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Perspectives de la politique internationale, vues d’Allemagne

Perspectives de la politique internationale, vues d’Allemagne

Discours du ministre fédéral des Affaires étrangères, Joschka Fischer, à l'ouverture de la troisième Conférence des Chefs des missions diplomatiques et postes consulaires allemands, le 27 mai 2002. Source: CIDAL, Paris.

Je me réjouis vivement de pouvoir vous accueillir presque au grand complet pour cette troisième Conférence des ambassadeurs. Je salue également très chaleureusement vos partenaires.

Je voudrais toutefois souhaiter tout particulièrement la bienvenue à nos invités: M. Jack Straw, ministre britannique des Affaires étrangères, ainsi que de nombreux députés du Bundestag et ambassadeurs de pays amis. Soyez tous les bienvenus!

Je suis heureux d'avoir l'occasion de discuter avec vous des perspectives de la politique internationale qui, notamment depuis le 11 septembre, déterminent l'action en matière de politique étrangère. Cette réflexion est particulièrement importante, ne serait-ce que parce que selon moi nous sommes entrés dans une phase décisive de la politique mondiale. Prochainement, nous allons trancher la question de savoir si nous allons nous orienter vers une politique internationale coopérative et multilatérale en matière d'ordre ou bien vers un ordre fondamentalement antagoniste, instable, avec une recrudescence de rivalités et de conflits dont les ressources stratégiques, le pouvoir ou les idéologies seraient l'enjeu.

Le 11 septembre 2001 a constitué une césure dans la politique internationale. Tout ce qui était valable avant cette date n'a pas pour autant perdu son importance, ou même sa valeur, aujourd'hui. Et pourtant, ce jour-là a tout changé.

Le 11 septembre n'a pas seulement ajouté un nouveau défi, particulièrement grave, aux multiples défis mondiaux préexistants, celui de la lutte contre une nouvelle menace totalitaire, contre un terrorisme meurtrier imprégné de fondamentalisme qui fait désormais peser une menace existentielle sur nos sociétés.

Le 11 septembre a eu en outre un effet amplificateur sur la politique internationale en ce début du XXIème siècle. A la suite de cela, des politiques et des alliances établies de longue date seront réexaminées, reformulées, à la lumière de l'histoire, des priorités vont être redéfinies et les ressources seront redistribuées.

Un nouvel ordre mondial s'installe et cela soulève aussitôt la question de la place et du rôle de notre pays et surtout de l'Europe en voie d'intégration. C'est pourquoi il est si important de bien mesurer la portée et la nature de ce défi et d'élaborer ensemble la bonne stratégie.

Ce qui s'est passé le 11 septembre était une attaque ciblée, directe, contre le cœur de la puissance des États-Unis, contre leur puissance financière, leur puissance politique et aussi contre la population de ce pays. Toutefois, la véritable cible de ceux qui ont ourdi ce crime atroce n'était pas les États-Unis, ces derniers n'étaient qu'un moyen pour atteindre une fin. La stratégie de la terreur vise une autre région, le Proche-Orient et le monde musulman. Les objectifs d'Oussama Ben Laden et de son groupe Al-Qaida sont désormais connus. L'attentat terroriste contre les États-Unis visait à amener ces derniers à riposter avec une fureur aveugle et à contribuer ainsi à la déstabilisation de toute une région - pour l'essentiel les principaux pays arabes et au-delà, l'ensemble du monde musulman.

Cela devait permettre d'atteindre les trois objectifs stratégiques du terrorisme islamiste: tout d'abord le renversement des "régimes traîtres", en premier lieu dans la péninsule arabique et dans d'autres États arabes, afin d'installer à leur place un ordre islamique soi-disant authentique, une théocratie des "croyants orthodoxes".

Le deuxième objectif est la destruction d'Israël, le troisième l'assaut contre la puissance protectrice américaine et, tôt ou tard, contre l'Occident et ses sociétés ouvertes en général.

