Livre du marquis de Custine
Françoise Thom

Un visionnaire : Astolphe de Custine

« Dans la nation, malaise ; dans l’armée, abrutissement ; dans le pouvoir, terreur partagée par ceux mêmes qui se font craindre le plus ; servilité dans l’Église, hypocrisie dans les grands, ignorance et misère dans le peuple, et la Sibérie pour tous » […] « Une passion forte et débridée pour la conquête bouillonne dans le cœur du peuple russe » […] « Un peuple rêvant de domination du monde, et nous flattant, attendant qu’il nous conquiert » […] « La Russie voit en Europe son butin, qu’elle obtiendra tôt ou tard à la suite de nos conflits ; elle sème l’anarchie parmi nous, espérant profiter de la décadence, à laquelle elle-même a contribué, puisqu’elle correspond à ses desseins » […] «Les Russes pourront vaincre tout le monde un instant avec l’épée, mais jamais avec l’aide de la pensée ; et un peuple qui n’a rien à transmettre aux autres peuples, à ceux qu’il veut conquérir, ne restera pas longtemps le plus fort.» Qui aurait imaginé que le marquis Astolphe de Custine décrivant la Russie de Nicolas 1er en 1839 peindrait également celle de Vladimir Poutine en 2022 ?

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L'option du pire en Ukraine par Patrick Chapatte — Publié le 22.2.2022 dans le Temps (Genève)
Françoise Thom

Les effets à retardement de la guerre moderne : ce que nous apprend l’histoire

Aujourd’hui, les Occidentaux se réjouissent — à juste titre — de l’élan de solidarité suscité par l‘agression russe contre l’Ukraine, solidarité entre Européens, entre Européens et Américains, entre Ukrainiens et Occidentaux. Mais cette euphorie tend à nous faire oublier que la guerre, quelle qu’en soit l’issue, déclenche des processus incontrôlables, longtemps souterrains, et qui peuvent exploser avec une virulence inattendue au moment où on s’y attend le moins. En historienne, Françoise Thom nous propose de réfléchir non seulement à l’après-Poutine, mais aussi à l’après-guerre.

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Quentin Dickinson

Georgia… Georgia… on Moscow’s Mind

La guerre d’Ukraine n’est pas sans rappeler aux Géorgiens les limites qui leur sont imposées au quotidien par le Kremlin. Leur choix reste limité entre accepter la vassalisation où subir une « opération militaire spéciale ». Cela ne les a pas empêchés de faire preuve de courage en descendant dans la rue pour réclamer l’abandon du projet de loi inspiré de Moscou sur les « agents de l’étranger ». Le 9 mars, devant l’ampleur des manifestations et sous la pression de la rue, le gouvernement fantoche installé par le Kremlin à Tbilissi a du reculer. Fait notable, un nombre important d’émigrés russes ont rejoint les rangs de la protestation…

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Quentin Dickinson

Le Désir d’Europe est à l’Est

« Les Ukrainiens combattent et souffrent pour la survie de leur pays, mais ils sont aussi aux avant-postes de la défense de toutes les valeurs des Européens … Ce que nous vivons depuis le 24 février 2022, ce n’est pas une affaire post-impériale entre deux États dont nous pourrions nous désintéres-ser pour mieux nous concentrer sur notre zone de bien-être en Europe, dont nous ne mesurons pas la rareté ni la vulnérabilité. C’est précisément du maintien de notre mode de vie, du respect de l’individu, de la protection sociale qu’il s’agit. Au-delà de l’État-provi-dence, c’est l’état de droit qui est en cause.»

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Président Kaïs Saïed
Hedy Belhassine

Tunisie de tous les dangers

Il faut remonter au siècle dernier pour trouver en Tunisie des exemples d’appels à la ségrégation raciale. Pendant l’occupation allemande (novembre 1942 à mai 1943), les nervis de la « Phalange africaine » surpassèrent en zèle les nazis pour persécuter des Tunisiens de la Hara qualifiés de « racailles youpines ». Le sinistre Parti populaire français de l’époque est aujourd’hui ressuscité dans le Parti nationaliste tunisien ouvertement raciste et dont la rhétorique du « grand remplacement » a été reprise par le Président Saïed. Le défoulement tardif des colonisés surpasse celui des colonisateurs. Ce n’est pas un hasard si Éric Zemmour, pied-noir aigri d’extrême droite a apporté son soutien. En refoulant brutalement les sub-sahariens, le Président tunisien abandonne à leurs sorts ses frères d’identité alors que par le sol et le sang, il est lui-même africain.

