La guerre totale de Poutine

« La trajectoire poutinienne reflète les continuités du pouvoir bolchevique : le rejet de la loi, la peur du peuple, l’obsession de l’ennemi intérieur et extérieur à éliminer, la violence, la fuite en avant impériale comme légitimité, la volonté d’hégémonie sur l’Europe. Une logique qui surfe aujourd’hui sur le chaos et le relativisme de l’Occident, pour affaiblir et subvertir celui-ci » écrit Laure Madeville dans le Figaro où elle jette un regard croisé avec Françoise Thom qui vient de publier « La Guerre totale de Vladimir Poutine »,[**] recueil passionnant de ses chroniques depuis le début de la guerre de 2022, où elle raconte « la persévérance » stupéfiante avec laquelle le pouvoir russe a privilégié la « dilatation de l’empire » et « l’hégémonie sur l’Europe via la subversion, au détriment du développement interne

Deux regards croisés, deux analyses complémentaires qui dissèquent méthodiquement la stratégie totale du Kremlin. Une vision partagée et un diagnostic sans appel : la guerre de Poutine ne vise pas seulement l’Ukraine, elle cherche à démanteler les fondements mêmes de la civilisation occidentale — ses institutions, ses valeurs et sa cohésion politique.[*]

Sommaire

I. La matrice historique du poutinisme

1. L’héritage d’Ivan le Terrible : l’expansion comme substitut au développement

Françoise Thom identifie une continuité historique qui remonte au XVIe siècle. Ivan le Terrible incarne le modèle fondateur d’un État russe qui privilégie systématiquement la conquête territoriale au détriment du développement interne. Comme l’explique l’historienne : « Le pillage des pays conquis tient lieu d’économie et récompense les serviteurs fidèles du tsar ».[01]

Cette logique prédatrice structure encore aujourd’hui le régime de Poutine. L’expansion n’est pas un choix stratégique parmi d’autres : elle constitue le mécanisme même de fonctionnement du pouvoir autocratique russe, garantissant la loyauté des élites par le pillage organisé.

2. Le dressage des élites par la terreur et la spoliation

Le pouvoir absolu en Russie se définit par son affranchissement total de la loi. L’autocrate assure sa domination par un triptyque implacable : terreur, spoliation, haine de l’Occident. Françoise Thom souligne que « le poutinisme a remis à l’honneur l’ensemble des techniques de pouvoir et d’influence inaugurées par les bolcheviks »,[02] créant ainsi une synthèse redoutable entre méthodes soviétiques et traditions autocratiques séculaires.

Cette logique ne se limite pas à la simple répression : elle vise à créer une classe dirigeante entièrement dépendante du bon vouloir du chef, sans aucune légitimité propre ni base institutionnelle indépendante.

3. L’État invertébré et le concept des « agrafes »

Face à l’absence d’une société civile structurée et d’institutions fortes, le régime utilise des « agrafes » (skrepy) pour maintenir artificiellement la cohésion : l’Église orthodoxe, les « valeurs traditionnelles », Gazprom. Comme le note l’historienne : « Ce concept reflète la fragilité perçue de l’État russe : cet invertébré a besoin d’un corset extérieur pour tenir ensemble une société qui n’est pas organisée autour d’institutions ».[03]

Cette fragilité structurelle explique la pulsion autodestructrice du régime. Depuis 1917, la Russie choisit systématiquement l’expansion au risque de sa propre destruction, car c’est la seule manière de masquer l’absence de fondations institutionnelles solides.

II. La haine de l’ordre international : Exporter le chaos pour survivre

1. Le rejet structurel de la loi et du droit

Le régime communiste, puis celui de Poutine, se sont bâtis sur la destruction systématique du droit au profit de la violence. Comme le souligne Françoise Thom : « Le régime communiste s’est bâti sur la destruction du droit, auquel il a substitué la violence. Le régime de Poutine renoue avec ce passé ».[04] Cette substitution n’est pas accidentelle : elle est consubstantielle à la nature du pouvoir autocratique russe.

