Le désamour Trump ouvre un boulevard aux démocrates

À un peu plus d’un mois des élections de mi-mandat du 3 novembre, la cote de popularité de Donald Trump touche son plus bas niveau depuis son investiture — pire, à ce stade du calendrier, que celle de George W. Bush avant la déroute républicaine de 2006. Guerre en Iran, inflation, prix du diesel, affaire russe autour du mariage de son fils, clips de propagande personnelle financés par le contribuable : les fronts se multiplient, et jusque dans son propre camp, la prudence a remplacé la loyauté.

Les Essentiels

  • La moyenne des sondages fin septembre 2026 donne à Trump entre 33 % et 39 % d’opinions favorables, pour un déficit net d’environ -25 à -28 points.[01][02]
  • À la même période avant les midterms 2018, son déficit n’était que de -13 points — la situation est donc presque deux fois plus dégradée qu’à l’approche de la vague bleue qui avait coûté 41 sièges à son camp.[02]
  • Le generic ballot (intentions de vote pour la Chambre) donne aux démocrates une avance de 7 à 8 points, comparable à celle de 2018.[02][03]
  • Deux causes économiques et une guerre convergent : l’inflation qui rappelle les années Biden, la guerre contre l’Iran jugée loin d’une victoire complète, et désormais la flambée du diesel, le Brent ayant atteint 108 dollars le 28 septembre.[04][09]
  • Plus d’une dizaine de candidats républicains ont retiré les références à Trump de leur communication de campagne ; moins de 1 % des publicités télévisées du parti le mentionnent encore par son nom.[04]
  • Le mot lame duck circule désormais à Washington — du jamais-vu à ce stade d’un mandat.
  • Le sénateur John Curtis (Utah) a demandé une citation à comparaître de Donald Trump Jr. devant la commission judiciaire du Sénat, après la révélation qu’un oligarque russe proche de Poutine, Umar Kremlev, avait financé une partie de son mariage ; deux autres sénateurs républicains, Thom Tillis et John Cornyn, ont publiquement soutenu la demande.[10][11][12]
  • Le dossier Epstein reste ouvert sur le plan judiciaire : la Chambre a voté la mise en accusation pour outrage au Congrès du milliardaire Leon Black le 16 septembre, mais le vote sur une nouvelle loi de transparence n’aura lieu qu’après les midterms.[13]
  • Dernière goutte en date : trois clips de propagande personnelle, financés par l’argent du contribuable — dont un utilisant sans autorisation la chanson « Love Me » de JMSN —, ont coûté au moins 1,7 million de dollars, en partie prélevés sur le budget des douanes et de la protection des frontières. Même son propre camp s’en désolidarise : le sénateur Thom Tillis compare la pratique à celle de Viktor Orbán.[14][15]

par Joël-François Dumont — Paris, le 30 septembre 2026.

Un effondrement sans précédent pour un second mandat

Le tableau est net : Trump entame son second mandat avec, dès janvier 2025, l’une des plus basses cotes de popularité jamais enregistrées pour une prise de fonction (47 %) — devancée seulement par son propre premier mandat.[01] Depuis, la dégringolade n’a connu aucun vrai répit, jusqu’à cette moyenne actuelle proche de 36-37 %. Le Cook Political Report va jusqu’à qualifier la marque républicaine, dans les circonscriptions à risque, de « toxique et maintenant radioactive ».[04] Le New York Times, dans sa moyenne quotidienne du 24 septembre, situe l’approbation à 37 %, la désapprobation à 60 %.[02] Reuters/Ipsos, la même semaine, descend à 32 % d’opinions favorables.[05]

La fissure dans son propre camp

C’est peut-être le signal le plus fort : l’absence de son nom dans les publicités de son propre parti, et des candidats — jusqu’au postulant au poste de gouverneur de Floride, Byron Donalds — qui nettoient leur site de campagne de toute référence au mouvement MAGA.[04] Même des États acquis en 2024 avec 13 points d’avance, comme l’Iowa ou le Texas, sont désormais qualifiés de « fragiles » par les élus républicains eux-mêmes, sous la pression des droits de douane sur le blé et des tensions migratoires.[04]

L’affaire du mariage russe

Le 22 septembre, ProPublica révèle qu’Umar Kremlev, oligarque russe proche du Kremlin, a financé une partie de la fête de mariage de Donald Trump Jr. aux Bahamas — location d’une île privée, feu d’artifice, plusieurs centaines de milliers de dollars. John Curtis, sénateur républicain de l’Utah, écrit aussitôt au président et au vice-président de la commission judiciaire du Sénat pour réclamer une citation à comparaître de Trump Jr. lui-même : « Cela pue, tout simplement », déclare-t-il publiquement.[10] Fait notable, deux autres élus républicains le rejoignent dans les jours suivants : Thom Tillis, qui ne se représente pas, parle d’un « jugement colossalement mauvais », et John Cornyn, battu à sa primaire après que Trump a soutenu son adversaire, déclare : « Je soutiens le sénateur Curtis ».[11][12] Le président affirme, pour sa défense, que son fils a remboursé l’oligarque russe.

