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Ni la paix, ni la justice ne sont divisibles

Ni la paix, ni la justice ne sont divisibles

Conférence de Presse de M. Dominique de Villepin, ministre français des Affaires étrangères. Source: Quai d'Orsay, Paris, le 30 avril 2003.

Comme vous le savez, j'ai fait deux tournées au Moyen-Orient: d'abord, en Egypte, en Syrie, au Liban et en Arabie saoudite ; puis en Turquie, en Jordanie et en Iran. Je compte par ailleurs me rendre très prochainement en Israël et dans les territoires palestiniens. Je tiens à vous faire part des premiers enseignements de ces déplacements et à préciser les positions de la France.

Le Moyen-Orient est à un moment décisif de son histoire.

Dans un contexte marqué par le terrorisme, la prolifération et l'extrémisme, il nous faut relever les défis:

- en Irak, c'est la reconstruction nécessaire après l'effondrement de la dictature de Saddam Hussein, dont chacun se réjouit ;

- au Proche-Orient, il faut travailler à la paix au lendemain de la formation d'un nouveau gouvernement palestinien.

Pour la France comme pour l'Europe, les enjeux sont vitaux. Ils ont des effets directs sur la vie nationale.

Compte tenu de l'urgence, il nous faut avancer dans tous les domaines à la fois: la paix, le développement, la liberté et la démocratie, avec une démarche forte:

Une démarche collective des peuples de la région comme de la communauté internationale. C'est la condition de la légitimité et de l'efficacité.

A cette fin, je viens de transmettre à la Présidence grecque de l'Union européenne, ainsi qu'à tous mes collègues européens, nos réflexions en vue de la réunion informelle des Ministres des Affaires étrangères, qui se tiendra vendredi et samedi en Grèce. Dans le même esprit, j'ai été également en étroit contact, tout au long des derniers jours, avec mes collègues Colin Powell et Igor Ivanov.

Une démarche globale: ni la paix, ni la justice ne sont divisibles. Nous devons donc traiter, avec la même détermination, la crise de l'Irak et celle du Proche-Orient dans tous ses aspects.

Enfin, une démarche constructive, adaptée aux circonstances:

-- Il y a eu le temps de la négociation diplomatique, où la France a privilégié le règlement de la crise irakienne par la voie d'un désarmement pacifique ;

-- Puis il y a eu le temps de la guerre ;

-- Il nous faut maintenant construire la paix dans la fidélité à nos principes et dans un esprit constructif.

  • Sur l'Irak:

Nous partageons tous les mêmes objectifs et le mêmes principes:

Assurer l'unité, la stabilité et l'intégrité territoriale de l'Irak ;

Et permettre aux Irakiens de retrouver dès que possible leur pleine souveraineté.

C'est vrai de l'Europe, avec la déclaration d'Athènes, le 16 avril. C'est vrai des pays de la région, avec la déclaration des Huit pays voisins à Riyad, le 18 avril dernier.

Le défi est triple:

  • L'humanitaire, qui est la priorité absolue à ce stade.

Nous répondons déjà à l'urgence, en liaison avec l'ensemble des acteurs: l'Union européenne, les agences des Nations Unies et les ONG. Je tiens à saluer particulièrement, à cet égard, l'action des organisations françaises, qui sont très présentes sur le terrain ;

  • La sécurité, où les forces de la coalition ont bien sûr une responsabilité particulière.

Au-delà de la phase initiale de sécurisation américano-britannique, un nouveau dispositif va se mettre en place. Des discussions sont en cours à ce sujet. Selon nous, il est important que le cadre légal de cette force soit clairement défini par un mandat des Nations Unies. Il en irait de même, pour la France, pour une éventuelle implication de l'OTAN.

  • Enfin, pour ce qui est de la reconstruction économique et politique de l'Irak.

La communauté internationale tout entière doit se rassembler et, là encore, nous pensons que les Nations Unies doivent jouer un rôle central.

Dans cet esprit, la France, fidèle à ses valeurs, à ses principes et à ses convictions, veut être en initiative.

1 - Elle propose la suspension immédiate de l'ensemble des sanctions civiles d'une manière qui permette de répondre à trois exigences:

La satisfaction des besoins immédiats du peuple irakien ;

La mise en place d'un mécanisme transparent de gestion des ressources qui associerait l'ensemble des parties concernées.

Une bonne articulation entre le désarmement et la fin des sanctions.

2 - Quant au désarmement, il devra satisfaire à la fois:

A un principe: la certification par les Nations Unies ;

Et à une méthode simple: une relation de travail entre l'ONU et les forces présentes sur le terrain;

3 - S'agissant de la transition politique en Irak, qui constitue un élément essentiel, deux éléments doivent être privilégiés:

un processus agréé par toutes les parties, sous le contrôle des Nations Unies;

un calendrier resserré, car il est important que les Irakiens puissent rapidement prendre l'administration de leurs propres affaires.

Sur l'ensemble de ces sujets et à chaque étape, nous devons faire preuve d'ouverture. Il convient donc d'associer l'ensemble des parties, les pays de la coalition, ceux de la région, toute la communauté internationale et les institutions internationales compétentes, sous l'égide des Nations unies.

Déjà, la France souhaite être présente aux côtés du peuple irakien. Dans cet esprit, un diplomate français est, depuis le lundi 28 avril, sur place à Bagdad pour évaluer les modalités d'une reprise de nos activités et d'une relance de notre coopération.

Outre la question irakienne, il faut traiter résolument le conflit du Proche-Orient.

