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Hélios IB: lancement réussi

Hélios IB: lancement réussi

Source: Ministère français de la défense. Délégation à l'Information et à la COmmunication de la Défense. Paris le 3 décembre 1999. Propos tenus au CNES par le ministre français de la défense après le lancement réussi du satellite Hélios IB au cours d'une conférence de presse tenue en direct à Paris et à Kourou.

Alain Richard: Ce lancement est donc une complète réussite. Bien sûr, la première chose à faire est de complimenter toutes les équipes et je sais que cela fait beaucoup de personnes qui, dans une totale collaboration, ont été les constructeurs de ce succès. En menant cette opération de lancement avec votre efficacité, vous contribuez à démontrer une nouvelle fois, à renforcer, l'excellence technologique de notre industrie aérospatiale française et de plus en plus européenne : l'excellence du lanceur, l'excellence des industriels contribuant à la réalisation des satellites, le maître d'œuvre Matra Marconi Space et Alcatel Space qui réalise l'instrument optique. Ces performances, à nouveau confirmées, sont le signe de la fiabilité et de la qualité de vos équipes. Ce lancement incite l'Espagne, la France et l'Italie, qui coopèrent sur ce programme et dont je salue les ambassadeurs ici présents avec nous au Centre nationale des études spatiales, à prendre un nouvel engagement pour l'avenir.

En effet, ce satellite de défense Hélios IB va permettre, non seulement une continuité de services avec Hélios IA - il continue à bien marcher - mais il va doubler notre capacité de prise de vues pendant toute cette période de complément. Nous avons, en plus, le recouvrement Hélios IA et B. En effet, ce nouveau satellite bénéficie d'améliorations en matière d'accès à l'information et de souplesse d'emploi. Je veux rappeler, à cette occasion, l'importance fondamentale qu'ont les systèmes d'imagerie spatiale dans une chaîne moderne de renseignement militaire. Je voudrais, également, dire un mot d'hommage à tous mes prédécesseurs qui ont fait avancer graduellement ce programme. J'ai pu voir Paul Quilès qui, comme président de la commission de Défense, assistait au lancement et que je salue. Je veux aussi dire que les parlementaires des deux assemblées de ce pays s'intéressent de très près à ce dossier. Ils démontrent une motivation et une vigilance sur le développement de nos programmes spatiaux et ils nous sont utiles pour faire passer ce message auprès de l'ensemble des institutions.

Hélios représente donc, maintenant, un élément central de nos moyens de renseignement et d'information pour apprécier les situations de conflits. J'en veux pour preuve que, pendant la crise du Kosovo, Hélios IA a fourni plus des trois quarts du renseignement grâce à son niveau de résolution et grâce à sa fiabilité. Il a permis d'éclairer de façon objective les décideurs nationaux. Au-delà même de notre coopération avec nos amis espagnols et italiens, nous pouvons produire, à travers le centre satellitaire européen de Torrejon en Espagne, les images nécessaires à la mission de surveillance générale du Kosovo qui reste la nôtre. Hélios IB va ainsi répondre à l'intérêt de plus en plus marqué des utilisateurs pour les images fournies par Hélios. Son lancement intervient à un point nommé, à un moment essentiel de notre capacité d'observation. Vous savez que les débats que nous poursuivons à l'heure actuelle avec l'ensemble de nos partenaires européennes me conduisent à être optimiste sur les développements ultérieurs de notre capacité collective d'observation spatiale. Je vous remercie donc tous. Je souhaite maintenant bonne chance à ce satellite et à tous ceux qui vont s'en servir. Je passe la parole à Yves Gleizes qui représente la délégation générale pour l'armement (DGA) au centre spatial guyanais.

Yves Gleizes (Ingénieur général de l'armement) : L'ambiance est ici encore un petit peu chargée d'émotions. Je félicite à mon tour les équipes d'Arianespace, du CNES, de la DGA, les équipes des maîtres d'œuvre, Matra Marconi space et Alacatelspace, l'ensemble des équipes industrielles d'Hélios, les équipes française, italienne et espagnole. Je les remercie de leurs efforts aujourd'hui bien récompensés par ce splendide succès. Ces efforts vont se poursuivre au plan technique.

Animateur: Vous allez avoir l'occasion de poser des questions à Monsieur le ministre Alain Richard et peut-être, également, au CNES, notamment sur les aspects techniques. Marc Pircher, directeur des systèmes orbitaux, pourra vous dire comment évolue la situation en ce qui concerne l'état du satellite.