Les années 90 du siècle dernier avaient été dominées par l'économie, par les forces déchaînées de la mondialisation économique. Depuis le 11 septembre, quoique d'une autre manière que du temps des guerres mondiales et de la guerre froide, dans le monde entier, la politique accorde à nouveau la primauté à la sécurité et donc à la politique. Nous devons affronter cette réalité avec lucidité et sans crainte des conséquences.

Quatre thèses sur les conséquences du 11 septembre pour la politique internationale et la politique étrangère allemande

Voilà pour la situation, voilà pour la nouveauté. Quelles sont maintenant les conséquences qui en découlent pour la politique internationale et quelles sont les conclusions à en tirer pour la politique étrangère allemande? Je me risquerais à formuler quatre thèses à ce sujet.

  • Première thèse: les relations avec les partenaires importants vont considérablement changer

Dans son discours devant le Bundestag, le président américain George W. Bush s'est déclaré partisan d'une Europe forte, unie, et d'une coopération transatlantique étroite.

Le message clair qui en ressortait était le suivant: ce n'est qu'ensemble que l'Amérique et une Europe "forte" - le mot "forte" était accentué dans le discours du président - seront capables de venir à bout des menaces et des défis planétaires. Cet attachement proclamé à la coopération, de même que l'importance accordée par le président à une notion plus large de la sécurité - Je cite: "Pour rendre le monde plus sûr, nous devons créer un monde meilleur." -, et donc à la lutte contre la pauvreté, à la coopération au développement, à l'ouverture des marchés et à l'intégration des pays en développement dans la mondialisation, si cela est transposé dans la politique, ouvre de nouvelles perspectives. Lors de cette visite, il est cependant aussi apparu clairement que les opinions publiques de part et d'autre de l'Atlantique ont évolué dans des directions différentes au cours de ces derniers mois et c'est un fait très préoccupant. Le 11 septembre a bien plus ébranlé l'Amérique que l'Europe. Les réactions de la classe politique et de la société sont, cela est bien compréhensible, plus virulentes, la volonté de relever les nouveaux défis et de lutter résolument est plus forte.

Les Américains ont le sentiment que le terrorisme international leur a déclaré la guerre et qu'ils sont "en guerre". La politique étrangère de l'Amérique s'est donc orientée en conséquence: vers un combat stratégique contre un nouvel ennemi, le terrorisme international. L'Amérique et l'Europe apportent des démarches et des capacités différentes dans cette confrontation mais elles sont toutes deux nécessaires, de même que ce sont la défense et la détente qui ont préalablement aplani la voie qui a mené à la fin de la guerre froide.

La réticence plus forte de l'Europe en ce qui concerne le recours à la force militaire trouve son origine dans l'histoire sanglante qu'a vécue notre continent durant des siècles, mais surtout dans l'expérience d'autodestruction européenne accumulée au cours de deux terribles guerres mondiales. Cela vaut tout particulièrement pour notre pays, l'Allemagne.

Mais Européens et Américains sont étroitement liés par les mêmes valeurs et, en dépit de toutes les divergences connues, qui vont de la Cour pénale internationale au Protocole de Kyoto et à l'attitude à adopter vis-à-vis de l'Iraq, nous poursuivons les mêmes objectifs. Si important que reste l'engagement des États-Unis envers la sécurité en Europe, les priorités transatlantiques se sont nettement réorientées vers les défis et menaces planétaires, dès avant le 11 septembre, mais bien plus nettement après.

Si notre partenariat dépasse le cadre du projet d'ordre de paix européen, il deviendra aussi plus complexe et nullement plus facile. Si nous voulons réussir également à l'avenir au niveau transatlantique, nous devons de part et d'autre investir davantage dans ce partenariat: plus de concertation, plus d'échanges politiques mais aussi culturels. Et il faut pour cela une Europe unie, unanime. C'est seulement à cette condition que nous aurons des chances de succès dans nos efforts pour promouvoir une stratégie multilatérale et une politique d'ordre coopérative.

