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Défense européenne : vers un nouvel élan

Défense européenne : vers un nouvel élan

Intervention du ministre français de la Défense, M. Alain Richard à l'Institut des Hautes-Etudes de la Défense Nationale (IHEDN). Paris, 30 novembre 1999.

Mes chers Collègues, Messieurs les Auditeurs

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

C'est un plaisir tout particulier pour moi de m'adresser à vous aujourd'hui parce que, à ma connaissance, c'est la première fois que des responsables ministériels de trois pays européens jouant un rôle moteur dans la construction de la défense européenne s'expriment ensemble. Je vous remercie de nous donner cette occasion.

Ce matin au Sommet franco-allemand, nous avons eu l'occasion d'apporter la contribution de nos deux pays à l'Europe de la défense. Jeudi dernier à Londres, c'est avec la Grande Bretagne que nous avons fait des propositions concrètes. Nos trois pays sont étroitement liés dans leur volonté de faire progresser l'Union européenne sur la voie d'une capacité de défense autonome à quinze.

A quinze, j'y insiste.

Car c'est à quinze que nous avons précisé nos objectifs en juin à Cologne, c'est à quinze que nous avons échangé nos idées et nos propositions il y a deux semaines au Conseil Affaires générales à Bruxelles. C'est à quinze que nous progresserons dans quelques jours à Helsinki vers la définition des organes de décision et des capacités dont nous avons besoin.

1/ Les raisons de l'élan.

Si l'élan donné il y a un an presque jour pour jour à Saint-Malo n'a faibli, c'est parce que de nombreux facteurs se sont conjugués :

  • le développement de l'Europe qui s'organise, se renforce, s'élargit, se dote de sa propre monnaie;
  • l'évolution de l'attitude britannique, qui reconnaît désormais la légitimité de l'Union européenne à se doter d'une dimension défense et sécurité ;
  • l'évolution de la posture allemande, on l'a vu en particulier au Kosovo, vers l'exercice de responsabilités croissantes en matière de gestion des crises ;
  • l'évolution française aussi qui nous conduit à mettre un terme au préjugé selon lequel toute avancée de l'Europe de la défense résulterait d'une volonté de la France d'affaiblir l'OTAN à son profit ; La façon dont nous avons pris nos responsabilités, politiques et militaires, au sein de l'Alliance, lors des crises dans les Balkans, notamment notre commandement de la Force d'extraction en novembre 1998, contribue évidemment à cette évolution ;
  • enfin, les Européens ont pris conscience, lors du conflit du Kosovo, d'un double décalage : entre la convergence croissante de leur perception politique de la gestion des crises et les moyens militaires dont ils disposent pour donner corps à cette volonté politique ; entre les moyens qu'ont su déployer nos Alliés américains, et ceux dont nous disposons pour la gestion de crise.

2/ Nos objectifs.

Il s'agit pour nous de répondre à la demande clairement manifestée par nos opinions publiques pendant le conflit du Kosovo que nous soyons plus présents dans la sécurité de notre continent. Il s'agit tout simplement pour l'Union européenne d'assumer ses responsabilités dans le partage du fardeau de la sécurité sur ce continent:

Il nous faut pour cela concentrer nos efforts à Helsinki dans deux directions : nous doter d'instances de décision et de capacités

Des instances de décision.

- Il importe que nous nous mettions d'accord sur le principe et les modalités de fonctionnement d'un Comité politique et de sécurité réunissant à Bruxelles sur une base permanente des représentants de haut niveau ayant rang d'ambassadeurs. Sur la base de cet accord, nous devons établir le plus rapidement possible une instance de décision intérimaire, aussi proche que possible de l'organisation définitive.

Cette instance de décision doit pouvoir s'appuyer dès sa mise en place, sur un comité militaire européen et, dès que possible, sur un état-major militaire européen.

En effet, pour pouvoir décider et agir en connaissance de cause dans le domaine de la gestion de crises, l'Union a besoin de bénéficier de l'expertise nécessaire pour analyser la situation et proposer aux autorités politiques des réponses impliquant le recours à des moyens militaires.

Je voudrais ici insister sur un point : ces organes de décision devront tous, sans exception aucune, respecter dans leur composition et dans leur fonctionnement le principe - de décision intergouvernemental. Chaque état membre doit disposer à tout moment de la faculté de s'associer ou non à une opération, et doit donc conserver le contrôle de ses forces. Nous ne cherchons pas à bâtir une "armée européenne" (d'ailleurs qui parle d'une "armée de l'OTAN" ?) mais à faire en sorte que nos pays sachent faire travailler leurs forces ensemble.

Des capacités.

