Ce second volet prolonge l’autopsie micheletienne en s’appuyant sur les analyses chirurgicales de Françoise Thom. Ici, la Russie n’est plus seulement une tyrannie, mais une pathologie virale : le « Choléra ». Michelet y diagnostique un Empire fondé sur le « Mensonge » ontologique, une anti-réalité où le Tsar Nicolas 1er est le « Faux du Faux » et où la bureaucratie broie toute vie organique. La capacité du régime russe à exporter sa propre décomposition pour dissoudre les défenses morales de l’Occident est terrifiante.

Un « froid poison » qui endort avant de tuer. Face à cette machine de mort qui a « supprimé » sa propre nation, l’Ukraine martyre apparaît paradoxalement comme la seule force vivante, un miracle de résistance qui empêche la gangrène de submerger l’Europe.
C’est un avertissement clinique : on ne négocie pas avec une épidémie, on l’endigue ou on en meurt.
Sommaire
par François de Vries — Paris, le 30 novembre 2025.
Les intuitions de Jules Michelet sur la Russie
Introduction : La rémanence du spectre
Dans le vaste théâtre de l’histoire, certains acteurs semblent condamnés à rejouer indéfiniment la même tragédie, non pas comme une farce, selon le mot de Marx, mais comme un cauchemar récurrent qui hante la conscience européenne.
L’analyse de l’historienne Françoise Thom, intitulée « Les intuitions de Jules Michelet » »,[01] nous invite à une telle redécouverte : celle d’un passé qui ne passe pas, d’une ombre qui s’allonge à nouveau sur le continent.
En exhumant les textes de Jules Michelet, et plus particulièrement ses Légendes démocratiques du Nord de 1854, Françoise Thom ne fait pas œuvre d’antiquaire. Elle pose un diagnostic clinique sur le présent. Elle démontre que la Russie de Vladimir Poutine n’est pas une aberration nouvelle, mais la résurgence, trait pour trait, de la Russie de Nicolas Ier.
Cette deuxième partie, « La Contagion des Ténèbres », se propose d’explorer cette intuition vertigineuse. Il s’agit de disséquer, avec la rigueur de l’analyste et la profondeur du visionnaire, les mécanismes d’une puissance qui, selon Michelet, a fait du mensonge sa chair et de la mort son principe vital.
L’objectif est d’épuiser le sens des catégories micheletiennes réactivées par Françoise Thom — le Mensonge, le Choléra, le Vide, la Machine — pour comprendre la guerre en Ukraine non comme un conflit territorial, mais comme une lutte métaphysique entre l’existence et le néant.
En suivant le fil rouge tendu par Françoise Thom, nous verrons comment l’histoire traverse les siècles pour venir nous mordre, et comment les avertissements prophétiques de 1854 deviennent les clés de survie pour 2024. Il « ne reste qu’à remplacer « Pologne » par « Ukraine » et la Russie de Nicolas Ier par celle de Poutine » pour que le texte s’illumine d’une clarté terrifiante.[01] Ce rapport se veut l’écho amplifié de cette substitution, une anatomie exhaustive de la nécrose politique qui menace l’Occident.
I : L’ontologie du mensonge
1.1. La substance du faux
Au cœur de l’analyse de Michelet, relayée par Françoise Thom, réside une affirmation d’une brutalité philosophique inouïe : la Russie ne ment pas simplement ; elle est le mensonge. « La Russie, dans sa nature, dans sa vie propre, étant le mensonge même, sa politique extérieure et son arme contre l’Europe sont nécessairement le mensonge ».[01] Cette distinction est capitale. Elle sépare le mensonge utilitaire, pratiqué par tous les États comme un instrument de ruse, du mensonge ontologique, qui constitue l’essence même du pouvoir russe.
Dans la perspective micheletienne, le mensonge n’est pas un voile posé sur la réalité, mais une substitution du réel par une fiction morbide. Le gouvernement russe a construit un univers inversé où les mots ont perdu leur ancrage dans la vérité pour devenir des vecteurs de confusion.
Ce « mensonge suprême »[01] n’est pas un accident de parcours ; il est la structure portante de l’Empire. Sans lui, l’édifice s’effondre, car il n’est bâti sur aucun fondement organique ou moral, mais sur le vide.
