Le 31 mai 1989 à Mayence, George Bush promettait à la République fédérale un rôle de « partenaire dans le leadership » de l’Occident. Trente-sept ans plus tard, alors que Washington retire ses troupes d’Allemagne au moment même où Berlin devient le premier budget de défense d’Europe, cette promesse se réalise — mais pas comme Bush l’avait imaginée.
L’essentiel
- Le 31 mai 1989 à Mayence, George Bush invite la RFA à devenir « partenaire dans le leadership » de l’Occident — une formule restée dans l’ombre des grands discours de la fin de la Guerre froide, republiée intégralement dans ce dossier.
- Depuis 1952, l’Atlantik-Brücke — le réseau germano-américain le plus influent de la République de Berlin — a été présidée successivement par Thomas Enders (2005-2009) puis Friedrich Merz (2009-2019) ; l’association décerne depuis 2015 un « George H.W. Bush Award ».
- De Clinton à Trump II, chaque présidence américaine a rogné un peu plus la promesse de 1989 : rupture Irak sous Bush 43, espionnage de Merkel sous Obama, retrait de troupes sous Trump I, réparation sous Biden, nouveau retrait en mai 2026 sous Trump II — en pleine crise avec Merz lui-même.
- En 2025, l’Allemagne devient pour la première fois depuis la réunification le premier budget de défense d’Europe (114 milliards de dollars, SIPRI), devant le Royaume-Uni et la France — ni Paris ni Londres n’ayant les moyens budgétaires de reprendre le rôle américain.
- L’AfD, en réclamant une Bundeswehr « kriegstüchtig » tout en rejetant le stationnement d’armes américaines, déplace la fenêtre d’Overton et facilite, sans le vouloir, le virage post-atlantique de Merz — un effet que le triplé électoral de septembre 2026 (Saxe-Anhalt, Berlin, Mecklembourg-Poméranie) pourrait bien accélérer.
Sommaire
1. Mayence, 1989 : la promesse
Le 31 mai 1989, dans la Rheingoldhalle de Mayence, George Bush prononce un discours qui restera dans l’ombre des grands textes de la fin de la Guerre froide — moins cité que le « Mr. Gorbachev, tear down this wall » de Reagan deux ans plus tôt, et pourtant tout aussi lourd de conséquences. L’OTAN fête ses quarante ans ; la République fédérale aussi. Personne, ni à Bonn ni à Washington, ne sait encore que le Mur tombera dans six mois — mais il est déjà, selon les mots mêmes de Bush, « bien lézardé ». C’est dans ce climat d’incertitude feutrée que le président américain prononce la formule qui donne son titre à ce dossier : l’Allemagne, dit-il, n’est plus seulement l’alliée protégée des quarante années précédentes, elle devient « partenaire dans le leadership » (partners in leadership) de l’Occident tout entier.[01]
Peu de monde, sur le moment, mesure la portée de cette phrase. Elle est reçue comme un hommage diplomatique, une élégance de circonstance envers un allié fidèle à l’heure de son anniversaire. Ce n’est qu’avec le recul — celui que donnent trente-sept années d’Histoire — qu’elle apparaît pour ce qu’elle était peut-être déjà : la première pierre, posée sans le savoir, d’un basculement que ni Bush ni Kohl n’auraient pu anticiper dans son ampleur. il faut lire ou relire le texte intégral du discours du 41e président des États-Unis à Mayence pour se faire sa propre opinion. Nous avons souvent publié des textes entiers, ici comme ailleurs, pour que le lecteur voie un document dans son ensemble et non dans un ou deux extraits.
2. Le réseau invisible : d’Enders à Merz, une seule chaîne
Ce réflexe n’est pas né avec l’Atlantik-Brücke. Il remonte à la fondation même de la République fédérale — et à sa première trahison. En 1963, ce sont les propres députés CDU/CSU d’Adenauer qui vident de sa substance gaullienne le traité de l’Élysée, y adjoignant un préambule réaffirmant la primauté de l’Alliance atlantique. Adenauer, furieux, sera poussé à la démission quatre mois plus tard. Soixante ans avant Merz, la CDU choisissait déjà l’Amérique contre la France — et perdait déjà, ce faisant, le chancelier qui l’avait fondée.
