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Pétain durant la bataille de Verdun

Pétain durant la bataille de Verdun

Le 26 février 1916, Philippe Pétain (1856-1951), alors général, prend le commandement des troupes françaises du front de Verdun dès le 26 février 1916. Quel rôle va-t-il jouer durant la bataille de Verdun ? Entretien avec le lieutenant-colonel Christophe, professeur d’histoire militaire au Centre d’études stratégiques de l’armée de Terre (Paris). Source : CNE Candice Thomassin/DICoD.

Candice Thomassin : Quel rôle a joué le général Pétain durant la bataille de Verdun ?

LTC Christophe : Précisons tout d’abord que le général en chef (Joffre) n’avait pas pris au sérieux la menace pesant sur la place de Verdun. Les Allemands encerclaient à demi cette région fortifiée. Ils pouvaient s’en emparer grâce à leur artillerie lourde mais ils ne possédaient pas la masse de manœuvre nécessaire pour une percée stratégique. Ignorant ces données, l’opinion accorde à Verdun un rôle capital. Sa chute pouvait donc causer un choc psychologique important et pousser les Français, restés très offensifs, à consentir d’énormes pertes pour sa reconquête.

Conscient de ces enjeux, Pétain organise une défense au moindre coût, dès son arrivée, le 26 février matin. Il définit une ligne de résistance à tenir à tout prix, afin d’interdire aux Allemands les hauteurs dominant la ville. Il tire tout le parti possible de la Voie sacrée et du rail pour renforcer son armée, isolée de l’arrière. Il conçoit un système de rotation des unités, permettant leur relève avant que leur usure ne dépasse le point de non-retour. Pour ce spécialiste reconnu de l’offensive et de l’interarmes, qui voulait que « l’artillerie (…) donne à l’infanterie l’impression qu’elle la soutient »et qui chargea l’aviation de « nettoyer le ciel de Verdun », il n’est pas question de contre-attaquer. Cela aurait fait le jeu de l’ennemi, avantagé par sa formidable artillerie lourde.

Candice Thomassin : Quelles difficultés affronte-t-il tout au long de la bataille ?

LTC Christophe : Pétain arrête ainsi l’offensive allemande, et dispose désormais d’effectifs importants. Mais son refus de contre-attaquer pour mettre Verdun à l’abri de toute menace lui vaut les plus sérieuses difficultés.

Philippe Pétain (1856-1951) prend le commandement des troupes françaises du front de Verdun le 26 février 1916
Joffre et le Grand Quartier général (GQG) sous-estiment l’ennemi. Ils se laissent abuser par les pertes allemandes, deux fois plus importantes que celles subies par les Français. Ils ne comprennent donc plus l’attitude défensive de Pétain. Ils lui reprochent d’immobiliser une partie des forces destinées à la future offensive de la Somme.

Le général Nivelle, secondé par Mangin, plaide pour une contre-attaque ambitieuse visant à rejeter les Allemands au-delà du fort de Douaumont. Joffre lui confie la 2e armée. Trop populaire pour être limogé, Pétain est écarté en étant promu à la tête du groupe d’armées. De là, il intervint de nouveau dans la bataille, à la suite de l’échec sanglant subi par Nivelle-Mangin et de la reprise de l’offensive allemande. Après la crise de juin-juillet, et le grave fléchissement du moral qui l’accompagne, Pétain fait arrêter les actions offensives jusqu’à ce que la 2earmée possède assez d’artillerie lourde, ce qui advint en octobre. Nivelle entreprend alors avec succès la reconquête du terrain perdu.

Candice Thomassin : Quel a été l’impact de la bataille de Verdun sur sa carrière ?

LTC Christophe : Le souci du facteur humain dont Pétain fait preuve pendant la bataille contribue à accroître sa popularité dans la troupe, tandis que le GQG lui fait une réputation de chef pessimiste et timoré. Cette hostilité, conjuguée aux conséquences d’une attitude souvent abrupte vis-à-vis des dirigeants politiques, fut telle que l’on choisit Nivelle plutôt que Pétain pour remplacer Joffre, fin 1916. Cependant, paradoxalement, Paul Painlevé, l’une des personnalités qu’il avait rudoyées, vit en lui le chef réaliste, peu soucieux de plaire, dont les armées avaient besoin. Il aurait souhaité que Pétain supervise l’action de Nivelle depuis Paris, en qualité de chef d’état-major général. Mais il doit attendre sa propre nomination au ministère de la Guerre et la faillite de l’offensive d’avril 1917 pour pouvoir lui confier ce poste. Pétain redonne alors confiance aux armées, secouées par la crise des mutineries. Ayant pour origine immédiate l’échec d’avril, cette crise se nourrissait de l’exaspération causée par les attaques à « coups d’hommes » qui n’avaient pas cessé depuis 1914. Dorénavant, les opérations tinrent rigoureusement compte des possibilités matérielles.


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