Le bataillon Foch et la Résistance franco-slovaque

L’histoire du Bataillon Foch est peu connue en France. Elle mérite bien d’être contée car elle « constitue un vivant témoignage du patriotisme français ».[1]

Ses plus belles pages ont été écrites avec le sang des Combattants volontaires français en Slovaquie, le fameux bataillon Foch. Des militaires déserteurs encadrant des ouvriers du STO  pour la plupart qui ont rejoint la Résistance slovaque avec des Polonais, des Roumains, des Tchèques et quelques Russes. Des hommes qui avaient en commun de parler le français et de vouloir combattre l’occupant nazi. Cités à l’ordre de l’Armée par le général de Gaulle depuis Moscou le 9 décembre 1944 pour leur « ardeur au combat », leur « audace et leurs hautes vertus morales ».[2]

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Le GAA François Mermet avec deux « anciens » du Bataillon Foch, Jean Geysselin et Raymond Vié – Photo © JFD

Le 29 août 1944, après avoir harcelé la 1ère Division blindée de la Waffen SS, ils déclenchaient le soulèvement  national slovaque, alors que Paris était déjà libérée. La plupart de ces hommes sont morts aujourd’hui. Tous les 29 août à Strečno, les survivants font le pèlerinage. Ils se retrouvent également à Paris lors de la célébration de la fête nationale slovaque invités par l’Ambassadeur de Slovaquie en France. Après avoir rendu un premier hommage au général Milan Rastislav Štefánik, il ne faudrait pas oublier ces hommes qui ont forcé l’admiration de la population slovaque. Le reportage en Slovaquie et en France qui suit consacré au bataillon Foch a été réalisé par Joël-François Dumont et Peter Guldan, avec des archives inédites de la Télévision Slovaque STV. Il a été diffusé le 29 août 1998 dans le Journal International de France Télévisions sur TV5 présenté par Ève Métais.

Jean Geysselin que nous avions longuement rencontré  nous a malheureusement quitté depuis. Son épouse trouvera ici l’hommage de ceux qui se sont attachés à retrouver leur exemple. Démunis d’armes, et parfois même de chaussures  dans la neige et le froid, cachés par les paysans slovaques, ces volontaires ont bien mérité de leurs deux patries: la France et la Slovaquie où leur souvenir est entretenu fidèlement. (NDLR)

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Ève Métais : Je vous propose maintenant une page d’histoire.

Elle nous conduit en Slovaquie, il y a exactement 54 ans. 200 Français, les uns prisonniers, évadés de camps en Allemagne, les autres, des ouvriers du STO, le Service du Travail Obligatoire, 200 Français qui ont organisé avec des Résistants slovaques le soulèvement national contre l’occupant allemand.

Aujourd’hui encore, nos compatriotes sont considérés là-bas comme de véritables héros. Récit de cet épisode peu connu de la Deuxième Guerre Mondiale par Joël-François Dumont.

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Joël-François Dumont : En Slovaquie, Strečno symbolise la Résistance. C’est là, dans le nord du pays, le 29 août 1944 que 200 Français ont participé activement au déclenchement du soulèvement national slovaque.

Un hommage solennel à cette poignée de jeunes officiers, sous-officiers et 200 victimes du STO qui avaient décidé de prendre Je maquis pour harceler la 1ère Division Blindée de la Waffen SS.

Le 29 août chaque année, tous les anciens capables de faire le voyage se retrouvent à Strecno en pèlerinage. Rudolf Lis, un Slovaque est de ceux-là…

Rudolf Lis : Je me sens à moitié français … Pour que l’amour de la patrie et la haine des tyrans, pour nous la France chérie, nous sommes des partisans …

Joël-François Dumont : Ce chant des partisans a été composé par le sous­-lieutenant Picard. Après la Marseillaise, il était devenu le chant de ralliement qu’on chantait le soir à la veillée.

Nourris et hébergés par les paysans slovaques, les membres du bataillon Foch ont finalement du se disloquer après trois mois de violents combats.

Les attaques meurtrières de la Luftwaffe les ayant contraint de repousser les petits groupes de partisans dans la montagne.

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Jean Geyssely : Ce sont les anciens du groupe, les anciens évadés internés en Hongrie qui les ont initié un peu au maniement du fusil…

Donc, le groupe s’est constitué de cette façon-là, voyez-vous, avec les autres prisonniers de guerre évadés des camps et ensuite cinquante jeunes que nous étions allés chercher à l’usine de Dubnica.

Joël-François Dumont : Dans cette usine souterraine, à l’abri des bombardements alliés, les Allemands employaient des victimes du STO venus de toute l ‘Europe occupée pour construire des moteurs de Messerschmitt.

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La moitié des Français présents ont ainsi déserté pour rejoindre le maquis.

Raymond Vié : On a appris le maniement des armes, uniquement des armes légères, parce que nous n’avions pas autre chose.

