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Les deux défis du musée de l

Les deux défis du musée de l’Armée

Allocution de Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, pour l’inauguration de l’exposition « D’Azincourt à Marignan, 1415-1515. Chevaliers et bombardes ». Musée de l’Armée, le 6 octobre 2015 – Seul le prononcé fait foi – Source : DICoD.

Monsieur le secrétaire général pour l’administration,
Monsieur le chef d’état-major de l’armée de terre,
Monsieur le gouverneur militaire de Paris,
Monsieur le gouverneur des Invalides,
Madame la directrice de la mémoire, du patrimoine et des archives,
Monsieur le directeur,
Mesdames et Messieurs, chers amis du musée,

C’est toujours un plaisir pour moi de venir au musée de l’Armée. Mais j’en suis d’autant plus heureux aujourd’hui que je n’avais pu inaugurer les dernières expositions. Autant dire que le musée m’avait manqué ! Je le retrouve aujourd’hui plus dynamique que jamais, avec une nouvelle exposition temporaire, à laquelle est promis un magnifique succès.

« Chevaliers et bombardes » : chaque exposition du musée est une plongée dans l’Histoire de France, une machine à traverser le temps. Entre 1415 et 1515, on se retrouve cette fois à la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance, entre le bruit des épées et la fureur des canons.

Au cours de ce siècle décisif, l’apparition d’une arme nouvelle, l’artillerie, révolutionne l’art de la guerre. Mais entre la défaite d’Azincourt et la victoire de Marignan, c’est alors toute une société qui change : dans le même temps que l’armée se modernise, le pouvoir royal s’affirme, l’économie change d’échelle, et les prémisses de l’Etat moderne font leur apparition.

Ce siècle, majeur dans notre Histoire, reste méconnu. Raconté par les équipes du musée de l’Armée, il est passionnant entre tous.

Moi qui ai eu la chance de découvrir cette exposition juste avant de vous retrouver, je veux en féliciter les commissaires, Sylvie Leluc, Antoine Leduc et Olivier Renaudeau, et tous ceux qui y ont travaillé, sous le regard averti du professeur Philippe Contamine. Ensemble, ils ont rassemblé des pièces uniques, au sein d’un parcours particulièrement réussi – par endroits spectaculaire.

Je veux également remercier l’ensemble des partenaires de l’exposition : je pense en premier lieu au CIC, cher Michel Lucas ; je pense bien sûr aux nombreux prêteurs, qu’ils soient institutionnels ou particuliers ; je pense enfin à Gallimard, première maison d’édition partenaire du ministère de la Défense, qui signe avec le musée un superbe catalogue.

Une fois de plus, le musée de l’Armée brille donc par l’intelligence de son propos et l’inventivité de sa démarche. Captiver, dans une même exposition, l’attention des spécialistes et l’intérêt du grand public, susciter l’émerveillement des jeunes comme des moins jeunes, serait ailleurs une gageure ; ici, c’est devenu une marque de fabrique.

Le mérite premier en revient au général Baptiste et à son adjoint, David Guillet. Je sais qu’ils travaillent d’arrache-pied, et je veux profiter de cette occasion pour leur dire l’admiration qui est la mienne devant le travail qu’ils effectuent au quotidien, pour faire vivre le musée et faire rayonner ainsi le patrimoine de la Défense, l’histoire de la Nation.

Grâce à eux, à l’ensemble de leurs équipes, grâce aussi au travail de la DMPA qui en assure la tutelle, le musée de l’Armée, fleuron culturel de la Défense, consolide sa place de cinquième musée de France. Il vient d’ailleurs d’établir un nouveau record de fréquentation, en franchissant le cap symbolique des 1 500 000 visiteurs au cours de l’année passée.

Magnifiques expositions temporaires, records de fréquentation, mais aussi un fonctionnement exemplaire, auquel contribue le développement bienvenu de ressources propres : ministre de la Défense, attaché au développement de la politique culturelle et patrimoniale du ministère, je suis heureux et fier de ces très beaux succès rencontrés par le musée. Je n’oublie cependant pas qu’ils ont été construits sur la durée, et qu’il importe, à cet égard, de préparer dès à présent ceux qui pourront se présenter demain.

Si je prends un peu de champ, je constate que le musée de l’Armée est aujourd’hui confronté à deux défis majeurs.