La dynamique enclenchée avec la constitution du gouvernement d'Abou Mazen après celle du gouvernement israélien, offre une opportunité pour la paix. Nous devons la saisir avec une démarche exigeante pour nous mêmes et pour chacun des acteurs de cette crise.

  • Il y a aujourd'hui, rappelons le, un consensus historique:

- Consensus sur les principes: pour la première fois depuis 1947, la communauté internationale, sur la base de la résolution 1397 (2002), a le même objectif: nous voulons un Etat palestinien viable et souverain, aux côtés d'un Etat d'Israël à l'existence pleinement reconnue et à la sécurité garantie ;

- Consensus aussi, au delà des principes, sur la méthode: la feuille de route du Quartet prévoit le règlement du conflit en trois phases: d'abord, l'arrêt des violences et la reprise des négociations ; ensuite, la mise en place des structures d'un Etat palestinien et l'approfondissement de la coopération en matière de sécurité ; enfin, les négociation sur le statut final des Territoires et la proclamation d'un Etat palestinien. L'ensemble devant s'achever en 2005.

Nous devons saisir cette chance unique.

Le Quartet devrait publier la feuille de route et la présenter aux parties. Il veillera à sa mise en œuvre rigoureuse au moyen d'un mécanisme de supervision impartial.

La France s'engage à pleinement soutenir cette mise en œuvre:

-- elle est donc disposée à accueillir, dès que possible à l'issue de la première phase de la feuille de route, une conférence internationale qui a pour but de donner toute sa dynamique régionale et internationale aux processus ;

-- elle entend agir avec tous les Européens à la fois dans la région et aux Nations Unies pour que toute la communauté internationale se mobilise en vue de respecter l'échéance fixée en 2005.

Il faut faire en sorte que chacun, de bonne foi, fasse sa part du chemin.

  • Du côté palestinien:

nous nous réjouissons de l'investiture du gouvernement d'Abou Mazen par le Conseil législatif palestinien. Je salue le discours du nouveau premier ministre sur la lutte contre le terrorisme et la reprise des négociations avec Israël.

L'impératif est maintenant de renoncer définitivement à toute violence contre les Israéliens, et d'utiliser tous les moyens pour faire cesser les attentats-suicides. Je veux condamner ce matin l'odieux attentat qui s'est déroulé hier soir et qui a fait, vous le savez, quatre victimes dont une jeune française. L'Etat palestinien est à construire. C'est vers cet objectif que les Palestiniens se mobilisent actuellement. Ils ont lancé un indispensable processus de réformes qui passe par l'adoption rapide de leur Constitution. La France et l'Europe doivent assurer aux Palestiniens l'assistance financière et technique nécessaire au succès de ces efforts.

De son côté, Israël a droit à la sécurité et à la reconnaissance de ses voisins. Il doit appliquer dans toutes ses modalités la feuille de route ; renoncer à sa politique de colonisation ; retirer ses troupes sur les lignes de septembre 2000 ; lever les obstacles à une vie normale dans les Territoires palestiniens.

Dans ce cadre, il est par ailleurs essentiel que les pays de la région qui ont une influence auprès des organisations radicales, continuent de l'exercer dans un sens modéré. Cela est particulièrement vrai de la Syrie et de l'Iran. A cette fin, il faudra distinguer, au sein de certaines organisations, entre leur composante politique, qui joue un rôle important, et les branches militaires.

Dans le cadre d'une paix globale, nous appelons la Syrie à tout faire pour faciliter l'application de la feuille de route et Israël à accepter la négociation avec la perspective d'un retour du Golan à la Syrie. En contrepartie, des garanties doivent être trouvées pour assurer sa sécurité dans cette zone.

Mais une paix est possible aussi entre le Liban et Israël. La résolution 425 a été appliquée. Aucun prétexte, y compris celui des fermes de Chebaa, ne peut être saisi pour différer la paix.

Parallèlement, il est nécessaire que le Liban retrouve rapidement, conformément à la résolution 520, sa pleine indépendance et son entière souveraineté. Cela passe par le retrait de toutes les troupes étrangères et le déploiement des forces libanaises sur la frontière avec Israël.

Dans ce sens, la Syrie peut dès maintenant faire des gestes et poursuivre le repli engagé de ses forces déployées au Liban. Dans le même temps, nous devons encourager la Syrie à poursuivre ses efforts de modernisation et de réformes. La France est prête, pour sa part, à soutenir pleinement ces efforts avec l'Union Européenne.

Notre démarche responsable doit enfin encourager la mobilisation contre le terrorisme et la prolifération.

Nous avons enregistré des premiers succès dans la lutte contre le terrorisme. Nous devons poursuivre nos efforts, sur la base des principes que nous avons définis aux Nations Unies:

-- la mobilisation de l'ensemble de la communauté internationale ;

-- une coopération étroite entre tous les Etats, notamment dans les domaines policier, judiciaire et financier.

Dans cet esprit, la France proposera à l'ensemble de ses partenaires d'harmoniser nos approches, d'échanger nos informations, d'établir une liste commune des organisations terroristes dans le monde afin d'unir les efforts de chacun dans la lutte contre le fléau.

Nous devons traiter également ce dont se nourrit le terrorisme: les injustices, les humiliations, les frustrations de toutes sortes.

En matière de prolifération, nous refusons le statu quo.

Le régime multilatéral de non prolifération a vocation à s'appliquer à toute la région. Il doit s'accompagner de la définition d'un nouveau cadre de sécurité régionale fondé sur des mesures de confiance et de non agression. Le projet de zone exempte d'armes de destruction massive et de leurs vecteurs présentés par le président Moubarak et fondé sur la résolution 687 du Conseil de sécurité, constitue une base solide à cet égard.