Alain Richard: Je confirme que, sur le plan technique, je compte sur vous pour affronter certains sujets. Je voudrais vous dire à nouveau, comme je l'ai fait, à l'instant, au moment du lancement lui-même, la satisfaction que nous éprouvons de cette nouvelle réussite qui complète le dispositif d'observation spatiale. Je le fais en compagnie du chef d'état major des armées, le général Kelche, sous la responsabilité directe duquel se déroule le programme d'observation militaire, et du délégué général à l'armement, Jean-Yves Helmer qui est avec nous. Je rends également hommage, à cette occasion, à la DGA pour l'extraordinaire professionnalisme avec lequel elle guide ce programme. Je rappelle aussi, bien sûr, que c'est une collaboration de qualité avec les Espagnols et les Italiens qui contribuent pour 21 % au financement de ce programme. Comme ce financement frôle les 10 milliards de francs au total, cela veut dire qu'il y a tout de même un engagement financier de ces deux partenaires européens, qui ont pourtant des budgets de défense substantiellement inférieurs au nôtre. Mais ils ont vu de longue date l'utilité de cet outil sur le plan stratégique.

Le spatial est, en effet, devenu un élément central d'une stratégie moderne de défense. En moins d'une génération, les acteurs du monde de la Défense ont saisi toutes les potentialités d'utilisation militaire d'espace. Cela a été rappelé pendant la retransmission. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'expérience que nous retirons des plus récents conflits confirme l'élément stratégique que constitue cette maîtrise. Par ailleurs, le secteur spatial est un élément fédérateur et entraînant, je dirais presque propulsif, de l'Europe de la Défense sur le plan industriel. Le renforcement des capacités industrielles s'est poursuivi ces dernières années avec, aujourd'hui, les deux pôles industriels que sont Astrium, d'un côté, et Alcatel Space, de l'autre. A chaque fois, à partir d'une forte impulsion française, ce sont des facteurs technologiques destinés à démultiplier les capacités d'innovation de nos industries, y compris dans des domaines connexes, mais aussi à nous permettre d'atteindre, prochainement, des capacités supplémentaires : je pense à l'observation radar et puis aux télécoms.

La coopération européenne est dans une dynamique de succès à cet égard. J'en veux pour preuve la signature, mardi dernier pendant le sommet franco-allemand, d'un accord entre nos deux pays pour poursuivre, à deux, le programme de télécommunication militaire Syracuse. Cet accord reste ouvert à nos partenaires et constitue un exemple qui dénote des efforts fructueux pour établir une convergence d'action entre pays européens. Pour autre preuve - vous ne serez pas surpris que je récupère l'événement - le regroupement complémentaire d'EADS avec CASA, hier à Madrid, représente une nouvelle étape importante de l'intégration de l'industrie aéronautique européenne, civile et militaire.

Je crois que nous obtenons, maintenant, une trace de consolidation des capacités, surtout celles qui touchent à la haute technologie européenne. Elle nous permet de voir l'avenir de l'autonomie européenne sur le plan scientifique, c'est-à-dire de la dualité, de la possibilité de ne pas être sous la prédominance de nos partenaires américains dans ces hautes technologies, objectif que nous poursuivons. Cela va d'ailleurs faire deux ans, le 9 décembre, que le président de la République Jacques Chirac, le Premier ministre Lionel Jospin, le Chancelier Helmut Kohl, à l'époque, et le Premier ministre Tony Blair, avaient adopté une déclaration des chefs d'Etat et de gouvernement européens dans le sens de la construction d'une base européenne d'industrie, d'aéronautique et de défense. Lorsque nous faisons le point, deux ans après, je me rappelle certains moments de doutes ou d'interrogations de la part de certains d'entre vous, il y a un an ou un an et demi, disant : " mais alors cette déclaration, est-ce qu'il y aura quelque chose derrière ? " Je crois que le paysage que nous voyons aujourd'hui, à l'occasion d'une réussite comme celle que nous venons de saluer, est une réponse plutôt convaincante.

Christian Lardier (Air & Cosmos) : La première question qui me vient à l'esprit concerne les réductions budgétaires d'un milliard sur le programme spatial militaire français. Pensez-vous, réellement, à l'issue du Kosovo et des grands discours qui sont faits sur les enjeux concernant ce domaine, que c'est le meilleur moyen d'opérer les développements dont il est question ?

Alain Richard: Vous le savez bien, mais vous avez raison de poser la question. Cela me permet de redire qu'une partie importante de cette réduction vient tout simplement de l'événement que nous voyons là. Le maintien en condition de lancement de Hélios IB avait un coût annuel que nous n'aurons plus à supporter l'année prochaine, puisque vous parlez du budget 2000, dans la mesure où il sera en l'air. D'autre part, les programmes vivent. Le programme Hélios IA et B a, maintenant, accompli la quasi-totalité de ses dépenses. Le programme Hélios va remonter, mais en 2000 nous avons inscrit les crédits dont nous avons besoin. Je crois que vous pourrez constater que sur l'ensemble de la loi de programmation 1997-2002, l'effort budgétaire français en matière de spatial militaire aura été important. Il va remonter dans les années à venir. La phase de production d'industrialisation de Hélios II va représenter des charges importantes que nous assumerons en 2001 et en 2002. Les perspectives de projets qui s'esquissent en convergence européenne sur la capacité radar me font penser que ce sera de nouveau un de nos thèmes centraux dans la préparation de la loi de programmation 2003-2008. Accessoirement, il est permis d'être un peu soucieux de son argent dans cette affaire. Certes, la montée en puissance de l'industrie spatiale entraîne des réductions de coûts des effets de série et, naturellement, nous faisons de notre mieux pour en profiter.

