« Keep Your Secrets Secret ! »

Le 16 novembre 1944, le général de Gaulle a signé une ordonnance créant la « Direction de la Surveillance du Territoire », ordonnance qui sera complétée par un arrêté ministériel une semaine plus tard.

En fixant les attributions et les structures internes de la « DST », le chef de la France Libre a dérogé à une tradition : pour la première fois en France, le contre-espionnage échappait au contrôle du ministère des Armées et était placé sous l’autorité du ministère de l’Intérieur.

Roger-Paul Warin alias Roger Wybot - Photo Fondation de la France Libre
Roger-Paul Warin alias Roger Wybot, directeur de la DST de 1944 à 1959 – Photo Fondation de la France Libre

Roger Wybot – Un ancien du BCRA à Londres

Jean Guisnel, Chroniqueur au Point

Parmi les missions prioritaires de ce nouveau service de contre-espionnage français qui succédait à la « ST », la Sécurité du Territoire crée en 1934 par le gouvernement de Gaston Doumergue, la DST se devait de traquer les anciens nazis comme avait pu le faire la ST avant-guerre, de surveiller de près les menées subversives communistes financées par Moscou visant à instaurer en France un régime communiste, enfin d’identifier tout agent étranger sur notre territoire suspect de se livrer à des activités d’espionnage ou à des actes terroristes.

Jean Guisnel, Chroniqueur Défense-Renseignement au Point – Photo © DR

50 ans plus tard, le 16 novembre 1944, Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, a réuni au siège de la DST, rue Nélaton, dans le XVe, presque tous les anciens directeurs y compris le légendaire Roger Wybot. Manquaient à l’appel, notamment, le préfet Gabriel Ériau – un grand Résistant qui vissait un bras mécanique quand il allait au monument aux morts pour y déposer une gerbe ou pour conduire sa DS et qui n’en était pas moins resté un tireur d’élite !

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De gauche à droite : Maïté François, conseiller municipale d’Agen, Professeur Dr Wolfgang Krieger, président du GKND, Général Dick Bogg (RAF), Jean Dionis, maire d’Agen, Jean-Philippe Dargent, Sous-Préfet, directeur de Cabinet du Préfet du Lot-et-Garonne, GAA François Mermet, président de l’AASSDN, Alain Juillet, vice-président de l’ASSDN et Capitaine Farid, RP du Casabianca – Photo © Joël-François Dumont

Dans une grande salle en haut de l’immeuble qui avait été le siège de ELF, le ministre lui-même ancien Résistant qui avait connu la clandestinité, a rappelé brièvement quelques souvenirs personnels avant de conclure son propos ainsi : « votre devise est et restera Keep your secrets secret ! ». Comme quoi dans le milieu du renseignement, que l’on soit civil ou militaire, il y a des règles qui ne souffrent pas d’exception. Une magnifique médaille commémorative a été remise aux invités triés sur le volet…

Dépôt de gerbe au monument aux morts de Bon-Encontre - Photo © Joël-François Dumont
Dépôt de gerbe au monument aux morts de Bon-Encontre – Photo © Joël-François Dumont

Le serment de Bon-Encontre

Notre précédente émission a été l’occasion d’évoquer une très belle page d’histoire inédite qui plus est de notre service de contre-espionnage français après la débâcle de 40 et l’entrée en Résistance, dès le 14 juin 1940, à Bon-Encontre des effectifs du « 2 Bis ».

Monument au morts d'Agen - Photo © Joël-François Dumont
Monument au morts d’Agen – Photo © Joël-François Dumont

Cette fois-ci, après « l’hommage aux anciens », nous nous sommes intéressés au Renseignement français et aux évolutions majeures qu’il a pu connaître au cours de ces 20 dernières années. Sans oublier d’évoquer deux grandes réformes.

Dépôt d'une gerbe au monument aux morts d'Agen - Photo © Joël-François Dumont
Dépôt d’une gerbe au monument aux morts d’Agen – Photo © Joël-François Dumont

La première a eu lieu sous François Mitterrand, la seconde sous Nicolas Sarkozy.