  • Il nous faut avancer parallèlement dans plusieurs directions:

-- Premièrement, réfléchir au moyen de conduire des inspections robustes, sous l'égide des Nations Unies.

-- Deuxièmement, obtenir des pays de la région de nouveaux engagements:

La souscription à la convention d'interdiction des armes chimiques ;

L'adhésion au code de conduite contre la prolifération des missiles balistiques ;

La signature du protocole additionnel de l'AIEA, dit 93+2.

-- Troisièmement, offrir aux pays de la région qui s'engagent à éliminer leurs armes de destruction massive de manière complète et vérifiable une assistance technique et financière de la communauté internationale.

-- Quatrièmement, subordonner l'octroi d'avantages économiques aux pays dont les intentions suscitent des doutes, à des engagements dans le domaine de la non prolifération.

Nous proposons que de nouvelles pistes de réflexion soient étudiées à l'occasion de la réunion du Conseil de sécurité sur la non-prolifération, proposée par le Président de la République.

Aujourd'hui, nous le voyons bien, il faut s'engager partout dans une stratégie d'initiative, transformer les défis en une chance. La France guidée par ses valeurs, ses principes, ses convictions veut avancer avec tous ses partenaires pour répondre aux urgences de toute la région.

Question: M. le Ministre, est-ce que actuellement, en l'absence de levée des sanctions, la communauté internationale n'est pas menacée d'être hors jeu pour ce qui concerne l'aide pour relever l'Irak?

Dominique de Villepin: Je ne le pense pas. D'abord parce que, nous le voyons bien, nous sommes aujourd'hui dans une phase particulière, où il faut faire face à la fois à l'urgence humanitaire et aux questions de sécurité. Les discussions qui sont engagées sur l'avenir des sanctions, il est évident qu'étant aujourd'hui dans une situation nouvelle, il faut en prendre acte et donc avancer très vite dans cette voie. Le changement de situation en Irak pose la question immédiate de la satisfaction des besoins premiers du peuple irakien. Il faut répondre à ces besoins essentiels. Dans ce contexte, que faire ? Nous avons proposé une suspension immédiate des sanctions imposées à l'Irak ,et la France souhaite que le Conseil de Sécurité puisse s'engager rapidement dans cette voix. La suspension de ces sanctions entraînera naturellement la disparition du programme pétrole contre nourriture. Nous devons, sous peine de risquer de graves perturbations, prévoir des ajustements, un programme de transition permettant l'extinction en douceur de ce programme en évitant les interruptions brutales qui seraient évidemment dommageables dans le contexte actuel. Il est important aussi de savoir dans quel cadre nous allons permettre cette reconstruction, et je pense en particulier à tout ce qui concerne l'utilisation des ressources des Irakiens. Il est évidemment important que cela puisse se faire dans la transparence. Il faut donc trouver un mécanisme transparent de supervision et de contrôle international qui permette à tout ceci de se faire dans les meilleures conditions. Les mesures qui seront prises doivent évidemment être décidées par le Conseil de Sécurité.

Question: Est-ce que les choses avancent ?

Dominique de Villepin: Les choses avancent, nous en avons déjà parlé la semaine dernière. Nous continuons et nous continuerons d'en parler la semaine prochaine. Ce que je veux vous dire, c'est l'état d'esprit dans lequel nous travaillons, un état d'esprit qui nous conduit à l'initiative, aux propositions, et à une conviction, c'est qu'évidemment, c'est par la concertation, par l'adoption ensemble de dispositifs transparents, qui auront le soutien de tous. C'est important vis à vis des Irakiens, c'est important vis à vis de la région, vis à vis de la communauté internationale. Et puis, prenons la mesure de la reconstruction. C'est évidemment un projet extrêmement ambitieux puisqu'il s'agit d'une reconstruction politique, économique, administrative, sociale. Nous avons besoin, pour bâtir la paix, de l'ensemble des énergies de la communauté internationale, et nous sommes, je crois, tous prêts –c'est ce que j'ai constaté en visitant les pays de la région, c'est ce que je constate en rencontrant tous mes partenaires européens, américains- il y a une volonté très forte pour chacun d'apporter la contribution maximale au succès de cette phase de la reconstruction.

Question: Un citoyen français est disparu en Irak depuis le 22 mars. Il s'agit de Fred Nérac. Vu que la France sera très bientôt présente à Bagdad, que fait le gouvernement français pour retrouver cette personne ?

Dominique de Villepin: Le gouvernement français est pleinement mobilisé. Vous savez dans quelles conditions ce Français, travaillant pour ITN, a disparu. Nous avons saisi immédiatement nos partenaires américains et britanniques qui étaient sur place, pour essayer d'avoir des informations. Nous avons été en contact, bien sûr, avec Mme Nérac, avec sa famille, pour essayer de réunir tous les éléments permettant d'avoir des indications précises. Nous avons demandé une enquête sur ce qui s'était passé à ce moment là. Tout le monde est mobilisé, à la fois évidemment les parties qui étaient présentes sur le terrain, je l'ai dit, Britanniques et Américains, mais aussi l'ensemble des organisations qui sont susceptibles d'avoir eu connaissance à un moment ou à un autre du trajet de Fred Nérac. C'est pour cela que nous avons saisi les organisations internationales, le Comité International de la Croix Rouge, l'ensemble des organisations non gouvernementales qui étaient présentes. Je peux vous dire que nous continuons très activement à travailler dans ce sens. Le Président de la République a reçu Mme Nérac. J'ai reçu Mme Nérac et nous sommes mobilisés sur place et c'est bien sûr parmi les priorités qui sont dévolues à notre représentant sur place.

