Hedy Belhassine — Photo © Joël-François Dumont
Hedy Belhassine

« Qui perd gagne » Comprendre le sentiment de revanche de Trump

À l’exception du courageux Zelensky, le De Gaulle ukrainien, tous ceux qui défilent dans le bureau ovale évitent soigneusement de contredire l’écervelé. Pire, comme menacés par un canon invisible posé sur leur tempe, les chefs d’états étrangers accourus à sa convocation le flagornent outrageusement. César, Caligula, Bokassa…les exemples de troubles cognitifs sévères des puissants à travers les âges ne manquent pas. La nouveauté c’est que ce délirium est retransmis à des milliards d’apeurés qui s’attendent à voir le ciel leur tomber sur la tête.  On est en train de Gazaifier les consciences. La psychose collective se répand. Nulle manifestation ni protestation de foule. L’inertie et la paralysie gagnent. Les têtes s’enfoncent dans les épaules de crainte d’être tranchées. Chacun goûte son moment de sursis en s’auto-persuadant qu’il échappera à la foudre. Pour tenter de comprendre le moteur de ce suicide programmé de l’Amérique qui précède celui de l’Europe, il faut être sociologue, anthropologue, et surtout psychopatho-logue clinicienne.

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Peter Navarro — Photo Robert M Golightly Jr. © White House
Quentin Dickinson

Autopsie du chaos

Lors de la présidence Trump I, les esprits éclairés se partageaient en deux camps : ceux qui pensaient, non sans raison, que Donald était plus ou moins déficient dans de trop nombreux domaines et ceux qui penchaient pour un personnage avide, sans scrupules et foncièrement méchant dont la seule motivation était « le fric ». En fait les deux camps avaient raison. Trump II nous montre chaque jour qu’il est capable d’être grossier et malhonnête intellectuellement — il ment presque avec autant d’aplomb que Poutine — mais aussi persévérant pour détruire les structures sur lesquelles s’appuie un État de droit pour mieux faciliter les magouilles en tous genre de ses milliardaires affidés. Un des premiers objectifs de Musk a été de supprimer la commission d’enquête des marchés, l’ISC, une institution financière chargé de surveiller la régularité du marché boursier, pour ne prendre qu’un exemple. Et on a vu le résultat il y a quelques jours avec une opération de délits d’initiés comme on n’en avait jamais vu.

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Wiiliam McKinley
Quentin Dickinson

Du mauvais usage de l’Histoire

Des nombreux décrets pris par le Président Donald Trump dés son accession à la présidence, il y a un qui a surpris les historiens. Un décret visant à renommer une montagne d’Alaska qui, sous Obama avait retrouvé son nom autochtone de Denali, en mont McKinley du nom de William McKinley, le modèle pour ne pas dire l’inspirateur imaginaire de Donald Trump. Si certains savent que l’ancien représentant de l’Ohio s’est fait connaître au Congrès en faisant voter en 1890 le « McKinley Tariff », des droits de douane moyens de 38 % à près de 50 %. Élu 25e président des États-Unis, chantre déclaré du protec-tionnisme, McKinley fit voter une Loi en 1897 qui allait encore beaucoup plus loin. Le résultat se solda par un désastre économique qui devait entraîner une déroute historique des Républicains aux élections de 1890 ! McKinley avait également lorgné sur le Canada, pendant en faire le 51e État : résultat, le Canada s’est rapproché de la Grande-Bretagne ! Quentin Dickinson revient sur un personnage qui était sur le plan personnel tout le contraire de Donald Trump !

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Poutine dans le bureau ovale — Photo IA © European-Security
Françoise Thom

Le projet russe pour les États-Unis

« Les intérêts des oligarques russes convergent avec ceux des magnats de la Big Tech. Poutine et les grands oligarques, russes et américains, se croient au-dessus des lois. Le mépris du droit va si loin chez Poutine qu’il en vient à mettre en cause la notion d’État, justement parce qu’un État repose sur une charpente juridique et qu’il a des frontières, ce qui lui déplaît. Le trumpisme vise à remplacer l’État par une « verticale de pouvoir » à la Poutine, dans laquelle servent des fonctionnaires choisis pour leur loyauté et non pour leur compétence. Le démantèlement de l’État s’accompagne d’une dérégulation dont profitent les grands oligarques ambi-tionnant de se rendre maîtres des flux financiers. C’est pourquoi les stratèges du Kremlin ont très tôt compris quels services pouvaient leur rendre les libertariens occid-entaux … Les thèses douguiniennes ont percolé dans le régime poutinien, et ont inspiré la politique de destruction des États-Unis mise en œuvre depuis 20 ans… Tout ce qu’est en train de réaliser l’adminis-tration Trump.»