L’existence même d’un ordre international fondé sur le droit constitue donc une menace existentielle pour le Kremlin. La haine de la Société des Nations chez Lénine, le soutien de Staline à Hitler comme « boule de destruction », et aujourd’hui l’instrumentalisation de Trump par Poutine, relèvent de la même logique profonde.

2. La doctrine Sourkov : exporter le chaos pour stabiliser le régime

Vladislav Sourkov, idéologue clé du poutinisme, a formalisé cette stratégie avec une clarté cynique : la Russie doit exporter le chaos à l’extérieur pour stabiliser son régime à l’intérieur. La subversion de l’ordre mondial n’est pas un objectif secondaire, c’est la force motrice même du système.

Cette doctrine explique l’acharnement russe à soutenir tous les facteurs de déstabilisation dans les démocraties occidentales : populismes, extrémismes, mouvements sécessionnistes, théories conspirationnistes. L’objectif n’est pas de promouvoir un modèle alternatif cohérent, mais de détruire méthodiquement toute forme d’ordre institutionnel stable.

3. L’allergie à la liberté : l’Ukraine comme « couronnement »

Pour Poutine, la liberté est synonyme d’anarchie. La guerre contre l’Ukraine représente le couronnement d’un processus visant à liquider les derniers îlots d’autonomie des citoyens russes : Internet libre, entreprise privée indépendante, société civile émergente.

Le voisinage de peuples libres — Ukrainiens, Baltes, Polonais — constitue une menace existentielle pour le régime. Ces sociétés démontrent qu’une alternative est possible, sapant ainsi la légitimité du discours poutinien selon lequel l’autocratie serait le destin inéluctable des peuples slaves.

III. Le nihilisme de l’autocratie poutinienne

1. Les continuités dangereuses du bolchevisme

Laure Mandeville souligne que la trajectoire poutinienne reflète « les continuités du pouvoir bolchevique : le rejet de la loi, la peur du peuple, l’obsession de l’ennemi intérieur et extérieur à éliminer ».[05] Comme l’analyse Françoise Thom, « dans l’histoire de la Russie, il y a une continuité extraordinaire, notamment celle de l’expansion impériale comme substitut au développement, celle de la violence, la fuite en avant impériale comme légitimité ».[06]

Ces traits spécifiques du bolchevisme depuis 1917 puisent eux-mêmes dans une tradition autocratique séculaire, créant un système politique profondément hostile à toute forme d’État de droit. Le poutinisme ne constitue pas une rupture, mais le parachèvement d’une logique nihiliste centenaire.

2. La logique du chaos et du relativisme comme armes

Laure Mandeville identifie une stratégie délibérée : surfer sur le chaos et le relativisme de l’Occident pour l’affaiblir et le subvertir. Quatre ans après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, on observe une « impressionnante cohorte de penseurs supposément ‘réalistes’ pour vouloir apaiser la Russie et négocier la paix de toute urgence ».[07]

Cette mobilisation intellectuelle pose une question cruciale : quelles garanties pour l’Ukraine dans un contexte où elle peine à se comprendre, avec les difficultés que rencontre l’administration Trump pour arriver à un résultat ? La réponse des experts replacent la « ‘rechute russe’ dans le cours son histoire millénaire »,[08] comme l’avait déjà fait l’historienne française Françoise Thom dans La Guerre totale de Poutine (éditions de l’Est de Brest-Litovsk, 2026).

Cette stratégie du chaos n’est pas improvisée. Elle s’appuie sur une compréhension fine des failles occidentales : la fatigue démocratique, le désir de « normalisation », la tentation de l’apaisement à tout prix. Le Kremlin exploite méthodiquement ces vulnérabilités pour fragmenter la cohésion atlantique.