L’analyse suggère que cette nature mensongère « fausse » l’esprit russe lui-même, le soumettant à la « torture d’une inquisition vile et basse ».[01] L’inquisition ici n’est pas seulement religieuse, elle est cognitive : elle force l’esprit à accepter l’inacceptable, à voir le noir et à dire le blanc, brisant ainsi le ressort moral de l’individu.
1.2. Le tsar : Le faux du faux
Au sommet de cette pyramide d’imposture trône le Tsar. Michelet le définit par une formule d’une redondance significative : il est « le faux du faux, le mensonge suprême qui couronne tous les mensonges ».[01] Pourquoi cette insistance sur le redoublement du faux? Parce que le Tsar n’est pas seulement un menteur ; il est l’incarnation d’une fausse divinité. Il prétend être le père du peuple tout en étant son bourreau ; il prétend être le garant de l’ordre tout en étant l’agent du chaos.

L’analyse de Françoise Thom met en lumière la continuité absolue entre le tsarisme de Nicolas Ier et le régime de Poutine. Dans les deux cas, le chef est le point de convergence de toutes les fictions. Sa volonté, qualifiée par Michelet d' »incertaine, capricieuse dans son action »,[01] devient la seule loi, remplaçant la justice, la tradition et la raison. Ce caprice autocratique est dangereux car il est déconnecté du réel. Enfermé dans sa propre bulle de mensonges, le dirigeant russe finit par croire à ses propres fabrications, entraînant son pays dans des aventures désastreuses basées sur des prémisses fausses. Le « mensonge suprême » n’est donc pas seulement un outil de domination, c’est un piège dans lequel le tyran lui-même est pris, condamnant son action à une « incertitude absolue dans les résultats ».[01]
1.3. La corruption comme vecteur de vérité dégradée
Comment le mensonge du sommet descend-il vers la base? Par la bureaucratie, cette « machine » impériale que Michelet décrit avec horreur. Mais en descendant, le mensonge subit une mutation : il se transforme en corruption. La volonté du Tsar, en traversant les strates de l’administration, rencontre la « vénalité » et la « corruption ».[01]
C’est ici que l’analyse devient particulièrement pénétrante pour comprendre la défaillance logistique et morale de l’armée russe contemporaine. Le mensonge politique (la grandeur de l’empire) devient un mensonge administratif (les rapports falsifiés, les effectifs gonflés, le matériel volé). Le système est rongé de l’intérieur par la nécessité de mentir à ses supérieurs. Chaque échelon de la hiérarchie ajoute sa propre couche de fausseté pour se protéger ou s’enrichir. Le résultat est une « incertitude absolue » [01] : le pouvoir central tire des leviers qui ne sont connectés à rien. La « puissance de mort » 1 est ainsi, paradoxalement, une puissance d’impuissance, minée par le virus de la tromperie qu’elle a elle-même inoculé au corps social.
Tableau 1.1 : La Stratigraphie du Mensonge Russe
| Niveau de Pouvoir | Nature du Mensonge (Michelet/Thom) | Manifestation sous Nicolas Ier | Manifestation sous Poutine | Conséquence Systémique |
| Le Tsar (Sommet) | « Le Faux du Faux », « Mensonge suprême » [01] | Autocrate divinisé, garant de l’Orthodoxie et de l’Ordre. | « Opération Spéciale », Dénazification, Rétablissement de la grandeur historique. | Déconnexion totale du réel, décisions capricieuses. |
| La Politique Extérieure | « Arme contre l’Europe » [01] | Protection des « dissidents » religieux, défense de l’ordre aristocratique. | Protection des « russophones », défense des « valeurs traditionnelles », lutte contre l’OTAN. | Subversion des démocraties, guerre hybride. |
| L’Administration (Intermédiaire) | « Incertitude », « Vénalité », « Corruption » [01] | La bureaucratie filtre et déforme les ordres impériaux. | Kleptocratie, rapports militaires falsifiés, détournement de fonds. | Inefficacité opérationnelle, paralysie de l’action. |
| Le Peuple/La Nation | « Inquisition vile et basse », « Néant moral » [01] | Servage, silence forcé, adoration contrainte. | Apathie, propagande télévisuelle, atomisation sociale. | « Suppression de la Russie », mort de l’esprit public. |
II : La pathologie virale — « La Russie, c’est le choléra »
2.1. La métaphore épidémiologique
Parmi les intuitions les plus frappantes relevées par Françoise Thom figure cette définition lapidaire : « La Russie, c’est le choléra ».[01] Pour un lecteur du XIXe siècle, le choléra n’est pas une simple maladie ; c’est la terreur absolue, le fléau venu d’Orient, la mort bleue qui frappe sans prévenir et dissout les corps.