Il existe, dans la République de Berlin, un cercle fermé dont l’influence dépasse largement sa discrétion : l’Atlantik-Brücke. Fondée à Hambourg en 1952 pour promouvoir la compréhension germano-américaine, l’association organise depuis plus de sept décennies des conférences sur invitation, des programmes « Young Leaders » et des colloques où se tissent, loin des caméras, les carrières qui comptent.
Sa liste de présidents raconte, à elle seule, une continuité que l’on croirait romanesque si elle n’était documentée : Thomas Enders, alors patron de la division défense d’EADS, préside l’Atlantik-Brücke de 2005 à 2009. Il cède la place à Friedrich Merz, qui la dirigera dix années durant, jusqu’en 2019. Entre les deux hommes, aucune rupture : une transmission directe à la tête de l’organisation la plus influente du lien transatlantique allemand.[02]
L’association elle-même a scellé cette filiation dans le marbre. Depuis août 2015, elle décerne un « George H.W. Bush Award », remis pour la première fois au président lui-même, dans sa résidence de Walker’s Point, dans le Maine.[03] L’homme de Mayence devenait ainsi le saint patron d’un prix que continueraient de distribuer, entre autres, les deux hommes qui avaient présidé l’organisation.
Cette continuité n’est pas seulement institutionnelle, elle est aussi intellectuelle. En 2013, alors que le programme Euro Hawk — drone de reconnaissance conçu par la filiale défense d’EADS, Cassidian, mais construit sur une plateforme Global Hawk américaine fournie par Northrop Grumman — s’effondre pour des raisons de certification, c’est Enders, devenu entre-temps président exécutif d’EADS, qui monte au créneau. Il critique publiquement le débat allemand et lance un avertissement resté célèbre dans le secteur : « Plus ça traîne, plus les Américains deviennent dominants.»[04] Treize ans plus tard, cette phrase se lit comme une prophétie — celle-là même que son successeur à l’Atlantik-Brücke, devenu chancelier, est en train de vérifier à ses dépens.
3. Quarante ans de désengagement programmé
Sous Clinton (1993-2001), la promesse de Mayence semble se réaliser sans accroc : l’OTAN s’élargit à la Pologne, à la Hongrie et à la République tchèque en 1999, la réunification se consolide, et Washington reste le garant naturel d’une Europe qui panse encore les plaies de la Guerre froide. C’est la lune de miel de la relation transatlantique — celle dont on se souviendra, plus tard, comme d’un âge d’or qu’on n’a pas su reconnaître comme tel pendant qu’il durait.
La première fissure survient sous George W. Bush (2001-2009) : la rupture ouverte avec le chancelier Schröder sur la guerre d’Irak, en 2002-2003, voit l’Allemagne refuser de suivre Washington, et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld qualifier avec mépris la France et l’Allemagne de « vieille Europe ».[05] La relation se redresse ensuite avec l’arrivée de Merkel au pouvoir en 2005, mais quelque chose s’est brisé dans l’évidence du lien.
Vient ensuite, sous Obama (2009-2017), la trahison la plus intime — et la plus révélatrice, tant elle frappe au cœur de la confiance plutôt qu’à la surface de la diplomatie. En 2013, les révélations Snowden dévoilent que la NSA a mis sur écoute le téléphone personnel de la chancelière.[06] « L’espionnage entre amis, ça ne se fait pas », aurait-elle confié. C’est la présidence que l’Allemagne croyait la plus proche d’elle qui inflige la blessure la plus profonde.
Sous Trump I (2017-2021), la pression devient ouverte, chiffrée, budgétaire : exigences répétées sur les 2% du PIB consacrés à la défense, menaces sur le Nord Stream 2, et surtout l’annonce, en juin 2020, du retrait de 9 500 à 12 000 soldats américains stationnés en Allemagne — l’effectif devant passer de 34 500 à 25 000.[07] Une résistance bipartisane au Congrès, portée notamment par le sénateur Mitt Romney, empêche l’exécution complète du plan.
Biden (2021-2025) est la seule présidence, depuis Bush père, à inverser durablement la tendance : suspension immédiate du retrait dès son entrée en fonction, solidarité renforcée après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, soutien appuyé à la Zeitenwende de Scholz. Une parenthèse réparatrice — mais une parenthèse seulement.
