’une même commémoration – une même amitié – rassemble les belligérants d’hier, je veux saluer la mémoire des milliers d’ouvriers venus aussi d’Allemagne, des Pays-Bas, de Belgique, d’Espagne ou encore d’Italie, pour travailler ici à la construction de la base, sous les bombardements alliés.

Mesdames et Messieurs,

Il y a soixante-dix ans, la Libération de la France nous a rappelé qu’il n’y avait pas de liberté sans combat. Aujourd’hui, en rendant hommage à tous ceux qui se sont engagés dans la Résistance, comme à la population de Lorient victime de la guerre, nous nous souvenons qu’il n’y a pas non plus de liberté sans mémoire pour la défendre.

Dans ces années noires, c'est grâce au courage hors du commun de nos combattants, mais aussi à la solidarité extraordinaire de nos alliés, que la France s'est relevée de l'abîme, et qu’elle a renoué avec son destin, celui d’une grande nation, qui prend ses responsabilités devant les périls qui peuvent la menacer.

Minute de silence observée dans le bunker

Si c'est à eux, combattants et alliés d'hier, que nous devons de vivre dans un espace désormais pacifié, honorer leur combat c'est aussi ouvrir les yeux, comme ils l'ont fait avant nous, sur la réalité du monde qui nous entoure.

En soixante-dix ans, le monde a considérablement changé. Notre ennemi commun, cependant, sous des visages différents, est demeuré le même : le crime, l’intolérance, le racisme, le fanatisme, la barbarie. Hier, cet ennemi terrorisait nos familles et asservissait en Europe des pays entiers. Aujourd'hui, il sème une même terreur parmi des peuples amis, si près de l'Europe.

A l'égard de nombre de ces pays, nous avons une dette héritée des deux guerres mondiales. Je pense en particulier aux pays de la bande sahélo-saharienne. Comment pourrions-nous rester les bras croisés alors que la liberté de ceux qui ont contribué à nous libérer hier est aujourd'hui menacée ?

Mais ce combat pour la liberté de nos alliés, dans un monde qui a rarement été aussi interdépendant, c'est aussi plus que jamais un combat pour notre propre sécurité.

Des groupes armés terroristes, comme Al-Qaïda au Maghreb Islamique ou Daech, ne se contentent pas de piller, violer, anéantir des populations entières, ici au Sahel, en Libye, là en Irak et en Syrie. Ils prolifèrent sur la faiblesse de ces États pour chercher à atteindre l'Europe.

Les odieux attentats qui ont frappé Paris ou Copenhague ont montré à quel point sécurité intérieure et extérieure étaient désormais liées.

Dans le même temps, à l’Est de notre continent, la manière dont la Russie s’est affranchie des règles du droit international pour annexer la Crimée, et alimenter le séparatisme en Ukraine, constitue également un défi sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le retour de la guerre sur notre continent, au seuil de l’Union européenne, est une perspective inacceptable.

Dans ce contexte, qui nous rappelle que la paix n’est jamais acquise une fois pour toutes, qu’elle est toujours à défendre, la France entend prendre toutes ses responsabilités. Elle le fait avec ses principaux partenaires européens, et je veux saluer, à mes côtés, la présence d’Ursula von der Leyen, ministre de la Défense de l’Allemagne ; de Pedro Morenès, ministre de la Défense de l’Espagne ; de Roberta Pinotti, ministre de la Défense de l’Italie ; de Tomasz Siemoniak, ministre de la Défense de la Pologne.

Nos cinq pays ne sont pas seulement le symbole de cette Europe hier divisée, en guerre avec elle-même, qui est aujourd’hui en paix, rassemblée autour de valeurs communes. Ensemble, nous portons un combat qui a tiré les leçons de l’Histoire. Nos cinq pays ont un point commun, celui d’être au rendez-vous pour agir face aux crises qui déstabilisent le voisinage européen. Aujourd’hui des soldats de cinq pays sont engagés côte à côte dans des missions européennes au Mali, en République centrafricaine ou en Somalie, comme ils l’ont été hier dans les Balkans. C’est dire le chemin parcouru par notre continent.