En appliquant cette métaphore à l’État russe, Michelet opère un déplacement conceptuel majeur. La Russie n’est pas une puissance militaire conventionnelle (comme la Prusse ou la France) ; elle est un agent pathogène.
Cette identification suggère que l’action de la Russie sur ses voisins n’est pas de l’ordre de la conquête classique (assimilation, administration), mais de l’ordre de la contamination. Elle est une « force dissolvante ».[01] Elle ne cherche pas à élever les peuples qu’elle touche, mais à les abaisser, à les rendre malades. Comme le choléra, elle prospère sur la saleté, la misère et le désordre. Là où elle passe, les structures sociales se liquéfient, la confiance disparaît, et la vie civique s’éteint.
2.2. Le « froid poison » et la démoralisation
Michelet décrit l’influence russe comme un « froid poison ».[01] Cette image thermique est essentielle. La Russie est le pôle du froid, non seulement géographique, mais spirituel. Elle gèle les élans du cœur, elle fige l’espérance. Le poison russe agit sur le système nerveux des nations européennes. Il ne tue pas immédiatement ; il engourdit.
L’analyse de Thom permet de comprendre les mécanismes modernes de cette intoxication. Avant l’invasion des chars, il y a l’invasion du doute. Le « froid poison » circule aujourd’hui via les réseaux de désinformation, le financement des extrêmes, la corruption des élites. L’objectif est de « démoraliser » la future victime, de lui faire perdre foi en ses propres valeurs, de la laisser « sans défense » [01] avant même le premier coup de canon. Le choléra russe s’attaque à l’immunité morale de l’Occident. Il suggère que la liberté est une faiblesse, que la vérité est relative, que la force brute est la seule réalité.
2.3. L’auto-dissolution
Le propre d’une maladie est qu’elle détruit l’organisme qui l’héberge. Michelet note que la Russie, si elle n’avait rien à dévorer à l’extérieur, « se mangerait elle-même ».[01] Elle est une « puissance de mort » qui est « brûlante, dévorante ».[01] Cette autophagie est visible dans la manière dont le régime traite sa propre population. Le choléra ne fait pas de distinction entre le Russe et l’Étranger ; il est un principe de négation universelle.
En transformant la Russie en choléra pour l’Europe, le gouvernement russe a condamné son propre peuple à vivre dans un lazaret perpétuel. Il a isolé la Russie du reste de l’humanité, coupant les liens vitaux qui la rattachaient à la civilisation. Michelet avertit que ce processus mène à une « infernale perdition »,[01] une chute sans fin dans la maladie et la mort, dont seule une rupture radicale (un « mouvement de cœur ») pourrait sauver le pays.
III : La mécanique du vide — L’Empire contre la Nation
3.1. La machine à broyer
Dans sa lettre aux officiers russes, Michelet tente d’opérer une chirurgie de la conscience : il faut séparer « l’empire et la nation ».[01] L’Empire n’est pas l’expression politique de la nation russe ; il en est le parasite et le bourreau. L’analyse décrit l’État russe comme une immense « machine » administrative et militaire qui « prend son point d’appui en vous [les officiers], elle pèse sur vous et vous écrase ».[01]
Michelet s’adresse directement à l’officier avec une image effrayante : « Vous êtes le pivot du levier qui vous écrase. »[01] L’officier n’est pas considéré comme un sujet pensant ou un patriote, mais comme un outil. La « machine » fonctionne grâce à une chaîne d’obéissance aveugle, dans laquelle chaque grade écrase celui qui se trouve en dessous. En acceptant d’être un rouage de ce système, l’officier russe participe à sa propre destruction et à celle de son peuple. Il sert une « puissance de mort »[01] qui consume les forces vitales du pays pour nourrir un délire expansionniste. La machine ne sert pas la Russie ; la Russie est le carburant de la machine.
Cette vision mécaniste est terrifiante. L’individu russe, qu’il soit serf ou général, n’est qu’un rouage, un combustible pour la machine. Le « terrible gouvernement » est défini comme « la mort de la Russie ».[01] Il y a là une inversion totale du contrat social : l’État n’existe pas pour protéger la nation, mais pour la consommer. Chaque extension territoriale, chaque victoire apparente de l’Empire est payée par un « anéantissement du génie national ».[01] Plus la Russie s’étend géographiquement, plus elle se vide spirituellement.
