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Allocution aux Forces françaises de Djibouti du ministre français de la défense

EAU et Djibouti aux avant-postes de la lutte contre le terrorisme

Allocution aux Forces françaises de Djibouti du ministre français de la défense, Jean-Yves Le Drian. Djibouti, lundi 27 juillet 2015 – Seul le prononcé fait foi – Source : DICoD.

Monsieur l’ambassadeur,
Mon général,
Officiers,
Sous-officiers, officiers mariniers,
Soldats, marins et aviateurs,
Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement heureux de me trouver aujourd’hui parmi vous, et cela à un double titre. Tout d’abord, parce que c’est la première fois que je me rends ici, dans la corne de l’Afrique, dans un pays qui accueille nos forces depuis tant d’années. Cette base possède un caractère singulier que lui confèrent ses capacités interarmées et sa position stratégique unique, au regard des crises et des menaces auxquelles nous faisons face dans cette région du monde.

Mais je suis surtout heureux d’être ici, parce que je tiens à rencontrer personnellement celles et ceux qui, par leur disponibilité et leur professionnalisme, servent avec ardeur leur pays. Cette rencontre me donne l’occasion de vous féliciter pour votre engagement, tout en partageant votre passion.

Notre présence militaire, en accord avec la République de Djibouti, revêt un caractère bien particulier. Elle profite en premier lieu d’un îlot de stabilité au cœur d’une zone particulièrement agitée. En effet, même si la menace que représente la piraterie tend à s’estomper, grâce à l’action résolue de la communauté internationale et de l’Europe en particulier, des groupes terroristes comme AQPA ou des milices islamistes comme les Shebabs sévissent directement à vos portes. Dans ce contexte, nos emprises se sont révélées indispensables comme plateforme de commandement, d’accueil, de soutien, de formation ou de projection ces dernières années. Depuis quelques mois, c’est le Yémen qui vient s’ajouter à une longue liste d’opérations et de missions ayant Djibouti comme point de départ ou centre de gravité.

Dans son volet maritime, ce sont les escales régulières, et tout récemment du groupe aéronaval ou du Groupe École d'application des officiers de marine qui s’ajoutent aux missions régulières conduites par nos marins. C’est le cas de la mission européenne Atalanta de lutte contre la piraterie, qui voit non seulement les bâtiments et équipes de protection embarquées françaises transiter par cette base, mais aussi de nombreux alliés bénéficier d’infrastructures particulièrement adaptées.

Dans son volet terrestre, je retiendrai l’action remarquée du GTIA Scorpion aux ordres du colonel Jean-Bruno Despouys, qui s’est déployé en République centrafricaine de mars à juillet 2014. Cette projection au cœur de l’Afrique, sous court préavis, a été une réussite exemplaire, dont je veux ici vous féliciter chaleureusement. Mais elle montre aussi toute la pertinence de disposer d’un réservoir de forces entraînées, cohérentes et réactives pour répondre aux situations de crise sur le continent africain.

Enfin, pour sa composante aérienne, la plateforme extrêmement performante de Djibouti est indispensable, car elle nous garantit la profondeur dans nos opérations, la rapidité de mise en place, et si besoin, la capacité de frapper fort. La participation de l’Escadron de Chasse 03.011 des FFDj au sein de l’opération Chammal pendant plus de 8 mois en est sans doute la meilleure illustration. J’ai d’ailleurs eu le plaisir de saluer son commandant, le Lcl Laurens, le 18 avril dernier, lors de ma visite, à Safawi, en Jordanie alors qu’il commandait le détachement des Mirage 2000D. Ainsi, si l’an dernier, c’était la composante Terre qui s’illustrait, cette année c’est la composante Air qui a fait la preuve de sa remarquable efficacité. La participation des « Muds » dans la campagne aérienne que nous menons contre Daech est déterminante et je voulais en profiter pour saluer ici de nouveau ceux qui s’y sont illustrés.

Ainsi, au-delà des capacités de chacun, c’est bien la cohérence et l’intégration de tous qui garantissent l’efficacité des forces françaises de Djibouti placées sous les ordres du général de brigade aérienne Philippe Montocchio. Cela illustre bien également la complémentarité avec les Forces Françaises aux Émirats Arabes Unis et le fait que les FFDj sont aux avant-postes de la lutte contre le terrorisme.

