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Une DGA et une industrie qui savent réussir là où elles ne peuvent pas échouer

 Une DGA et une industrie qui savent réussir là où elles ne peuvent pas échouer

Discours du ministre français de la Défense  Jean-Yves Le Drian, en l’honneur du DGA Laurent Collet-Billon, Grand officier de la Légion d’honneur. Hôtel de Brienne, le 6 octobre 2015. Source : DICoD.

Monsieur le chef d’état-major des armées,
Monsieur le secrétaire général pour l’administration,
Messieurs les présidents,
Mesdames et Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs,

Il n’est pas si fréquent, dans la vie d’un ministre, de remettre les insignes de grand officier de la Légion d’honneur. Mais il est plus rare encore de le faire à l’un de ses grands subordonnés. En un sens, ce n’est pas sans risque. Car à travailler au quotidien ensemble, à voir les grandes qualités mais aussi les petits défauts, vous pouvez, mieux que le Grand Chancelier, apprécier si une telle distinction est vraiment méritée…

Cher Laurent Collet-Billon,

Je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps : vous la méritez ! Et je voudrais ce soir, à travers cette cérémonie forcément un peu solennelle, vous dire l’estime personnelle que je vous porte et le grand plaisir que j’ai de travailler avec vous.

L’élévation à la dignité de grand-officier est tout un chemin de croix… Il faut d’abord avoir été chevalier, officier, commandeur. Sans même parler de l’Ordre national du Mérite, par trois fois déjà, vous avez donc entendu chanter vos louanges, et vu défiler votre vie – qui était pourtant loin d’être finie. Ce soir, vous me permettrez donc de déroger quelque peu à l’exercice, et de revenir plus librement sur quelques traits marquants de votre parcours et de votre personnalité.

Laurent Collet-Billon, au commencement, c’est une certaine école de la DGA. Pour le comprendre, il faut revenir à l’Histoire, la grande, lorsque chaque armée avait sa direction de l’armement, et que le Général de Gaulle a pris la décision de les unifier, en 1961. Dans le même mouvement, il a créé la D.E.N., la direction des engins, en charge de la force de frappe. Dès le début, cette direction est interarmées. Ses ingénieurs ne sont ni des terriens, ni des marins, ni des aviateurs : ils pensent différemment, ils pensent Défense. Dès sa création, cette direction abrite donc les plus modernes, ceux qui voient le plus loin. Cette école de la DGA a essaimé de nombreux talents – vous serez de ceux-là. Elle a inventé la conduite de programme moderne, celle qui a fait le M51 ou l’ASMPA, pour ne citer que ces deux exemples-là.

Vous me permettrez de citer ici la figure de Jacques Bousquet, le patron emblématique de la D.E.N., qui nous a quittés à l’automne dernier. Ceux qui vous côtoient au quotidien savent combien il vous a marqué. On m’a d’ailleurs parlé des aphorismes que vous lui avez empruntés : « la coopération, par exemple, c’est un petit train, on a une locomotive et un petit wagon, on le fait démarrer et c’est ensuite que l’on accroche, un à un, tous les autres wagons ». C’était aussi ça, l’école de la D.E.N. !

A bonne école, vous l’étiez de toute manière, avec un père, Antonin Collet-Billon, qui fut l’un des fondateurs de la DGA. Mais la chance de grandir à l’ombre d’un grand ingénieur de l’armement n’est jamais exempte de difficultés, et il vous a fallu, bien sûr, vous faire un prénom.

Le jeune Laurent n’a eu aucun mal à cela. D’abord parce qu’il se révèle vite être un ingénieur hors pair. Vous avez commencé votre carrière dans l’électronique et l’informatique. A l’époque, il n’y avait rien de plus moderne. Et l’on peut dire, je crois, que la modernité ne vous a jamais quitté. Avec le recul, je suis tenté de dire que vous l’un des derniers des mohicans, tant il est devenu rare de pouvoir compter sur des grands commis de l’Etat qui ont conservé une culture technique aussi développée que la vôtre. Et ceux qui la perçoivent ne laissent pas d’en être impressionnés.

