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Le Mexique entend être présent sur la scène internationale

Le Mexique entend être présent sur la scène internationale

Traduction de l'entretien exclusif accordé par le président du Mexique, Monsieur Vicente Fox Quesada, à Christian Malar, rédacteur-en-Chef à France 3. "Dans les domaines politique, diplomatique et des Affaires étrangères, nous voulons être très proches de l'Europe, et particulièrement de la France" a déclaré le président qui effectuait sa troisième visite en France depuis son élection. M. Fox a réaffirmé que le Mexique entendait désormais être présent "dans tous les tribunes internationales, dans toutes les institutions, partout où des décisions doivent être prises qui concernent le sort de l'humanité, qui touchent à la globalisation, qui engagent l'avenir". Résidence Marigny, Paris, le 15 novembre 2002. (Photos European Security)

Christian Malar: Bienvenue en France, Monsieur le président. Merci de nous avoir accordé cet entretien pour la télévision française: c'est un honneur pour nous. Votre visite en France, signifie t-elle, monsieur le président, que votre pays, le Mexique, qui est un grand pays, cherche à diversifier à la fois ses relations économiques et politiques en se rapprochant de l'Europe, pour devenir peut-être moins dépendant de votre grand voisin, les Etats-Unis ?

Vicente Fox Quesada: C'est un objectif, oui, tout particulièrement pour ce qui concerne le commerce et le développement de notre économie. Nous dépendons trop des Etats-Unis: 85% de notre commerce se fait avec les Etats-Unis. Nous avons maintenant une économie forte: la neuvième du Monde. Et nous sommes au septième rang pour les échanges commerciaux. C'est pourquoi nous avons besoin de diversifier et c'est pourquoi nous avons cet accord commercial avec l'Europe. Nous voulons le promouvoir parce qu'il peut représenter un grand potentiel. De même, dans les domaines politique, diplomatique et des Affaires étrangères, nous voulons être très proches de l'Europe, et particulièrement de la France, parce que nous avons trouvé beaucoup de valeurs communes, de points communs dans les grandes tribunes de ce Monde. Ce fut tout particulièrement le cas au Conseil de Sécurité des Nations-Unies à propos de l'Irak où la France et le Mexique ont défendu la même position. Nous avons été capables d'obtenir une décision unanime du Conseil de Sécurité: quinze à zéro en faveur de la résolution sur laquelle nous étions tombés d'accord.

Christian Malar: Nous reviendrons dans un instant sur cette résolution de l'ONU. Auparavant, monsieur le président, je voudrais revenir sur vos propos. Vous considérez les Français comme de bons partenaires pour l'avenir. Comment expliquez vous le fait que les Français fassent mieux que les Espagnols qui pourtant ont montré plus de dynamisme dans le passé en faisant des affaires ou du commerce avec le Mexique ?

Vicente Fox Quesada: La vérité, c'est qu'au cours des trois années qui viennent de s'écouler, l'Espagne a investi massivement en Amérique latine. L'Espagne a concentré sa stratégie sur l'Amérique, et je pense qu'elle va réussir. En fait, elle a été l'investisseur numéro 1 dans la région ces trois dernières années. Un résultat qui est supérieur à celui des investissements des Etats-Unis.

La France a également beaucoup investi au Mexique. Les investisseurs français sont les bienvenus: que ce soit dans le secteur des infrastructures, autoroutes, ports, de l'énergie, c'est très important, sur le pouvoir énergétique. Les Français ont investi dans le secteur des services, pour trouver de l'eau et pour nous débarrasser des déchets.

Christian Malar: Revenons monsieur le président à ce que vous disiez il y a un instant sur la dernière résolution des Nations-Unies. Comment elle a été prise: il aura fallu du temps, il y aura eu beaucoup de discussions entre les Etats-Unis, le Conseil de Sécurité et d'autres Etats membres comme le Mexique qui ont joué un rôle crucial. N'avez-vous pas pris le risque, en soutenant les Français comme vous l'avez fait, de voir George Bush vous demander "Mais à quel exercice vous livrez-vous donc en soutenant la position française avec laquelle je suis en désaccord" ?