Le GAA François Mermet - Ancien DGSE, président de l'AASSDN-Photo © Joël-François Dumont
Le GAA François Mermet – Ancien DGSE, président de l’AASSDN – Photo © Joël-François Dumont

Dans le domaine du renseignement militaire, le 16 juin 1992, Pierre Joxe, ministre de la Défense, créait la « DRM ». L’objectif était de palier « les manques » constatés à l’issue de la première guerre du Golfe. Son prédécesseur, Jean-Pierre Chevènement, avait demandé au général d’armée aérienne François Mermet, ancien DGSE, de réfléchir à la création d’une « DIA à la française ». Pierre Joxe concrétisera cette réforme qui était indispensable.

Le GAA François Mermet - Ancien DGSE, président de l'AASSDN-Photo © Joël-François Dumont
Alain Juillet, ancien N°2 de la DGSE, vice-président de l’AASSDN – Photo © Joël-François Dumont

La Direction du Renseignement Militaire regroupait, notamment, tous les anciens 2e Bureaux d’Armées et se devait de ne pas faire double emploi avec le SDECE devenu la DGSE, la Direction générale de la Sécurité Extérieure.

Professeur Christian Tafani – Photo © Diane Tafani

Plus tard, sous Nicolas Sarkozy, pour contrer les menaces terroristes de toute sorte, une grande réforme du Renseignement intérieur a été initiée par le préfet Bernard Squarcini qui fusionnera la DST et les RG en rendant la DST responsable de la lutte antiterroriste, sans pour autant négliger ses missions classiques de contre-espionnage et de contre-ingérence.

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Préfet Bernard Squarcini, ancien DCRI – Photo Joël-François Dumont

C’est ainsi que le 1er juillet 2008, la DST a fusionné avec la Direction Centrale des Renseignements Généraux au sein d’une nouvelle direction prenant le nom de « Direction Générale du Renseignement intérieur » (DCRI), renommée en 2014 par le pouvoir socialiste « Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). Cette réforme restera une des très rares réformes pensées et réalisées « à froid », autrement dit pas suite  à une bavure ou dans « un climat » passionnel.

Si l’on ajoute à cela l’installation à l’Élysée d’un « coordinateur du Renseignement » pour s’assurer que les échanges interservices fonctionnent bien et que la remontée de l’information stratégique soit valorisée, on a une vue d’ensemble assez complète des changements intervenus en profondeur pour mieux adapter l’outil à la menace.

Dans cette émission réalisée avec Jean-Michel Poulot, la Voix du Béarn a donné la parole à des experts très qualifiés : Jean Guisnel du Point, un des rares journalistes à s’être intéressé au Renseignement pendant plus de 30 ans et auteur de nombreux ouvrages de référence,[2] Alain Juillet ancien n°2 de la DGSE qui deviendra sous Chirac « Haut-fonctionnaire à l’Intelligence économique » qui va lui considérablement renforcer nos capacités d’action dans le domaine économique, le préfet Bernard Squarcini, le père d’une de ces deux grandes réformes, le professeur Christian Tafani qui forme des étudiants sur ces questions et Hedy Belhassine, un expert des questions stratégiques.

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Honneur à André Fontès, en présence de son fils Christian et de Monique Taillandier fille de Marcel Taillandier, Commandant du Réseau Morhange fait Compagnon de la Libération à titre posthume – Photo © JFD

Si les dernières aventures de James Bond et d’OSS 117 portées à l’écran récemment continuent de faire rêver, force est de constater que l’on trouve plus de pères tranquilles à la DGSE et à la DGSI que de séducteurs patentés. Mais qui s’en plaindra ?

Joël-François Dumont

[1] Le C-E en 1940 se trouvait 32 bis rue de Tourville à Paris.

[2] Lire notamment de Jean Guisnel : Histoire secrète de la DGSE (Robert Laffont, 2019), Au Service secret de la France avec David Korn-Brzoza (Éditions de la Martinière, 2014), Guerres dans le Cyberespace (Éditions La découverte, 1995).