Question: Vous avez lancé un appel à la Syrie en disant qu'elle peut faire des gestes en ce qui concerne sa présence au Liban, et vous avez dit aussi qu'aucun prétexte ne doit être utilisé pour entraver la paix, notamment les fermes de Chebaa. J'imagine que vous avez dû faire ce même appel au Président Assad. Avez-vous trouvé le Président réceptif à ces demandes et est-ce que c'est un peu en coordination avec la politique américaine de faire pression sur la Syrie actuellement que vous lancez cet appel ?

Dominique de Villepin: Le bon sens nous conduit à constater que nous sommes dans une situation nouvelle dans cette région. Nouvelle situation de l'Irak, nouvelle situation liée à la formation d'un gouvernement palestinien, nouvelle situation liée à la formation, il y a quelques semaines, d'un gouvernement israélien. Je l'ai dit, nous avons des défis extrêmement nombreux dans cette région. L'Irak, bien sûr, le processus de paix, l'ensemble du processus de paix dans cette région avec son volet libanais, son volet syrien, les relations entre la Syrie et le Liban. Tout ceci doit nous conduire à transformer ces défis en une chance, et c'est pour cela qu'il nous paraît essentiel d'avoir une approche exigeante, responsable, globale, des problèmes de cette région. Il faut donc que l'ensemble des partenaires, l'ensemble de ceux qui dans la communauté internationale sont mobilisés, l'ensemble des pays de la région, toutes les parties, travaillent ensemble pour faire avancer ces grandes questions. Vous avez cité le cas particulier de la Syrie. Bien évidemment, lors de la visite que j'ai effectuée sur place, nous avons longuement évoqué la situation de la région et j'ai insisté auprès du Président Bachar El Assad sur la nécessité d'avancer pour apporter sa pleine contribution aux exigences de paix de cette région. C'est un processus collectif, urgent, car chacun sait que si ces occasions sont manquées, ce sera autant d'incitations au terrorisme et à la violence de reprendre place. Nous avons donc la conviction que cette mobilisation est urgente et c'est dans ce sens que nous voulons travailler, une fois de plus sur l'ensemble des aspects de cette région. Nous pensons que ni la paix ni la justice ne peuvent être divisées. Nous devons avoir conscience qu'il y a une attente très forte des populations et c'est bien pour cela que la mobilisation doit se faire avec tous.

Question: Vous avez mentionné l'idée d'une conférence internationale concernant le Proche-Orient. Pouvez-vous nous expliquer qui à ce jour soutient la France dans cette démarche? Et une petite question concernant l'Irak: pourquoi ne favorisez-vous pas, dans cet esprit d'ouverture, la levée des sanctions ?

Dominique de Villepin: Sur la première question, sur la nécessité d'une conférence internationale, la réponse est simple: tout le monde. Pour une raison très évidente, c'est que cela fait partie de la feuille de route et du programme du Quartet. Pour passer d'une phase à une autre, c'est prévu dans la fin de la première phase, il faut bien évidemment qu'il y ait des temps forts, des temps de mobilisation. Il faut qu'il y ait des mécanismes et il faut qu'il y ait des temps de mobilisation et de prise de conscience. La conférence internationale est certainement le meilleur moyen de rallier l'ensemble des volontés, de rallier les énergies, de créer le momentum indispensable pour tous ceux qui veulent avancer vers la paix. C'est donc un outil qui, je crois, sur le plan régional, sur le plan international, permettra de canaliser l'ensemble des énergies et d'avancer vers les autres phases prévues par la feuille de route.

Dominique de Villepin: Pourquoi ne pas avancer tout de suite vers la levée des sanctions? Tout simplement parce que tout cela est extrêmement compliqué. Nous ne pouvons pas passer d'une situation où tout était sous le contrôle international à une situation nouvelle ou tout à coup la communauté internationale cesserait d'exercer ses responsabilités. Qui alors exercerait la charge d'assurer la gestion au quotidien ? Avec quel type de contrôles, avec quels types de mécanismes ? Vous voyez bien qu'il faut un filet, qu'il faut une progression. C'est donc avec un souci de réalisme que nous travaillons, avec le souci de ne pas créer une situation de vide qui pourrait conduire soit à des problèmes de gestion extrêmement délicats, soit même à une contestation des procédures qui pourraient être mises en place. Donc à la fois par souci d'efficacité, mais en même temps dans un souci de légitimité, il est important que la communauté internationale accompagne ce processus. Nous l'avons dit, il faut être ouverts, il faut apporter des réponses avec tout ceux qui ont la capacité et la volonté de le faire. C'est pour cela que sous l'égide des Nations unies, en liaison avec les pays présents sur le terrain, avec les institutions financières compétentes, avec l'ensemble de ceux qui peuvent apporter à la bonne gestion de ce processus leur concours, il faut se mobiliser pour prévoir ce mécanisme de supervision.

Question: M. le Ministre, concernant l'Irak et d'autres dossiers, qu'est ce qui aujourd'hui concrètement peut faire que la confiance soit à nouveau au rendez-vous entre les Etats-Unis et la France et que cette brouille se termine le plus rapidement possible ?

