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Hélios

Hélios, le choix de notre autonomie stratégique

Discours de Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense  pour les vingt ans du lancement du satellite Hélios IA. Toulouse, le 9 juillet 2015 – Seul le prononcé fait foi – Source : DICoD.

Mesdames les ministres,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le Président du Centre national d’études spatiales,
Monsieur le Délégué général pour l’armement,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs, chers amis,

C’est un grand plaisir pour moi d’être vous aujourd’hui, pour célébrer les 20 ans du lancement d’Hélios IA, premier satellite militaire opérationnel français, ainsi que les 35 ans de ce magnifique site !

Ce double anniversaire m’incite à revenir quelques années en arrière.

En 1986, la France décide le lancement d’un programme d’observation spatiale à des fins militaires, le programme Hélios. Ce choix était celui de l’indépendance, de notre autonomie stratégique, dans un domaine devenu essentiel à la conduite des opérations. Nous étions alors les premiers à faire un tel choix en Europe et les troisièmes dans le monde. La première guerre en Irak, en 1991, nous a largement confortés dans cette dynamique : notre dépendance en matière de renseignement était alors excessive, puisque 98% du renseignement image dont nous disposions était d’origine américaine, avec toutes les contraintes et les restrictions que cela supposait. Nous avons donc fait les choses nécessaires.

Déjà, l’équation financière rendait nécessaire la recherche d’une coopération. Deux premiers accords ont été passés en ce sens, en 1987 avec l’Italie, puis en 1988 avec l’Espagne, qui ont ainsi acquis un droit d’utilisation d’Hélios I en échange d’une participation au financement du programme. Hélios 1 reviendra d’ailleurs sur Terre dans 37 ans. Par la suite, le système Hélios II, encore en service aujourd’hui, a été financé pour la plus grande partie par la France, mais à nouveau avec la participation de la Grèce, de la Belgique, de l’Espagne et de l’Italie. Ces coopérations restent comme des grands succès, qui ont préfiguré l’Europe de la Défense que nous sommes en train de bâtir aujourd’hui.

Dès le début, Hélios a été un programme européen. Je me félicite qu’il ait structuré, pour une bonne part, l’Europe de l’espace. Ainsi, au travers de l’accord de Turin en 2001 avec l’Italie, et de l’accord de Schwerin en 2002 avec l’Allemagne, un système d’échange de capacité de renseignement spatial a vu le jour au niveau européen. Ce système a permis à chaque pays de se spécialiser et d’éviter de dupliquer les moyens, la France fournissant les images optiques, l’Allemagne et l’Italie les images radars.

Pour devenir autonome en matière d’imagerie spatiale, il fallait cependant que la France se dote d’une industrie spatiale performante et compétitive, en développant des technologies d’un très haut niveau de technicité, alors peu présentes dans le monde.

C’est avec cet objectif que nous avons fait le choix d’un modèle d’organisation original, qui associe les compétences civiles et militaires, à la fois chez les industriels mais aussi au niveau des administrations : ainsi la direction générale de l’armement travaille en étroite collaboration avec le centre national d’études spatiales sur les programmes militaires et sur la préparation de l’avenir, notamment en pilotant le budget de recherche duale affecté au CNES chaque année.

Cette aventure continue, et je dois dire que je viens d’effectuer une visite dont je vais me souvenir longtemps. L’espace est un domaine passionnant, mais ce que je viens de voir, ce qui m’a été présenté avec passion, avec talent, a ouvert pour moi d’autres perspectives encore. Je veux vous en remercier très chaleureusement, comme je tiens à saluer l’engagement de tous les personnels, qui est un vrai motif de fierté pour nous tous, et explique aussi la réussite de ce programme. J’ai eu plaisir également à inaugurer le nouvel espace « play lab ».

Je retiens en particulier de cette visite que votre site abrite un extraordinaire concentré de technologies comme de talents uniques !

Il faut dire que vos activités sont particulièrement diversifiées : de la conception à l’intégration des satellites de télécommunication, d’observation de la terre et de science, jusqu’aux services de commercialisation de l’imagerie satellitaire. Je pense en particulier à la programmation et à la réception des images satellites Spot et Pléiades, grâce à Airbus Defence and Space Geo-intelligence. Je n’oublie pas les services de télécommunication satellitaires pour la défense, comme les communications téléphoniques privées des personnels des armées déployés en opérations extérieures.