La politique de la Russie s'est elle aussi réorientée après le 11 septembre, et ce dans un sens très positif! Le traité sur la réduction radicale des armes stratégiques offensives et le nouveau format du Conseil OTAN-Russie, au sein duquel, pour la première fois, la Russie pourra participer sur un plan d'égalité aux décisions sur des questions importantes, en sont la preuve. Une nouvelle ère de coopération en partenariat est ainsi amorcée. Le président russe sait que c'est seulement en s'ouvrant à l'Ouest, à l'Europe, que la Russie pourra réussir à se moderniser et ainsi à redevenir forte. Il y a là une convergence d'intérêts entre Russes et Occidentaux.

Nous voulons faire progresser l'intégration d'une Russie démocratique dans les structures euro-atlantiques et dans celles de l'économie mondiale et appuyer la transformation de la Russie en une démocratie qui fonctionne, en un État de droit qui protège les libertés de ses citoyens et en une économie de marché compétitive, en bref: en une société moderne, ouverte. Et pour cela, il faut absolument aussi une critique franche sur les questions où nos conceptions divergent, comme la guerre en Tchétchénie ou la liberté des médias en Russie.

  • Deuxième thèse: notre politique doit se préoccuper de manière accrue des problèmes des régions plus pauvres du monde

Même si le lien direct entre les attentats aux États-Unis et la pauvreté et le sous-développement n'est pas établi, le 11 septembre a été une sonnette d'alarme à laquelle nous ne devons pas rester sourds. Le chaos, la pauvreté et l'instabilité sociale sont en effet le terreau où prospèrent le fondamentalisme, la haine et le terrorisme.

Pour surmonter les nouveaux défis, il faut plus qu'un recours à la police et à l'armée. Il faut une stratégie politique et économique axée sur le long terme, qui se préoccupe justement des conflits oubliés, des États en faillite, des trous noirs de désordre existant sur notre planète.

Une stratégie qui accompagne la mondialisation économique d'une indispensable mondialisation politique, qui attache une grande, une très grande importance, à la prévention et qui jette les bases d'une politique de coopération en matière d'ordre pour le XXIème siècle. La construction de nations deviendra pour nous une mission stratégique. L'Europe et aussi l'Allemagne ont une contribution à apporter dans ce domaine.

Nous le faisons depuis des années en Europe du Sud-Est où la stabilisation ardue mais réussie, par exemple au Kosovo mais aussi en Macédoine ou en Bosnie, exige jusqu'à présent un lourd investissement qui est en majeure partie assumé par les Européens.

Nous le faisons également en Hindu Kuch: en Afghanistan, la situation est loin d'être stabilisée, l'évolution du pays n'est pas encore autonome mais les progrès sont d'ores et déjà impressionnants par rapport à la sombre époque du régime des Talibans.

Il faudra nous habituer à l'idée qu'à l'avenir, la construction de nations exigera de nous, dans d'autres régions du monde aussi, beaucoup plus d'attention et de ressources, et ce à temps et à titre préventif, en sorte qu'il ne soit plus nécessaire de recourir d'abord à des moyens militaires. J'attends des suggestions de votre part sur ce thème précis.

De lourdes tâches organisationnelles nous attendent aussi dans de nombreux autres domaines:

En matière de prévention des crises et des conflits à l'échelle mondiale - je me bornerai à évoquer à cet égard l'aggravation extrêmement inquiétante de la situation au Cachemire, où deux États nucléaires fortement armés s'affrontent. Il en va de même pour ce conflit: il semble très lointain mais les conséquences d'une escalade nous atteindraient de plein fouet;

en matière de non-prolifération et de réduction des arsenaux d'armes de destruction massive et

pour la préparation du sommet mondial sur le développement durable, à Johannesburg, où il faudra adopter des orientations importantes pour lutter plus efficacement contre la pauvreté et pour la protection mondiale de l'environnement.

Eu égard à l'ampleur colossale des problèmes dont souffrent les pays démunis et les pays les plus pauvres, il faut un engagement plus important, et surtout durable, des États industrialisés. La sécurité après le 11 septembre, c'est surtout aussi la sécurité commune assurée par un développement conjoint dans le monde unique de la mondialisation. Cela veut dire concrètement apporter une aide dans la lutte contre la pauvreté et pour la mise en place d'États constitutionnels démocratiques. Le respect des droits de l'homme, l'État de droit et la lutte contre la pauvreté et le sous-développement doivent aller de pair car le succès de l'un dépend de l'autre.