Dominique de Villepin: Il y a deux grandes raisons qui font que la confiance sera au rendez-vous et qu'elle est au rendez-vous aujourd'hui. La première, c'est la nécessité. C'est l'évidence, il faut travailler ensemble. Nous le voyons bien, les problèmes dépassent la capacité d'une seule puissance. Nous avons donc besoin d'un processus qui soit à la fois efficace, légitime et qui réponde aux aspirations du peuple irakien. Si nous voulons que tout cela puisse se faire vite, sans encombres, sans dommages. Eh bien, travaillons ensemble, mobilisons les capacités de chacun. Je crois beaucoup que l'une des clés, en Irak comme partout, c'est que chacun apporte ce qu'il a dans les mains, que chacun apporte sa contribution, que chacun donne la mesure de ce qu'il peut faire. Nous le voyons bien, chacun de nos Etats a des relations avec cette région, a une volonté, des capacités, des moyens à offrir. Je crois qu'il est important de se mobiliser, chacun donc avec ses disponibilités. L'Union européenne a un intérêt très ancien pour cette région, un rôle à jouer, et souhaite bien évidemment participer à la reconstruction de l'Irak. C'est sa responsabilité, c'est sa vocation aussi. Pour mettre en place l'ensemble de ces volontés, pour coordonner ces actions, il faut que nous puissions le faire dans un cadre qui soit le plus efficace et le plus légitime possible. Je crois qu'il y a un profond accord avec l'ensemble de nos partenaires de la communauté internationale, il faut un rôle –nous disons central, les Britanniques et les Américains disent vital- définissons ce rôle. C'est bien cela aujourd'hui l'enjeu. Quel rôle veut-on donner à chacun? Quel rôle pour les Nations unies? J'ai rencontré la semaine dernière à dîner Joshka Fischer et Jack Straw, j'ai eu longuement au téléphone tous ces jours derniers Colin Powell. Nous travaillons pour essayer de faire des propositions. La France fait des propositions. Mais soyons clairs, soyons concrets: comment créer la dynamique, le processus qui nous permettra de répondre à l'ensemble des difficultés. Nous les connaissons: situation humanitaire, sécurité, désarmement, sanctions, constitution d'une autorité légitime. Sur tous ces points, la contribution de chacun peut être importante et, une fois de plus, l'efficacité sur le terrain, la capacité que nous avons à répondre aux Irakiens, est essentielle.

Dominique de Villepin: Le deuxième élément qui va en réponse à votre question, c'est bien évidemment l'amitié très ancienne qu'éprouve la France pour les Etats-Unis, que nous éprouvons les uns avec les autres, et la volonté que nous avons de coopérer à cet ordre international. J'ai parlé de quelques grands défis, j'ai parlé de terrorisme, j'ai parlé de prolifération, des crises régionales. Nous le voyons bien, la tâche est immense et ne se limite pas évidemment à la seule question de l'Irak. Sur toutes ces questions, notre coopération est quotidienne, nous travaillons ensemble. Donc, ne cédons pas à la tentation de regarder en arrière, tournons nous vers l'avenir. Ne cédons pas à la tentation des polémiques et des querelles qui sont parfaitement vaines. Nous avons beaucoup de questions à régler, nous devons les régler ensemble et la France multiplie les propositions, sachant que la France - c'est ce qui l'a guidée tout au long de ces derniers mois dans la crise irakienne - est fidèle à ses valeurs, à ses convictions, à ses principes.

Question: Vous avez reçu beaucoup de menaces de la part des Etats-Unis. Le Président américain vous a notamment averti de ne pas construire quelque alliance anti-américaine pendant votre voyage au Moyen-Orient. Redoutez-vous que ces propos nuisent à votre liberté d'action? Avez-vous senti des réticences des gouvernements arabes concernant la volonté des Etats-Unis d'isoler la France dans cette région? Allez vous demain devoir demander à Colin Powell où vous pouvez aller faire de la diplomatie?

Dominique de Villepin: Je ne suis pas sûr d'avoir compris l'ensemble des éléments de votre question, mais je crois en avoir compris l'esprit. D'abord, je n'ai pas entendu de menaces. Peut-être ai-je mal écouté, je n'entends pas de menaces, tout simplement parce que la France est un pays qui tient, vous le savez, à son indépendance, est un pays surtout qui tient à ses valeurs, à ses convictions et à ses principes. Ces valeurs, c'est tout ce qui nous a guidé, et ceci n'est bien évidemment pas négociable, c'est la nature même de ce qu'est la France dans les relations internationales, c'est l'identité même de notre pays. Je crois avoir compris que ces valeurs, ces convictions étaient d'ailleurs très largement partagées par la communauté internationale. Nous l'avons vu y compris au Conseil de Sécurité. Il n'y a pas à se méprendre sur tout cela. Il y a une nécessité, je l'ai dit, c'est qu'il faut travailler ensemble. Il y a des problèmes, il faut les régler. Il faut les régler comme on le fait entre alliés, entre amis, en se respectant. Nous sommes convaincus, et c'est pour cela que nous défendons l'idée d'un monde multipolaire, que ce qui vaut à l'échelle d'un Etat, ce qui vaut à l'échelle d'une famille, vaut aussi à l'échelle du monde. La démocratie est un bien précieux. Travailler ensemble à égalité, travailler ensemble dans le respect, travailler ensemble dans l'écoute. Nous sommes tous plus forts de nous enrichir du regard et des préoccupations de l'autre. Le Président Chirac a une phrase qu'il répète souvent: il y a plus d'idées dans deux têtes que dans une. Ma conviction, c'est qu'il en va de même sur la scène internationale. Il y a plus d'idées dans deux, trois pôles, quatre pôles mondiaux, quedans un seul pôle. Il est donc important de savoir travailler ensemble, nous voyons à quel point ce monde s'organise. La Russie, la Chine l'Inde, tous ces pôles ont vocation à exprimer leur vision du monde. Et c'est bien ensemble que nous pouvons travailler, et je suis heureux de constater que depuis plusieurs semaines, toute cette communauté internationale est mobilisée pour avancer ensemble et apporter des réponses sur les grandes questions. Faisons donc des propositions, faisons connaître les propositions qui sont les nôtres, les points où nous pensons pouvoir apporter des contributions. Naturellement, nous trouverons le chemin, c'est ce que la France a fait aux Nations unies. Nous attendons que les Etats-Unis précisent un certain nombre de points sur lesquels ils souhaitent avancer, les modalités par lesquelles ils souhaitent avancer. Mais je suis convaincu que nous arriverons à trouver, dès lors que nous avançons avec le souci de ce respect, le souci aussi de l'efficacité, nous réussirons à avancer tous ensemble.