Le diesel, nouveau front intérieur — et déjà une inquiétude européenne

Face à la flambée des prix à la pompe, Trump évoque depuis le 22 septembre une interdiction des exportations américaines de diesel — au risque de bouleverser un marché mondial déjà tendu par la guerre en Iran. Le 27 septembre, il confirme y réfléchir « très sérieusement », tout en admettant que la mesure pourrait faire monter le prix de l’essence pour les automobilistes américains eux-mêmes.[06] Selon Politico, l’administration prépare en réalité une restriction de 90 jours plutôt qu’un ban total.[09] Le lendemain, le Brent grimpe à 108 dollars, après que Trump a rejeté une proposition iranienne sur le détroit d’Ormuz.[07] Dès le 29 septembre, la commissaire européenne à l’Énergie écrit aux 27 États membres pour recommander de réduire leur consommation de gaz et d’électricité « aussi longtemps que nécessaire » — signe que l’inquiétude a déjà traversé l’Atlantique.[08]

La goutte de trop : des clips à la gloire de soi-même

Rien de tout cela n’était nécessaire — et c’est bien ce qui frappe. Trois vidéos, financées par les deniers publics, où Trump se met en scène en sauveur du pays : une utilisant, sans même demander l’autorisation, une chanson d’amour de l’artiste JMSN pour chanter ses propres louanges (« Love Me » tourne en boucle sur des images de lui, pendant qu’il promet de « vaincre le communisme, le marxisme et le socialisme en Amérique ») ; une autre le montrant devant le mont Rushmore, sa voix affirmant : « Jamais aucune nation n’a célébré un triomphe aussi magnifique que celui-ci.»

Mont Rushmore - Présidents US Bill Clinton, George W. Bush Jr., Barack Obama, Joe Biednn ET Donald Trump en clown...
Donald s’y verrait bien Mont Rushmore avec les présidents Clinton, Bush Jr., Obama et Biden, mais —pour le moment — il est bien le seul ; Wait and see ! — Illustration IA © European-Security

JMSN, furieux de se voir ainsi récupéré, a affirmé sur X qu’il n’aurait « jamais autorisé » l’usage de sa musique à des fins politiques, et ses avocats ont mis la Maison-Blanche en demeure. Plus embarrassant encore pour l’administration : une partie du financement proviendrait du budget des douanes et de la protection des frontières — de l’argent destiné à la sécurité, détourné vers l’autopromotion présidentielle.

Et c’est là que la goutte devient significative : ce n’est plus seulement l’opposition démocrate qui s’indigne, c’est son propre camp. Le sénateur Thom Tillis — déjà critique, la veille, du mariage russe de Trump Jr. — compare cette fois l’usage de l’argent public à celui de Viktor Orbán, l’homme fort hongrois. Venant d’un républicain, la comparaison ne doit rien au hasard.

Un président qui n’a jamais autant eu besoin de convaincre, à cinq semaines d’un scrutin qui s’annonce périlleux, et qui choisit ce moment précis pour se payer, aux frais du contribuable, des vidéos de propagande personnelle sur une chanson volée : difficile d’imaginer meilleure illustration de ce que notre Décryptage développe ici — il a lui-même mis du sien !

Joël-François Dumont

Notes

[01] Opinion polling on the second Trump presidency, agrégation de sondages, données au 24 septembre 2026. ↩

[02] FiftyPlusOne, « Democrats hit midterm high as Trump approval reaches new low », 23 septembre 2026. ↩

[03] uspollingdata.com, « Trump Approval Rating September 2026: New Term Low After Shutdown Fight », fin septembre 2026. ↩

[04] Les Échos, mercredi 30 septembre 2026, p. 7, Solveig Godeluck et Bastien Bouchaud, bureau de New York. ↩

[05] Reuters/Ipsos, sondage du 17-20 septembre 2026. ↩

[06] Bloomberg, « Trump Says He’s « Very Seriously » Looking at Diesel Export Ban », 27 septembre 2026. ↩

[07] Srpske Novine (agences), « Brent Oil Jumps to $108 as Trump Weighs Diesel Export Ban », 28 septembre 2026. ↩

[08] The Washington Post, « European fears of energy crunch over Trump’s proposed ban on diesel exports », 29 septembre 2026. ↩

[09] CNBC, « Trump « very seriously » considering diesel export ban as global supply crunch worsens », 28 septembre 2026. ↩

[10] The Washington Post / CNN / PBS News, 22-23 septembre 2026. ↩

[11] MSNBC (Maddowblog), « GOP support grows for subpoenaing Donald Trump Jr. », fin septembre 2026. ↩

[12] The Hill, « Sen. Thom Tillis calls Donald Trump Jr.’s Russian wedding gift « stupid » », fin septembre 2026. ↩

[13] Britannica, « What Are the Epstein Files? A Timeline », mise à jour du 16 septembre 2026 ; Deseret News, 21 septembre 2026. ↩

[14] CNN Business, « Trump’s ads have cost taxpayers at least $2.5 million, with funding from Customs and Border Protection », 29 septembre 2026. ↩