4. Mai 2026 : la boucle se referme sous celui qui l’avait bâtie
Et c’est sous Trump II que la boucle se referme, avec une ironie que l’Histoire réserve rarement avec autant de netteté. En mai 2026, alors que Friedrich Merz — dix ans à la tête de l’Atlantik-Brücke — critique publiquement la guerre américaine contre l’Iran (« Les Américains n’ont manifestement pas de stratégie »), le Pentagone annonce le retrait immédiat de 5 000 soldats supplémentaires stationnés en Allemagne, et Trump promet publiquement d’aller « beaucoup plus loin ». Une revue spécialisée allemande vient de qualifier Merz de premier chancelier « post-atlantique » de la République fédérale [08]— un titre amer pour l’homme qui a consacré une décennie de sa vie politique à entretenir ce même lien.
Au même moment, l’Allemagne engrange la confirmation institutionnelle de cette bascule. Le général Carsten Breuer, chef d’état-major de la Bundeswehr, candidat officiel depuis février 2026 avec le soutien explicite de Merz et de son ministre des affaires étrangères Johann Wadephul, doit être désigné en ce mois de septembre président du Comité militaire de l’OTAN [09] — la plus haute instance militaire de l’Alliance, juste après le Secrétaire général et le Commandant suprême des forces alliées en Europe. Il prendra ses fonctions à l’été 2027. Le retrait américain se double ainsi, terme à terme, d’une prise de commandement allemande au sommet même de l’appareil militaire occidental.
Ce désengagement n’a d’ailleurs rien d’un simple repli passif. Le soir même du raz-de-marée de Saxe-Anhalt, Trump a personnellement relayé sur son réseau social une projection donnant l’AfD à 44,4% — sans commentaire, comme un salut assumé à une formation que son vice-président J.D. Vance, son ministre des affaires étrangères Marco Rubio et jusqu’à Elon Musk courtisent ouvertement depuis février 2025.[10] La stratégie de sécurité nationale de son administration théorise même la méthode, noir sur blanc : soutenir les partis « amis » en Europe pour y « cultiver la résistance » (Widerstand kultivieren) à l’ordre établi.[11] Washington ne se contente donc pas de partir ; une partie de son appareil encourage activement la fragmentation du continent qu’elle abandonne — ce qui rend le legs de l’Allemagne à elle-même d’autant plus probable, faute d’alternative organisée.
5. Qui va payer ? Le seul candidat possible
Reste une question à laquelle personne, à Washington, ne semble avoir vraiment réfléchi avant de tirer le rideau sur quarante ans de présence militaire en Europe : qui va payer la facture du désengagement américain ? Ni la Belgique, dont le poids économique et industriel n’a jamais permis de prétendre à un tel rôle, ni la France, écrasée sous 3 300 milliards d’euros de dette publique et plus de 50 milliards d’euros d’intérêts versés chaque année — presque l’équivalent de son budget de défense tout entier —, sans compter une instabilité gouvernementale chronique qui interdit toute trajectoire budgétaire crédible sur dix ans. Le Royaume-Uni affiche certes le meilleur ratio du PIB consacré à la défense (2,4%) parmi les grandes puissances européennes, mais sur une économie fragilisée par le Brexit, avec un budget absolu déjà dépassé par celui de l’Allemagne.
Les chiffres, eux, ne laissent guère de place au doute. Selon le rapport annuel du SIPRI publié en avril 2026, l’Allemagne est devenue, pour la première fois depuis la réunification, le premier budget de défense d’Europe et le quatrième au monde — derrière les seuls États-Unis, la Chine et la Russie. 114 milliards de dollars consacrés à la défense en 2025, en hausse de 24% sur un an, devant le Royaume-Uni (89 milliards) et loin devant la France (68 milliards). Berlin vise désormais 3,5% de son PIB d’ici 2029, avec une trajectoire budgétaire qui doit atteindre 183,7 milliards d’euros en 2030 pour la seule Défense — un effort rendu possible par la levée, en mars 2025, du « frein à l’endettement » inscrit dans la Constitution depuis 2009.
Il ne reste donc, mécaniquement, qu’un seul candidat : l’Allemagne. Non par choix idéologique ou par ambition affichée — quoique Merz ne s’en cache plus tout à fait —, mais par élimination pure et simple de toutes les autres options. C’est la loi la plus ancienne de la géopolitique européenne qui se rappelle à nous : les vides de pouvoir ne se remplissent jamais par doctrine, ils se remplissent par la seule masse disponible.