Question: M. le Ministre, vous avez présenté des idées magnifiques, je tiens à vous féliciter. Vous avez travaillé très efficacement avant et pendant la guerre. Ma question porte sur la prolifération et les armes chimiques. Pensez-vous que les Israéliens peuvent accepter l'aide de la France pour une région sans armes de destruction massive? Et comment demander à M. Abou Mazen d'arrêter des attentats que l'armée israélienne, avec toute sa puissance, ne peut pas arrêter?


Dominique de Villepin: Merci. Je crois que derrière votre question, il y a une clé majeure. Je suis heureux de constater qu'aujourd'hui, sur l'échiquier international, il y a une claire conscience du devoir qui est le nôtre. Cette clé, c'est la responsabilité. Il faut que tout les Etats de la région comprennent qu'il n'y a pas de solution à un problème sans prendre en compte l'ensemble des problèmes. C'est là où nous voyons la très étroite interdépendance entre les problèmes du monde, entre le terrorisme, la prolifération, les crises régionales, le sentiment d'injustice développé ici et là. Tout ceci participe de l'instabilité du monde. Si nous voulons relever le défi, c'est bien cela qui rend la diplomatie si formidable aujourd'hui, et si difficile, il faut tout traiter en même temps. On ne peut pas s'isoler dans un coin pour se concentrer sur une seul sujet. Tout est lié. Il est donc important que la communauté internationale travaille ensemble. On ne peut pas imaginer que sur un coin de table, quelques-uns dans un coin puissent régler seuls les problèmes. Tout simplement parce que nous sommes tous concernés. Je l'ai dit, le Moyen-Orient, par la géographie, par l'histoire, c'et un problème qui se pose à tous les européens, c'est un problème qui s'adresse aussi à chacun de nos Etats. C'est particulièrement vrai pour la France, dans ce contexte, il faut que nous travaillions tous ensemble. Et quand nous disons lutter contre la prolifération, il faut en tirer les conséquences. Je crois qu'il faut sortir de la langue de bois. Depuis trop de décennies, cette région a été traitée avec des réflexes d'habitude, des incantations, des formules toutes faites. Il y a des problèmes, traitons les. Traitons les avec l'exigence de tout le monde. Et c'est bien ce que nous demandent tous nos citoyens aujourd'hui, c'est vrai aux Etats-Unis, c'est vrai en Europe, c'est vrai dans la région. J'ai été très frappé en me rendant sur place, de voir à quel point tous ces Etats ont une conscience très aiguë de la nécessité d'agir. Tous ces Etats souhaitent avancer et je le dis sans exception. Nous l'avons vu avec l'initiative arabe du Sommet de Beyrouth, il y a aujourd'hui l'envie de vivre en paix dans cette région. Pourquoi? Tout simplement parce que chacun sait que sans paix, il n'y a pas de développement. Regardez le chiffre des investissements internationaux dans cette région, vous verrez à quel point les investisseurs ne sont pas prêts à y travailler. Tout simplement parce que comment travailler dans une région quand le lendemain, quand le jour même n'est pas assuré? Si nous voulons le développement, si nous voulons la démocratie, il faut la paix. Et qu'est-ce que la paix dans cette région si on n'arrive pas à faire en sorte que ces Etats travaillent les uns avec les autres, dans le respect de chacun. Cela implique des décisions très fortes. J'ai la conviction que la communauté internationale aujourd'hui regarde en face les problèmes de cette région. Le Moyen-Orient est bien aujourd'hui le cœur des problèmes du monde, et notre devoir, c'est de les traiter.


Question: J'aurais voulu revenir en quelques mots sur le dernier point de la question de ma consœur sur la Syrie, dernier point sur lequel vous n'avez pas eu le temps de répondre concernant la disposition d'esprit dans laquelle vous avez trouvé le président Assad en le rencontrant. Ma seconde question concerne la Libye après les déclarations hier de votre homologue libyen à propos de l'attentat de Lockerbie, la Libye reconnaissant sa responsabilité civile dans cet attentat, disant son intention d'indemniser les victimes à hauteur de dix millions de dollars par famille. Les familles des victimes du DC10 se sont émues de la disparité de traitement entre ces deux cas. Les familles des victimes et SOS Attentats suggèrent qu'elles ont peut-être été mal défendues par les autorités françaises. Je voulais connaître votre réaction.