[15] CBS News / Time, « Trump’s Taxpayer-Funded Ads Draw Bipartisan Criticism », 28 septembre 2026. ↩

Notes

[01] Opinion polling on the second Trump presidency, agrégation de sondages, données au 24 septembre 2026. ↩

[02] FiftyPlusOne, « Democrats hit midterm high as Trump approval reaches new low », 23 septembre 2026. ↩

[03] uspollingdata.com, « Trump Approval Rating September 2026: New Term Low After Shutdown Fight », fin septembre 2026. ↩

[04] Les Échos, mercredi 30 septembre 2026, p. 7, Solveig Godeluck et Bastien Bouchaud, bureau de New York. ↩

[05] Reuters/Ipsos, sondage du 17-20 septembre 2026. ↩

[06] Bloomberg, « Trump Says He’s « Very Seriously » Looking at Diesel Export Ban », 27 septembre 2026. ↩

[07] Srpske Novine (agences), « Brent Oil Jumps to $108 as Trump Weighs Diesel Export Ban », 28 septembre 2026. ↩

[08] The Washington Post, « European fears of energy crunch over Trump’s proposed ban on diesel exports », 29 septembre 2026. ↩

[09] CNBC, « Trump « very seriously » considering diesel export ban as global supply crunch worsens », 28 septembre 2026. ↩

[10] The Washington Post / CNN / PBS News, 22-23 septembre 2026. ↩

[11] MSNBC (Maddowblog), « GOP support grows for subpoenaing Donald Trump Jr. », fin septembre 2026. ↩

[12] The Hill, « Sen. Thom Tillis calls Donald Trump Jr.’s Russian wedding gift « stupid » », fin septembre 2026. ↩

[13] Britannica, « What Are the Epstein Files? A Timeline », mise à jour du 16 septembre 2026 ; Deseret News, 21 septembre 2026. ↩

[14] CNN Business, « Trump’s ads have cost taxpayers at least $2.5 million, with funding from Customs and Border Protection », 29 septembre 2026. ↩

[15] CBS News / Time, « Trump’s Taxpayer-Funded Ads Draw Bipartisan Criticism », 28 septembre 2026. ↩

Décryptage — Le pays qui n’aime pas les perdants

Ne vendons jamais la peau de l’ours avant de l’avoir tué : à cinq semaines des midterms, tout peut encore basculer, et Donald Trump a déjà survécu à des situations qu’on annonçait fatales. Mais un fait mérite d’être dit sans détour : aujourd’hui, il est dans la seringue.

Ce n’est pas tant la somme des dossiers qui l’accable — l’Iran, l’inflation, le diesel, le mariage de son fils, Epstein qui ne s’éteint pas, et maintenant ces clips à sa propre gloire — c’est ce qu’ils produisent ensemble, dans un pays qui pardonne beaucoup à ses présidents, sauf une chose : donner l’image du perdant. L’Amérique aime les vainqueurs, tolère les tricheurs, s’accommode parfois des menteurs. Elle ne pardonne pas à qui perd. Et c’est précisément l’image qui commence à se former, semaine après semaine, dans les sondages, dans les publicités de son propre camp qui taisent son nom, dans les candidats qui nettoient leurs sites de campagne.

Il y a un mot, à Washington, pour désigner ce qui guette un président dans cette position : lame duck, littéralement « canard boiteux » — un chef d’État déjà sur le départ, incapable de se représenter, et dont l’autorité s’érode à mesure que son propre camp regarde déjà vers l’après. Les Échos l’emploient sans détour pour décrire ce qui pourrait attendre Trump dès la sortie des urnes de novembre.[04] Le plus frappant, c’est qu’on prononce ce mot à peine un an après son investiture — du jamais-vu à ce stade d’un second mandat.

Le plus frappant aussi, c’est que Trump lui-même y a mis du sien. Personne ne l’a obligé à évoquer un ban sur le diesel trois semaines avant le vote, en admettant dans la même phrase qu’il ferait grimper le prix à la pompe pour les automobilistes. Personne ne l’a obligé à laisser filer une guerre en Iran sans la victoire nette qu’il avait promise, ni à laisser son fils accepter l’hospitalité d’un oligarque proche de Poutine au moment même où son administration prétend tenir tête à Moscou. Personne, surtout, ne l’a obligé à se payer, sur l’argent du contribuable et sur une chanson volée, des vidéos où il se célèbre lui-même devant le mont Rushmore. Chacune de ces décisions, prise isolément, semblait gérable. Additionnées, à cinq semaines d’un scrutin, elles dessinent le portrait qu’aucun stratège électoral ne souhaite pour son candidat : celui d’un homme qui subit les événements plutôt qu’il ne les maîtrise — et qui, par moments, semble presque les provoquer lui-même.

Reste une question, et elle vaut pour la suite : un président qui sent le vent tourner change-t-il de cap, ou double-t-il la mise ? L’histoire récente de Trump suggère plutôt la seconde option. C’est ce qui rend les cinq semaines qui viennent particulièrement instables — pour lui, pour son parti, et pour tous ceux qui, en Europe notamment, regardent avec inquiétude où le vent — diesel et humeur électorale américaine confondus — va souffler.