L’arme la plus lourde, c’était le fameux fusil anti-char soviétique qui, à la rigueur, pouvait détruire les chenilles des tanks, mais pas traverser la cuirasse.

Le général Schleichart  commandait une unité de partisans

Joël-François Dumont : Le général Schleichart commandait alors une unité slovaque aux côtés du bataillon français.

Pendant six mois, les actions de harcèlement se sont multipliées jusqu’à l’arrivée des régiments roumains qui combattaient aux côtés des para-chutistes russes.

Le général Schleichart commandait une unité de partisans

Jeune officier de cavalerie, le capitaine Georges Barazer de Lannurien s’évade de Silésie en 1942 et réussit à passer en Slovaquie où il s’illustrera à la tête du bataillon Foch qui manquaient cruellement de militaires professionnels.

Au musée de la résistance une place d’honneur a été réservée à l’uniforme du Colonel Georges Delanurien. Les photos de tous ces jeunes volontaires français font désormais partie de l’Histoire de la Slovaquie dont ils ont écrit une page avec leur sang. Le capitaine de Lannurien, chef du Bataillon Foch.

C’est devant le monument élevé à la mémoire de ceux qui sont tombés que les Chefs d’états-majors des armées française et slovaque s’inclinent ici.

Tous les ans, le 29 août, les anciens retrouvent leurs frères d’armes slovaques, mais aussi tchèques, polonais, roumains et russes. Tous avaient en commun d’être volontaires et de parler le français.

Soldats tchéco-slovaques en uniforme français incorporés dans le 21e Régiment d’Infanterie au Camp de Darney le 30 juin 1918

Pendant la Première Guerre mondiale déjà, la légion tchéco-slovaque avait combattu sous l’uniforme français.

Le général de Gaulle depuis Moscou devait leur rendre un vibrant hommage. Grâce à eux, la France de 1944 faisait oublier la France de 1940.

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Le Groupe des Partisans Français en Slovaquie, magnifique unité, issue de la volonté de reprendre les armes et de participer aux combats libérateurs d’un groupe de Français évadés des geôles allemandes, sous l’énergique impulsion du Capitaine de LANNURIEN, du Lieutenant POUPET et du Sous-Lieutenant TOMASI, participant brillamment aux actions des partisans en Slovaquie, harcelant l’ennemi sans répit, lui causant de fortes pertes et détruisant ses communications.[2]

Aujourd’hui, la France a décidé de parrainer la Slovaquie en Europe. Des accords militaires ont été signés. Depuis nos unités d’élite s’entraînent ensemble dans les deux pays.

Remerciements particuliers au Lieutenant-Colonel Joël Bros qui a beaucoup fait pour que l’histoire du Bataillon Foch ne tombe pas dans l’oubli. Attaché de Défense à Bratislava, il n’a pas ménagé ses efforts pour faire connaître l’œuvre du général Milan Rastislav Stefanik, un stratège hors-pair qui a magnifiquement contribué au rayonnement de la France et qui a le premier suscité la vocation européenne de l’Europe Centrale.

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Le général Milan Rastislav Štefánik, père de la Nation slovaque

Un grand merci également au Colonel Ivan Kvackaj de l’armées slovaque pour son aide lors de notre tournage en Slovaquie pour nous avoir ouvert les portes des archives militaires slovaques.. Merci enfin à tous ceux que nous avons rencontrés: le chef d’état-major des Armées slovaque, des témoins de l’époque, des historiens, des journalistes sans oublier nos interprètes. Ce reportage n’étant qu’une partie d es témoignages recueillis sur place. Comme nous avons pu le constater cette page d’histoire n’est pas seulement gravée dans le granit, elle l’est aussi dans le cœur d’une population qui gagne à être connue des Français. (NDLR)

Lire également :

[1] Hommage au général Milan Rastislav Stefanik

[2] Décision ministérielle N°264 du 9 décembre 1944

CITATION A L’ORDRE DE L’ARMÉE

Le Groupe des Partisans Français en Slovaquie, magnifique unité, issue de la volonté de reprendre les armes et de participer aux combats libérateurs d’un groupe de Français évadés des geôles allemandes, sous l’énergique impulsion du Capitaine de LANNURIEN, du Lieutenant POUPET et du Sous-Lieutenant TOMASI, participant brillamment aux actions des partisans en Slovaquie, harcelant l’ennemi sans répit, lui causant de fortes pertes et détruisant ses communications.

Combattant loin de la Mère Patrie, souvent isolé au milieu des forces ennemies, fait l’admiration de ses camarades russes par son ardeur au combat, son audace et ses hautes vertus morales.

Constitue un vivant témoignage du patriotisme français.

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre avec palme. Moscou le 9 décembre 1944

De Gaulle

Extrait certifié conforme à Paris le 19 novembre 1945

Le général Gentilhomme, Gouverneur militaire de Paris, Commandant la Région de Paris,

P.C. Le Colonel Ferre, sous-chef d’état-major

Signé: FERRE