Toutes ces réalisations, et de nombreuses autres que je ne peux citer ici, témoignent de l’excellence des compétences acquises par les personnels d’Airbus Defence and Space sur ce site qui œuvre depuis maintenant trente-cinq ans à l’accomplissement de ces chefs d’œuvre de technologie. Je veux saluer ici l’ensemble des personnels qui y ont contribué. Avec plus de 3 500 employés dotés de compétences au meilleur niveau mondial, le site de de Toulouse est le plus grand site spatial d’Airbus Defence and Space en Europe.

Tous les ans, ce sont en moyenne 4 satellites de télécommunications qui sortent de cette usine pour de grands opérateurs civils du monde entier. Le programme de télécommunications militaires COMSAT-NG profitera de l’excellence de ce savoir-faire. J’annonce également que le contrat sera notifié à la fin de cette année.

De la même manière, en matière d’observation de la terre, ce site a produit des satellites bien connus, comme la filière historique civile Spot 1 à 7, mais aussi le programme Pléiades, en 2011-2012, réalisé en coopération avec Thales Alenia Space à Cannes, responsable de l’instrument optique. Pour la Défense, je pense bien sûr à Hélios I et Hélios II,[1] qui nous réunissent aujourd’hui, et bientôt à CSO, dont j’ai eu le plaisir de constater le bon avancement des travaux sur la plateforme lors de ma visite. L’instrument, que j’ai pu également voir à Cannes chez Thales Alenia Space en février dernier, est également bien avancé. Il devrait rejoindre prochainement les salles blanches d’Airbus Defense and Space ici même, pour être intégré au satellite.

L’excellence de nos industriels se traduit dans les nombreux succès à l’export, et notamment par le choix de la France, qui a été fait par les Émirats Arabes Unis et le Pérou. Je suis d’ailleurs heureux de constater le bon avancement du premier satellite « Perusat », qui sera à l’heure.

L’espace, j’ai eu l’occasion de le dire à de maintes reprises, est un domaine éminemment dual. La majeure partie des systèmes spatiaux fait appel à des technologies utilisées sur des applications civiles et militaires. Ainsi, au regard de la compétition mondiale qui fait de l’accompagnement apporté par les Etats un élément clef de la compétitivité, les guerres fratricides entre maîtres d’œuvre français paraissent bien dépassées. Elles ont trop affaibli le tissu industriel des fournisseurs d’équipements et de composants pour avoir encore droit de cité.

Grâce aux investissements de l’État, nous avons la chance de disposer en France de deux grands industriels dans le domaine spatial. Leurs compétences, mondialement reconnues, sont parfois similaires mais largement complémentaires tant dans le domaine des télécommunications que dans celui de l’observation.

Ainsi, une étude conjointe va être lancée pour définir un nouveau satellite de très haute résolution, destiné à prendre la suite de Pléiades. L’objectif sera notamment de faire diminuer les risques pour les technologies destinés au successeur de CSO. Je le dis aujourd’hui, je le redirai au besoin, je veillerai personnellement au succès de ce partenariat.

Du côté du ministère de la Défense, en dépit des contraintes qui pèsent sur nos finances publiques, j’ai fait le choix de maintenir un niveau d’ambition élevé pour notre pays dans les systèmes spatiaux. Leur contribution est, comme je l’ai dit, essentielle à l’efficacité de nos forces engagées sur les théâtres d’opérations. Au Mali, par exemple, j’ai vu des images satellites qui arrivaient directement sur le terminal tactique des fantassins. Cet investissement trouve tout son sens dans le contexte d’une exceptionnelle gravité que nous connaissons, avec des menaces directes, qui peuvent venir de loin mais se manifestent au plus près de nos foyers, sur notre sécurité. Cet effort financier se traduira, pour la durée de la LPM, par un total de 2,4 milliards d’euros au profit des programmes spatiaux.

Dans cette perspective, à partir de 2018, les satellites CSO vont prendre progressivement la relève des satellites Hélios II. Deux satellites ont déjà été commandés par la France en 2010. Les discussions autour d’une contribution de l’Allemagne sont très avancées et devraient permettre à la France de commander un troisième satellite, pour un lancement prévu au plus tard en 2021. Le parlement allemand a donné un avis favorable à cette coopération la semaine dernière, et je m’en félicite. De plus, il est prévu, au-delà de la contribution allemande à CSO, un échange capacitaire permettant l’accès de la France à SARah, le futur système de satellites radar allemand. La Belgique a également signé un accord de participation industrielle et des discussions sont en cours avec l’Italie et la Suède. Je suis heureux de ces coopérations qui prolongent l’esprit d’HELIOS, et je tiens à remercier ces pays pour la confiance qu’ils nous manifestent.

