Dépôt de gerbe par François Delattre, ambassadeur de France en Allemagne — Photo © Joël-François Dumont
Hedy Belhassine

Un matin à Ravensbrück

La grandeur de l’Allemagne fédérale est d’honorer la mémoire de celles et ceux que le Ille Reich a jadis martyrisés, dans les 44.000 camps, « sous-camps » et autres prisons spécialisées dans des wagons à bestiaux, les uns pour finir dans des chambres à gaz, les autres pour servir d’esclaves. En leur honneur, en présence d’une dizaine de survivants, de grandes commémorations ont été organisées à Ravensbrück et à Sachsenhausen pour le 80ème anniversaire de leur délivrance. Une occasion pour certains orateurs d’évoquer la guerre d’agression que la Russie livre à Ukraine et d’évoquer la menace que font peser les extrêmes comme l’AfD qui soutiennent ouvertement le Kremlin, ou les anciens communistes de RDA. A Ravensbrück, camp de concentration pour les femmes, le témoignage d’Ingelore Prochnow, née dans le camp, la plupart du temps séparée de sa mère, déportée après avoir été dénoncée pour avoir eu des relations coupables avec un Polonais a été bouleversant. A sa naissance, elle a été nourrie et prise en main par des déportées, sa mère étant de corvée. En 1995, elle apprendra qui était son père après son enterrement en Pologne sans qu’il n’ait jamais pu la serrer dans ses bras. Un rendez-vous pour l’Histoire, sans doute le dernier pour les anciens déportés.

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Eileen Nearne, héroïne des FANY
Pages d'Histoire

La libération de Ravensbrück et de Sachsenhausen

Le 80e anniversaire de la libération par l’armée rouge des camps de concentration emblématiques de Ravensbrück et de Sachsenhausen a été célébré en présence d’une dizaine de rescapés de l’enfer nazi. Le plus grand nombre de déportées à Ravensbrück venait de pays d’Europe de l’Est, catalogués pays de sous-hommes slaves. Si le camp de Ravensbrück fut transformé en caserne, ceux de Sachsenhausen et Buchenwald devinrent des camps spéciaux, mis en place dès mai 1945, dans la SBZ (zone d’occupation soviétique en Allemagne orientale). Officiellement pour nettoyer l’arrière de l’Armée rouge des éléments ennemis, en fait, pour y déporter, sans jugement, tout opposant considéré comme ennemi potentiel. Dans ces Spezlag, les prisonniers étaient des esclaves coupés du monde. Dans ces camps du silence, plus de 1.100.000 personnes sont mortes et enterrées dans des fosses communes ou incinérées, avant que l’URSS ne les transfère à la RDA. Certains comme le camp de concentration de Bautzen, constitueront, jusqu’à la chute du mûr, l’annexe carcérale de la STASI („Stasi-Knast“).

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Donald Trump et le dollar — Photo IA © E-S
Amiral Christian Girard

Quelle stratégie face aux États-Unis ?

Samuel Huntington conclut, en 2004, son livre magistral sur l’identité des États-Unis en envisageant leur avenir sous la forme de trois hypothèses. Soit l’Amérique s’ouvre au monde et l’Amérique devient le monde, soit l’Amérique va vers le monde et le monde devient l’Amérique, soit, plus probable, l’Amérique se recentre sur son identité originelle, se ferme vis-à-vis de l’extérieur, revient d’une façon ou une autre à ses valeurs fondatrices, celles du protestantisme contes-tataire, isolationniste et messianique des pères fondateurs. Ce qui est en train d’advenir semble bien correspondre à cette dernière vision envisagée il y a plus de vingt années par le célèbre professeur. Elle manifeste, par-delà l’arrogance des nouveaux diri-geants américains, la réaction à un sentiment de vulnérabilité et de faiblesse de l’hyperpuissance face à l’évolution du monde, la nostalgie d’un temps et d’un monde révolus. S’il s’agit bien de retrouver une grandeur passée, c’est que la situation actuelle est mauvaise : perte des valeurs morales et religieuses, désindustrialisation, surendettement, trajectoire bud-gétaire insoutenable.

