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Arabie salafiste

Arabie salafiste: Valls a raison, Trump n'a pas tort

Par Hedy Belhassine.[1Paris le 12 avril 2016.

Devant un auditoire convié par la Fondation Jean Jaurès et l’American Jewish Committee, Manuel Valls a piteusement reconnu: « nous avons fermé les yeux sur la progression des idées extrémistes du salafisme ». L'aveu a été ovationné.

Le Premier Ministre accusait enfin l'idéologie minoritaire et sectaire dont les adeptes français seront improbablement déchus. Tempête dans une verre d’eau disent les « experts » qui contestent le nombre de salafistes sévissant dans l'hexagone : dix, vingt, cent mille ?
Qu’importe. Un seul, serait un de trop.

Pareillement, le recteur de Paris et quelques marabouts autoproclamés mettent en garde contre le risque « d’amalgame » entre les différents courants de pensée salafiste. Il y a les salafistes jihadistes violents et les salafistes jihadistes pacifistes. Il ne faut pas confondre les loups avec les moutons, les barbus sans moustache et les barbus moustachus. Seuls, les premiers sont dangereux !

Ben voyons ! On nous prend pour des jambons !

Par les idées racistes qu’ils professent ouvertement et l’asservissement qu’ils imposent aux femmes, ils bafouent les principes gravés dans le marbre de tous les préambules de la Constitution française depuis 1789. Ne serait-ce que pour ces motifs , le salafisme (que mon correcteur automatique d’orthographe s’obstine à transcrire « satanisme » ) est une pratique hors la loi mais impunie.

Mais puisque le Chef du Gouvernement dénonce, c’est qu’il va sévir ! Ça va barder. Applaudissons l’augure. Dans l'agenda électoral cette prise de conscience est tardive.
- Dommage que Valls n’ait pas entendu plus tôt les lanceurs d’alertes.
- Dommage qu’il n’ait pas perçu que les musulmans de France étaient massivement hostiles à l’invasion de cette idéologie sectaire impunément propagée par les théocraties du Golfe.
- Dommage qu’il n’ait pas analysé plus tôt que le « vote musulman à gauche » formait l’espoir d’une rupture avec les copinages wahhabites de l’ère Sarkozy.
- Dommage qu'il n'ait pas senti que les électeurs étaient las de la complaisance des élus de tous bords qui monnayent le dogme de leur religion aux plus offrants venus de l'étranger.

Dix ans de perdu pour constater que les musulmans de France étaient de rite malékite dont la pratique pacifique était en contradiction totale avec la haine et la violence propagées par les théocrates d'Orient.

En désignant le salafisme, le Premier ministre tergiverse, il escamote et s'abstient de nommer leurs prosélytes : l'Arabie Saoudite et le Qatar.
Heureusement, les journalistes parisiens complètent tout haut ce que peut-être, Valls pense tout bas : Kamel Daoud, le plus talentueux: «... l’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel ...» C'est pourquoi « la femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée » (Le Monde).

Béchir Ben Yahmed, le doyen : « Les dirigeants saoudiens oppriment leurs sujets et propagent parmi les autres musulmans le wahhabisme, interprétation rigoriste et obscurantiste de l’islam. Bellicistes, ils attisent les braises au lieu d’éteindre l’incendie » (Jeune Afrique).

Le journal Causette, (plus féminine du cerveau que du capiton) dénonce les manipulations de la diplomatie franco-saoudienne, Marianne dans une enquête très documentée met à jour les turpitudes de la françarabie.

Il faut saluer ces journalistes et leur rédaction car depuis plusieurs mois, pas moins de cinq agences de communication royalement rémunérées par l’Arabie ont reçu mission de redorer l’image de la monarchie salafiste en France.

Madame Nathalie Goulet sénatrice de l’Orne, admet « qu’il est parfois difficile de contrer une mauvaise réputation ». Elle s'est rendue en Arabie Saoudite le mois dernier. À son retour, elle a dévoilé « qu’un rapport complet sur cette mission sera disponible bientôt sur le site du Sénat, il sera étayé de documents, nous travaillons en transparence sans compromission ni naïveté...»

Voici que grâce à la diplomatie parlementaire, nous découvrirons probablement le « vrai » visage de l'Arabie : modèle de déradicalisation et de lutte contre le terrorisme. Une monarchie qui progresse « à son rythme » vers l'émancipation des femmes et la libération des esclaves.

Les Américains, n’ont pas la finesse d’esprit des Français, leurs diplomates portent des éperons. Ils appellent un chat un chat ; un salfiste un saoudien.
Le possible futur Président des Etats-Unis est un goujat gouailleur inadmissible à l’ENA, mais pas totalement simplet. Dans deux longs entretiens accordés le 26 mars au New York Times, Donald Trump définit les grandes lignes de sa politique étrangère. Cette vision, probablement inspirée par des communicants avisés, est un florilège d’idées simples ressassées au fil de l’interview: « nous sommes un pays pauvre », « notre dette est de 21 mille milliards de dollars », « nous n’avons plus les moyens d’être le gendarme du monde ».