3.2. Le néant moral et la barbarie
L’effet de cette machine est la production industrielle du néant. Sous le règne du « faux », la Russie a « descendu la pente d’un effroyable néant moral ».[01] Elle a régressé. Alors que le monde avance, elle marche « tout au rebours du monde« .[01] Michelet parle d’un retour au « servage », voire à l' »esclavage antique ».
Thom souligne l’actualité brûlante de ce constat. La Russie de Poutine, en réhabilitant les pratiques staliniennes, en militarisant la société, en écrasant la dissidence, organise cette régression. Elle crée un « immense vide » [01] au cœur de la société. Ce vide n’est pas neutre ; il est un appel d’air pour la violence. Une société vidée de sa morale, de sa culture, de son humanité, ne peut se remplir que de fanatisme et de haine. La « destruction intérieure » [01] que la Russie a subie au siècle dernier (et qu’elle subit encore) est la source de son agressivité extérieure. Elle projette son propre vide sur le monde, voulant réduire l’Ukraine, et l’Europe entière, au même état de désolation qu’elle-même.
3.3. L’appel aux officiers : Une occasion manquée?
Michelet s’adressait aux officiers russes, espérant qu’ils prendraient conscience que la machine les écrasait eux aussi. Il espérait qu’ils verraient que servir le Tsar, c’était trahir la Russie. « L’empire et la nation » sont des ennemis mortels. Aujourd’hui, cet appel résonne dans le vide. La machine semble avoir gagné. La distinction entre l’Empire et la Nation s’est effacée ; la nation a été digérée par l’Empire. Le « génie national » semble anéanti, remplacé par le cynisme et la résignation. C’est le triomphe du choléra : il n’y a plus de corps sain pour résister au virus.
Tableau 3.1 : La dialectique Empire/Nation
| Concept | L’Empire (La Machine) | La Nation (Le Peuple) | Relation Causale |
| Nature | « Puissance de mort », « Machine capricieuse », « Mensonge suprême ». | « Génie national », « Vie propre » (potentielle), « Cœur ». | L’Empire « pèse sur » et « écrase » la Nation. |
| Dynamique | Expansionniste, dévorante, mécanique. | Passive, souffrante, vidée de substance. | L’expansion de l’un cause l’anéantissement de l’autre. |
| Résultat | « Suppression de la Russie », « Néant moral ». | « Destruction intérieure », « Recul dans la barbarie ». | « Le terrible gouvernement est la mort de la Russie ». |
IV : Anatomie du crime — La Pologne comme miroir de l’Ukraine
4.1. La trinité du mensonge conquérant
C’est dans l’analyse de la méthode de conquête que la comparaison entre 1854 et 2024 devient la plus saisissante. Michelet décortique la mécanique de l’asservissement de la Pologne, et Franoise Thom nous invite à y lire le sort de l’Ukraine.

La Russie n’a pas vaincu la Pologne par l’épée seule, mais par « trois mensonges »[01] qui ont désarmé l’âme polonaise avant de briser son corps.

- L’inquiétude fraternelle (Le mensonge religieux/ethnique) : La Russie a feint de s’intéresser à la liberté religieuse, venant au secours des « dissidents ».[01] C’est le prototype de la protection des minorités utilisée par Poutine dans le Donbas. Le prédateur se déguise en protecteur. Il invente une persécution pour justifier une invasion. Il pleure sur les victimes qu’il va créer.
- La protection de l’anarchie (Le mensonge constitutionnel) : La Russie prétendait défendre l' »ancienne Constitution » polonaise et sa « vieille anarchie » [01] (le liberum veto). En réalité, elle voulait empêcher la Pologne de se réformer, de se moderniser, de devenir un État fort. Elle voulait « une Pologne contre la Pologne ».[01] De même, la Russie a tout fait pour maintenir l’Ukraine dans la corruption et l’instabilité institutionnelle, sabotant ses tentatives de rapprochement avec l’État de droit européen. Elle veut des voisins faibles, ingouvernables, pour mieux les dominer.