Vicente Fox Quesada: Je ne le pense pas. Le président Bush est un leader mondial très avisé, avec de grandes ressources. Il se bat pour ce qu'il croit juste en essayant d'éradiquer le terrorisme de la face du Monde. Dans cette affaire ses positions qui au départ étaient différentes, mais qui, après des négociations, après un dialogue intense, que nous avons tous eu, en particulier le Mexique et la France, ses positions se sont rapprochées.

Nous avons été à même de mettre tout le monde d'accord sur cette résolution. Je pense que ceci a constitué un grand exercice à la fois de capacité à négocier, de tolérance, et de volonté pour parvenir à un accord. Et voici ce que je suggère: que l'Europe, les Etats-Unis et dans le cas présent, le Mexique, nous devons travailler davantage de concert. Il ne faut pas que nous adoptions des positions différentes, à cause du rôle de leader que jouent l'Europe et les Etats-Unis, qui est la clef au bénéfice du mieux-être des petits pays.

Christian Malar: Vous connaissez bien le président Bush. Vous avez tenu ensemble plusieurs réunions au sommet. J'aimerais connaître votre impression et voir si vous partagez mon sentiment à ce sujet. Lorsque je l'ai interviewé en juin dernier, j'ai eu l'impression que quoi qu'il arrive à Bagdad, il voulait en découdre avec l'Irak. Même après l'adoption de la résolution adoptée par le Conseil de Sécurité, j'ai encore l'impression qu'il demeure déterminé à attaquer l'Irak, à utiliser la force. Mais, pouvons nous dire que l'Irak soit lié au terrorisme ? Il ne semble pas que nous ayons la preuve que l'Irak soit lié à Al Qaïda et à Osama Ben Laden. Quoi qu'il arrive, j'ai toujours le sentiment que le président américain est déterminé à lancer une attaque militaire contre l'Irak. Est-ce également votre impression ?

Vicente Fox Quesada: Je pense que vous avez vous même mis en valeur la différence.

Je suis absolument convaincu que le président Bush est déterminé à éradiquer le terrorisme de la face du globe. Il cause trop de maux et de problèmes dans le Monde. Et je pense qu'ils nous faut être ensemble dans cette lutte. Nous devrions tous y participer.

Maintenant, d'un autre côté, nous avons le cas particulier de l'Irak. Je pense que la résolution qui a été adoptée par le Conseil de Sécurité tient compte des réalités et de ce qu'est la vérité.

Des inspecteurs vont se rendre en Irak, avec tous pouvoirs des Nations-Unies, avec toutes les capacités, tous les engagements, pour creuser autant que faire se peut, de la manière la plus profonde, professionnelle et responsable qui soit, pour, qu'à leur retour, ils informent le Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Et alors, nous serons en position de juger. A ce moment là, la responsabilité incombera aux quinze pays membres du Conseil de Sécurité de prendre une décision. Et celle-ci sera la réponse de l'information qui nous parviendra d'Irak.

Christian Malar: J'ai l'impression que le président Bush est très intéressé par le marché du pétrole irakien. Il est fortement question de pétrole dans tout cela. Partagez-vous cette impression, monsieur le président ?

Vicente Fox Quesada: Vous savez que j'entretiens des liens étroits avec lui: nous nous parlons très souvent au téléphone. C'est ce que nous avons fait au sujet de l'Irak. Je pense pour ma part qu'il est ennuyé par le fait que l'Irak ne respecte pas ses engagements envers les Nations-Unies. Mais c'est aussi un homme astucieux. Un leader qui veut écouter les autres pour être certain de ne pas commettre d'erreur de jugement. C'est pourquoi, comme nous, il entend donner la possibilité à chacun d'avoir le rapport des inspecteurs pour décider alors en toute connaissance de cause.