America first

Cette diplomatie de comptoir à la Picsou est fondée sur la loi du business. Si ça ne nous rapporte rien, il faut passer son chemin dit Donald. C'est simpliste mais convaincant. Exemples : L’OTAN créé pour contrer la menace de l'ex-URSS est obsolète. La contribution des USA à l’ONU est disproportionnée. Le Japon a les moyens de se défendre tout seul. « Si le Japon était attaqué nous devrions bien entendu aller à sa rescousse, mais si nous étions attaqué, est-ce que le japon viendrait nous défendre ? »

Sur le Moyen Orient, Trump mérite d'être lu car quel que soit le vainqueur des primaires et de la présidentielle, il/elle devra tenir compte de ces orientations très largement partagées par l’opinion.

- « Saddam Hussein était un sale type mais il excellait dans une chose: tuer les terroristes. Ce n’est pas lui qui a frappé le World Trade Center OK ? ». Puisque le pétrole d'Irak n'a pas été confisqué lorsque cela était possible, il faut détruire les puits de Daech.
- Les États-Unis se battent « stupidement » à la fois contre Bachar et contre l’État Islamique. Il faut choisir le moindre mal.
- Les réfugiés de guerre doivent être rassemblés dans des zones de sécurité en Syrie, le coût doit être entièrement financé par les monarchies du Golfe...
- Sur l'Arabie Saoudite: « sans nous, ce pays n’existerait pas » et d’expliquer sobrement « ils gagnent un milliard de dollars par jour en nous vendant leur pétrole et ils ont le toupet de nous faire payer la location de nos bases militaires qui les protègent… ».
- Il promet dès son élection, de suspendre les importations de pétrole du Moyen-Orient tant que l'Arabie et les Émirats du Golfe ne combattront pas Daech.

Les propos de Trump sont-ils très différents de ceux de Valls ? L'un dénonce l'Arabie, l'autre accuse le salafisme. Les Américains ne sont pas prêts d'oublier la nationalité des terroristes du WTC, alors en bon populiste Trump fustige les Saoud. En France, la campagne électorale ne fait que commencer, mais il y a fort à parier que tous les candidats se verront interpellés sur l'avenir de nos relations avec l'Arabie Saoudite Salafiste, alliée idéologique de Daech.

À Riyad, les déclarations de Valls et de Trump sont restées sans effet. Indifférente aux aboiements lointains, la caravane des Saoud passe car l'arrogance de la famille Royale est à la mesure de sa fortune : sans limites.

Depuis un an, elle bombarde impunément le Yémen (sauf la province de l'Hadramaout occupée par Al Qaïda). Par le crime elle veut réduire et inféoder son voisin du sud, par l'argent elle veut acheter celui de l'Ouest. Déjà, des milliards pleuvent sur l'Égypte pour acquérir des armes, mais pas seulement. Bientôt un pont de 32 kilomètres sera lancé à l'entrée du golfe d'Aqaba pour relier le deux pays à seulement quelques encablures d'Israël qui n'y voit aucun inconvénient; au Caire, un campus de 30 mille étudiants sera construit pour la célèbre université théologique al-Azhar afin de salafiser les générations futures.

Le jeune ministre de la guerre et des finances royales Mohamed Ben Salman, fils du Roi, vient d’annoncer la semaine dernière, la création d’un fonds souverain de deux mille milliards (vous avez bien lu 2 000 milliards) de dollars. C’est l’équivalent de la dette de la France. De quoi acheter le Louvre et tous les clubs de foot.

Dans quelques jours, ce parisien d'adoption sera à nouveau reçu à l’Élysée.[2]

De prodigieuses transactions commerciales devraient se concrétiser «en transparence, sans compromission ni naïveté» bien sûr. La France donneuse de leçons de morale a mis son mouchoir sur les ventes d'armes qui massacrent depuis un an les Yéménites. Entre Paris et Riyad, les négociations sont désormais au seuil de la ligne rouge : pour la vente des technologies nucléaires du réacteur pressurisé évolutif (EPR) et le transfert d'un laboratoire de virologie de haute sécurité (P3).

Bientôt, succédant à son vieux père malade, le Prince Mohamed deviendra Roi. Porteur d'une espérance de règne de 50 ans, son ténébreux projet d'empire salafiste est une ambition que ni Valls, ni Trump ne pourront contrecarrer....même s'ils sont élus !

Hedy Bellhassine

[1] Consultant international, spécialiste du monde arabo-musulman. Source : Blog d'Hedy Belhassine.
[2] "Napoléon d'Arabie, Vladimir et François" d'Hedy Bellhassine (27-06-2015)

Chroniques du même auteur :
"Arabie salafiste: Valls a raison, Trump n'a pas tort" (12-04-16).
"Tunisie, vaincre Daech ou périr" (13-03-2016).
"Arabie Saoudite, la stratégie du Mistral perdant" (22-02-2016).
"Olivier Roy et Alain Chouet, deux lectures pour comprendre la « jihadologie »" (09-02-2016).
"La révolution arabe aux portes de la monarchie saoudite" (17-09-2014).


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