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Donald Trump et le dollar — Photo IA © E-S
Amiral Christian Girard

Quelle stratégie face aux États-Unis ?

Samuel Huntington conclut, en 2004, son livre magistral sur l’identité des États-Unis en envisageant leur avenir sous la forme de trois hypothèses. Soit l’Amérique s’ouvre au monde et l’Amérique devient le monde, soit l’Amérique va vers le monde et le monde devient l’Amérique, soit, plus probable, l’Amérique se recentre sur son identité originelle, se ferme vis-à-vis de l’extérieur, revient d’une façon ou une autre à ses valeurs fondatrices, celles du protestantisme contes-tataire, isolationniste et messianique des pères fondateurs. Ce qui est en train d’advenir semble bien correspondre à cette dernière vision envisagée il y a plus de vingt années par le célèbre professeur. Elle manifeste, par-delà l’arrogance des nouveaux diri-geants américains, la réaction à un sentiment de vulnérabilité et de faiblesse de l’hyperpuissance face à l’évolution du monde, la nostalgie d’un temps et d’un monde révolus. S’il s’agit bien de retrouver une grandeur passée, c’est que la situation actuelle est mauvaise : perte des valeurs morales et religieuses, désindustrialisation, surendettement, trajectoire bud-gétaire insoutenable.

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Jeunes migrants africains — Illustration Ia © European-Security
Quentin Dickinson

Destins liés

Traditionnellement fonds de commerce de l’extrême-droite, la méfiance, voire l’hostilité, vis-à-vis de toutes les catégories de migrants s’étend désormais à l’ensemble de la classe politique. On ne fait guère plus la différence entre un voyou en séjour illégal et un réfugié hautement qualifié. Souvenez-vous : du temps de la Guerre froide, l’expression courante qui désignait la ligne de démarcation entre les deux Allemagne, c’était le Mur de la Honte ; or, aujourd’hui, des murs, on en redemande partout. Pour se persua-der de la plus évidente des raisons, aujourd’hui déjà, il suffit de regarder autour de soi : jadis supplétifs de la production industrielle, les immigrés sont devenus des rouages indispensables de l’économie des pays européens ; ils occupent le plus souvent les emplois réputés pénibles ou peu prestigieux que les Euro-péens ne veulent plus occuper. Et cette réalité n’a aucune chance de disparaître, d’autant que la natalité en baisse dans presque tous les pays développés n’est compensée (en partie) que par l’augmentation de la population immigrée, aujourd’hui parvenue à la troisième ou à la quatrième génération, et ayant conservé le choix de fonder des familles nombreuses.

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Huawei Gate — Photo AI © E-S
Quentin Dickinson

Huaweï-Gate : Le Parlement européen à nouveau discrédité

Ce qu’on appelle le Huawei-Gate, c’est une nouvelle affaire de corruption passive, sans doute à plus grande échelle même que le Qatar-Gate, il y a deux ans et demi, et qui entache un peu plus l’image de marque du Parlement européen. Avec le scandale du Qatar-Gate, comme le suggéréait à l’époque Quentin Dickinson, « l’heure de la tolérance zéro pour le Parlement européen venait de sonner.» La justice belge va devoir, une fois de plus, distinguer les responsables des coupables. Une première certitude, les Institutions européennes sont de nouveau écla-boussées. Pour résumer, le Parquet du Procureur du Roi à Bruxelles assure avoir mis au jour une affaire de corruption active, dont les quinze bénéficiaires seraient des élus actuels ou anciens, et dont les assistants seraient les petites mains. Et tout cela, au profit du géant chinois des télécommunications Huawei, à la recherche de plantureux contrats de déploiement de la 5G dans les pays de l’UE. Les faits auraient débuté en 2021 et se seraient très discrète-ment poursuivis jusqu’à très récemment. L’enquête est menée tambour battant par la justice belge