Enfin, je veux remercier et féliciter, à la mesure du long chemin parcouru, tous les acteurs – étatiques comme industriels – qui ont participé à la réalisation de ce premier satellite de la famille Hélios. Ils n’ont pas seulement contribué à la réussite d’un magnifique succès pour notre pays et pour nos partenaires. Ils ont initié une formidable dynamique dont nous continuons de recueillir les fruits aujourd’hui. Fidèles à leur élan, sachons aussi innover, parfois nous réinventer, pour continuer d’être l’un des meilleurs pays dans le domaine des technologies spatiales. Ce que j’ai vu aujourd’hui me fait dire que vous en avez plus que jamais les qualités. Bravo à tous !

[1] Hélios II : Le système d’imagerie spatiale optique Hélios II est une composante essentielle des capteurs mis à la disposition des plus hautes autorités de l’État pour assurer à la France son autonomie de décision et d’action. Les satellites Hélios II permettent ainsi à l’échelon stratégique comme à l’échelon opératif de pouvoir disposer d’images de qualité en très haute résolution. Le système d’imagerie spatiale à la disposition des forces comprend désormais un ensemble cohérent formé par les systèmes Hélios II et Pleïades. Le système d’imagerie spatiale Hélios II répond aux besoins de la France et de ses partenaires dans le domaine du renseignement de défense et de sécurité. Il est caractérisé par sa couverture mondiale, sa capacité de survol permanente et conforme au droit international, et la répétitivité de ses prises de vue. Hélios II assure depuis 2005 la continuité de service fourni initialement par Hélios I, système de première génération réalisé par la France, l’Italie et l’Espagne, opérationnel à partir de 1995 et dont le dernier satellite (Hélios IA) a été désorbité en janvier 2012. Source : DGA (19-03-2015).

Liens utiles :

"La DGA remet aux états-majors le satellite de renseignement Hélios" : La DGA vient de remettre le satellite de renseignement Hélios 2A aux états-majors des pays participant au programme in European-Security (07-04-2005)
"Kourou: Succès du lancement du satellite d'observation spatiale optique Hélios II-A par Ariane-5" : « Nul ne peut prétendre acquérir une supériorité militaire de l'information sans systèmes spatiaux ... L'espace ouvre aussi un nouveau domaine de projets fédérateurs de nature à favoriser l'émergence d'une identité européenne de défense et de sécurité », a déclaré peu avant le décollage le Contre-amiral Benoît Montanié, officier général en charge de l'espace à l'EMA. Discours de Michèle Alliot-Marie à l'École militaire où le lancement du satellite Hélios II a été suivi en direct (18-12-2004).
"GRAVES" : Grand Réseau Adapté à la VEille Spatiale : Une perspective européenne : par le général de corps d'armée aérien Patrick de Rousiers, Commandant le CDAOA in Défense (25-07-2007)
"Renseignement européen: les nouveaux défis (2)" : Le programme Hélios 1 constitue le plus bel exemple de coopération réussie. Ce programme, auquel participent la France (à hauteur de 78,9%), l'Italie (pour 14,1%) et l’Espagne (7%), comprend deux satellites militaires optiques Hélios 1A et 1B. Tous deux ont été mis en orbite à partir de la base de Kourou, l’un en juillet 1995, l’autre en décembre 1999. Au total, plus de trente industriels français, italiens et espagnols ont contribué à la réalisation du programme Hélios 1. Le principe de cette coopération est fondé sur une exploitation en commun. La composante sol du système comprend des centres principaux à Creil (région parisienne), Patricia di Mare (près de Rome) et Torrejón (près de Madrid), mais aussi des centres de réception des images à Colmar (France), Lecce (Italie) et Maspalomas (Espagne) ainsi qu’une station de théâtre transportable française (STT). Le centre principal français de Creil assure la direction et la coordination de tout le système Hélios 1 et la programmation quotidienne des satellites à partir des demandes de chaque pays selon un partage au prorata des participations financières. Source : Rapport présenté au nom de la Commission de défense de l'Assemblée de l'Union de l'Europe Occidentale par Georges Lemoine. Paris le 4 juin 2002.

 


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