Je veux ajouter qu’en plus des facilités opérationnelles exceptionnelles, le territoire djiboutien constitue l’un des meilleurs environnements d’entraînement interarmées dont nous disposions. Nos forces, qu’elles soient conventionnelles ou spéciales, mais aussi nos élèves-officiers, en bénéficient largement. C’est une plus-value à entretenir, et j’ai pu le constater tout au long de ma visite auprès de vous, vous le faites ici de façon remarquable. Et c’est particulièrement vrai pour l’aguerrissement en milieu désertique dans lequel nous opérons souvent, et qui impose un entraînement spécifique pour être mieux appréhendé et dominé. Bravo donc pour ce que vous avez réussi à mettre en place, et bravo pour votre détermination et votre professionnalisme.

Que nous réserve l’avenir ? En ma qualité de ministre, je veux vous apporter des éclaircissements sur ce point.

Pour répondre à cette question, je veux d’abord réaffirmer les constantes et principes qui ont guidé l’adaptation de notre dispositif en Afrique.

Dans le cadre des travaux du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, nous avions décidé de moderniser le dispositif de nos forces de présence pour optimiser notre capacité de veille et d’action autonome dans nos zones d’intérêts, mais surtout pour contribuer le plus efficacement possible au développement des capacités des pays africains pour assurer eux-mêmes leur propre sécurité, dans le cadre d’accords de défense renouvelés. Cette réorganisation était particulièrement ambitieuse et complexe à mener. Je constate, partout où je passe en Afrique, que nous sommes en passe de relever ce défi. Même si elle n’est pas encore tout à fait menée à son terme, cette nouvelle organisation est pertinente. Elle fait au quotidien la preuve de son efficacité. Il suffit de regarder comment nous avons pu intervenir au Mali ou en République centrafricaine pour s’en convaincre.

Comme vous le savez, ce dispositif profondément rénové s’appuie, pour l’Afrique, sur nos deux Bases Opérationnelles Avancées, celle de République de Côte d’Ivoire et l’autre qui se trouve ici, à Djibouti. En parfaite cohérence avec notre troisième point d’appui, celui des Emirats Arabes Unis, ces deux BOA africaines sont les pierres angulaires de notre dispositif. Elles nous assurent en permanence de pouvoir disposer d’un réservoir de forces aguerries permettant la projection, sans délai, d’un ensemble robuste comprenant l’essentiel des capacités nécessaires.

Ce dispositif en Afrique est complété par nos deux Pôles Opérationnels de Coopération, au Gabon et au Sénégal. Ces deux Pôles arment régulièrement des détachements de formation et assurent la coopération au profit des pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.

Dans cette perspective, la stabilité des pays hôtes est primordiale pour la France. C’est pour cette raison que nous avons signé ici aussi un traité de coopération en matière de défense avec le gouvernement djiboutien. Ce traité donne à la France un accès privilégié et indispensable à une zone stratégique aux avants gardes de la lutte contre le terrorisme, mais il assure aussi la République de Djibouti de notre soutien en matière de sécurité et de défense. Ce choix, qui a été fait de longue date, est donc celui d’une coopération mutuellement bénéfique entre la France et Djibouti qui se concrétise par de nombreuses actions de formations, entraînements et exercices communs. Je pense à notre soutien à la préparation et l’équipement des forces djiboutiennes engagées en Somalie, dans le cadre de l’AMISOM, je pense à la mise à disposition d’infrastructures pour l’opération Atalanta, ou je pense encore à la collaboration réussie lors de l’évacuation conjointe de nos ressortissants au Yémen. Ces exemples illustrent toute la fiabilité et l’intérêt du partenariat entre nos deux pays.

Un deuxième impératif est de conserver une capacité interarmées de projection et d’engagement, à partir de Djibouti, dans plusieurs régions d’Afrique, dans l’Océan indien mais aussi au Moyen-Orient. La base opérationnelle avancée Est nous le permet, à partir d’un dispositif optimisant la coopération régionale mais aussi permettant d’accompagner nos alliés, d’appuyer nos opérations en cours et de répondre aux crises et menaces qui pèsent sur nous comme sur nos partenaires africains. Cela s’appuie aussi sur notre aptitude plusieurs fois éprouvée à projeter rapidement des renforts depuis la France et à basculer nos efforts entre les différents points d’appui dont nous disposons.