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Donald Trump au Groënland — Photo Leonardo AI/E-S
Quentin Dickinson

Main basse sur le continent blanc

Il faut particulièrement se méfier des stratèges auto-proclamés. Se basant sur la théorie du chaos, Donald Trump, à peine élu, décide de « renverser la table », convaincu à la fois de son bon sens, de son génie tactique et d’une expertise incomparable dans le domaine du « deal ». Affirmant que les règles inter-nationales ne servent à rien. sinon à constituer un obstacle au business juteux dont le reste du Monde aurait spolié l’Amérique. Pour les supporters du Make America Great Again, il faut d’urgence rendre à Jules ce qui serait à Jules. « Soit on vous le donne, soit vous le prenez.» Qu’il s’agisse du Panama, du Canada ou du Groënland, en attendant que Donald désigne de nouveaux objectifs stratégiques. Plus c’est simpliste, plus cela marche… Tout changerait donc pour que rien ne change ? Le moment de sidération passé, les partenaires d’hier sont d’abord saisis par le doute. Puis la confusion règne. Rien qui ne fasse plus peur aux marchés ! Wall Street affiche des pertes abyssales américaines, jour après jour. Pendant ce temps, l’Europe se réveille. Bruxelles reconduit ce jour les sanctions contre la Russie, le Canada et le Danemark se rebiffent après les dernières saillies de Trump. De quoi inspirer la chronique européenne de Quentin Dickinson cette semaine.

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Vice-amiral (2s) Christian Girard - Photo © DR
Amiral Christian Girard

Une initiative des démocraties libérales face à la nouvelle situation géopolitique

Plusieurs articles récents de spécialistes des États-Unis montrent que les décisions prises par le président Trump s’inspirent de, et s’inscrivent dans, un projet idéolo-gique alliant les néo-conservateurs et les libertariens américains. La fracture provoquée au niveau par les États-Unis est de caractère idéologique, voire culturel. Elle traversait déjà la société américaine et avait déterminé l’issue de l’élection présidentielle. Le récent discours du vice-président américain à Munich l’a prouvé sans aucun doute. Par-delà le rejet du « wokisme » et de ses excès, du sujet la liberté d’expression et du contrôle de la Tech, l’enjeu réel est celui de la démocratie libérale elle-même. Face à cet enjeu, la personnalité controversée du président n’est pas la seule cause de la situation actuelle comme le système médiatique le fait croire. Elle n’en est que le révélateur. Pourquoi cette dimension a-t-elle été ignorée dans ses conséquences immédiates et potentielles du côté européen jusqu’au dernier coup d’éclat de Donald Trump ?

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Trump_Zelensky dictateur © Patrick Chappatte
Quentin Dickinson

La grande confusion

« Ne jamais exécuter un ordre. Toujours attendre le contre-ordre, pour éviter le désordre.» Cette maxime chère à Courteline revient à la mode, nécessité faisant loi. Le côté pour le moins versatile de Donald Trump, fait que l’on ne sait plus à quel saint se vouer pour interpréter les déclarations de ce 47e président des États-Unis d’Amérique. Sainte-Rita est débordée. Même les Chinois y perdent leur latin ! « La vérité sort plus facilement de l’erreur que de la confusion », c’est bien connu. Avec Donald, la confusion s’est installée à la Maison-Blanche où Elon Musk, mène le bal, de quoi indisposer les ministres de Trump. Il n’y a pas que le sénateur Claude Malhuret pour voir en ce protégé de Donald un « bouffon sous kétamine ». A Moscou, cette confusion est pain bénie par Saint-Nicolas, Saint patron de la Russie. Des tars à Poutine sans oublier Tolstoï… Les Russes ont su tirer un profit immédiat sur le terrain des concessions unilatérales de Donald Trump à son ami Poutine dont il a repris le narratif ad nauseam. La confusion s’est installée et règne en maître à la Maison-Blanche. La période de sidération passée, le syndrome Trump s’installe dans les esprits. Et les Européens dans tout cela ?

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