3. La guerre hybride russe de grande échelle

Face aux aveugléments occidentaux, Laure Mandeville rappelle l’urgence de « lire les experts de la Russie qui replacent la ‘rechute russe’ dans le cours son histoire millénaire ».[09] Comme le note l’historienne Françoise Thom, cette analyse révèle « les continuités du pouvoir russe et ses ornières dangereuses ».[10]

Comme le souligne The Economist, « ‘ne cesse de s’étendre’ — n’était pas à lire à travers l’UE ».[11] Cette guerre hybride combine actions militaires, cyberattaques, désinformation massive, manipulation des flux migratoires, et infiltration des systèmes politiques occidentaux.

IV. La stratégie d’hégémonie européenne et d’expulsion américaine

1. Une mémoire institutionnelle longue face à des démocraties amnésiques

Contrairement aux démocraties occidentales, le FSB et le ministère des Affaires étrangères russes possèdent une expertise et une persévérance qui s’inscrivent dans la durée. Depuis 1947 et le plan Marshall, l’objectif stratégique demeure inchangé : l’hégémonie russe sur le continent européen et l’élimination des États-Unis.

Cette continuité stratégique traverse les époques : la proposition de Molotov en 1954 pour un système de sécurité européen sans les États-Unis, la « maison commune européenne » de Gorbatchev, la proposition de Medvedev en 2008, et enfin la déclaration de Poutine à Macron en 2018 selon laquelle la Russie peut se substituer aux États-Unis pour assurer la sécurité européenne.

2. L’invasion de 2022 : provoquer le retrait américain

L’invasion de l’Ukraine en février 2022 visait à déclencher un retrait précipité des Américains d’Europe, sur le modèle de l’évacuation calamiteuse d’Afghanistan en août 2021. Le calcul de Poutine était simple : « Il était persuadé que les Ukrainiens étaient les marionnettes des États-Unis et les Européens, les caniches de Washington ».[12]

Ce calcul s’est révélé catastrophiquement erroné. La résistance ukrainienne, le soutien européen et le réarmement du continent ont démontré que l’Europe possédait une volonté propre, indépendante de Washington. Les propagandistes russes ont même fini par reconnaître que l’Ukraine dispose d’une « formidable volonté propre ».

3. Le réveil difficile : entre lucidité et complaisance

Laure Mandeville souligne que « depuis 1917, le pouvoir essaie de projeter son nihilisme légal à l’étranger ».[13] Ce projet trouve aujourd’hui une résonance inquiétante dans certains milieux occidentaux qui, sous couvert de « réalisme », plaident pour l’abandon de l’Ukraine et l’acceptation des prétentions russes.

L’historienne Françoise Thom explique que « Lénine voulait détruire l’ordre européen exactement comme Poutine tente de le faire en soutenant notamment le révisionnisme hongrois à l’égard de l’Ukraine ».[14] Elle souligne le caractère autodestructeur de cette fuite en avant impériale et expansionniste, qui menace aujourd’hui de détruire l’économie russe même.

V. L’autopoutinsation de l’Amérique : Le cas Trump

1. Trump comme « boule de destruction » de l’ordre libéral

Les Russes ont rapidement identifié le potentiel destructeur de Trump et l’ont soutenu dans son ascension. Comme l’explique Françoise Thom, le Kremlin voyait en lui l’instrument idéal pour réaliser le vieux projet du KGB : détruire l’Amérique de l’intérieur et renverser l’ordre libéral international.

Le soutien russe n’était pas fondé sur une quelconque idéologie commune, mais sur la reconnaissance froide d’une opportunité unique de déstabilisation. Trump incarnait la possibilité de transformer les États-Unis d’allié fiable en adversaire actif de l’Europe et de l’Ukraine.

2. La désinstitutionnalisation : de la rhétorique anti-élites à la « verticale du pouvoir »

Le discours anti-élites et la dénonciation de l’« État profond » ne sont pas de simples postures populistes. Ils préparent, selon Françoise Thom, une entreprise systématique de désinstitutionnalisation des démocraties occidentales, visant à instaurer une « verticale du pouvoir » à la Poutine. Comme le souligne Laure Mandeville, « la facilité avec laquelle les trumpistes ont soumis le Congrès, les médias, les oligarques » [15] rappelle étrangement la Russie du début des années 2000.