Le débat a désormais gagné jusqu’à la revue la plus établie de la politique étrangère américaine. En mars 2026, la chercheuse Liana Fix (Council on Foreign Relations) publie dans Foreign Affairs un essai au titre sans détour : « Europe’s Next Hegemon: The Perils of German Power ».[13] Merz y répond, le jour même de son discours-programme à la Conférence de Munich sur la sécurité, par sa propre tribune dans la même revue : « If there was a unipolar moment after the fall of the Berlin Wall, it is long gone.[14] » Que Washington elle-même débatte désormais, dans ses pages les plus sérieuses, de savoir si l’Allemagne est en train de devenir le prochain hégémon du continent, ferme la boucle : ce n’est plus une thèse européenne, c’est devenu une question américaine.
6. L’AfD, accélérateur inattendu
En 2018, candidat à la présidence de la CDU, Friedrich Merz avait fait de la promesse de diviser par deux le score de l’AfD l’étendard de sa candidature. Le week-end des 6 et 7 septembre 2026, c’est l’inverse qui s’est produit à Magdebourg : la CDU a été divisée par deux, l’AfD a doublé le sien.[15] Au Bundestag, trois jours plus tard, Alice Weidel n’a même pas eu besoin d’insister sur ce retournement — la honte se voyait déjà assez comme ça. Les observateurs ont d’ailleurs noté, chez elle, un ton inhabituel : pour la première fois, plus d’agressivité graillonnante, mais la posture presque tranquille d’une opposante qui ne se voit plus très loin du pouvoir.
Cette confiance n’est pas improvisée. Le groupe parlementaire AfD a formalisé, dans un document stratégique interne révélé par la FAZ, une tactique en trois piliers :[16] le « Kulturkampf », qui consiste à polariser le débat contre la gauche pour pousser le SPD et les Verts plus loin encore vers leur propre extrême ; l’« Ampel 2 », qui entretient délibérément l’image d’une coalition CDU/SPD aussi dysfonctionnelle que l’ancienne coalition « feu tricolore », pour la discréditer par simple association ; et la pression accrue sur l’Union elle-même, en lui disputant son cœur de marque économique pour capter ses électeurs par la peur plutôt que par la conviction. Ce n’est pas une improvisation électorale, c’est une doctrine — celle qu’Alexander Gauland avait déjà résumée en une phrase dès 2017, au lendemain de l’entrée de l’AfD au Bundestag : « Wir werden sie jagen » — nous allons les chasser .[17] La CDU, pas les Verts ni la gauche, a toujours été la cible principale.
Le programme de l’AfD pour 2026 revendique une « Bundeswehr performante » et « une Allemagne « apte à la guerre » comme première puissance militaire européenne au sein d’une OTAN forte — tout en rejetant explicitement le stationnement de systèmes d’armes américains à longue portée sur le sol allemand.
Ce n’est pas le pacifisme qu’on prête souvent au parti à cause de sa sympathie pour Moscou sur l’Ukraine : c’est un militarisme souverainiste, qui normalise depuis une position radicale l’idée même d’une Allemagne forte et autonome de Washington.
Un siècle plus tôt, Kurt Tucholsky posait déjà, depuis son exil parisien, la question qui hante tout réarmement allemand : qui contrôle l’appareil ? Elle se repose aujourd’hui sous une forme inversée — ce n’est plus l’armée qui menace d’échapper au contrôle civil, c’est l’Allemagne tout entière qui s’apprête à échapper au parapluie américain. Il y a un autre écho, plus frappant encore : la RDA se proclamait « État de paix » tout en étant l’une des sociétés les plus militarisées d’Europe ; aujourd’hui, c’est l’homme qui a présidé dix ans l’Atlantik-Brücke, le sanctuaire même de l’atlantisme allemand, qui devient le chancelier présidant à son divorce. Deux discours officiels, deux réalités inverses — le même ressort qui faisait, hier, de Tucholsky un antimilitariste récupéré par deux Allemagnes à des fins opposées, fait aujourd’hui de Merz l’atlantiste qui préside, malgré lui, à la fin de l’Atlantique. Chaque fois que l’AfD réclame le départ des Américains, elle déplace la fenêtre d’Overton et rend praticable, presque raisonnable par contraste, le propre virage post-atlantique de Merz. Le triplé électoral de septembre 2026 — raz-de-marée en Saxe-Anhalt le 6, confirmation attendue le 20 à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale — ne fera qu’accentuer cette dynamique, la CDU se retrouvant prise en étau entre le maintien du cordon sanitaire et la tentation de lui disputer ce terrain.