Je pense, du moins pour ce qui concerne le Mexique, que nous ne soutiendrons pas une décision qui serait unilatérale et que nous ne soutiendrons aucune décision avant d'avoir reçu suffisamment d'informations pour agir en connaissance de cause. Il n'est donc pas question de prendre des décisions en avance. Nous allons attendre et voir ce qu'il advient.

Je vais avoir un entretien avec le président Chirac et je demeure convaincu que nous allons continuer d'utiliser la méthode employée jusqu'ici: je prends mon téléphone, je l'appelle ou c'est lui qui m'appelle. Nous discutons, nous échangeons nos points de vue pour arriver au bout à prendre une décision.

J'en fais tout autant avec le Premier ministre Blair, avec le président Bush. C'est comme cela que nous cherchons un consensus, des décisions qui soient à la fois intelligentes et astucieuses. Parce que c'est du sort du Monde qu'il s'agit. Et là on ne peut pas se permettre de tergiverser.

Christian Malar: En cas d'attaque militaire de l'Irak, nous pourrions connaître une crise économique, une crise du pétrole. Quelle serait alors l'attitude du Mexique, qui est un grand producteur de pétrole, si nous nous trouvions face à une telle crise, en cas de conflit potentiel avec l'Irak.

Vicente Fox Quesada: D'une certaine manière, les crises du pétrole servent de thermomètres. Ici ils donneraient la température de l'Iraq et de Saddam Hussein. Au cours des huit - dix derniers jours, les prix du pétrole ont baissé très rapidement. Il semble que nous soyons sur la bonne voie, que les décisions prises par les Nations-Unies et le Conseil de Sécurité sont justes. Nous espérons continuer ainsi, en faisant en sorte que le Monde en soit le bénéficiaire, que les Nations-Unies en sortent très renforcées et que les mécanismes multilatéraux montrent qu'ils sont corrects et que chacun est vainqueur. Voilà ce à quoi je m'attends.

Christian Malar: Monsieur le président, comme je le disais au début de cet entretien, votre pays, le Mexique est maintenant au neuvième rang mondial. Il est clair que nous avons besoin du Mexique. Il est clair qu'il doit s'impliquer sur la scène diplomatique aux côtes des Etats-Unis et de l'Europe. Quels sont vos plans pour vous impliquer davantage à la recherche de solutions aux guerres et conflits auxquels ce Monde est confronté. La Bosnie dans le passé, le Kosovo, d'autres probablement vont advenir. Quelle est la position du Mexique dans l'avenir ?

Vicente Fox Quesada: Cette décision a été dés le jour où nous sommes arrivés au pouvoir. Nous avons atteint une maturité suffisante, nous avons une autorité morale, nous avons un sens élevé de nos responsabilité. Pour toutes ces raisons, nous avons décidé d'être présents dans tous les tribunes internationales, dans toutes les institutions, partout où des décisions doivent être prises qui concernent le sort de l'humanité, qui touchent à la globalisation, qui engagent l'avenir. Cette décision n'a pas été facile à prendre. Elle a été critiquée par certains au Mexique. Certains auraient préféré, ne pas s'en mêler, rester à l'écart des problèmes en laissant les autres décider. Ce qui ne correspond pas avec notre façon de voir les choses.

Nous entendons être là où les décisions sont prises et nous voulons être responsables. Nous savons qu'on ne peut être d'accord avec tout le monde. Nous savons par contre qu'être responsable est un des meilleurs attributs pour un pays. Et en étant responsable, on p)eut servir les autres, on peut rendre service à l'humanité.

Nous serons toujours là même où les décisions sont prises.

Christian Malar: Merci beaucoup, monsieur le président. Muchas gracias por esta entrevista y mucha suerte para usted y su grand país.

Vicente Fox Quesada: Christian, muchísimas gracias. Merci.

 

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