La prédation, la vénalité et le kompromat se sont érigés en système de gouvernement. Le phénomène d’« autopoutinisation de l’Amérique »,[16] identifié par Thom, s’inscrit dans une entreprise de « désinstitutionnalisation du système politique américain » par la mise en place d’une « verticale du pouvoir » à la Poutine.

3. La convergence troublante des oligarques américains et russes

Françoise Thom dresse un parallèle saisissant : « Les oligarques américains ressemblent aux oligarques russes : mauvais goût, mépris des lois, sentiment d’impunité, approche darwinienne des relations sociales, indifférence au bien public, servilité face au pouvoir ».[17]

Un échange révélateur entre Jeffrey Epstein et Peter Thiel après le Brexit illustre cette convergence. Epstein écrit : « Brexit : ce n’est qu’un début. » Thiel demande : « De quoi ? » Epstein répond : « Retour au tribalisme. Obstacle à la globalisation… Trouver des choses en voie d’effondrement est beaucoup plus facile que de dénicher la prochaine bonne affaire ».[18] Cette phrase résume toute une vision du monde fondée sur la spéculation sur le chaos.

VI. La force de la subversion russe : L’analyse de Laure Mandeville

1. Le génie de la subversion plutôt que la puissance économique

Laure Mandeville apporte une dimension complémentaire cruciale en soulignant que la véritable menace russe ne réside pas dans sa puissance économique ou militaire conventionnelle, mais dans son génie de la subversion. Comme elle l’écrit : « La Russie est surtout dangereuse par son art de l’entrisme, son instinct sûr de la destruction, son expérience de la subversion ».[19]

Cette stratégie vise à exploiter méthodiquement les failles internes des sociétés démocratiques : polarisation politique, défiance envers les institutions, fractures sociales, tentations populistes. La Russie n’impose pas un modèle extérieur, elle amplifie les pathologies endogènes.

2. La collusion évidente avec certaines figures occidentales

Mandeville pointe une « collusion évidente » entre certaines figures politiques occidentales et le Kremlin. L’objectif est de transformer d’anciens alliés en adversaires actifs de l’Europe et de l’Ukraine. Elle constate que « l’Amérique de Trump a cessé d’être un allié fidèle pour se transformer en ennemi de l’Europe et de l’Ukraine ».[20]

Cette mutation ne résulte pas d’un simple changement de politique étrangère, mais d’une infiltration systématique des cercles du pouvoir par une idéologie hostile aux fondements mêmes de l’alliance transatlantique.

3. L’exportation du tribalisme contre l’ordre libéral

La stratégie russe vise délibérément à favoriser l’effondrement de l’ordre international libéral au profit d’un retour au tribalisme et à la fragmentation. Cette vision du monde rejette l’universalité des droits humains, l’État de droit, et la coopération internationale au profit d’un darwinisme social brutal.

L’alliance objective entre oligarques russes et certains milliardaires occidentaux ne repose pas sur une idéologie cohérente, mais sur un intérêt commun : la destruction d’un ordre international qui impose des limites à leur pouvoir et à leur prédation.

VII. La haine de l’Europe : Au-delà du rejet du « wokisme »

Laure Mandeville analyse la haine exhalée par certains courants radicaux envers l’Europe non pas comme une simple réaction au « wokisme », mais comme un rejet profond et viscéral de l’idée même que l’existence humaine est ordonnée à des fins supérieures.

Les Européens conservent, même confusément, le souvenir des enseignements de leurs classiques. Ils comprennent que la quête de la liberté, de la vérité, du beau et du bien, la capacité de distinguer le juste et l’injuste, dépassent les horizons bornés de l’« art du deal ».

Cette référence à des valeurs transcendantes — même affaiblies — représente une menace existentielle pour un système fondé exclusivement sur le rapport de forces, la prédation et le cynisme. La haine de l’Europe n’est donc pas culturelle ou identitaire : elle est métaphysique.