Ce combat, c’est celui de l’Europe de la Défense. Il a un sens profond, qui renvoie aux fondamentaux de notre identité européenne telle qu’elle s’est forgée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Les 4 ministres jettent des oeillets blancs

A l’occasion de ces commémorations, nous nous rappelons ainsi la volonté historique qui a présidé à la construction européenne : arracher notre continent aux errements de l’Histoire, pour faire du rêve européen une réalité de paix et de prospérité.

Ma conviction, notre conviction, est que les Européens sont devant l’opportunité unique de se rassembler autour d’un grand projet, l’Europe de la défense, nourrie de notre mémoire collective mais aussi tournée vers les urgences du présent et les défis de l’avenir.

Ce projet doit d’ailleurs se construire autant dans le cadre de l’Union européenne que dans celui de l’Alliance atlantique. A cet égard, il doit être aussi l’expression d’une solidarité, comme nous l’avons clairement fait entendre en réassurant notre place aux côtés de nos alliés les plus exposés à la crise ukrainienne. Et comme je l’ai dit à mon ami Tomasz Siemoniak, ministre de la Défense de la Pologne, la France continuera à prendre une part active à l’expression de cette solidarité.

Voilà l’ambition que nous portons au quotidien. Nous la défendrons à nouveau, ensemble, à l’occasion du Conseil européen du mois de juin prochain, parce que l’Europe de la Défense, dans un monde troublé, est le meilleur moyen de consolider l’Europe de la Paix. Et c’est encore cette ambition que nous défendrons lors du prochain sommet de l’OTAN, à Varsovie en 2016, parce qu’il ne saurait y avoir plus grande confiance entre les pays membres et alliés que celle de partager, devant des défis communs, une même ambition en matière de défense.

Défense de notre liberté hier, défense de notre sécurité aujourd’hui. Mesdames et Messieurs, tel est le devoir de vigilance que les héros de la Seconde Guerre mondiale ont laissé aux Européens en partage. À nous de l'exercer, et de nous montrer ainsi à la hauteur du combat qu'ils ont mené et qui reste, soixante-dix ans après, d'une brûlante actualité.

Vive Lorient ! Vive la France ! Vive le projet européen !

[1] La base sous-marine de Lorient, ou encore base de sous-marins de Keroman, est un complexe de bunkers de la Seconde Guerre mondiale, situé à Lorient (Bretagne, France). Elle occupe l'extrémité de la presqu'île de Keroman, dans la rade de Lorient et donne sur le golfe de Gascogne. Elle prend le nom de base de sous-marins ingénieur général Stosskopf en 1946. Construite entre 1941 et 1944 par l'Allemagne nazie pendant l'Occupation, elle est alors destinée à abriter les 2e et 10e flottilles de U-boote de la Kriegsmarine, tout en s'inscrivant dans le dispositif du mur de l'Atlantique. Sa présence est la cause de la destruction de la ville de Lorient par les aviations britannique et américaine en janvier et février 1943, puis de la reddition tardive de la poche de Lorient le 10 mai 1945.

  La base-forteresse sous-marine de Kéroman en 2006

La base sous-marine est récupérée par la Marine nationale après le conflit et sera utilisée jusqu'en 1997 comme base de sous-marins. Géré par la Marine dans le cadre du développement du programme de SNLE français, et pour la création de constructions navales à base de matériaux composites, le site est consacré depuis lors à des activités civiles dont le pôle d'activité est centré sur le domaine maritime. Depuis la fin des années 1990, le site est reconverti en un pôle nautique spécialisé dans la plaisance et la course au large. Il accueille par ailleurs un centre d'affaires tourné vers le monde maritime, un musée aménagé dans le sous-marin Flore, ainsi que la Cité de la voile Éric Tabarly. Le complexe est composé de trois bunkers, Keroman I, II et III, de deux Dom-Bunkers situés dans l'espace du port de pêche de Keroman, ainsi que d'un bunker situé à Lanester, sur les rives du Scorff. Le tout a nécessité le travail de 15 000 personnes et le coulage de près d'un million de mètres cubes de béton. Les trois bunkers de Keroman comptent entre cinq et sept alvéoles destinés à accueillir des U-boote, couverts par des toits d'une dizaine de mètres d'épaisseur. Source : Wikipedia. . Voir également Deutsche U-Boot-Bunker des Zweiten Weltkriegs : Lorient 

Les 70 ans de la Libération de Lorient par l'Amicale des anciens du 41e R.I.


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