- La politique mensongère (Le mensonge diplomatique) : La conquête se fait par le langage. La Russie promet l’amitié tout en préparant le massacre. Elle signe des traités pour gagner du temps. Sa diplomatie est une continuation de la guerre par d’autres moyens, une guerre psychologique destinée à semer la « dissolution ».[01]
4.2. Le meurtre de cinquante millions d’hommes
Michelet parle d’un « monstrueux crime », d’un « meurtre immense de cinquante millions d’hommes ».[01] Ce chiffre ne désigne pas les morts physiques, mais la mort civile d’une nation entière. La Russie a voulu effacer la Pologne de la carte et de l’histoire. Elle a voulu lui voler son âme.
Mais ici surgit le paradoxe vitaliste de Michelet : le crime a échoué par son excès même. En démembrant la Pologne, la Russie lui a donné une « vie plus forte ».[01] « La Pologne que vous voyez en lambeaux et sanglante, muette, sans pouls ni souffle, elle vit ».[01] La souffrance a condensé la vie nationale, elle l’a rendue indestructible. « Toute sa vie, retirée de ses membres, portée à la tête et au cœur, n’en est que plus puissante ».[01]
4.3. La transposition ukrainienne
Appliquons cette grille à l’Ukraine. Poutine voulait « supprimer » l’Ukraine comme nation, la réduire à une province russe. Il a utilisé les mêmes mensonges (protection des russophones, dénonciation d’un régime « nazi » pour créer le chaos). Mais le résultat est identique à celui décrit par Michelet : l’agression a forgé la nation ukrainienne. Elle a unifié le peuple, elle a réveillé une conscience héroïque qui dormait.
L’Ukraine, aujourd’hui « en lambeaux et sanglante », vit d’une vie intense, brûlante, qui contraste avec la morne apathie de la Russie. « Elle vit seule dans le Nord, et nulle autre.»[01] La Russie, elle, « ne vit pas ». Elle est une machine de mort, un zombie géopolitique qui peut tuer mais ne peut pas créer de vie. L’intuition de Michelet traverse les siècles : le bourreau est mort, la victime est vivante.
V : La géopolitique de la lumière et des ténèbres
5.1. La Russie contre le Monde
L’analyse de Françoise Thom souligne que la Russie marche « tout au rebours du monde ».[01] Il ne s’agit pas d’une simple divergence d’intérêts, mais d’une opposition vectorielle fondamentale. Le monde (compris comme la civilisation européenne et le progrès moral) va vers la complexité, la liberté, l’individu. La Russie retourne vers la simplicité brutale de l’esclavage, vers la masse indifférenciée, vers le néant.
Cette opposition rend tout compromis durable impossible. On ne négocie pas entre l’être et le néant. La « politique extérieure » de la Russie étant « nécessairement le mensonge », l’analyse de Françoise Thom souligne que la Russie marche « tout au rebours du monde ».[01]
Il ne s’agit pas d’une simple divergence d’intérêts, mais d’une opposition vectorielle fondamentale. Le monde (compris comme la civilisation européenne et le progrès moral) va vers la complexité, la liberté, l’individu. La Russie retourne vers la simplicité brutale de l’esclavage, vers la masse indifférenciée, vers le néant.
Tout accord signé avec elle est nul et non avenu dès l’instant de sa signature. Elle est une « puissance de mort »[01] qui ne connaît que la destruction comme mode d’interaction avec autrui.
5.2. L’espoir par la contagion inverse ?
Michelet termine sur une note d’espoir ambiguë, mais profonde. Si la Russie est perdue dans son « infernale perdition », qu’est-ce qui peut la sauver ? « Ce n’est pas tout. Elle vit seule dans le Nord… Ce qui la rattache à l’humanité et à Dieu… c’est le mouvement de cœur que la Pologne a éveillé en elle ».[01]
C’est une idée bouleversante : le salut de la Russie dépend de la nation qu’elle martyrise. La résistance héroïque de la Pologne (et aujourd’hui de l’Ukraine) est la seule chose qui puisse provoquer un choc moral suffisant pour réveiller la Russie de son coma éthique. C’est en voyant le visage de la liberté chez son voisin que le Russe pourrait, peut-être, prendre conscience de ses propres chaînes. L’Ukraine n’est pas seulement le bouclier de l’Europe ; elle est la chance de rédemption de la Russie. Si l’Ukraine tombe, la Russie sombre définitivement dans les ténèbres. Si l’Ukraine tient, une lumière reste allumée « dans le Nord », qui peut un jour percer la nuit russe.