Conclusion : Une guerre totale contre la civilsation occidentale

Les analyses convergentes de Françoise Thom et Laure Mandeville révèlent une vérité dérangeante : la guerre de Poutine n’est pas seulement territoriale, elle est totale. Elle vise à démanteler les structures mentales et institutionnelles qui fondent la civilisation européenne et occidentale.

Le danger ne vient pas principalement des chars russes ou des missiles hypersoniques, mais de l’« autopoutinisation » progressive des démocraties occidentales. La tentation autoritaire, le mépris des institutions, la prédation oligarchique, le tribalisme identitaire — tous ces phénomènes ne sont pas imposés de l’extérieur, ils germent dans nos propres failles.

La Russie de Poutine ne propose aucun modèle alternatif viable. Elle se contente d’exploiter et d’amplifier nos pathologies internes, dans l’espoir que nous nous autodétruisions. Comme le note Françoise Thom avec une lucidité glaçante, « depuis 1917, la Russie choisit l’expansion au risque de l’autodestruction ».[21] La question cruciale est de savoir si l’Occident choisira, lui aussi, ce chemin suicidaire.

Face à cette offensive totale, la lucidité impose de reconnaître que nous ne faisons pas face à un simple conflit géopolitique, mais à un affrontement de civilisations — non pas entre l’Occident et la Russie en tant que tels, mais entre deux visions irréconciliables de l’existence humaine : celle qui reconnaît la primauté du droit, de la liberté et de la dignité humaine, et celle qui n’accepte que la loi du plus fort, le nihilisme et la prédation sans limite.

Joël-François Dumont

[*] Voir « Le nihilisme de l’autocratie poutinienne menace l’Europe » de Laure Mandeville et « Depuis 1917, la Russie choisit l’expansion au risque de l’autodestruction » de Françoise Thom in Le Figaro, « Champs libres » daté du 13 février 2026.

[**] Éditions A l’Est de Brest – Litovsk, janvier 2026, 325 p., 24€ : Voir « Françoise Thom et les continuités du pouvoir russe » par Pierre Rigoulot in Telos

Notes

[1] Françoise Thom, Le Figaro, « Le pillage des pays conquis tient lieu d’économie et récompense les serviteurs fidèles du tsar ».

[2] Ibid., « Le poutinisme a remis à l’honneur l’ensemble des techniques de pouvoir et d’influence inaugurées par les bolcheviks ».

[3] Ibid., « Ce concept [d’agrafes] reflète la fragilité perçue de l’État russe : cet invertébré a besoin d’un corset extérieur pour tenir ensemble une société qui n’est pas organisée autour d’institutions ».

[4] Ibid., « Le régime communiste s’est bâti sur la destruction du droit, auquel il a substitué la violence. Le régime de Poutine renoue avec ce passé ».

[5] Laure Mandeville, Le Figaro, « Les continuités du pouvoir bolchevique : le rejet de la loi, la peur du peuple, l’obsession de l’ennemi intérieur et extérieur à éliminer ».

[6] Françoise Thom, citée par Laure Mandeville, Le Figaro, « Dans l’histoire de la Russie, il y a une continuité extraordinaire, notamment celle de l’expansion impériale comme substitut au développement, celle de la violence, la fuite en avant impériale comme légitimité ».

[7] Laure Mandeville, Le Figaro, « Impressionnante cohorte de penseurs supposément ‘réalistes’ pour vouloir apaiser la Russie et négocier la paix de toute urgence ».

[8] Ibid., « ‘Rechute russe’ dans le cours son histoire millénaire ».

[9] Ibid., « Lire les experts de la Russie qui replacent la ‘rechute russe’ dans le cours son histoire millénaire ».

[10] Françoise Thom, citée par Laure Mandeville, Le Figaro, « Les continuités du pouvoir russe et ses ornières dangereuses ».

