Robert Fico
Quentin Dickinson

Effets collatéraux de la guerre en Ukraine ou signe des temps ?

Le soutien à l’Ukraine est-il menacé ? Après la victoire d’un parti prorusse et eurosceptique en Slovaquie — sur le modèle hongrois — et des élections en Pologne dans deux semaines, les Occidentaux ne cachent plus leur inquiétude, sans parler du blocage de l’aide US et le risque d’un possible retour de Donald Trump à la Maison-Blanche… Les Européens ont décidé de réagir en faisant bloc et en affichant à Kyev leur solidarité avec l’Ukraine dans la durée, face à un agresseur pour qui la démocratie est bien le dernier de ses soucis. L’optimisme n’est pas de mise. Les élections qui se profilent ici ou là donnent à penser que certaines réformes en cours auront du mal à passer…

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Françoise Thom

Le deuxième front : comment la Russie veut saper le soutien occidental à l’Ukraine

« La guerre d’attrition menée par Moscou est un Katyń au ralenti, poursuivant le même but que l’exécution des officiers polonais au printemps 1940 : détruire les cadres de la Pologne (aujourd’hui de l’Ukraine) indépendante ». La Russie n’a nullement renoncé à son projet initial d’installer un gouverne-ment pro-russe à Kyïv. Et, pour parvenir à ce résultat, elle mène un travail de sape auprès des Ukrainiens eux-mêmes, mais aussi en infiltrant les cercles de décision occidentaux, à Washington et dans les capitales européennes. Empêcher le soutien occiden-tal à une victoire finale de l’Ukraine et décourager les Ukrainiens de se battre jusqu’à la victoire, tels sont les objectifs russes qu’analyse et dénonce Françoise Thom.

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Dessin de Patrick Chappatte ©
Françoise Thom

The Second Front

If there is one lesson that the Kremlin’s leaders have learned from what happened after February 24, 2022, it is that without the West and without Ukraine, Russia sinks into insignificance. Once again, we find ourselves faced with American ignorance of Russian diplomatic procedures. Of course, there is the familiar refrain: don’t humiliate Russia. Can you imagine that in April 1945, the Allies’ main concern was to “allow Hitler to save face”, “not to humiliate Germany” ? According to historian Françoise Thom, Russia has not renounced its original plan to install a pro-Russian government in Kyiv. As our eyes are riveted on the battlefield in Ukraine, we tend to forget that Russia continues to wage a parallel war against the West, this one largely invisible, just as in 1941-1945 Stalin was not fighting the Wehrmacht only…

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Françoise Thom

Russia: The End of Consensus

According to French historian Françoise Thom, the image of an almost monolithic Putinist system now turns out to be an illusion. Putin has prevailed because he promises two things: fabulous wealth for those who serve him, and the restoration of Russia as a great power. Today, however, he has wrecked any chance of economic prosperity, and equally damagingly, has exposed Russia’s so-called return to great power status to be a bluff. Many signs indicate the “Putin consensus” is crumbling. There is talk of the emergence of a “Peace Party”. Yet the central issue over which two groups of the Russian elite are split is the policy of a break with Europe: the unconditional Putinists support a “pivot to China” and the “systemic liberals” educated by history, have understood that, without Europe, Russia is doomed to sink into insignificance.

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Amiral Christian Girard

Vilnius : jeu de rôles, contradictions, myopie ou hypocrisie ?

Les Occidentaux veulent-ils la vic-toire de l’Ukraine? Si oui, leur stratégie ne doit pas contraindre celle de l’Ukraine. Attendent-ils, espèrent-ils — voire craignent-ils — que le président Zelensky ne s’émancipe de leur tutelle? Lui seul fait réellement la guerre… L’amiral Christian Girard est de ceux qui pensent que « ce sommet de Vilnius n’a pas permis de clarifier la stratégie des Occiden-taux qui demeure plus politique que militaire, plus défensive qu’of-fensive. » A croire que, plus qu’une victoire de l’Ukraine, certains redoutent davantage une défaite de la Russie…

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Evgueni Prigojine
Françoise Thom