Les capacités européennes ne sont pas négligeables, comme l'a montré l'audit de l'UEO. Mais on constate aujourd'hui que l'Europe en tant que telle ne dispose pas des moyens d'évaluation, de commandement, et de projection nécessaires à l'exécution des missions de Petersberg dans la totalité de leur spectre.

Nos objectifs peuvent se résumer en sept capacités :

  • capacité d'évaluation stratégique des situations, ce qui suppose d'être convenablement renseigné, y compris pour prévenir les crises ;
  • capacité de planifier et de conduire des opérations, y compris en temps réel ;
  • capacité de projeter le volume de forces adéquat ;
  • capacité de livrer, le cas échéant, un combat de haute intensité ;
  • capacité à durer ;
  • entraînement adapté ; et
  • intéropérabilité à tous les niveaux.

3/ Comment parvenir à ces objectifs.

Pour atteindre ces objectifs, restons pragmatiques comme nous l'avons été dès le début. Le débat du Conseil Affaires générales du 15 novembre a montré que nos trois pays se sont retrouvés avec beaucoup d'autres autour de projets réalistes :

Nous visons à nous fixer d'être en mesure de déployer en 60 jours, sur une durée au moins égale à un an et hors le territoire de l'Union, une force terrestre de réaction rapide représentant l'équivalent d'un corps d'armée avec un accompagnement permettant d'obtenir la maîtrise de l'espace aérien et une force navale.

Afin de renforcer notre capacité de savoir avant de décider, nous pourrions convenir, entre Européens volontaires parmi les Quinze, de réaliser en coordination et de tenir à la disposition de l'Union européenne des moyens de veille et d'alerte (composante spatiale, et éventuellement avions de reconnaissance et drones) dont l'exploitation pourra demeurer nationale, avec une mise en commun des évaluations.

Pour renforcer les capacités de commandement européennes, les Etats disposant de structures de commandement interarmées adaptées pourraient prendre les mesures nécessaires pour permettre une utilisation de ces structures par l'Union européenne en développant la possibilité d'accueillir des éléments européens dans ces structures, puis de mise à la disposition de l'Union européenne de capacités multinationalisées. La France et la Grande-Bretagne s'y sont déclarées disposées la semaine dernière.

Parallèlement, il nous faut, pour ceux d'entre nous qui sommes engagés dans les forces multinationales européennes, poursuivre la transformation et le renforcement des capacités de commandement de ces forces au niveau tactique. A cet égard, je veux me féliciter ici de la résolution des membres du corps européen d'assurer au Kosovo la relève de Landcent. La France et l'Allemagne ont été moteurs de cette évolution.

Enfin, quatrième objectif, il nous faudra progresser, entre Etats-membres qui .le souhaitent vers la création d'un commandement de transport aérien qui permettra de commander et d'utiliser en commun à terme, l'ensemble des moyens militaires disponibles, et de coordonner l'utilisation éventuelle de moyens civils. Cette initiative est aujourd'hui incluse dans la déclaration du sommet franco-allemand, tandis que son besoin avait été reconnu par la déclaration du sommet de Londres.

Pour conclure, je tiens à souligner deux points, qui me paraissent essentiels :

  • en premier lieu, nous devons être conscients de ce que la mise en place d'une dimension de défense dans l'Union Européenne représente une opportunité pour l'Alliance atlantique : comme l'a dit récemment le président de la République, M. Chirac, une Europe forte a besoin d'une Alliance forte ; l'Alliance atlantique demeure l'élément essentiel de la défense collective de l'Europe et a un rôle important à jouer dans la gestion des crises ; en même temps l'émergence d'un vrai. pilier européen aidera l'Alliance à s'adapter à ses nouvelles missions ; c'est le chemin d'une Alliance rénovée, plus forte parce que plus équilibrée ; la détermination des Européens à développer leurs capacités s'inscrit donc pleinement dans la modernisation d'une Alliance renforcée ;
  • enfin, l'Europe de la Défense que nous voulons construire à partir de la. mise en place d'une dimension de défense dans l'Union européenne ne sera pas une forteresse. La construction d'une dimension Sécurité et Défense au sein de l'Union européenne a vocation à intégrer les associés et associés-partenaires de l'UEO. En effet, nous partageons des responsabilités croissantes dans la gestion des crises de notre continent et l'habitude du travail en commun sur le terrain, en ex-Yougoslavie en particulier.

Tant à l'égard de l'OTAN que vis-à-vis des pays associés et associés-partenaires, je veux souligner ici que la défense européenne n'est pas un jeu à somme nulle. Chacun est gagnant à son renforcement, comme nous sommes gagnants à toutes les contributions. Une telle approche me paraît être le gage d'un fardeau mieux partagé et d'un partenariat plus équilibré et plus responsable./.

Source: Ministère français des Affaires Etrangères: www.diplomatie.fr

 

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