Vlad, t’as le bonjour de Donald

Mea culpa : Quand l’agent immobilier plume l’espion du KGB ! Je confesse humblement mon erreur. Je regardais Donald Trump et je ne voyais qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine diplomatique, un promoteur inculte capable de confondre le Donbass avec un terrain de golf en Floride. Je n’avais pas tort sur ses défauts, mais j’ai tragiquement sous-estimé la qualité stratégique de ses défauts.

Jamais, dans mes scénarios les plus fous, je n’aurais imaginé qu’un agent immobilier du Queens réussirait l’impensable : plaquer au sol, par une prise de judo transactionnelle, un colonel du KGB qui cumule pourtant des milliers d’heures de vol en coups tordus ! Poutine pensait manipuler un simplet ; il s’est retrouvé face à un prédateur qui ne s’embarrasse même pas de lire les règles du jeu.

Adieu la morale, bonjour la jungle : nous avons découvert un phénomène inédit dans la fosse aux lions, et pour la première fois, ce n’est pas le Russe qui a les dents les plus longues. Trump n’a pas lu Machiavel, il a racheté le casino pour en expulser le patron. C’est le métier qui rentre, Vlad !

Comment le chaos utile de Donald Trump a dévalué Vladimir Poutine

par Joël-François Dumont — Paris, le 6 janvier 2026

Introduction : Le masque tombe

Pendant des années, l’Occident et le Kremlin ont partagé, pour des raisons opposées, une même certitude : Donald Trump était un idiot utile. Un homme à la « vue basse », obsédé par les gains immédiats, transactionnel, inculte géographiquement et isolationniste. Pour Vladimir Poutine, ce profil était une bénédiction. Il y voyait la promesse d’une Amérique qui se retire, laissant le champ libre aux empires renaissants.

Mais en ce début d’année 2026, au lendemain du raid sur Caracas et de la révélation des coulisses du plan de paix ukrainien, une réalité glaçante s’impose à Moscou : Poutine s’est trompé de script.[01][02]

Ce que l’on prenait pour de l’incohérence était en réalité un « chaos utile ». Trump n’a pas joué aux échecs avec Poutine ; il a renversé la table, sorti un revolver et racheté le casino. Cette synthèse démontre comment, par une administration à double vitesse et une brutalité transactionnelle, Trump a piégé, humilié et finalement dévalué le maître du Kremlin.

I. L’Administration à double vitesse : La fabrique de l’illusion

Le piège a commencé par une mise en scène magistrale de l’incompétence et du chaos administratif. Pour berner Poutine, il fallait lui faire croire que l’Amérique était paralysée par ses propres contradictions internes.

1. Les « ânes patentés » comme écran de fumée

Au Pentagone, Trump a installé des figures comme Pete Hegseth, décrit comme un idéologue obsédé par les guerres culturelles (« Woke mind virus ») plutôt que par la logistique militaire complexe.[01] Cette « façade » a servi de leurre efficace. En bloquant visiblement l’envoi d’obus de 155mm et en créant des pénuries artificielles, cette administration a envoyé un signal de faiblesse absolue et de désengagement.[01]

Poutine, conforté par ses profilers du FSB, a cru que l’Amérique lâchait l’Ukraine par pure bêtise isolationniste. Il a donc poussé son avantage militaire, s’épuisant pour prendre la ville de Pokrovsk, persuadé que la victoire totale était à portée de main.[01]

2. La guerre des « coupleurs » : Le scalpel de la CIA

Pendant que le « Bad Cop » (Hegseth) jouait l’idiot utile bloquant les stocks, le « Good Cop » caché (John Ratcliffe à la CIA) menait une guerre d’une sophistication redoutable dans le plus grand secret. Loin des débats publics et des blocages du Congrès, Trump a autorisé une campagne de guerre économique asymétrique.[01]

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La CIA a fourni aux drones ukrainiens les coordonnées des coupleurs — Illustration European-Security

La CIA a fourni aux drones ukrainiens les coordonnées exactes des « coupleurs » — des pièces de raccordement critiques et irremplaçables — dans les raffineries russes. Pendant que Moscou célébrait la prise d’une ville en ruines, l’économie russe saignait de 75 millions de dollars par jour, goutte à goutte, dans le silence des rapports classifiés.[01] C’est la première victoire du « chaos utile » : Trump a laissé Poutine gagner du terrain (inutile) pour mieux détruire son trésor de guerre (vital).

