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Avec le Patroller et son concept

Avec le Patroller et son concept, les drones prennent un nouvel envol

Le Patroller est un système de drone tactique multi-capteurs, conçu pour des missions de surveillance aéroterrestre ou maritime et de soutien aux opérations.[1] Pesant près d'une tonne, il est capable de voler 20 heures et offre une capacité d’emport de 250 kg de charge utile incluant sa boule optronique qui fonctionne de jour comme de nuit. Décollage et atterrissage sont automatiques sur des distances inférieures à 800 mètres. Le Patroller ne nécessite pas de dispositif spécifique de freinage, comme des câbles d'arrêt et peut donc être déployé de n'importe quel aéroport, voire d'une simple piste en herbe. Deux mécaniciens suffisent pour le mettre en œuvre. La mission est conduite par deux opérateurs qui interviennent à partir d’une station au sol. Exposée pour la première fois à Eurosatory en 2016, cette station en shelter aérotransportable préfigure celle qui sera opérationnelle dans l’armée de Terre française. En 25 ans l'équipementier Sagem, aujourd'hui Safran Electronics & Defense, société intégré au groupe Safran, a réussi à s'imposer dans le domaine des drones tactiques. Après le Crécerelle, le SDTI Sperwer est devenu la référence française qui s'est imposée à l'export aux Pays-Bas, en Suède, au Danemark, en Grèce et au Canada.[2] Avec le nouveau système Patroller de Safran Electronics & Defence, l'armée de Terre vient de choisir un instrument particulièrement innovant, reposant sur un concept novateur, utilisant comme plate-forme, un avion de type S-15 doté d’une aile à grand allongement. La France, premier pays à avoir eu un régiment de drones est en passe de s’affirmer comme le « leader en Europe de cette filière drones tactiques ».[3] Patrick Durieux, directeur du département systèmes de drones tactiques et de surveillance aéroportée (Division Optronique & Défense) répond ici aux questions de Joël-François Dumont. Eurosatory, Villepinte, le 16 juin 2016.

European-Security : Après le SDTI, avec le nouveau succès remporté par Safran Electronics & Défense dans la compétition SDT (Système de Drones Tactiques) avec le Patroller, Safran devient désormais leader de la filière des drones tactiques en France, mais aussi en Europe. Le ministre l’a souligné lors de la signature du contrat  à Montluçon,[4] ville où Safran a implanté son site industriel de production de drones.

Jean-Yves Le Drian et Philippe Petit-Colin, DG de Safran à Eurosatory

Patrick Durieux : Vous dites « devient »… Nous fournissons des systèmes de drones depuis plus de 25 ans. Nous avons une longue histoire dans les activités Drones. Nous sommes aux côtés de l’armée de Terre depuis 1990.[5] Après le Crécerelle, nous avons fourni le Sperwer, (programme SDTI – Système de Drones Tactiques Intérimaires).[6] Et avec ce nouveau succès, nous assurons la continuité avec le Patroller, qui offre des performances accrues, toujours au service de l’Armée de Terre. Nous avons par ailleurs vendu nos drones tactiques Sperwer à cinq clients export.

La Loi de Programmation Militaire 2014-2019 prévoit la livraison de 14 aéronefs

Ceci nous a permis de mettre dans le Patroller tout notre savoir-faire et tout le retour d’expérience que nous avons pu acquérir grâce à l’armée de Terre [7] et nos autres clients lors d’opérations extérieures.[8] Ceci a fait la différence dans la compétition, avec un produit qui colle aux exigences de notre client.[9]

European-Security : Certains utilisateurs trouvent ce concept novateur pour ne pas dire révolutionnaire. D’un planeur motorisé, pour en faire un avion de compétition sportive, puis le « droniser » pour en faire un vecteur piloté ou télépiloté en fonction du besoin, il fallait quand même y penser ?

Patrick Durieux : Oui, c’est une approche assez innovante. Nous sommes partis d’un constat : dans un système de drones tactiques, l’enjeu est d’offrir une chaîne de renseignement performante. En ce qui concerne le porteur, il nous faut donc une cellule éprouvée, fiable, facile à mettre en œuvre et à maintenir, certifiée si possible, qui dispose de performances clefs pour un système de drones. Pourquoi en effet développer une nouvelle cellule alors que dans cette catégorie de drones, des aéronefs pilotés existent déjà, ceux-ci offrant les performances recherchées ?

Le choix du S15, qui est la cellule de base que nous avons « dronisée » pour faire le Patroller, est une solution intéressante de ce point de vue-là puisqu’elle apporte avec elle tout un savoir-faire issu de l’aéronautique civile et des motoplaneurs. Des caractéristiques aérodynamiques très intéressantes, des points d’emport sous voilure, un produit silencieux, certifié, sont autant de caractéristiques essentielles à un système de drones.