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Sénateur Claude Malhuret — Capture d'"écran E-S
Défense

Faire face. Et d’abord ne pas se tromper…

Washington est devenue la cour de Néron, un empereur incendiai-re, des courtisans soumis et un bouffon sous kétamine chargé de l’épuration de la fonction publi-que… Jamais dans l’histoire un président des États-Unis n’a capi-tulé devant l’ennemi. Jamais aucun n’a soutenu un agresseur contre un allié. Jamais aucun n’a piétiné la Constitution américaine, pris autant de décrets illégaux, révo-qué les juges qui pourraient l’en empêcher, limogé d’un coup l’état-major militaire, affaibli tous les contre-pouvoirs et pris le contrôle des réseaux sociaux. Ce n’est pas une dérive illibérale, c’est un début de confiscation de la démocratie. Nous étions en guer-re contre un dictateur, nous nous battons désormais contre un dictateur soutenu par un traître… Le discours de Claude Malhuret est devenu viral en Europe et outre-Atlantique. CNN, Sky News mais aussi Fox News ont diffusé cette vidéo partagée sur les réseaux sociaux, sur X, traduite en plu-sieurs langues et vue par 500 000 personnes sur You Tube. Modeste, Claude Malhuret répond que les Américains souhaiteraient entendre la même chose de la part de leurs élus.

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Gabriel Attal à l'Assemblée Nationale
Défense

Notre objectif doit tenir en deux mots : Zéro dépendance

73% des Français pensent que les Américains ne sont plus les Alliés de la France. Il n’y a pas que le Canada désormais pour boycotter les produits US, le Danemark, la Norvège et d’autres s’y sont mis à leur tour. Personne n’a vu en Donald Trump un intellectuel vertueux. Le voir prier comme un dévot, lui qui a si longtemps privilégié les relations tarifées a surpris. Mais le voir enfin dans toute sa brutalité dilapidant en un mois l’héritage du parti Républicain, partager une connivence avec Poutine dont il a choisi le narratif mais aussi les intérêts a sidéré le Monde libre qui se cherche un leader. Dommage que l’on n’ait pas lu le livre de Laure Mandeville qui, en 2016, a brossé un portrait édifiant du personnage.[1] Après ses frasques avec Vladimir Poutine à Helsinki, sa première Administration avait réussi à « canaliser » ses actions. Mais Trump 2.0 a fait le vide et ne s’entoure que de sa bande de Frapa Dingos MAGA. Honneur à cette poignée de politiques (Claude Malhuret au Sénat, François Bayrou, Gabriel Attal à l’Assemblée, à nos ministres de la défense et des Affaires étrangères). Le silence des autres est assourdissant.

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Le-Bureau Ovale transformé en saloon — Photo-©AI-E-S
Quentin Dickinson

Pile je gagne, face tu perds

Le Bureau ovale, censé être un lieu sacré aux États-Unis (pas pour Musk apparemment), est devenu le dernier saloon tendance MAGA où l’on « deale » sous les feux des projecteurs. « Pile, je gagne, Face, tu perds » a remplacé « donne moi ta montre et je te donnerai l’heure »… Ainsi en a décidé le nouveau shérif, entouré de ses adjoints étoilés et de quelques fans méritants. Les journa-listes professionnels (Associated Press) sont aujour-d’hui remplacés par des blogueurs complotistes qui marchent dans la combine. Cette fois-ci, la personne « Most Wanted » était Volodymir Zelensky. Condamné d’avance pour n’avoir pas donné les éléments prouvant que le fils de Joe était impliqué dans des affaires louches en Ukraine. Zelensky était censé céder à vie les richesses du sous-sol de l’Ukraine aux US contre des promesses fumeuses, remercier le shérif et s’excuser avant de démissionner pour laisser la place à quelqu’un de plus souple qui aurait l’oreille de Trump et la langue de Poutine. J.D. Vance, chargé des basses besognes, lancera l’estocade pour relayer un Donald visiblement à court d’argument après son poker-menteur !

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Dessin de Patrick Chappatte publié dans la Tribune Dimanche (©)
Amiral Christian Girard

Début 2025, la véritable fin du concept d’Occident ?

Depuis sa prise de pouvoir en janvier, l’équipe Trump dynamite jour après jour aux États-Unis, et dans le monde encore réputé libre, tout ce qui symbolise et fonde une Alliance bâtie des valeurs politiques et morales avant d’être une organisation militaire. Cette Alliance que certains imaginaient éternelle mais dont de rares visionnaires, comme De Gaulle, anticipaient la possibilité de la voir dénaturée et dépérir.