La lutte contre le SIDA, le soutien au renouveau de l'Afrique dans le cadre du "Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique", la poursuite résolue de la mise en œuvre de l'initiative de Cologne sur la dette et, ce qui devient de plus en plus important, l'ouverture de nos marchés aux produits du tiers monde.

Des chances commerciales égales offrent aux pays en développement des chances de faire progresser leur développement économique par leurs propres moyens. Elles constituent donc une condition décisive pour leur permettre de bénéficier des opportunités offertes par la mondialisation.

Avec la décision de l'UE d'ouvrir ses marchés à tous les produits des pays moins avancés (sauf les armes), un premier pas important a été fait en ce sens. En contrepartie, nous attendons des pays en développement une volonté de renforcer la "bonne gouvernance", la démocratie, l'État de droit et la protection des droits de l'homme, sans lesquels un développement durable stable est impossible.

  • Troisième thèse: l'Europe doit concevoir une politique de paix et de développement au Proche-Orient et au Moyen-Orient comme une tâche stratégique de la plus haute importance

En effet, le devenir politique, économique et social des sociétés situées dans l'arc de crise allant du Proche-Orient à l'Asie centrale est d'une importance cruciale pour le succès de la lutte contre la nouvelle menace terroriste, et donc pour la paix au sein de l'Europe voisine et dans le monde.

Le véritable problème qui se cache derrière le 11 septembre semble être le suivant: existe-t-il une voie fondée sur l'Islam pour accéder au modernisme? À une société de services reposant sur le savoir? À une économie qui tire profit de la mondialisation et soit cependant capable de conserver sa culture et ses traditions propres? À une société qui se fonde sur les traditions culturelles spécifiques de l'Islam et en même temps sur les droits et libertés universels de l'individu?

Ces questions se posent à toutes les sociétés et cultures. Et la réponse qui leur sera apportée décidera aussi de la répartition des chances dans un monde globalisé et donc également du progrès et de la prospérité d'un pays, de la paix et de la stabilité dans une région ou une civilisation.

Je suis conscient des susceptibilités qui peuvent être heurtées par ces questions et du terrain miné sur lequel nous évoluons en la matière. Lorsque l'on utilise la notion de "modernisme" en ce qui concerne l'Islam, on peut déjà facilement être taxé d'impérialisme culturel. Pourtant, il n'y a là aucune intention ni insinuation. Nous ne devons cependant pas éluder ces questions et je les ai déjà évoquées lors de la rencontre de l'UE et de l'Organisation des États islamiques à Istanbul. Je voudrais vous inviter, et en particulier les spécialistes de l'Islam, à apporter votre contribution à cet égard et à alimenter la discussion avec vos expériences. Nous ne pouvons pas épargner ce débat aux pays musulmans, ils doivent le mener eux-mêmes - honnêtement, franchement et sans censure. Nous pouvons cependant essayer de le promouvoir par le biais du dialogue entre les civilisations et c'est justement pour cela que celui-ci est si important.

Ce qu'il nous faut, c'est une "culture de la tolérance". Un moyen de conjuguer le besoin d'identité à une ouverture de la société. La tolérance, c'est l'acceptation de la diversité culturelle. Le dialogue, c'est une tentative de rapprochement afin de trouver un socle commun de valeurs au XXIème siècle. Il ne sera cependant fructueux que si les deux parties sont prêtes à énoncer clairement ce qui est inacceptable pour elles. Pour nous, un dialogue honnête porte aussi avant tout sur la question de savoir comment les droits de l'homme en général et ceux des femmes en particulier peuvent être mis en œuvre et garantis dans le monde musulman.