Le S15, ce n’est pas un motoplaneur, mais un avion piloté, certifié en tant que tel, et donc très robuste.[10] Il est certes de taille significative mais il peut effectivement être transporté dans un conteneur standard. Il peut être monté et démonté très facilement. Il est capable de décoller ou d’atterrir automatiquement à partir d’une piste sommaire. Autant de données qui répondent aux besoins des missions tactiques.

European-Security : Quand vous dites « piloté », entendez-vous qu’il peut l’être soit par un aviateur dans le cockpit soit télépiloté à partir du sol ?

Patrick Durieux : Oui, le mode de base, c’est le mode drone. Mais effectivement, compte tenu de la démarche que nous avons suivie, nous avons pu garder la possibilité d’accueillir un officier de sécurité à bord. Cet officier peut reprendre le contrôle de l’appareil en cas de risque de collision avec un autre aéronef.

Aujourd’hui les drones de cette catégorie sont opérés dans des espaces fermés, « ségrégués », pour éviter ce risque. La présence de cet officier de sécurité permet au Patroller de s’insérer dans le trafic ouvert, en attendant les systèmes d’évitement automatique « Voir et Éviter », qui ne seront disponibles que dans quelques années.[11]

Cette capacité permet de réaliser des missions de sécurité intérieure avec une grande réactivité, même si l’on ne dispose pas d’un volume d’évolution dédié au drone.

European-Security : Présent à Montluçon pour la signature du contrat SDT, le ministre de la Défense a dit que « Cette victoire de Sagem n’aurait pas été possible sans sa capacité à fédérer une équipe, à travers le cluster Patroller qui réunit 25 entreprises, principalement des PME.»[12] La présence sur votre stand à Eurosatory de certains de vos partenaires du cluster Patroller est la preuve du dynamisme de ce cluster : je pense en particulier à SILKAN (entraîneurs tactiques et simulation), COSE (imagerie large champ), DANIELSON qui permet d’entrevoir l’évolution de la propulsion, et VODEA, pour la compression de données contribuant à la performance dans la transmission d’information entre le véhicule aérien et la station-sol.

Patrick Durieux : Oui, nous avons à nos côtés toute une équipe de partenaires industriels de haute technologie qui fournissent des éléments clés du produit, au cœur de l’innovation qu’apporte le Patroller.

European-Security : Le Patroller a été développé en France… Pouvez-vous nous en dire plus ?

Patrick Durieux : Le Patroller a été développé sur fonds propres depuis 2009, Ce sont plus de 100 collaborateurs de Sagem – maintenant Safran Electronics & Defense - qui travaillent en France sur ce programme et 85% des activités sont réalisées en France. Son développement est assuré dans le site d'Éragny, sa construction est réalisée à Montluçon, la boule optronique est assemblée à Dijon, et l'électronique à Fougères.

European-Security : Quelles sont les principales qualités de ce drone ?

Boule optronique gyrostabilisée Euroflir 410 de Safran Electronics & Defense

Patrick Durieux : Son premier atout est la modularité et la performance du système de mission. Safran Electronics & Defense a conçu un système évolutif multi-capteurs, adapté à chaque mission et facile à mettre en œuvre et à maintenir.[13] Autre qualité: sa tacticité et sa discrétion. Le Patroller est équipé d'un moteur central, avec un échappement dirigé vers le ciel, ce qui atténue sa signature infrarouge, le rend très discret et surtout très silencieux, un point essentiel dans le cadre d'opérations de surveillance. 

European-Security : Alors que Sagem s’était imposé en Europe en vendant le Sperwer à l’export bien avant que la France ne se décide à son tour à rejoindre le club très fermé de pays équipés de systèmes,14] aujourd’hui, au contraire, la France fait figure de précurseur en la matière. J’imagine que d’autres pays s’intéressent déjà au Patroller ?

Patrick Durieux : Oui tout à fait. Il y a des besoins exprimés à l’export pour des applications militaires mais aussi de sécurité territoriale. Le marché est fortement concurrentiel dans cette gamme de drones avec des solutions américaines, israéliennes et depuis quelques années, de pays émergents. La référence SDT est un atout essentiel pour notre succès à l’export. Cette référence va nous aider à conquérir de nouveaux marchés avec un label qui est reconnu d’une manière internationale.