Animateur: Monsieur le ministre, Monsieur le président, je vous rappelle que cette conférence de presse est actuellement suivie en direct par les journalistes présents à Toulouse et à Kourou. A Kourou, Peter B. de Selding, de Space News, aimerait justement savoir, Monsieur le ministre, lorsque vous avez fait allusion à l'utilisation de Hélios IA au cours du conflit au Kosovo en disant que les trois quarts des renseignements étaient fournis par ce système durant la crise, à quoi correspondent, exactement, ces trois quarts ?

Alain Richard: Vous avez employé deux expressions qui me paraissent parfaitement adaptées. Vous avez dit que j'avais fait allusion à cela et, maintenant, vous me posez une question sur ce que cela veut dire exactement. Je crois que mon rôle est juste entre les deux. Quantitativement, en informations fournies, l'apport satellite a représenté les trois quarts. Les autres sources, vous les connaissez, elles sont des reconnaissances beaucoup plus proches du sol. Je crois qu'il n'est pas nécessaire que je fournisse plus d'indications chiffrées.

Animateur: Monsieur le ministre, nous avons une autre question de Peter B. de Selding : pouvez-vous évoquer les perspectives de coopération spatiale militaire européenne ?

Alain Richard: Oui, mais il y a beaucoup de choses qui sont en discussions sur lesquelles je resterais donc dans l'information impersonnelle. Il y a, en effet, des contacts encourageants en ce qui concerne des contributions financières à Hélios II, puisque la règle du jeu est une forme de copropriété, dirais-je en simplifiant beaucoup. Lorsque nous apportons une contribution, que ce soit au moment de l'investissement initial ou que soit sur le coût de possession d'un programme de satellite militaire, nous avons accès à un nombre de prises de vues et d'images qui est proportionnel. Plusieurs de nos amis européens sont donc en train de faire leurs additions pour nous préciser les conditions dans lesquelles ils envisagent de participer financièrement au programme.

D'autre part, nous avons des contacts qui permettent de relancer, d'envisager de relancer, la composante radar du programme que nous avions dû abandonner sur le pré-programme Horus, du fait de la décision budgétaire de nos amis allemands, il y a maintenant trois ans. Nous avions dit, au moment de la revue de programme, il y a un an et demi, que, du côté français, nous gardions une intention de recherche et une disponibilité à nous engager à nouveau sur un tel programme radar. Il est maintenant assez réaliste de penser que nous pourrons trouver une convergence avec des partenaires européens au cours des prochains temps.

Je voudrais ajouter aussi, puisque la question est un peu centrée sur les intentions européennes à ce sujet, qu'il circule aujourd'hui des idées, des images, faisant penser qu'il pourrait y avoir commercialisation d'images à partir de satellites d'observation d'objectifs civils, qui apporteraient le même niveau d'informations que les images de satellites militaires. Chacun comprend que tous les pays dans lesquels existent - il n'y en a d'ailleurs pas beaucoup - de tels programmes, ont des règles de sécurité d'information. Alors, selon toute vraisemblance, si des images sont commercialisées, elles seront assez inoffensives sous l'angle de leur potentiel stratégique. Par conséquent, je ne crois pas que la commercialisation, au regard d'images ayant effectivement des types de résolution comparables aux images d'utilisation militaire, vienne à priver d'utilité la capacité d'observation directement militaire.

Christian Lardier (Air & Cosmos) : Cette question concerne la discussion du 30 novembre avec les Allemands. Avez-vous uniquement abordé le problème de Syracuse III ou avez-vous abordé d'autres thèmes spatiaux ?

Alain Richard: J'ai dit que je ne prononcerai pas de noms de pays, je vais essayer de résister encore quelques secondes. Syracuse III est signé. A propos des contacts que nous avons sur des programmes ultérieurs et, notamment, sur le radar, je n'ai pas, aujourd'hui, de titre ... à les associer à des noms de pays. Je vais rendre, encore une fois, l'hommage qui est dû dans cette maison à nos partenaires du CNES, qui sont maintenant un partenaire proche de la Défense avec lequel nous avons développé des liens de confiance. Je crois que cette réussite collective d'aujourd'hui est une occasion sympathique de le rappeler. Merci à tous.

Animateur: Merci Monsieur le ministre, ces paroles nous font particulièrement plaisir et je pense que les personnels du CNES y seront très sensibles.

Alain Richard: Avec un milliard et demi en plus, cela donne encore plus le sourire.

 

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