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Repenser la mondialisation reste plus que jamais d'actualité

Repenser la mondialisation reste plus que jamais d'actualité

Entretien du ministre délégué, chargé des Affaires européennes, M. Pierre Moscovici, avec la radio BFM - l'invité politique du matin (extraits). Paris, le 27 septembre 2001. Source: Quai d'Orsay.

(…)

Q - C'est le branle-bas de combat au Proche-Orient et en Asie centrale. Le gouvernement français est-il informé des projets militaires précis des Etats-Unis ?

R - Il me semble que personne ne l'est exactement. Nous sommes dans une phase de solidarité, de coopération avec les Etats Unis, dans une phase de préparation d'une opération que l'on voit venir. Mais, en même temps, dans une phase qui est essentiellement de renseignement. Et, comme l'a dit le Premier ministre à plusieurs reprises, on ne nous a encore rien demandé. Il est clair que notre solidarité est pleine et entière et, en même temps, elle exige des concertations, des consultations, dont nous ne doutons pas qu'elles auront lieu le moment venu.

Q - Les Etats-Unis envisagent de se passer de l'OTAN et d'agir seuls. C'est une erreur ?

R - Là encore nous verrons bien. Mais, s'agissant de ces affaires, vous savez que nous travaillons dans le cadre de deux organisations internationales. D'abord l'ONU, avec la résolution 1368, qui a déjà reconnu que les Américains agiraient, dans le cas d'espèce, en situation de légitime défense. Ensuite l'article 5 du Traité de l'Atlantique nord, qui précise que lorsqu'un Etat de l'Alliance est attaqué, quand il est en légitime défense, il bénéficie alors du concours de tous les autres Etats membres qui se sentent, eux aussi, attaqués. Il y a des cadres internationaux, il y a des cadres légaux pour cette opération. Cela ne veut pas dire pour autant que les Etats membres de l'OTAN, par exemple, ne conservent pas une liberté d'appréciation de leur marge de manœuvre, de leurs capacités ou de leurs modalités d'engagement dans une opération.

Q - Vous seriez choqué si les Etats-Unis ne consultaient ou n'informaient absolument pas l'ONU avant ou pendant leur action militaire ?

R - Le président de la République, Jacques Chirac, et le ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, se sont rendus la semaine dernière aux Etats Unis : on pouvait avoir des craintes, par rapport à des excès ou à une forme d'unilatéralisme. Ils sont revenus plutôt rassurés, et convaincus que les Américains comprenaient dans cette situation le besoin de consulter. D'ailleurs, de cette crise peut aussi sortir quelques chose de nouveau.

C'est à dire la découverte par les Américains qu'ils ne sont pas seuls, qu'ils ne peuvent pas faire face seuls à des crises qui ont une dimension internationale, qu'ils ont besoin de coopérer. En résumé : la sortie de l'unilatéralisme.

Si cela se produit ainsi, cela peut être un élément de reconstruction d'un ordre mondial, puisque nous voyons bien que nous avons basculé dans une société plus désordonnée, privée de boussole. Et nous avons besoin, dans ce monde un peu privé de sens, de retrouver de l'ordre. Et l'ordre passe par une Amérique qui cesse de s'isoler, qui coopère, qui ne veut pas imposer sa force, mais qui veut partager son leadership. Et cela passe aussi par une Europe qui se construit. Donc, je crois que plus on a recours aux cadres internationaux, au cadre de la société internationale, mieux les choses se déroulent.

Q - Au sujet du nouvel ordre mondial, le sondage IPSOS-BFM montre que 45% des Américains et 75% des Français interrogés considèrent que la politique étrangère des Etats-Unis a favorisé la monté de l'islamisme. Vous partagez cet avis ?

R - Pas exactement. Je pense que l'on ne peut pas faire de lien de cause à effet. Rien n'excuse le terrorisme. C'est dans ce sens là que je récuse un peu cette vision. Ne croyons pas qu'il y ait d'un coté les causes du terrorisme, de l'autre coté le terrorisme, et que l'on puisse mettre les choses sur le même plan. Néanmoins, il y a des leçons à tirer, et pour nous tous. Nous ne pouvons pas refaire les choses à l'identique. Et les Américains doivent s'interroger sur les raisons pour lesquelles ces interrogations existent. Il faut y répondre.