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[1] « La diversité des missions de sécurité intérieure exige l'emploi de moyens polyvalents. Les drones Patroller sont ainsi capables d'assurer, en toute discrétion, un large éventail de missions de sécurité territoriale : surveillance des frontières et des côtes, missions de police ou de surveillance routière, protection des sites ou infrastructures sensibles, surveillance de désastres naturels, etc. Avec une offre flexible les systèmes peuvent être acquis, loués ou faire l'objet de contrats de service à l'heure de vol avec maintenance Source : Un système de surveillance flexible qui s'adapte à tous vos besoins (Safran Electronics & Defense). Vidéo
[2] Voir "Les drones : une arme de supériorité tactique pour les armées modernes" de Joël-François Dumont in European-Security.com (15-03-2006). Voir également "Cinquième succès européen pour le drone Sperwer de SAGEM" et "SAGEM: Fifth Straight Success in Europe for Sperwer UAV" in European-Security.com (21-10-2002). Voir également "
[3] Dans le chapeau, je souhaite également rendre un hommage aussi bref que mérité aux équipes qui pendant ces années ont fait de Safran le leader de cette nouvelle « filière industrielle solide avec deux produits d’une qualité exceptionnelle... » (Le Drian)
[4] Voir "Le Patroller est « made in France » à 85%" in European-Security (05-04-2016).
[5] Voir
"Du célèbre canon de 75 à la révolution de l'information" de Joël-François Dumont in European-Security (01-08-2006).
[6] Voir "Sagem présente sa gamme de drones au Bourget": Interview de Didier-François Godart au Bourget in European-Security.com (14-07-2000).
[7] Voir "La Brigade de Renseignement expérimente un nouveau concept" : Interview du colonel Degoulange, CEM de la BR in European-Security (22-04-2008).
[8] « Le nouveau drone tactique offrira, par rapport à son prédécesseur, des performances accrues, en particulier une meilleure endurance et une plus grande qualité d’image. Il permettra une approche « multi-capteurs », emportant simultanément deux charges utiles – optique et radar par exemple. Cette capacité est essentielle sur le terrain, car elle apportera des renseignements précieux au chef tactique pour le conforter dans la manœuvre terrestre, pour l’aider à préserver au mieux la sécurité de ses hommes et l’orienter dans ses décisions. » Extrait du discours du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, à Montluçon. Voir "Le Patroller est « made in France » à 80%" in European-Security (05-04-2016).
[9] « Depuis plus de vingt-cinq ans Sagem fournit des drones tactiques aux forces armées françaises et de pays étrangers. Notre expertise technologique et industrielle et notre retour d'expérience de neuf ans de support en opération (en Afghanistan) au profit de trois nations nous ont conduits à développer sur fonds propres le Patroller, drone tactique de nouvelle générationSource : Jean-Pierre Rayssac, conseiller militaire chez Safran Electronics & Defense.
[10] Comme le Stemme S10, le S15 a l'hélice dans le cône avant et est connecté au moteur se situant derrière les pilotes via un arbre de transmission. Le moteur est un Rotax à refroidissement liquide. Lors du démarrage du moteur des écopes latérales s'ouvrent sur les côtés. Le drone dispose d’un train d'atterrissage de type classique rétractable. Les ailes peuvent se plier (en option); il n'est pas équipé de crochet de remorquage. Le S10-VT a une hélice à pas variable et un moteur équipé d'un turbo, ce qui lui permet de voler à 9 000 mètres. Le Patroller est une version dronisée de cette plateforme certifiée par l’agence européenne de l’aviation civile en octobre 2013. Source: Stemme.
[11] Safran Electronics & Defense démontre avec succès la capacité d’intégration du drone Patroller dans l’espace aérien civil comme elle avait été la première au monde à le faire avec le Sperwer. Un ensemble d'essais en vol a permis de démontrer la faisabilité d'intégration de ce drone dans un espace aérien partagé suivant la réglementation de l'aviation civile et les procédures du contrôle aérien. Ce système « voir et éviter », développé par Safran et intégré à la chaîne de contrôle du Patroller, se compose d'une combinaison de capteurs de détection de trafic, dont un capteur optronique infrarouge, et d'un module d'estimation du risque de collision et de génération de trajectoires d'évitement automatique. Au cours des essais en vol, ce système embarqué a été mis en œuvre avec succès dans différents scénarios de conflit avec un avion plastron mis à disposition par l'ENAC, permettant ainsi au Patroller de détecter et d'éviter un risque de collision, sans l'intervention d'un opérateur. Source : Safran Electronics & Defense.
[12] Le « Cluster Patroller » : Pour la réalisation du programme, Safran s’appuiera sur le « Cluster Patroller », groupement de PME de hautes technologies majoritairement françaises, qui apportera des briques technologiques déterminantes pour la performance de la cellule et de la chaîne de mission. L’aéronef repose sur un partenariat avec la société́ allemande Ecarys (Stemme), avionneur réputé́ dans le domaine des motoplaneurs et avions légers. (Source : Armée de Terre).
[13] Voir "Sagem DS transforme des drones danois au profit des Forces Canadiennes" en Afghanistan in European-Security.com (01-09-2006) et "Sagem Défense Sécurité Transforms Danish UAVs for Canadian Forces" in Afghanistan in European-Security.com (01-09-2006).

[14] Dans une coalition, la transmission des images de drones est limitée aux seuls pays qui disposent de systèmes, comme ce fut le cas en Bosnie ou en Afghanistan. Voir "UAVs : Sharing the War in Afghanistan Lessons Learned" : Entretien avec le CV Dave "Roy" Rogers, US Navy, directeur du JUAV Program in European-Security (14-06-2002).


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