De F-D. Roosevelt en 1945 à Donald Trump en 2025, de Yalta en février 1945 à Bruxelles et Munich en février 2025, que de résonances ! On a su qui conseillait Roosevelt : Harry Hopkins, dévoué à Staline et à ses services. On lui doit d’avoir organisé à Yalta le partage de l’Europe au profit de l’URSS, malgré Churchill. Comment ne pas se poser la question de savoir qui aujourd’hui conseille Trump ? Les pays de l’Union européenne, le Royaume Uni vont-ils enfin sortir se réveiller et réagir ?
These are the two big questions !

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Trump's Band — Photo IA-E/S
Hedy Belhassine

Trump et les damnés de la terre

Triste moment que celui de l’intronisation de Trump: demi dieu, mi fou, mi bouffon, prenant des postures d’adulte pour proférer des niaiseries d’enfant, flanqué d’une pre-mière dame masquée d’un énorme chapeau, entouré d’une famille endimanchée à la mine gourmande, devant un auditoire de milliardaires en pâmoison qui applaudis-sent chacun de ses mots. Bénédictions catholique et juive, oracles, cantates et trompettes pour l’arrivée du nouveau Messie. Le Mozart français de la finance n’avait pas été invité à cette loufoquerie, mais l’italienne Mélonie – en souvenir du Duce peut-être – en était. Et aussi les repré-sentants de tous les partis fascistes européens. La re-transmission en mondovision a déchainé l’enthousiasme des commentateurs des chaines d’informations à la solde de leurs richissimes propriétaires.

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Porte d'entrée du camp de sachsenhausen — Archives © Joël-François Dumont
Pages d'Histoire

Le système concentrationnaire nazi

Un travail de mémoire considérable a été effectué en Allemagne pour décrire le système concentrationnaire nazi. Sur Internet, il est disponible pour qui veut savoir mais faut-il encore le vouloir. Les nazis, dès l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler en 1933 ont établi un réseau de camps spécialisés reliés entre eux par voie ferrée. Les deux premiers camps de concentration « modèle » ont été construits à Dachau et à Sachsenhausen. Les détenus, sous-alimentés et mal soignés ont d’abord du construire les camps, avant de s’attaquer aux routes pour faciliter en Pologne l’avancée des troupes allemandes pour envahir la Russie, et aussi pour déblayer les gravats après les bombardements anglo-américains. Entre 1933 et 1945, l’Allemagne nazie a mis en place plus de 44 000 camps et autres lieux d’incarcération, des « ghettos ». des prisons comme Plötzensee où en mars-avril 1945, on pendait jour et nuit. Prétendre que dès 1934, en Europe ou aux États-Unis, on ne pouvait pas savoir ce qui se passait dans ces camps en Allemagne nazie est un mensonge qui n’honore pas tous ceux qui ont choisi de fermer les yeux. Occulter ensuite leur utilisation après 1945 par les Soviétiques jusqu’en 1950 avant leur transfert à la RDA en est un autre.

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Volodymyr Zelenski - Photo Dmitri/X
Amiral Christian Girard

Point de situation de la guerre d’Ukraine

Au début de l’hiver météorolo-gique 2024-2025, l’hiver est égale-ment politique pour l’Ukraine, avec la perspective de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025.
L’incertitude sur l’issue du conflit se double d’un fort pessimisme. L’Ukraine pourra-t-elle tenir sans le soutien américain ?
Les récentes décisions de Joe Biden — autorisation de frapper le territoire russe avec des missiles ATACMS et livraison de mines anti-person-nel — arrivent bien tard pour produire un réel effet stratégique à court terme. Elles constituent un desserrement des contraintes exercées sur la stratégie ukrainienne par les Occidentaux mais ne traduisent pas son réel affranchissement, souhaité ici depuis plusieurs mois. Il demeure inaccessible à court terme.
Point de situation après l’élection de Donald Trump avec  le Vice-Amiral Christian Girard (2S) qui voit les États-Unis laisser aux pays européens la charge du soutien de la guerre d’Ukraine. Une éventu-alité à laquelle les pays de l’UE et le Royaume Uni doivent urgem-ment se préparer,

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