C'est ce que j'évoquais à l'instant : avoir une politique plus coopérative, accepter de traiter aussi les problèmes d'un monde déséquilibré, penser aux problèmes du développement, répondre aux questions que posent les anti-mondialisation - et je parle bien des questions et non pas des réponses qu'ils donnent -. Voilà des choses qui sont toujours à l'ordre du jour. Repenser la mondialisation reste plus que jamais d'actualité après les attentats du 11 septembre.

Q - Vous disiez que d'un mal peut sortir un bien. Après la rencontre Arafat-Peres, peut-on penser que la crise actuelle va aider à rapprocher Israéliens et Palestiniens ?

R - Vous parliez de la politique étrangère américaine. Là on voit très clairement la traduction d'une inflexion. J'étais aux Etats Unis les 10-11 septembre et les jours suivants, où j'allais rencontrer des interlocuteurs au département d'Etat, le ministère des Affaires étrangères américain. Il était clair, à ce moment là, qu'ils étaient sur les freins, et qu'ils considéraient le Proche-Orient comme un sujet qui ne les concernait pas. Ce qui voulait dire, en réalité, qu'ils laissaient se déployer la force pure sur le terrain. En cela, il y a un changement, puisque l'on sait que M. Powell est intervenu de façon répétée auprès de M. Sharon pour que la rencontre Peres-Arafat puisse avoir lieu. On voit bien, là aussi, un changement.

Les Etats-Unis se sentent davantage impliqués dans le recherche de la paix, et je crois qu'il faut prendre la rencontre Peres-Arafat comme une bonne nouvelle. Il ne faut pas penser que cela signifie que nous sommes revenus ou arrivés à la paix, mais c'est un pas important. La volonté, manifestée par l'un et l'autre, d'aller vers un cessez-le feu durable, est un élément très positif.

Q - 51 % des français, dans ce sondage BFM, et 60 % des électeurs de gauche, veulent que la France garde ses distances traditionnelles, culturelles avec les Etats Unis. Vous aussi vous voulez que l'on se tienne à distance de l'Amérique ?

R - Encore une fois, je ne suis pas de ceux qui se rallient à un anti-américanisme traditionnel et un peu primaire. Je connais bien les Etats-Unis, j'y ai vécu, c'est un pays que j'aime. En même temps je sais que tout y est gigantesque, les qualités et les défauts. Nous voyons les défauts, mais regardons aussi les qualités. N'oublions jamais que les Américains sont nos alliés historiques, qu'ils sont venus sur le sol français lors des deux guerres mondiales pour nous aider à combattre la barbarie...

Q - Ils nous font un peu moins confiance maintenant, ils ont tout à fait confiance en l'Angleterre, mais les Français, ils ne les trouvent pas très sûrs....

R - J'ai eu le plaisir de pouvoir regarder ce sondage : je me suis aperçu que, quand ils pensaient à des alliés sûrs, il y avait 77 % des Américains qui pensaient aux Français. Nous ne sommes pas des alliés prioritaires: nous ne sommes pas des vassaux des Américains, nous ne sommes pas des relais, nous ne sommes pas engagés dans l'Alliance atlantique de la même manière que l'Angleterre... Nous avons un rapport différent de celui de l'Angleterre aux Etats-Unis. Mais, de grâce, n'oublions pas que nous sommes des alliés proches des Américains, ce qui nous autorise aussi à une certaine liberté de parole. Pas d'anti-américanisme, mais un rapport franc, direct, ouvert, égal avec les Américains.

Q - Qui décidera, éventuellement, d'engager les forces françaises au coté des Américains pour des opérations militaires ? Jacques Chirac seul ou Jacques Chirac et Lionel Jospin ?

R - La Constitution à cet égard est extrêmement claire. C'est le président de la République et le Premier ministre qui exercent l'un et l'autre des fonctions constitutionnelles en matière de défense nationale.

(…)./.

 

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