Mesdames et Messieurs,

La situation au Proche-Orient nous remplit tous d'une vive inquiétude. Une inquiétude qui tient aussi à la proximité de l'Europe par rapport à ce conflit. Cette inquiétude ne nous ôte cependant ni la volonté, ni la force, de continuer à oeuvrer en faveur de la paix. En dépit et justement en raison de l'aggravation actuelle, il est nécessaire de tourner notre regard vers l'avenir: la seule option acceptable pour l'avenir est une solution reposant sur deux États, Israël et la Palestine, coexistant pacifiquement et au sein de frontières sûres.

Permettez-moi de lever toute équivoque sur ce point: l'Allemagne assume la responsabilité de son histoire et cela inclut irrévocablement notre relation spéciale avec l'État d'Israël et son peuple. Le droit d'Israël de vivre dans la paix et au sein de frontières sûres est pour nous un fondement immuable de la politique étrangère allemande.

C'est justement parce que cette réalité est pour nous d'une évidence si incontestable que nous plaidons en faveur d'un compromis pacifique entre Israël et les Palestiniens. Le droit légitime des Palestiniens à vivre dans la dignité et dans leur propre État, associés à Israël dans le cadre d'une sécurité commune, constitue une part essentielle d'un tel compromis.

Il y a de nombreux détours pour y parvenir mais en dernier ressort, il n'existe aucune autre option qui soit politiquement souhaitable, réalisable et viable.

Nous soutenons énergiquement la vision que le président Bush a esquissée devant l'Assemblée générale des Nations unies et de nouveau dans son discours devant le Bundestag. La vision de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.

Après la nouvelle escalade intervenue à Pâques, le processus politique se remet désormais néanmoins en marche. Cependant, les parties au conflit ne semblent guère en mesure de parvenir à un règlement par leurs propres moyens.

Sans un engagement actif de la part des États-Unis, nous le savons tous, rien ne s'améliorera au Proche-Orient. Mais les États-Unis, à eux seuls, malgré toute l'énergie qu'ils ont déployée pour régler le conflit, ne sont pas encore parvenus eux non plus à obtenir une percée. Cette conclusion a abouti à la formation d'un "quartette" composé des États-Unis, de l'UE, de la Russie et du Secrétaire général des Nations unies et constitue aussi le fondement de la coopération transatlantique très étroite qui est pratiquée dans la région.

Le gouvernement fédéral est favorable à l'idée d'une conférence ou d'une réunion afin de lancer un nouveau processus de négociation, comme il en est discuté ces dernières semaines. Nous entretenons des contacts intensifs avec nos partenaires de l'UE et les États-Unis afin que cette idée soit mise en œuvre et aboutisse au succès.

  • Quatrième thèse: l'Europe doit redéfinir sa place dans le monde

Les bouleversements de grande ampleur provoqués par le 11 septembre dans la politique mondiale nous atteignent au moment où le grand projet d'une Europe libre et unie n'est plus seulement une vision lointaine mais une réalité palpable.

Dans le courant de l'année, à Prague, un nouvel élargissement, probablement de grande ampleur, interviendra à l'OTAN. La prochaine vague d'élargissement de l'UE, la plus importante, est également imminente et elle transformera l'Union en profondeur. Cet élargissement oblige l'Europe unie à procéder aussi à une réforme en profondeur de ses institutions et de ses structures de décision, plus que cela: elle oblige l'Europe à se redéfinir elle-même, également en ce qui concerne le rôle qu'elle veut jouer dans le monde. Avec le 11 septembre, ce débat a perdu tout caractère académique.

La discussion qui est menée actuellement au sein de la Convention sur l'avenir de l'Union européenne et dans tous ses États membres est donc plus qu'une réaction à l'élargissement. C'est en même temps un débat sur la capacité d'action, et surtout sur la capacité d'action en matière de politique étrangère, qui est nécessaire pour participer à la définition d'une politique de coopération internationale en matière d'ordre.

Les expériences tirées en Europe du Sud-Est montrent en quoi le fait que l'Europe soit unie ou non, comme au début des années 90, peut avoir une incidence - c'est la différence entre la guerre et la paix, entre le nationalisme et la guerre ou l'évolution pacifique de toute une région vers l'Europe de l'intégration. Et cela aussi, c'est tout, sauf une question académique.

