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Qui a dit boycott ?

Qui a dit boycott ?

Par Bruno Delamotte (*).Ce papier a été publié dans le Figaro daté des 19 et 20 avril 2003. (Ó ) Bruno Delamotte et Le Figaro.

Un despote qui n'avait rien d'éclairé, douze ans d'embargo et trois guerres (dont 2 avec Washington) ont ravagé l'Irak. La reconstruction qui débute pourrait bien être le marché des vingt prochaines années. Or, les rumeurs de boycott des entreprises françaises par les donneurs d'ordres Irako-Américains se multiplient. Néanmoins, parmi les firmes concernées, trois profils émergent nettement: le réaliste froid, parfois obligé de céder devant le craintif irraisonné, voire l'opportuniste qui entend profiter de l'occasion pour dissimuler ses échecs.

Le réaliste froid est conscient que la sortie de crise sera américaine mais que c'est une constante depuis la fin de la guerre froide (Irak 91, Bosnie, Kosovo, Afghanistan, etc), d'autant que l'USAID n'autorise pas que les "prime contractors" soient d'une autre nationalité qu'américaine. Mais, pour lui, les choses sérieuses commenceront avec la relance de la phase d'investissements, lorsqu'il faudra sortir de l'urgence pour commencer à préparer l'avenir. C'est dans cette phase que les projets significatifs (pipelines, exploration pétrolière, Travaux publics etc) seront lancés d'ici 2 à 3 ans, lorsqu'une autorité légitime aura été mise en place en Irak et non une simple administration provisoire. Dès lors, sa seule exigence est que la compétition soit transparente, au besoin sous l'égide des bailleurs de fonds internationaux. Il estime que la connaissance intime de l'administration irakienne accumulée au cours des douze dernières années lui donnera un avantage concurrentiel significatif qui sera suffisant pour contrebalancer les éventuelles pressions US sur la haute administration, que l'on sera revenu dans une compétition classique. Il sait que le temps joue pour lui, que pour l'instant, l'essentiel est d'être présent, de courber l'échine, le temps que la colère américaine, aussi épidermique que peu réaliste, retombe.

Le craintif irraisonné, lui, tend à prendre la stratégie de communication du Pentagone au pied de la lettre et à estimer que rien ne sert de combattre, qu'il faut d'ores et déjà se repositionner sur de nouveaux horizons afin de limiter le manque à gagner de façon drastique. Partant vaincu et peu disposé à s'investir, sa vision des choses est très négative. La moindre ornière, et il y en aura, se transforme en précipice infranchissable. Il se refuse à voir que les déclarations de Congressmen américains, comme les promesses, n'engagent que ceux qui y croient. Il n'a pas plus conscience que les marchés américains n'ont pas boycotté les produits français. Certes, quelques bouteilles de vin de Bordeaux ont fini dans les caniveaux mais quoi d'autre? Sans compter que les censeurs sont confrontés là aux limites de la mondialisation. Or, en ce qui concerne les produits symboliques comme l'industrie du luxe ou les vins et fromages, les capitaux appartiennent souvent à des fonds de pensions anglo-saxons, quand la production n’est pas effectuée directement sur le territoire américain. Autrement dit, le craintif aura peur tant qu'il n'aura pas la certitude que la tension politique est retombée ou strictement cantonnée.

L'opportuniste est un mélange des deux précédents. Il ne sait pas trop où il va mais, en revanche, sait parfaitement où est son intérêt: ses échecs récents seront attribués à la vindicte américaine et ses succès seront habilement médiatisés pour justifier son standing interne dans l'entreprise. C'est Harrison Ford au pays de l'or noir. Nimbé dans un nuage de fumée, il joue les mystérieux pour cacher une perte de repères momentanée. En fonction de son intérêt, il fera d'une ornière, un trou de souris ou un précipice. Peu partageur, il ne faut pas attendre de lui qu'il se positionne publiquement.

Le réaliste est plus répandu qu'il n'y parait mais aussi conscient que ses chances de succès sont fonction de sa discrétion durant cette période critique. Le craintif irraisonné médiatise ses inquiétudes pour tenter de se rassurer et dans l'espoir qu'une certaine agitation permettra de l'aider. L'opportuniste, lui, regarde et s'adapte à son interlocuteur, faisant tout pour se protéger d'éventuelles "retombées" qui pourraient gêner sa stratégie personnelle.

La "remise à niveau" de l'Irak est estimée à 300 milliards de dollars sur 20 ans. Aucun Etat, aucun Groupe, surtout dans le secteur pétrolier, ne pourra supporter une telle prise de risque. L'ampleur des besoins fait que les financements passeront par les bailleurs de fonds internationaux qui exigeront, on peut leur faire confiance sur ce point, une transparence forte. De même, les banques et autres assureurs, qui seront appelés au tour de table, exigeront que des consortiums multinationaux soient constitués afin de répartir le risque autant que faire se peut. Quant à George W. Bush, son objectif premier est sa réélection en octobre 2004. Cela passera par une bataille économique intérieure qui repoussera l'économie irakienne au dernier rang des préoccupations américaines.

  • Lire également:

"L'Irak n'est pas l'Afghanistan: c'est un pays solvable": Entretien de Bruno Delamotte avec Christine Fauvet-Mycia publié dans le Figaro du 9 avril 2003.

-- Bruno Delamotte dirige le cabinet BD-Consultants spécialisé en intelligence économique et en géostratégie œuvrant au profit des principaux groupes français. Spécialiste des questions de défense, il vient de publier avec Bernard Brigouleix "Le grand Bazar: pendant la croisade, les affaires continuent" aux Editions Michalon en mars 2003.

 

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