Joël-François Dumont
[01] George Bush, Remarks to the Citizens in Mainz, Federal Republic of Germany, 31 mai 1989, The American Presidency Project (Gerhard Peters et John T. Woolley) — texte intégral republié dans ce dossier.
[02] Atlantik-Brücke e.V., chronique officielle de l’association.
[03] Atlantik-Brücke e.V., remise du premier « George H.W. Bush Award », août 2015, Walker’s Point, Kennebunkport (Maine).
[04] Thomas Enders, déclarations publiques sur l’échec du programme Euro Hawk, 2013 (couverture Reuters/Der Spiegel).
[05] Sur la rupture germano-américaine de 2002-2003 autour de la guerre d’Irak et la formule de Donald Rumsfeld sur la « vieille Europe » : archives de presse de l’époque.
[06] Sur la mise sur écoute du téléphone de la chancelière Merkel par la NSA : révélations Snowden, Der Spiegel/The Guardian, octobre 2013.
[07] Sur le plan de retrait de troupes américaines annoncé par l’administration Trump en juin 2020 : Département de la Défense des États-Unis, couverture Reuters/AP.
[08] « Der postatlantische Kanzler », Internationale Politik, DGAP (Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik), 2026.
[09] Sur la candidature du général Carsten Breuer à la présidence du Comité militaire de l’OTAN : annonce du ministre de la Défense Boris Pistorius, février 2026 ; vote prévu en septembre 2026 lors de la réunion du Comité à Copenhague ; prise de fonction à l’été 2027.
[10] « Trumps gefährliche Liebe », Der Spiegel, n°38, 11 septembre 2026, par René Pfister.
[11] Stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump, citée dans Der Spiegel, n°38, 11 septembre 2026.
[12] SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), rapport annuel sur les dépenses militaires mondiales, avril 2026.
[13] Liana Fix, « Europe’s Next Hegemon: The Perils of German Power », Foreign Affairs, vol. 105, n°2, mars-avril 2026, p. 120. https://www.foreignaffairs.com/germany/europes-next-hegemon-liana-fix
[14] Friedrich Merz, « How to Avert the Tragedy of Great-Power Politics », Foreign Affairs, 13 février 2026.
[15] « Weidel gegen Merz », Frankfurter Allgemeine Zeitung, n°210, 10 septembre 2026, par Friederike Haupt, Mona Jaeger, Eckart Lohse et Matthias Wyssuwa.
[16] Document stratégique du groupe parlementaire AfD, cité dans Frankfurter Allgemeine Zeitung, n°210, 10 septembre 2026.
[17] Alexander Gauland, déclaration publique, 2017, au lendemain de l’entrée de l’AfD au Bundestag.
[18] Georges-Marc Benamou, Le Dernier Mitterrand, Plon, 1996, p. 56.
[19] Entretien de François Mitterrand avec Margaret Thatcher, 20 janvier 1990, Paris ; compte-rendu de Charles Powell, conseiller de Mme Thatcher, archives britanniques déclassifiées en 2009-2010.
Décryptage : Trente-sept ans après Mayence, l’Europe entre à l’heure allemande
Mitterrand a eu raison, tout particulièrement deux fois — et c’est peut-être cela qu’on ne lui a jamais pardonné. Comme de Gaulle avant lui, il avait dit tout haut ce que Paris préfère taire : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique », confiait-il à Georges-Marc Benamou dans les derniers mois de sa vie.[18] Et dès décembre 1989, il avait vu ce que Bush ouvrait à Mayence sans le nommer : qu’une Allemagne réunifiée pourrait, selon ses propres mots rapportés par les archives britanniques, « gagner encore plus de terrain qu’Hitler ne l’a fait » — non par les armes, cette fois, mais par le vide que l’Amérique s’apprêtait à laisser derrière elle.[19] Ce lien anglo-français de Mitterrand avec Thatcher, plus profond et plus ancien qu’on ne l’a dit à l’époque, l’amiral Philippe de Gaulle me l’avait confirmé un jour, de vive voix.