Dans d'autres régions extérieures à l'Europe, nous n'avons malheureusement pas encore autant progressé, mais au Proche-Orient, dans le conflit du Cachemire ou en Afrique aussi, une nouvelle dynamique pourrait naître si, comme dans les Balkans, l'Europe, là aussi de concert avec les États-Unis, s'affirmait davantage en tant qu'acteur de la politique mondiale et agissait suffisamment à temps pour prévenir les conflits.

La réforme de la PESC, de ses mécanismes et instruments, éventuellement une poursuite de leur développement dans le sens d'une Union européenne de sécurité et de défense font donc partie, après la création d'une Constitution européenne et d'une démocratie européenne qui fonctionne, des tâches essentielles dont nous, Européens, devrons nous acquitter au sein de la Convention européenne. C'est pour nous tous une joie toute particulière de pouvoir discuter aujourd'hui de ces questions avec Jack Straw.

Mesdames et Messieurs,

Les lignes directrices des 50 dernières années caractériseront aussi la politique étrangère de l'Allemagne à l'avenir: ancrage à l'Ouest, multilatéralisme, autolimitation, notre responsabilité historique à l'égard d'Israël et prévisibilité et fiabilité vis-à-vis de nos partenaires. En même temps, le contexte général s'est manifestement transformé.

L'Allemagne unie est sortie de l'ombre de la guerre froide - d'une manière et avec des conséquences qu'un bon nombre d'entre nous ne mesurent pas encore vraiment. Ce n'est pas seulement et avant tout une question de volonté politique, cela dépend surtout des événements et des défis de la politique mondiale, nous avons été amenés à faire cette expérience au Kosovo et en Macédoine, de même qu'après le 11 septembre.

Le parachèvement de l'intégration européenne est la première priorité de la politique étrangère allemande. Mais les nouvelles menaces planant sur notre sécurité ne résident plus en premier lieu en Europe mais à l'extérieur de ce continent. L'Europe unie, de concert avec ses partenaires, doit y apporter une réponse traduisant en une politique concrète la "culture de la prévention" promue par Kofi Annan.

L'Allemagne doit contribuer à la définition de cette réponse et en assumer aussi la co-responsabilité. Il ne s'agit pas, ce point ne fait plus aucun doute après le 11 septembre, d'un retour à une "normalité" prétendument inoffensive dans une Europe pacifiée mais de notre liberté d'assumer une responsabilité internationale. Cette responsabilité a cependant aussi des conséquences, qui, comme dans le cas du recours à la force militaire comme ultime recours, doivent faire l'objet d'un large consensus au sein de notre société pour aboutir au succès.

Une responsabilité accrue pour l'Allemagne implique aussi des attentes accrues à l'égard du service diplomatique, de vous tous. Des attentes en ce qui concerne vos capacités d'initiative et votre créativité, une diplomatie publique convaincante, la capacité à maîtriser des thèmes d'avenir comme le dialogue entre les civilisations ou la biopolitique, une excellente gestion des crises, comme ce fut le cas par exemple après l'attentat de Djerba. Et tout particulièrement l'espoir que nous nous impliquions pleinement dans les questions de paix et de sécurité, que ce soit en matière de traitement des conflits, de reconstruction de nations, de protection des droits de l'homme ou de lutte contre le terrorisme.

Les quatre années passées m'ont convaincu du fait que la bonne réputation du service diplomatique était plus que méritée. Votre professionnalisme et votre disponibilité, et j'inclus expressément les familles à cet égard, vos conseils judicieux et votre efficacité, de même que votre loyauté, m'ont toujours profondément impressionné et ont souvent été d'une aide très précieuse.

Un service diplomatique moderne est indispensable à notre pays et à la défense de ses intérêts. Dans cet esprit, je me réjouis de la discussion que je vais avoir avec vous. Mais tout d'abord, je voudrais donner la parole à Jack Straw.

 

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