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Général Henri Guisan
Quentin Dickinson

La neutralité à la suisse

L’édito de Quentin Dickinson nous fait franchir cette semaine les Alpes pour découvrir la neutralité suisse, au moment où le débat sur les exportations d’armes à l’Ukraine fait la Une des journaux européens. « C’est un équilibre délicat de chaque instant entre la volonté de non-implication dans les conflits qui font rage ailleurs, d’une part, et, d’autre part, le respect scrupuleux des principes démocratiques de solidarité et de compassion vis-à-vis de populations dans la détresse. La compréhension de la neutralité est aussi rendue plus difficile à cerner par le fait qu’elle se double du principe de non-alignement.» Au moment où les pays de l’UE décident de relocaliser leur production d’armement et surtout de munitions pour ne plus être dépendants, le débat est âpre. Le portefeuille se trouvant entre le cœur et la raison, le

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Quentin Dickinson

Les prémices d’une offensive russe

Et si le prochain pays envahi par la Russie était la Moldavie ? Ce pays qui a été coincé entre l’Ukraine et la Roumanie, a déjà été amputé d’une partie de son territoire par un régime fantoche à la botte de la Russie, qui y a déployé environ 1.500 militaires. On ajoutera que la Transnistrie, nom dont s’est affublé ce territoire sécessionniste, abrite les hangars de Cobasna. Le plus grand dépôt de munitions d’Europe orientale, créé à l’aube de la Guerre froide où se trouvent entreposées, dans de mauvaises conditions de sécurité, 20.000 tonnes d’explosifs conventionnels. Un accident est toujours possible, et la déflagration de l’ensemble produirait, dit-on, un effet de souffle supérieur à celui de la bombe nucléaire lâchée sur Hiroshima.

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Conseil des Ministres -Bruxelles - Photo European Union
Quentin Dickinson

Les sanctions contre Moscou reconduites pour six mois

S’il arrive parfois aux 27 États-membres de « décider de ne pas décider », décision parfois difficile à prendre — même si on aurait tendance à croire le contraire — il leur arrive aussi de décider, ce qui suppose de longues tractations dans les coulisses de ces conseils européens que Quentin Dickinson a suivi depuis 40 ans. Cette semaine, la reconduction des sanctions contre la Russie était au menu des 27, pour éviter qu’elles ne deviennent caduques en renforçant également les mesures d’exécution et les mesures anti-contournement. En bref, « on ne lâche pas l’Ukraine, on écoute l’opposition russe, et pas touche à la Moldavie.»

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Françoise Thom

Les sanctions : inutiles vraiment ?

Si l’Ukraine ne parvient pas à infliger une défaite militaire décisive à l’armée russe, la régression économique entraînée par le dispositif des sanctions mettra le nez des Russes dans le marécage où les a plongés leur « leader national ». Pour devenir de vrais Européens ils doivent connaître une évolution similaire à celle de la France et de l’Allemagne: les deux guerres mondiales les ont vaccinées contre le virus du chauvinisme et du militarisme, alors qu’en Russie la Deuxième Guerre mondiale a eu l’effet contraire. Afin d’imposer cette prise de conscience en Russie, hormis l’instrument militaire, nous ne disposons que de l’outil des sanctions. Ne l’abandonnons pas à la légère.

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Amiral Christian Girard

Réflexions sur le cyber dans l’espace aéroterrestre en Ukraine

La conduite des opérations en Ukraine a été trans-formée sur le terrain par la révolution numérique. Une des grandes forces de l’armée de Zelensky a été sa capacité à intégrer des capacités militaires et des capacités civiles. Mais si, comme la maîtrise du ciel, l’affrontement dans le domaine Cyber est assuré-ment un enjeu essentiel de la guerre, celui-ci « n’est en rien un substitut à la mise en œuvre des armes, il lui est étroitement associé… L’électron et le feu ne vont et n’iront pas l’un sans l’autre.» Le succès des armes reste « l’Ultima ratio » du champ de bataille » comme le rappelle le vice-amiral Christian Girard.

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