Deux Amércains chefs d’États : le Jour et la Nuit

Pendant des décennies, pour tout Européen et particulièrement pour tout Français, l’Amérique incarnait une dette de cœur et de sang. Aucun différend politique, aucune divergence économique ne pouvait altérer cette gratitude fondamentale scellée dans la terre de Normandie, dans la boue des Ardennes et dans les cimetières militaires où reposent des milliers de jeunes GI’s venus mourir pour notre liberté. L’alliance transatlantique n’était pas seulement un traité signé sur du papier ; elle était une fraternité d’armes et d’idéal.

Il aura fallu le passage et le retour d’un seul homme au pouvoir pour briser ce lien sécurité et faire basculer plus de 80 % des Européens de la fraternité à la défiance.

par Joël-François ,Dumont — Paris, le 25 septembre 2026.

Le mépris de la mémoire et le culte de l’abandon

Le symptôme de cette rupture ne date pas d’hier. On se souvient avec stupeur de cette visite d’État en France où, renonçant à s’incliner devant les tombes des soldats américains morts en 1918, le président préféra rester dans ses appartements à Paris, qualifiant en coulisses ces héros de « perdants » (losers). Ce jour-là, le masque est tombé : comment attendre la fidélité envers des alliés vivants de la part d’un homme qui méprise ses propres martyrs ?

Ce qui n’était alors qu’une posture s’est transformé en une doctrine de trahison systématique. L’Ukraine, abandonnée face à l’agresseur russe ; les démocraties européennes, traitées en ennemies commerciales ; les pays du Golfe, pourtant contributeurs à hauteur de plus de 1 000 milliards de dollars pour assurer leur défense, pris en otages transactionnels ; et désormais Taïwan, dont le destin paraît sacrifié sur l’autel d’un cynisme sans bornes.

Pendant ce temps, les égards les plus appuyés sont réservés aux autocrates et aux dictateurs. Inviter en Floride un chef d’État visé par un mandat d’arrêt international de la Cour pénale internationale de La Haye pour crimes de guerre, tresser des louanges aux régimes de Pyongyang ou de Pékin qui arment ceux qui ont contribué à faire tuer des GI’s : ce comportement relève d’un déni moral et stratégique absolu.

La tentation de l’État bananier

Sous couvert d’une prétendue guerre contre « l’État profond », nous assistons à la déconstruction des règles les plus élémentaires de la république et du droit international. Dans quelle grande démocratie constitutionnelle voit-on un dirigeant multiplier les transgressions, utiliser l’appareil d’État pour régler des comptes personnels et accroître sa fortune privée de manière indécente durant son mandat ? C’est le propre des régimes autoritaires et des républiques bananières, non du monde libre. On ne double pas sa fortune quand on est président — sauf à confondre le pouvoir public avec le crime organisé.

Le contraste absolu : La paix face au cynisme

Quelle différence saisissante avec ce que la diplomatie mondiale peut offrir de plus noble ! Il suffisait d’écouter les interventions d’aujourd’hui, en direct de l’Élysée ou à la tribune de l’UNESCO, pour mesurer le gouffre qui sépare un véritable chef d’État d’un affairiste narcissique.

D’un côté, une grandeur d’âme, une vision et une humilité qui forcent l’admiration universelle. Un homme de paix, pas un escroc. À l’Élysée comme à l’UNESCO, les paroles résonnaient comme une boussole pour notre temps : « La paix ne s’achète pas avec le sang des autres ni dans le marchandage des armes ; elle se bâtit par la justice, l’éducation et la dignité partagée », rappelant avec force que « le vrai pouvoir réside dans le service rendu aux plus faibles, non dans l’étalage de la domination ».

De l’autre côté, le spectacle affligeant d’un sombre crétin, pourri de fric, imbu de son image et obsédé par le culte de sa propre personne. Le jour et la nuit.

La leçon du futur et la réciprocité retrouvée

Pour autant, les Européens ne commettent pas l’erreur de confondre le peuple américain avec ce bouffon de l’Histoire. La société civile américaine, ses institutions judiciaires et des millions de ses citoyens observent ce spectacle avec le même effarement que nous.

Mais lorsque ce personnage sera enfin relégué aux oubliettes de l’Histoire, la naïveté européenne aura vécu. La réciprocité devra désormais devenir la règle d’or dans nos relations avec Washington.

Pendant des années, l’Europe a accepté de surpayer de près de 10 % l’achat d’armements américains au nom de la solidarité stratégique, tout en subissant des manœuvres déloyales visant à l’empêcher de produire ses propres outils de défense. Cette époque est révolue. L’Europe a compris la leçon : pour être respecté, il faut cesser d’être un vassal.

Demain, la véritable fidélité à la mémoire des GI’s ne consistera pas à courber l’échine devant la brutalité d’un homme d’affaires véreux, mais à bâtir une Europe forte, souveraine et capable d’assurer sa propre sécurité. Une Europe guidée par la recherche de la paix et la fierté retrouvée de ses propres valeurs.

Joël-François Dumont