Notre réorganisation va donc se poursuivre pour atteindre son format final à la fin 2017. 2015 marque déjà un premier jalon important. Abidjan, Libreville et Dakar ont maintenant pratiquement atteint leur futur format, avec la création des Forces Françaises en Côte d’Ivoire (FFCI) au 1er janvier dernier, et la stabilisation du pole opérationnel de Libreville sur le modèle décliné à Dakar. Avec un effectif final de 1350 hommes environ à l’été 2017 et au-delà, qui permette de conserver nos capacités opérationnelles aériennes, terrestres et navales sur la longue durée, comme l’a décidé le Président de la République, Djibouti restera la principale base de forces prépositionnées sur le continent africain par sa taille et ses moyens. Les FFDj, dans cette nouvelle organisation, seront un pôle de rayonnement et de coopération régionale offrant un point d’appui interarmées ouvert sur l’Océan indien, la Mer Rouge, et l’Afrique de l’Est, en étroite coordination, bien sûr, avec nos forces dans le golfe arabo-persique. D’autres hypothèses avaient été envisagées, vous le savez. J’ai pris la décision de les écarter malgré les contraintes qui pèsent sur nous par ailleurs. C’est la reconnaissance de votre travail et de la complexité de l’environnement stratégique dans lequel vous évoluez

Comme tout changement, ces évolutions ne sont jamais faciles. Elles bousculent les habitudes et peuvent imposer des sacrifices et des efforts contraignants. Vous n’avez pas été épargnés, comme d’autres unités à l’étranger, en outre-mer et en métropole. Mais je sais que vous saurez relever ce défi pour laisser à vos successeurs un outil encore plus performant. Je sais, pour avoir pu observer votre sens de l’organisation, que vous ferez preuve là encore d’une remarquable efficacité pour continuer à cultiver vos savoir-faire interarmes et interarmées, tout en maintenant des liens étroits avec les forces armées djiboutiennes, les pays de votre zone de responsabilité et nos principaux alliés présents dans cette région du monde. Je pense en particulier les forces américaines comme ce fut le cas en mai dernier lors de l’exercice Koron 2015.

Dans ce contexte particulièrement exigeant, je n’oublie pas le soutien qui vous est nécessaire. En premier lieu, celui de vos proches. Qu’ils soient ici, ou bien en France, je tiens à leur témoigner la gratitude du pays pour les efforts qu’ils consentent, et la place qu’ils occupent au sein de notre ministère. Sans rôle officiel, ils accompagnent cependant nos opérations et contribuent d’ailleurs au rayonnement de notre défense. Ils sont discrets, mais je ne les oublie pas, car je sais combien votre efficacité repose sur leur appui et parfois sur leurs sacrifices.

Quant à vous, avant de vous retrouver pour des échanges plus libres et informels, je tiens à vous témoigner de ma grande satisfaction d’avoir un ministère armé par des hommes et des femmes fiers de leur métier, solides professionnellement, et prêts à affronter les défis difficiles auxquels nous sommes confrontés. Que ce soit au Mali, en Irak ou ici, les armées françaises sont aux avant-postes de la lutte contre le terrorisme et le fondamentalisme. Cette lutte est exigeante ; comme chacun le mesure, elle est essentielle ; et, de ce point de vue, la manière remarquable avec laquelle vous vous y préparez et vous la conduisez est une fierté pour la France.

Notre pays est confronté à des menaces importantes et nombreuses. Mais à Paris comme ici, sa défense est solide. Sous l’autorité du Président de la République et du Premier ministre, j’ai défendu une actualisation de la loi de programmation militaire qui nous conduira, pour la première fois depuis des années, à augmenter en 2015 et 2016 le nombre de militaires en France. Nous avons également prévu d’accroître vos moyens en équipement, particulièrement dans le domaine essentiel des hélicoptères. Ces décisions sont aussi un signe de reconnaissance de ce que vous faites en quotidien. Je sais que l’armée française continuera à faire, ici comme ailleurs, la preuve de sa valeur et la fierté du pays, mais je tenais à profiter de cette occasion pour saluer le rôle éminent que vous jouez dans ce combat.

Vive la République ! Vive la France !


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