II. Le plan des « 28 points » : Le piège des « poignées de porte »

La négociation de paix finale, révélée fin décembre 2025, met en lumière le cynisme absolu de la méthode Trump. Poutine pensait obtenir une capitulation ; il a signé un confinement.[01]

1. La théorie des « Doorknobs » (Poignées de Porte)

Lors du sommet en Alaska en août 2025, l’attitude de Trump a sidéré ses propres alliés européens. Face aux exigences territoriales de Poutine sur le tiers restant du Donbass, Trump a réagi avec la mentalité d’un promoteur immobilier new-yorkais : « On a le deal sur l’immeuble. On ne va pas faire capoter la vente pour les poignées de porte (doorknobs). »[01]

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Illustration © European-Security

Pour Trump, le Donbass est une « poignée de porte », un détail de finition (trim). Cette indifférence apparente, symptôme de sa « vue basse », a incité Poutine à signer, croyant avoir affaire à un négociateur faible prêt à brader des territoires.[01]

2. Le poison dans le texte

En réalité, le plan des « 28 points » se révèle être un piège stratégique :

  • La victoire à la Pyrrhus : Poutine obtient la souveraineté théorique et la reconnaissance de facto sur le Donbass.[01]
  • La réalité militaire : En échange, l’Ukraine conserve une armée massive (le plafond a été relevé à 800 000 hommes), obtient des garanties de sécurité américaines automatiques (« réponse militaire robuste »), et la zone conquise par les Russes devient une « zone tampon démilitarisée ».[01]

Trump a enfermé Poutine dans une victoire symbolique qui ne lui donne aucune sécurité réelle, tout en gardant l’Ukraine fermement ancrée dans le camp occidental et surarmée. Poutine a gagné des ruines, mais il a perdu l’Ukraine stratégique.

III. La doctrine « Donroe » : Le choc du 6 janvier 2026

C’est ici que le piège se referme définitivement. Une fois le front ukrainien « gelé » par le plan de paix, Trump a pivoté vers sa véritable cible avec une violence inouïe. La Doctrine Monroe est devenue la Doctrine Donroe :[02] une affirmation brutale de la domination américaine sur l’hémisphère ouest.[03]

1. L’humiliation opérationnelle

Le raid sur Caracas du 3 au 5 janvier 2026 restera dans l’histoire comme le moment où la Russie a été « déclassée » militairement aux yeux du monde.[02] Le contraste est dévastateur pour le Kremlin :

  • Poutine 2022 : Il a fallu trois ans à l’armée russe pour échouer à prendre Kiev et s’enliser dans une guerre de tranchées du XXe siècle.
  • Trump 2026 : Il a fallu moins de 24 heures aux forces spéciales américaines pour prendre Caracas, exfiltrer Nicolas Maduro vers une prison fédérale et sécuriser les infrastructures pétrolières.[03]

Comme le souligne l’analyse britannique, « Trump a rappelé au monde qu’il existe une différence de nature entre une puissance nucléaire régionale (la Russie) et l’unique superpuissance de projection globale ».[03] Poutine, qui se targuait d’être le protecteur des autocrates via le groupe Wagner et ses conseillers, a été exposé comme impuissant à protéger son allié clé en Amérique latine.

2. L’arme du pétrole : L’étranglement final

Trump n’a pas envahi le Venezuela par idéologie démocratique, mais par calcul comptable. En « libérant » les plus grandes réserves prouvées de pétrole du monde et en les confiant aux majors américaines (Chevron, Exxon), Trump prépare un choc d’offre massif.[03]

L’objectif est clair : faire tomber le baril sous les 40-50 dollars. Pour Poutine, dont le budget de guerre et la paix sociale dépendent d’un baril élevé (au-dessus de 70$), c’est un arrêt de mort économique.[03] Trump a troqué un passif coûteux (l’Ukraine) contre un actif rentable (le pétrole vénézuélien), laissant Poutine gérer les coûts de reconstruction du Donbass avec des revenus pétroliers effondrés.

IV. La guillotine transactionnelle : Le cauchemar des autocrates

Que reste-t-il du « partenariat » entre Trump et Poutine ? Rien. C’est la leçon la plus terrifiante pour les dictateurs du monde entier, analysée dans les cercles diplomatiques sous le nom de « guillotine transactionnelle ».[04]

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Que reste-t-il du « partenariat » entre Trump et Poutine ? Rien ! — Illustration © European-Security

1. La fin du « monopole du fou »

Pendant vingt ans, Poutine a détenu un avantage comparatif : il était le seul acteur prêt à briser les règles internationales, ce qui tétanisait les démocraties occidentales. Trump lui a arraché ce rôle. Désormais, c’est à Washington que l’on est imprévisible, violent et sans tabous.[04] En kidnappant un chef d’État étranger sous couvert d’opération anti-drogue, Trump a montré qu’il était « plus fou » que Poutine.

2. La relégation au rang de « partenaire junior »

L’analyse psychologique du conflit montre que Trump a infligé à Poutine la pire des blessures : celle de l’indifférence. Il ne le traite pas en ennemi — ce qui valoriserait Poutine en tant que rival égal — mais en sous-traitant régional.[04]

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Illustration © European-Security

Le message implicite de la Doctrine Donroe est clair : « Toi, occupe-toi de tes frontières en Europe de l’Est. C’est ton niveau. Moi, je gère le monde, l’énergie et la Chine. »[04]

3. Le lien narco-russe brisé

L’attaque contre Maduro touche également au cœur noir du financement des opérations russes. Les services de renseignement occidentaux ont établi depuis longtemps que le trafic de drogue (via le « Cartel des Soleils » au Venezuela ou la route africaine contrôlée par Wagner) servait à financer les opérations clandestines russes (« black cash »).[05] En décapitant le régime de Maduro, Trump ne coupe pas seulement un allié politique, il coupe une artère financière vitale pour le GRU et le FSB, les privant de liquidités non traçables.