[11] The Economist, cité par Laure Mandeville, « ‘Ne cesse de s’étendre’ — n’était pas à lire à travers l’UE ».

[12] Françoise Thom, Le Figaro, « Poutine […] était persuadé que les Ukrainiens étaient les marionnettes des États-Unis et les Européens, les caniches de Washington ».

[13] Laure Mandeville, Le Figaro, « Depuis 1917, le pouvoir essaie de projeter son nihilisme légal à l’étranger ».

[14] Françoise Thom, citée par Laure Mandeville, Le Figaro, « Lénine voulait détruire l’ordre européen exactement comme Poutine tente de le faire en soutenant notamment le révisionnisme hongrois à l’égard de l’Ukraine ».

[15] Laure Mandeville, Le Figaro, « La facilité avec laquelle les trumpistes ont soumis le Congrès, les médias, les oligarques ».

[16] Françoise Thom, Le Figaro, « Autopoutinisation de l’Amérique ».

[17] Ibid., « Les oligarques américains ressemblent aux oligarques russes : mauvais goût, mépris des lois, sentiment d’impunité, approche darwinienne des relations sociales, indifférence au bien public, servilité face au pouvoir ».

[18] Jeffrey Epstein, cité par Françoise Thom, Le Figaro, courriel à Peter Thiel, 26 juin 2016 : « Trouver des choses en voie d’effondrement est beaucoup plus facile que de dénicher la prochaine bonne affaire ».

[19] Laure Mandeville, Le Figaro, « La Russie est surtout dangereuse par son art de l’entrisme, son instinct sûr de la destruction, son expérience de la subversion ».

[20] Ibid., « L’Amérique de Trump a cessé d’être un allié fidèle pour se transformer en ennemi de l’Europe et de l’Ukraine ».

[21] Françoise Thom, Le Figaro, « Depuis 1917, la Russie choisit l’expansion au risque de l’autodestruction ».

Décryptage : Le réveil de la conscience européenne face au nihilisme impérial

L’analyse croisée de Françoise Thom et Laure Mandeville met en lumière une réalité brutale : l’Europe n’est pas face à une simple crise diplomatique, mais face à un système qui a érigé la subversion et la destruction de l’ordre libéral en raison d’État. La trajectoire poutinienne, ancrée dans les ornières du bolchevisme, utilise le chaos comme une arme de stabilisation interne et d’expansion externe. Face à cette « guerre totale » qui cible nos institutions, nos valeurs et notre cohésion, le diagnostic est sans appel : l’Occident ne peut plus se payer le luxe du relativisme ou de l’amnésie stratégique.[04]

Les perspectives pour l’Europe imposent désormais une rupture avec la complaisance. Pour affirmer sa souveraineté, le continent doit se donner les moyens d’une autonomie réelle, dépassant la simple dimension militaire pour investir le champ de la guerre hybride et de la mémoire institutionnelle. La persévérance du Kremlin à vouloir expulser l’influence américaine pour instaurer une hégémonie russe doit trouver en face une Europe « vertébrée », capable de défendre son modèle de civilisation contre l’entrisme et la prédation oligarchique.[04]

Affirmer la souveraineté européenne signifie aujourd’hui :

  • Reconstruire une expertise stratégique capable de comprendre la politique russe dans la longue durée pour ne plus être surpris par ses métamorphoses.[01]
  • Protéger les institutions démocratiques contre le phénomène d’« autopoutinisation » et la dérive du tribalisme politique qui fragilise l’État de droit.[02]
  • Réaffirmer la primauté des valeurs universelles (vérité, justice, liberté) face à un cynisme qui réduit les relations humaines à un simple « art du deal ».

En somme, la résistance ukrainienne a prouvé que la volonté propre d’un peuple libre peut déjouer les calculs des autocrates. L’Europe doit désormais puiser dans cette même clarté morale pour bâtir son propre corset institutionnel et redevenir le garant de la sécurité sur son sol, au risque de voir son destin dicté par ceux qui ne prospèrent que dans l’effondrement d’autrui.[03]