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Pentagone-CIA : Qui ment ?

Pentagone-CIA : Qui ment ?

Par Bruno Delamotte (*)

S'il est un dicton populaire que le comportement du secrétaire américain à la Défense pourrait illustrer, c'est bien "il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre". L'homme a beau être intelligent, sa haine pour Saddam Hussein l'a progressivement dénué de tout sens critique et enferré dans une dialectique guerrière qui l'avait amené à déclarer " l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence ". En quelques mots, tout était dit, rien ne pouvait plus influer tant sur sa ligne que sur son discours.

C'est la limite du renseignement confronté à une idéologie. Le destinataire trop sûr de ses choix n'est pas demandeur de ce qui va à l'encontre de ses opinions, n'accepte que ce qui est conforme à son schéma de pensée. Le renseignement n'est plus recoupé et digéré pour forger une conviction mais picoré de manière à ne retenir que ce qui va dans le sens d'une conviction préalable. Pire encore, il est prêt à tous les excès pour convaincre qu'il a raison. Le procédé ne serait pas néolibéral, voire maccarthyste, on pourrait le qualifier de stalinien, il est en fait partie prenante de toutes les dérives dictatoriales ou impériales.

Pour Donald Rumsfeld et les Faucons, les opposants irakiens du CNI d'Ahmed Chalabi étaient la meilleure - la seule ? - source qui soit digne de foi. C'était oublier qu'un mouvement politique, aussi respectable soit-il (et on peut ici douter de sa respectabilité), ne peut être assimilé à un service de renseignement tant son agenda politique est de nature à obérer son objectivité. Il poursuit un but qui lui est propre et non une quête de la vérité. Dès lors, l'analyse est forcément biaisée, orientée.

Les services occidentaux, qu'il s'agisse de la CIA mais aussi du MI6, de la DGSE, du BND, etc., ont multiplié les mises en garde à l'égard tant de Washington que de leurs gouvernements respectifs. Pour eux, le rais irakien menait sans aucun doute des recherches interdites, disposait de chercheurs ayant un savoir-faire certain, mais en aucune façon de stocks. Ces derniers ont été détruits depuis longtemps, probablement sur ordre d'un Saddam Hussein conscient de l'épée de Damoclès que représentait la possession de telles armes.

Le général Hussein Kamel et son frère, tous deux gendres de Saddam et responsables de programmes militaires, l'avaient dit lors de leur défection en 1995. Les informations fournies alors avaient été progressivement vérifiées et confirmées par l'ensemble de la communauté occidentale du Renseignement. Par ailleurs, l'existence - indiscutable, elle - d'un savoir-faire, suffisait à entretenir le doute, à créer les conditions d'une sorte de dissuasion minimale du faible au fort. Mais il faudra un jour s'intéresser au cas des chercheurs irakiens, eux qui détiennent le savoir-faire pour avoir mené leurs recherches dans des conditions effroyables. Ils ont payé un lourd tribu humain à la folie de leur maître mais pourraient être tentés de rentabiliser leur savoir en se vendant au plus offrant.

Dès lors, la question, comme au lendemain du 11 septembre, n'est pas de savoir quelles informations ont été fournies par nos espions mais bien l'utilisation qui en a été faite par le pouvoir politique. Il est d'ailleurs intéressant de voir que les autorités françaises et américaines avaient à peu de choses près les mêmes informations et en ont tiré des conclusions opposées. De même, les accusations portées contre la CIA, entres autres, n'est pas de dire qu'ils ont menti sur l'existence d'un éventuel arsenal mais qu'ils sont incapables de dire où ledit arsenal pourrait se trouver. Autrement dit, de mettre les faits en accord avec les déclarations du politique.

Une forme d'inversion de la charge de la preuve qui pourrait mener à tous les abus. Ainsi, certains s'interrogent déjà sur l'origine réelle de ces deux camions-laboratoires apparus ex-nihilo, et qui ne présentent pas le début d'une trace de contamination, pas le moindre germe. Pouvait-il d'ailleurs en être autrement alors qu'il aurait suffi de les faire brûler pour détruire toute preuve ? D'ici à ce que le Pentagone, au terme d'une nouvelle pirouette, nous affirme que les armes ont été transférées dans un pays voisin et désigne un nouveau bouc émissaire...

Bruno Delamotte

(*) Ce point de vue est reproduit avec l'accord de l'auteur et des Echos qui l'a publié dans son édition du 10 juillet 2003 en page 49.

Avec Bernard Brigouleix, Bruno Delamotte est le coauteur d'un livre à succès "le grand bazar" publié aux Editions Michalon. Dans cet ouvrage puisé aux meilleures sources, ils démontent les mécanismes qui permettent de mieux comprendre les enjeux planétaires qui se font et se défont sous nos yeux et nous livrent quelques révélations inédites sur les combats qui se livrent dans l'ombre contre les grandes entreprises européennes. Bruno Delamotte, dont la profession est de conseiller de grands groupes français, était le 15 mai 2003 l'invité d'Elise Lucet sur le plateau du magazine de France 3 "Pièce à Conviction" consacré à l'Irak, "Questions sur une guerre éclair". NDLR

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