Conclusion : Le réveil

Ceux qui prenaient Trump pour un crétin avaient raison sur la forme, mais tort sur le fond. Sa vulgarité, son inculture géographique (« les poignées de porte ») et son chaos administratif étaient réels. Mais ce sont ces défauts mêmes qui ont servi d’armes.

Ils ont endormi la méfiance de Poutine. Ils ont permis de briser les tabous du droit international que l’administration précédente n’osait pas toucher. Donald Trump n’est pas devenu un « sot » ; il est devenu le prédateur ultime du système international. Il a transformé la diplomatie américaine en une opération de racket global où le droit n’existe plus, seule compte la force et la rentabilité.

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Poutine a compris qu’il n’était plus au sommet de la chaîne alimentaire — Illustration © European-Security

Pour Vladimir Poutine, le réveil est brutal. Il pensait avoir manipulé un clown transactionnel ; il réalise qu’il est enfermé dans une cage avec un tigre qui vient de décider qu’il avait faim. Dans le nouveau monde de Trump, il n’y a plus d’amis, plus d’ennemis, plus de droit. Il n’y a que des proies et des prédateurs. Et le 6 janvier 2026, Poutine a compris qu’il n’était plus au sommet de la chaîne alimentaire.[03][04]

Le Cimetière des Éléphants

« Regardons la carte : après avoir siphonné la Syrie et débranché l’Iran, voilà que Trump nettoie le Venezuela. La boucle est bouclée. On imagine déjà la scène de ménage à Moscou : les Mollahs en déroute et Bachar le chimiste, entassés dans une datcha de banlieue, jouant à « qui perd gagne » en attendant que Vladimir leur serve le thé. Poutine ne dirige plus un empire, il gère un centre d’hébergement d’urgence pour tyrans au chômage. C’est un enterrement de première classe pour les ambitions du Kremlin. Une fois la fosse refermée sur l’Ours, Trump pourra se tourner vers le dessert : « Rocket Man » en apéritif, et le camarade Xi en plat de résistance. Mais attention, le Chinois, c’est un autre calibre : lui, il ne se laisse pas acheter avec des poignées de porte.

Joël-François Dumont

Sources et légendes

[01] New York Times, « The Train Left the U.S. Army Depot…: The Secret History of the Peace Deal« , 30 décembre 2025. (URL : )

[02] Voir « Donroe » contre « monde russe » de Jérôme Denariez — (2026-0105)

[03] The Guardian, « The Caracas Raid: How Trump’s 24-Hour War Exposed Putin’s Weakness« , 6 janvier 2026.

[04] Policy Magazine / Foreign Policy, « The Transactional Guillotine: The End of the Madman Monopoly« , 6 janvier 2026.

[05] Voir rapports d’enquête sur l’infiltration des services russes dans le narcotrafic (Affaire de l’Ambassade en Argentine 2018, Rapports sur Wagner en Afrique et Cartel des Soleils.

Décryptage : Le Tea Time sur le Volcan

Comme le souligne brillamment Jérôme Denariez, nous assistons à une fascinante convergence des brutalités. D’un côté, le Tsar qui réécrit l’Histoire à la plume d’oie pour justifier ses chars ; de l’autre, le Tycoon qui transforme la doctrine Monroe en « Donroe », traitant l’hémisphère sud non plus comme un voisinage, mais comme une saisie immobilière gérée par un shérif sous stéroïdes. Shocking ? Peut-être, mais d’une efficacité redoutable.

Ce que jérôme Denariez met en lumière avec une cruauté nécessaire, c’est que le droit international est devenu, pour Washington comme pour Moscou, l’équivalent d’un napperon en dentelle sous une hache de guerre : purement décoratif. Poutine veut la terre (le continent), Trump veut les flux (la mer), mais tous deux parlent la même grammaire : celle où l’économie n’est plus la conséquence de la paix, mais le butin de la guerre.

Et nous, Européens ? Nous sommes, pour reprendre l’image du papier, « au balcon ». Nous continuons de citer le règlement de copropriété avec indignation pendant que nos voisins déménagent les meubles à la dynamite. La perspective nouvelle qui s’ouvre est celle d’une solitude glaciale : si nous persistons à croire que la politesse juridique suffit à arrêter les prédateurs, nous finirons non pas acteurs de l’Histoire, mais simples commentateurs sportifs d’un match dont nous sommes le ballon. Il est peut-être temps de poser la tasse de thé et d’apprendre, nous aussi, à parler le langage de la puissance sans bégayer.