Russie : la fin du consensus

L’apparence encore quasi monolithique du système poutinien ne doit plus faire illusion. Poutine s’était imposé parce qu’il promettait deux choses : un fabuleux enrichissement à tous ceux qui le servaient et la restauration de la Russie comme grande puissance. D’après Françoise Thom, Vladimir Poutine a sabordé la prospérité économique, et pire encore, révélé le bluff de cette soi-disant puissance russe restaurée. Les indices de l’effritement de ce « consensus poutinien » se multiplient. La politique de rupture avec l’Europe se trouve au cœur du clivage entre ces deux groupes qui constituent l’élite : les poutinistes inconditionnels partisans du « pivot vers la Chine » et les « libéraux systémiques » instruits par l’histoire, qui ont compris que, sans l’Europe, la Russie est condamnée à sombrer dans l’insignifiance.

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Quentin Dickinson

L’Union européenne, première puissance régulatrice mondiale

L’heure de la fin de la « surdépendance » de l’Europe dans les domaines vitaux (énergie, santé, défense, high-tech) a enfin sonné. Si elle entend encore jouer un rôle dans le monde, l’Europe ne peut ni rester condamnée à subir indéfiniment le chantage ni se sentir désarmée face à l’ampleur de la menace. Alors, l’UE peut-elle encore rester la première puissance régulatrice mondiale ? Quentin Dickinson, en posant la question suggère, devant l’ampleur de la tâche, de « miser sur l’essentiel et seulement sur l’essentiel ». L’Europe a encore des ressources, dont certaines sont peu exploitées voire inexploitées. Le temps est donc venu d’agir et comme la volonté politique semble être au rendez-vous, l’heure est venue pour l’Europe de montrer au monde son dynamisme.

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Quentin Dickinson

L’UE et la gestion des flux migratoires

Il n’est pas rare de voir les Européens unanimes à Bruxelles à l’issue de sommets européens spécialisés. Ces succès, on les doit pour beaucoup à la Commission et au COREPER. Le rôle de ce « Comité des représentants permanents des gouvernements des États membres de l’Union européenne », est moins connu, mais il demeure essentiel. Sans être un organe décisionnel de l’UE, le COREPER regroupe les ambassadeurs des pays-membres — qui expriment donc la position de leur gouvernement — Ils « veillent au grain » et sont là pour faire avancer les choses. Dans sa chronique hebdomadaire, Quentin Dickinson qui ne boude pas son plaisir chaque fois qu’un succès européen est célébré revient sur cet accord de Luxembourg sur la gestion par l’Union européenne des flux migratoires et sur sa difficile gestation.

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Attaque de drones dur Moscou (© Patrick Chappatte)
Amiral Christian Girard

Vers l’émancipation de la stratégie ukrainienne

La situation sur le front d’Ukraine semble figée, malgré les combats qui se poursuivent, dans l’attente d’une contre-offensive ukrainienne présentée comme inéluctable. Le franchissement de la frontière russe dans la région de Belgorod au nord de Kharkiv, suivie par l’intrusion sur le territoire de la fédération, apparemment sans grande difficulté, de 2 bataillons fortement armés de miliciens russes, a constitué une réelle surprise … « L’Ukraine ne peut se satisfaire de la limitation géographique de son domaine d’action » comme l’écrit l’amiral Christian Girard, qui la conduit «à accepter une totale dissymétrie du rapport de force, incompatible avec l’atteinte de l’objectif de libération de son territoire dès lors que le soutien des forces russes s’effectue à partir de celui de la fédération »

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Emmanuel Macron à Bratislava
Quentin Dickinson

A Bratislava, Macron confirme le soutien de la France à l’Europe centrale et orientale

Le général de Gaulle ne s’est jamais bercé d’illusion sur l’avenir de la Russie. Après l’effondrement du bloc communiste, François Mitterrand a su montrer de l’intérêt pour la Pologne et la Tchécoslovaquie. On dirait qu’Emmanuel Macron s’engage à son tour dans cette voie. Son discours de Bratislava a marqué les esprits, rompant avec des propos maladroits qui avaient entaché son engagement européen pourtant sincère. Un sentiment amplement partagé d’Helsinki à Sofia par des pays « en première ligne » face à une Russie au ban des nations. Les grands pays ont généralement tendance à négliger ces petits États qui cachent parfois de grandes nations…

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