5.3. La responsabilité de l’Europe
Le texte de Michelet, lu par Françoise Thom, est aussi un avertissement à l’Europe.
Ne pas voir la nature de la Russie, c’est se condamner à subir son « choléra ». Croire aux mensonges russes, c’est s’inoculer le virus. L’Europe a souvent été complice par naïveté ou par cynisme, acceptant de fermer les yeux sur la « destruction intérieure » de la Russie au nom de la stabilité. Mais cette stabilité est celle de la morgue.
La « prodigieuse intuition » de l’historien nous somme de choisir notre camp. Il n’y a pas de neutralité possible face au choléra. Soit on le combat, soit on en meurt. Accepter la narration russe, c’est accepter que le mensonge est légitime, que la force prime le droit, que la mort est l’avenir de l’homme.
Tableau 5.1 : Le bilan vitaliste (Vie vs Mort)
| Indicateur | La Russie (Le Bourreau) | La Pologne/L’Ukraine (La Victime) |
| État Vital | « La Russie ne vit pas ».1 | « Elle vit, et elle vit de plus en plus ».1 |
| Localisation de la Vie | Nulle part (Vide, Néant). | « À la tête et au cœur » (Concentration spirituelle).1 |
| Dynamique | Dissolution, régression vers la barbarie. | Résistance, unité, élévation morale. |
| Rapport au Monde | « Au rebours du monde », « Contre l’Europe ».1 | « Seule dans le Nord », lien avec l’humanité et Dieu.1 |
Conclusion : Le diagnostic final
Au terme de cette exploration, cette contagion des ténèbres aboutit à une conclusion sans appel.
L’analyse de Françoise Thom, s’appuyant sur la vision spectrale de Jules Michelet, établit que la menace russe est existentielle. Elle ne relève pas de la politique traditionnelle, mais de la pathologie.
Nous sommes face à une entité politique qui a « supprimé » sa propre nation pour devenir une machine de guerre et de mensonge.[01] Une entité qui est « le choléra »,[01] c’est-à-dire une force de dissolution pure. Une entité gouvernée par le « faux du faux »,[01] imperméable à la raison et à la vérité.
L’histoire ne se répète pas simplement ; elle bégaye. Les « trois mensonges » qui ont tué la Pologne sont ceux qui tentent de tuer l’Ukraine. Le « néant moral » de Nicolas Ier est celui de Poutine. Mais la « vie » qui a sauvé la Pologne spirituelle est la même que celle qui anime l’Ukraine aujourd’hui.
Le message de ce « second pastiche » est clair : on ne discute pas avec les ténèbres, on allume la lumière. La lucidité est la première arme. Reconnaître que la Russie est « le mensonge même » [01] est le début de la résistance. Tant que l’Europe n’aura pas intégré cette « définition profonde, admirable » de Michelet, elle restera vulnérable au poison.
Il faut regarder le monstre en face, sans illusion, et soutenir ceux qui, par leur sacrifice, empêchent le choléra de submerger le monde. L’Ukraine vit. Et tant qu’elle vit, le mensonge ne peut pas triompher totalement. La contagion peut être endiguée, si nous avons le courage de la nommer.
François de Vries
[01] « Les intuitions de Jules Michelet, une sélection de Françoise Thom » in DeskRussie — (2022-0401)
Voir également :
« La danse des morts : Chronique de la grande nuit (1) Ou le sabbat des tyrans contre la résurrection des peuples » — (2025-1130)
Décryptage :
L’Ontologie du Mensonge Impérial : Cette seconde partie propose une exégèse de la menace russe en la qualifiant de pathologie impériale et existentielle. L’analyse s’appuie sur la relecture, par Françoise Thom, des intuitions de Jules Michelet (1854), affirmant que la Russie de Poutine est une résurgence du régime de Nicolas Ier. Le pouvoir russe est ainsi défini comme le « mensonge suprême », une force dont l’essence est la falsification et qui agit sur l’Europe comme « le choléra », un agent pathogène et dissolvant. La source décortique les mécanismes de l’agression, montrant que les « trois mensonges » utilisés contre la Pologne sont répétés contre l’Ukraine pour créer un néant moral et briser l’esprit national. Le document conclut que cette lutte n’est pas politique mais métaphysique, la résistance ukrainienne étant la seule lumière capable d’enrayer la contagion des ténèbres russes.