Dominique de Villepin: Sur le premier point qui concerne la Syrie et les entretiens que j'ai pu avoir avec le président Bachar el Assad, je crois qu'il a conscience, comme l'ensemble des dirigeants de cette région, de la nécessité d'avancer, de la nécessité de s'ouvrir et de la nécessité de travailler ensemble pour trouver des solutions. Le meilleur exemple vous a été fourni il y a quelques mois: le vote de la résolution 1441. Qui eût dit que nous arriverions tous ensemble à trouver une position commune sur la scène internationale? La Syrie a voté cette résolution, comme la Syrie a voté la résolution humanitaire 1472, votée à l'unanimité, comme nous avons pu reconduire le dispositif " pétrole contre nourriture " il y a quelques jours. C'est dire à quel point aujourd'hui cette unanimité est un bien précieux. Quand la France parle d'unité de la communauté internationale, je le dis clairement et franchement, c'est un devoir pour nous tous. On ne peut pas avancer chacun dans son coin sans prendre le risque de nouvelles fractures, de nouvelles incompréhensions. L'insistance que la France met pour entretenir le dialogue avec chacun, pour nourrir cette exigence de compréhension et de dialogue des cultures est un élément essentiel. Cela était au cœur de la position française tout au long de la crise irakienne.


Sur l'autre point que vous évoquez, la Libye, j'ai vu les commentaires et les réactions américaines et britanniques. Je crois qu'il faut attendre de voir comment les choses se précisent du côté libyen. Vous évoquez le point particulier de l'indemnisation. Je vous rappelle qu'il s'agissait et qu'il s'agit, pour ce qui reste, de procédures judiciaires. C'est donc dans un cadre judiciaire que les arbitrages et les décisions sont fixés. Il ne m'appartient pas, dans ce contexte, d'apprécier justement l'élément que vous indiquez. Ce qui est certain c'est que la France a à cœur, pour l'ensemble de ceux qui sont concernés par ce drame, d'apporter son soutien pour que cette indemnisation puisse avoir lieu. C'est ce que nous avons fait tout au long des récents entretiens que j'ai pu avoir avec les dirigeants libyens.


Question: Monsieur le ministre, quel rôle la France entend-elle jouer désormais en Côte d'Ivoire, et en particulier, les militaires du dispositif Licorne vont-ils participer à la sécurisation des frontières pour éviter les infiltrations du Libéria et du Sierra Léone aux côtés des forces de la CEDEAO et de l'armée ivoirienne? Concernant Cuba, le gouvernement français entend-il prendre des sanctions contre le gouvernement cubain après les lourdes condamnations contre les dissidents, et en particulier, envisagez-vous le rappel de l'ambassadeur de France?


Dominique de Villepin: Sur le premier point, la Côte d'Ivoire, il est évident que nous avons fait des progrès significatifs au cours des derniers mois. Nous sommes heureux d'avoir vu la mise en place d'un gouvernement ivoirien et je tiens à rendre hommage à l'action qui est menée aujourd'hui sur place dans ce sens. Il est important que ce gouvernement puisse traiter l'ensemble des questions de l'avenir ivoirien, c'est-à-dire à la fois les questions de sécurité, et en même temps, bien évidemment, les questions de développement économique. Chacun sait le poids de la Côte d'Ivoire sur le plan régional, chacun sait aussi le prix que les populations ivoiriennes ont payé au douloureux conflit en cours. A partir de là reste ce problème de la sécurité et de la stabilité, et en particulier de la frontière ouest. Je me réjouis de voir que la concertation régionale continue, que les relations avec le Togo et les relations qui ont été entreprises avec les autres représentants de la région peuvent espérer permettre d'avancer par le biais de la concertation. Ce qui est évident c'est que cette frontière doit être respectée et que nous souhaitons que les forces présentes sur le terrain puissent être augmentées. C'est le sens des démarches que nous faisons dans le cadre des Nations Unies pour permettre à cette force d'être plus nombreuse et donc mieux à même de faire respecter chacune des frontières. La sécurité est une condition du retour à la stabilité en Côte d'Ivoire.


Vous évoquez par ailleurs la situation de Cuba, je tiens à vous le dire très clairement. Oui, nous sommes inquiets. Oui, nous avons suivi avec consternation à la fois les procès qui ont été engagés et les condamnations tragiques, et c'est une grande émotion pour la France. Nous l'avons exprimé, avec aussi l'Union européenne, l'ensemble de nos Etats, qui sont mobilisés pour apprécier ce qu'il convient de faire. Nous allons prendre des mesures dans ce sens, car nous pensons qu'il n'est pas acceptable qu'un gouvernement se comporte ainsi en enfreignant les lois de la morale et les grandes lois internationales. Dans ce cadre, avec l'Union européenne, nous allons étudier l'ensemble des possibilités pour obliger Cuba à respecter ces règles.


Question: Je voudrais revenir un moment sur l'Europe et sur ce qui apparaît être une crise qui se ferme d'un côté et s'ouvre de l'autre. Je me réfère au Sommet sur la défense qui s'est déroulé hier à Bruxelles et qui a provoqué des protestations de différents premiers ministres de pays qui n'étaient pas invités, dont l'Italie, l'Espagne. Est-ce que vous croyez que ce genre de manifestation ou d'initiative peut contribuer à souder l'Europe et ne risque pas plutôt de provoquer encore des frictions? Est-ce que vous croyez à l'avenir de l'Europe dans l'unité et non pas dans la division, comme c'était le cas par rapport à l'Irak?