Votre parcours, fort de ces qualités, vous l’avez consacré presque entièrement à la direction générale de l’armement, dont vous êtes, depuis sept ans, le délégué général.

La première qualité que je veux souligner, celle qui résume toutes les autres, celle qui fonde la confiance que je vous accorde, c’est votre fiabilité. Vous connaissez tout, sur tous les sujets. Il est ainsi rassurant de vous avoir à ses côtés, quel que soit le contexte. Pour un ministre et son équipe, c’est un confort suffisamment rare pour être souligné.

Depuis sept ans, la maison DGA se trouve ainsi entre de bonnes mains, et votre capacité à faire parler d’une seule voix une structure qui compte pourtant dix mille têtes bien faites n’est pas la moindre de vos qualités.

Vous avez de l’humour, et la force de votre gabarit d’ancien pilier de rugby n’a d’égal que la finesse de votre esprit. On dit de vous que vous êtes rugueux. C’est vrai. C’est même l’une de vos plus belles qualités. C’est en tout cas ce tempérament qui fait de vous un négociateur hors pair. Vous savez quand il faut conclure un accord. Vous savez attendre aussi. En réunion internationale en particulier, vous avez une santé de fer. Cela peut durer dix heures : vous savez que vous les aurez à l’usure. Vous êtes toujours celui qui tient le coup.

Chacun sait que vous avez contribué à l’un des plus grands succès de ces dernières années, en rapprochant deux industriels majeurs de la défense européenne, Nexter et KMW. Laurent Collet-Billon, c’est d’abord une méthode, et, du même coup, de formidables réussites. Encore tout récemment, vous avez réussi l’impossible, en structurant l’offre export de l’industrie spatiale.

Un autre succès que je veux rappeler, c’est la réussite du tir du M51. Ce retour en vol, c’est une prouesse technologique qui apporte la confirmation de l’excellence française. Après l’échec de 2013, un autre échec n’était pas permis. C’est donc pour moi-même une grande satisfaction que de pouvoir compter sur une DGA et une industrie qui savent réussir là où elles ne peuvent pas échouer.

Plus largement, en ma qualité de ministre, je constate au quotidien que la DGA et l’industrie conçoivent et produisent des matériels exceptionnels. Je le vérifie dans les engagements de la France. Et j’en fais moi-même la promotion à l’export. Le succès du Rafale, c’est ainsi, à côté de Dassault, un succès de la DGA qui en a été le maître d’ouvrage. C’est un pari fait il y a trente ans, reconduit depuis trente ans – à chaque fois, vous avez fait les bons choix de technologies, les bons choix d’investissements. Nous en recueillons les fruits aujourd’hui. Je pourrais bien sûr citer les FREMM ou de nombreux autres programmes encore, qui sont autant d’objets extraordinaires. Manager une telle complexité n’existe guère plus qu’en un endroit au sein de l’Etat : c’est à la DGA.

Aujourd’hui, c’est donc aussi un promoteur de l’industrie française que je suis très heureux de distinguer. Par-delà la diversité des activités de la DGA (je pourrais encore citer la tutelle de l’X), il y a une responsabilité, celle d’être le premier investisseur de l’Etat. Cela vous donne un rôle fondamental dans la politique industrielle française, qu’il s’agisse d’accompagner nos entreprises à l’export (et vous me permettrez de rappeler que nous avons déjà enregistré un résultat historique en 2014, avec 8,2 milliards d’euros de prises de commande, et que nous l’avons d’ores et déjà dépassé pour 2015), ou qu’il s’agisse encore de soutenir le tissu des PME de défense (vous êtes le premier acteur du pacte que j’ai mis en place dans ce domaine, en suivant notamment 600 PME critiques).

Je conclurai en revenant à ce qui a marqué votre parcours, dès son origine au sein de la D.E.N., et qui continue de vous distinguer aujourd’hui : l’intérêt supérieur du pays. Vous pouvez être extrêmement tactique, mais il y a un fil rouge, le service de l’Etat et la grandeur de la France.

Cet attachement à la grandeur de la France, dans notre monde globalisé, peut faire un peu vieux jeu. C’est en tout cas aussi ce qui nous rapproche, et qui continue de nous faire avancer.


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