Le premier, c’est l’accueil de ses publics. Les Invalides sont un écrin majestueux, qui attire naturellement des centaines de milliers de visiteurs chaque année. Le musée est cependant le seul – parmi ceux de son importance – à ne disposer d’aucune façade, d’aucun visuel extérieur qui permettrait de l’identifier, de communiquer sur sa programmation, comme le font tous les autres grands musées. Ses espaces d’accueil sont par ailleurs défavorablement situés ; les salles dévolues aux expositions temporaires sont encore trop modestes, au regard de la richesse des projets qui sont menés année après année ; enfin, les espaces dédiés aux parcours permanents, trop fragmentés, sont surtout insuffisants pour traiter de sujets pourtant majeurs, qui ont toute leur place au musée de l’Armée.

C’est le second défi, le plus important, le plus passionnant aussi. Comment comprendre – je dirais même, comment accepter – qu’un grand musée d’histoire comme le musée de l’Armée, ne dise rien ou si peu de la guerre froide, de la colonisation et de la décolonisation, ou encore les engagements militaires les plus récents de la France ?

Le plan Athéna, mis en œuvre de 2000 à 2010, a modernisé le musée, en lui donnant les clés d’une notoriété et d’une attractivité qui trouvent aujourd’hui à s’épanouir. Ce plan important s’est cependant heurté aux contraintes inhérentes au site des Invalides, et notamment à la répartition des espaces, héritée de l’histoire. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, le parcours proposé aux visiteurs s’arrête en 1945.

La singularité des musées d’histoire réside dans leur fragilité. S’ils n’évoluent pas en même temps que leur époque, ils sont condamnés à s’effacer. A cet égard, nous sommes ici devant un risque réel. Le décalage entre notre époque et les périodes les plus récentes évoquées par le parcours permanent du musée s’accroît d’année en année. Comment comprendre – et je le redis, comment accepter – que les opérations extérieures ne soient pas évoquées à l’endroit même où la Nation honore ceux qui sont tombés en son nom ? Comment ne pas regretter que le fait colonial et ses conséquences, si importantes pour la France aujourd’hui, ne soient pas développés ? A chaque fois, une même question : comment un peuple, des citoyens, peuvent-ils comprendre l’époque dans laquelle ils vivent, et penser leur avenir, dans l’ignorance de leur passé le plus récent ? Ici, le musée de l’Armée a un rôle à jouer bien plus grand encore que celui qu’il remplit aujourd’hui.

Depuis des années, le musée a fait la preuve de sa capacité à traiter des sujets les plus difficiles, en faisant sienne la recommandation de Paul Ricœur : « il revient à l’historien de comprendre sans inculper ni disculper ». A un moment où la société française est traversée par des questionnements importants, où elle est confrontée à des menaces graves, le musée offre des outils de compréhension et de cohésion qui n’ont pas d’équivalent. Les développer, consolider l’esprit de défense et la place des armées au sein de la Nation, m’apparaît ainsi comme une nécessité.

Aujourd’hui, pleinement conscient de ces enjeux, je souhaite partager avec vous la grande ambition que j’ai pour le musée de l’Armée : celle de son agrandissement. Avec le plan Athéna, le musée est allé au bout de ses possibilités actuelles de développement, dans la rationalisation de son fonctionnement et l’optimisation des espaces qui lui sont dévolus. Il faut donc aller plus loin.

C’est pourquoi je demande à la directrice de la mémoire, du patrimoine et des archives, sous l’autorité du secrétaire général pour l’administration, et en lien avec le gouverneur militaire de Paris et le gouverneur des Invalides, de conduire une réflexion globale sur la distribution des espaces au sein de l’Hôtel national des Invalides, que je veux renforcer dans sa vocation de haut-lieu du rayonnement de nos armées. Dans ce cadre, elle identifiera les conditions d’une extension du musée de l’Armée, qui permettra de répondre aux deux défis majeurs que je viens d’évoquer. Une première feuille de route me sera remise d’ici la fin de l’année.

C’est un chantier de longue haleine que j’engage aujourd’hui. Je sais que le musée a commencé de s’y préparer, et je fais toute confiance au général Baptiste et à David Guillet pour en préciser les contours, à la mesure des réussites auxquelles ils nous ont habitués.

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Vous le voyez, le musée de l’Armée est à la croisée des chemins. Fort des succès qu’il a déjà rencontrés et de ceux qu’il nous promet encore, je veux choisir pour lui le chemin le plus ambitieux, parce que la force de notre Défense, comme de notre Nation dans les épreuves qu’elle trouve devant elle, c’est aussi le recul que lui donne l’Histoire. Ma conviction est qu’il n’y a pas de meilleur lieu que les Invalides, et en son sein, que le musée de l’Armée, pour rassembler la Nation autour de son Histoire dans ses pages les plus importantes.

Pour relever les défis qui l’attendent, le musée peut donc compter sur mon plus entier soutien.

Je vous remercie.


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