Vous posez la question de la division, et vous posez la question des moments difficiles qu'a connu l'Europe tout au long des dernier mois. Bien évidemment, notre souci est d'effacer ces divisions et de travailler ensemble. Il y a une condition majeure pour les Européens pour cela: c'est d'agir. Plus nous avançons, plus nous agissons, plus nous sommes susceptibles d'agir plus efficacement ensemble et de nouer cette relation essentielle pour l'ensemble de nos Etats. Dans ce contexte, l'élargissement constitue une chance nouvelle pour l'Europe. Je rencontrais hier mes collègues et amis ministres des Affaires étrangères des pays baltes, j'étais en République tchèque avant-hier. Tout ceci est essentiel pour nous permettre de nous donner un nouvel horizon, un nouvel élan à l'Europe. C'est une chance pour nous tous, et il faut donc trouver les mécanismes, trouver les procédures, trouver l'esprit qui permettra de relancer cette Europe et lui permettre de travailler efficacement ensemble. C'est tout le sens de la Convention sur l'avenir de l'Europe, tout le sens de la future Conférence intergouvernementale. Mais il y a une condition de base, c'est que cette Europe avance, que cette Europe ait des projets, que cette Europe travaille et propose, et c'est exactement ce qu'ont fait les quatre chefs d'Etat et de gouvernement hier à Bruxelles. Ils ont ouvert une voie, plus exactement, ils ont approfondi une voie qui était ouverte depuis 1991, et qui a connu avec un certain nombre de nos partenaires - je pense en particulier à nos amis britanniques, dans le cadre du Sommet de Saint-Malo - des éléments et des temps très forts. Il faut continuer d'avancer, et le sens du rendez-vous d'hier est bien celui-là: proposer à nos partenaires un chemin, proposer une méthode, fixer un objectif, le faire dans un esprit de transparence, et c'est pour cela que nous rendrons compte à la fin de la semaine lors de la réunion ministérielle de Gymnich en Grèce de l'ensemble des débats qui ont pu avoir lieu. Et c'est pour cela que ce sommet d'hier s'est tenu dans un esprit totalement ouvert. Il ne s'agit pas d'imposer, il s'agit de proposer à tous ceux qui le souhaitent de nous rejoindre. Encore faut-il se fixer une exigence dans le domaine de la défense. Chacun voit bien au lendemain de la crise irakienne, en regardant la situation du monde à quel point il est essentiel que les Européens prennent en charge leur propre avenir, dans le respect bien sûr, et en totale liaison avec l'OTAN, l'Alliance atlantique. Notre souhait c'est de renforcer cette Alliance atlantique, mais pour cela encore faut-il que les Européens s'organisent, se prennent en main, affirment leur identité, y compris dans ce domaine. Il faut le faire en avançant des deux côtés. Il faut que l'Europe puisse avoir une capacité autonome d'action afin de répondre aux défis de sécurité auxquels l'Union est confrontée, et il faut parallèlement un lien étroit avec l'OTAN, il faut donc que l'ensemble des moyens qui peuvent être utilisés évitent la duplication, et c'est tout à fait l'esprit qui a été celui de la réunion d'hier, et je le crois, c'est exactement celui du sommet de Saint-Malo. Nous n'avons pas dit autre chose à Saint-Malo avec nos amis britanniques. Il faut donc maintenant regarder les exigences, regarder les nécessités, avancer. La plupart, sinon toutes les inquiétudes qui avaient pu apparaître à la veille de ce sommet sont aujourd'hui dissipées. Maintenant, chacun a un choix, une responsabilité. Cette responsabilité, c'est, pour tous ceux qui souhaitent avancer, de la faire avec nous, chacun à son rythme, chacun en fonction de ses propres besoins, mais la démarche de la France, de l'Allemagne, du Luxembourg et de la Belgique est parfaitement bien comprise. Ne saisissons pas ces occasions, qui sont des occasions d'action et de responsabilité, pour nous perdre en de vaines querelles.


Question: Concernant l'Irak, est-ce que vous pouvez nous donner quelques précisions supplémentaires: envisagez-vous une force multinationale? Est-ce que vous pensez à l'OTAN, aux Casques bleus? La France souhaiterait-elle en faire partie?


Dominique de Villepin: Votre question est une question très concrète. Cela fait partie des questions que nous nous posons et que nous voulons traiter avec l'ensemble de nos partenaires. Il y a une situation sur le terrain actuellement: la force de la coalition. Vers quoi s'oriente-t-on? Que souhaite-t-on pour demain, passée la phase de sécurisation. Comment organiser l'indispensable force qui devra être présente sur le terrain? S'agit-il d'une force multinationale, s'agit-il d'autre chose? Nous voulons avancer dans cette voie, sachant que pour la France, dès lors qu'il y a force, il serait utile, passée cette étape de sécurisation, il serait même nécessaire que les Nations Unies puisse offrir le cadre dans lequel elle puisse agir. Je crois d'ailleurs que c'est une préoccupation pour de très nombreux Etats qui se voient participer ou donner un rôle dans la constitution d'une force pour l'avenir. Ce cadre apporterait une légitimité, le cadre nécessaire à l'efficacité de l'action. Nous sommes donc favorables à ce que ce cadre onusien puisse être apporté. Vous évoquez la contribution que pourrait apporter l'OTAN. S'agirait-il d'une force de l'OTAN, s'agirait-il d'une contribution technique que l'OTAN pourrait apporter à une force? Il faut examiner l'ensemble de ces possibilités. Pour ce qui est de la France, nous considérons que toute participation qui pourrait être envisagée ne pourrait se faire que dans le cadre des Nations Unis.


Je vous remercie.



 

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