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"La Russie, l’allié de revers" au cours des deux Guerres Mondiales

Discours de Jean-Marc Todeschini lors de la cérémonie du centenaire du corps expéditionnaire russe à Marseille. Marseille/Paris, le 13 mai 2016. Source : DICoD.

Monsieur l’Ambassadeur de la Fédération de Russie en France,
Monsieur le Consul général de la Fédération de Russie à Marseille,
Monsieur le vice-gouverneur de la Province de Samara,      160512-N-SK590-386.JPG
Monsieur le préfet,
Monsieur le Sénateur-maire de Marseille,
Monsieur le Directeur de l’Office National des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre,
Monsieur le Gouverneur militaire de la ville de Marseille, mon général,
Messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames et messieurs,

La France et la Russie ont combattu, au cours des deux guerres mondiales, les mêmes ennemis. Cette alliance entre nos deux pays remonte à 1892. Au XIXe siècle le grand ennemi d’alors est l’Allemagne. Aux côtés de l’Angleterre, alliée maritime et économique, la Russie est l’allié de revers.

Nos deux pays, durant la Première Guerre Mondiale, ont connu leur lot de souffrances et de morts, de terreurs et de tristesses. Ces douleurs en partage ont fondé une mémoire commune de la Première Guerre Mondiale.

Les soldats russes et français n’ont pas fait que combattre le même ennemi, sur des fronts distants de milliers de kilomètres ; ils ont aussi fraternisé sur des mêmes champs de bataille.

A la fin de l’année 1915, après une année et demie d’un conflit aux destructions inimaginables, la France commençait à manquer de soldats. La Russie, qualifiée de « réservoir inépuisable d’hommes » par Paul Doumer, futur ministre d’État et Président de la République, n’est pas non plus épargnée, mais elle a encore davantage besoin de matériel militaire.

Dans ce cadre, des accords sont signés en décembre 1915. La Russie accepte d’envoyer, en échange de matériel de guerre et de munitions, quatre brigades d'infanterie composées d'environ 50 000 officiers et soldats : la 2e et la 4e brigade sont envoyées dans les Balkans, sur le front de Salonique ; la 1ère et la 3e brigade gagnent la France pour combattre en Champagne.

Ces troupes russes sont armées par la France, mais l’aigle bicéphale sur leur casque rappelle leur pays d’origine.

La 1ère brigade du corps expéditionnaire commence un long voyage depuis la Mandchourie. Elle débarque à Marseille, le 21 avril 1916, à bord du « Latouche-Treville », le navire amiral du corps expéditionnaire, et d’un second navire, « l’Himalaya ». La foule accoure pour assister au spectacle de cette arrivée triomphale. La population est en liesse. « Vive la Russie ! Vive l’alliance franco-russe » s’exclament les Marseillais. L’alliance se concrétise devant les yeux de chacun : ces soldats, venus de l’Est, parfois du bout du monde, sont prêts à donner leur vie pour défendre un pays qui leur est étranger, sur une terre qui n’est pas la leur.

Le général Lokhvitsky reçoit les honneurs militaires des plus importantes autorités civiles et militaires de Marseille. Le général Joffre, commandant en chef des armées françaises, adresse un message dans lequel il remercie la Russie qui a bien voulu « donner à la France un gage nouveau de son amitié » et « une preuve plus éclatante encore de son dévouement à la cause commune ».

Les troupes sont dirigées vers le camp d’entraînement de Mailly. Elles doivent s’adapter à des conditions de combats très peu familières : les espaces sont bien plus resserrés que dans les immenses territoires du front Est. Les troupes sont ensuite affectées aux secteurs de Suippes et d'Aubérive.

La 3ème brigade, qui était arrivée à Brest à la fin du mois d’août, relève la première brigade en octobre 1916.

Le corps expéditionnaire connaît par la suite de nombreux affrontements féroces. En avril 1917, les deux brigades sont réunies et rattachées à la 5e armée française du général Mazel pour prendre part à l’offensive Nivelle. Les Russes sont chargés d’attaquer les défenses allemandes près de Reims. En deux jours seulement, ils réussissent à prendre quelques points stratégiques et font un millier de prisonniers. Les pertes sont cependant immenses : 70 officiers et 4472 tués, blessés ou disparus.

La province de Samara, dans la Volga, a payé en proportion le plus lourd tribut humain. Je veux donc profiter de ce moment pour saluer la présence du vice-gouverneur de la province de Samara qui a bien voulu co-financer la plaque en l’hommage aux soldats russes.

Grâce à leur action et à leur courage exemplaires, les troupes russes ont contribué à maintenir le front Ouest en Champagne. Alors que la majeure partie des soldats français affrontait les chocs de Verdun et de la Somme, il fallait tenir les autres parties du front où une rupture était toujours possible.

Les troupes russes ont donc joué un rôle particulièrement significatif dans la préparation de la victoire alliée. La France leur attribue, pour leurs nombreux faits d’armes, des citations à l’ordre de l’armée.

Suite à la signature du traité de paix de Brest-Litovsk en mars 1918, les relations se tendent entre la France et le nouveau régime russe.

Cependant la Révolution Rouge ne marque pas totalement la fin de l’engagement russe en France : près de 400 hommes, équipés et armés par la France, forment une légion de volontaires qui est intégrée à la 1ère division marocaine. Ils continueront de s’illustrer dans les batailles décisives de la fin de la guerre, dans la Somme ou au Chemin des Dames.

Cette mémoire franco-russe est ce qui nous rassemble aujourd’hui. Elle témoigne de la force des liens historiques qui existent entre nos deux nations, malgré le siècle écoulé, et les divisions qui ont pu suivre l’union.

Cette commémoration de l’arrivée du centenaire du corps expéditionnaire russe à Marseille nous rappelle que la Grande Guerre a mêlé, dans son grand tourbillon de violences, tous les peuples et tous les continents.

Le soldat venu de Mandchourie vivait comme celui venu de Marseille, éprouvant les mêmes souffrances et parfois les mêmes peurs. Face aux mitrailleuses et aux baïonnettes, la solidarité du front effaçait toutes les barrières et toutes les bannières.

Notre présence ici rappelle enfin la nécessité d’une bonne coopération mémorielle entre tous les précédents acteurs de la Grande Guerre.

Nous sommes rassemblées, avec un même esprit de communion, pour que vive le souvenir des souffrances passées, pour que perdure encore longtemps le souvenir des sacrifices de nos aînés, de Moscou comme de Marseille, de Russie comme de France. Tous ont partagé un destin commun qui est encore riche d’enseignements pour nous. Je vous remercie.


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