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Hommage au Général Milan Rastislav Stefanik

Hommage au Général Milan Rastislav Stefanik

Les manuels d'Histoire français ignorent même jusqu'à son nom. Dans les archives militaires françaises, on ne trouve même pas la photo de celui qui s'est engagé en 1914, à l'âge de 32 ans et qui, de Caporal, deviendra en trois ans général dans l'Armée française. Aucun général, français de surcroît, n'a autant de statues à son effigie dans son pays natal, la Slovaquie, à l'époque, province hongroise où l'usage de la langue slovaque était interdit. A 20 ans, ce polyglotte bardé de diplômes, après un passage à l'Université de Zürich, arrivait en France pour en faire sa patrie et la servir avec une fidélité exemplaire jusqu'à sa mort..

Son nom n'a encore jamais été donné en France à une promotion. Sa carrière pourtant au service de sa patrie d'adoption et de l'Europe fut tellement exemplaire qu'on ne peut pas ne pas s'interroger sur une telle cécité. Il y a bien une place à Paris dans le 16ème, Porte de Saint-Cloud, qui donne sur le boulevard des Maréchaux. En Slovaquie, sa statue est en bonne place dans chaque ville ou village du pays depuis le "divorce de velours". Pour les Slovaques, le Général Milan Rastislav Stefanik n'est pas seulement l'un des trois co-fondateurs de la Tchéco-Slovaquie, issue des Traités de Versailles et du Trianon avec T.G. Mazarik et Benes, il est le père de la nation slovaque.

 

Le 5 mai 2003, les Postes française et slovaque ont édité ensemble un timbre à la mémoire de Stefanik. Peu de temps après avoir été nommé ministre de la Guerre tchéco-slovaque, le ministre Stefanik sera abattu (par méprise) en uniforme français aux commandes de son avion. Une telle initiative en hommage à ce grand savant doublé d'un stratège militaire hors du commun nous donne l'occasion de publier le reportage tourné à Paris et en Slovaquie par Joël-François Dumont et Peter Guldan avec des archives inédites de la Télévision Slovaque STV. D’abord diffusé en France le 4 mai 1998, ce reportage à la mémoire de cet homme qui fut le trait d'union entre la France et la Tchéco-Slovaquie a été rediffusé en Slovaquie au cours d’un grand débat télévisé le 26 août 1998 à Bratislava, mettant face à face le Premier ministre slovaque, Monsieur Vladimir Meciar, à deux journalistes français (Ó European-Security).

Joël-François Dumont: Boulevard des Maréchaux à Paris, la garde républicaine rend les honneurs militaires à l’un des héros de la Première Guerre mondiale, le Général Milan Rastislav Stefanik.

 

Naturalisé français à 20 ans le jeune Stefanik, docteur es-sciences, publiera en dix ans douze traités scientifiques. En 1914, il a 32 ans quand la guerre éclate, il s’engage comme soldat. Trois ans plus tard il sera Général: un cas unique dans les annales militaires. De Washington à Moscou, il sera l’homme des missions impossibles: c’est lui qui inspirera le Traité du Trianon et le Traité de Versailles.

1914: Stefanik décoré de la Croix de Chevalier de la Légion d'honneur

Stefanik avait une vision de l’Europe. Il croyait que les Slaves et les Latins devaient se retrouver sous l’égide de la France pour construire une nouvelle Europe.

Hommage solennel rendu par Vladimir Meciar en visite officielle à Paris

Joël-François Dumont: La France et la Slovaquie aujourd’hui indépendante lui rendent ici un hommage solennel.

Albert Turot, Ambassadeur de France en Slovaquie (1998)

M. Albert Turot, Ambassadeur de France en Slovaquie: A la fin de la guerre, il a participé à la construction de la "Tchéco-Slovaquie", et à ce moment il a revêtu l’habit du diplomate. Il est l’un des fondateurs de la Tchécoslovaquie avec le concours et l’appui du gouvernement français.

Colonel Frantisek Butco, stagiaire à l'Ecole de Guerre à Paris

Colonel Frantisek Butco: Son idée principale : l’égalité entre les deux nations dans un même propre Etat.

Général d'Armée aérienne François Mermet (CR)

Général d’Armée aérienne (CR) François Mermet: Il a terminé cette guerre comme général de brigade aérienne après avoir commencé comme caporal. Il a recruté une escadrille de volontaires slovaques et tchèques pour venir se battre à nos côtés.

La Légion tchéco-slovaque défile devant les généraux Stefanik et Grazziani (Italie)

C’était un savant, c’était un diplomate, c’était un militaire, c’était un homme politique d’envergure, c’était un européen avant l’heure !

Joël-François Dumont: En Slovaquie, le Général Stéfanik est considéré comme le père de la Nation.

Lieutenant-Colonel Bros, Attaché de Défense à Bratislava:

Il s’était fait naturaliser français. Il avait participé à la Première Guerre mondiale en tant que pilote observateur dans la première aéronautique française. Ce personnage est toujours représenté en Slovaquie en uniforme français. Le Général Stefanik a été de ceux qui ont créé la météo aérienne.

En 1916, Stefanik crée avec Mazarik et Benes à Paris le Conseil National tchéco-slovaque. En quelques mois, parcourant l’Europe et les Etats-Unis, il réunira quelques milliers de volontaires pour servir sous l’uniforme français de la "légion tchéco-slovaque".

Joël-François Dumont: Le 21 avril 1918, il signera un traité avec l’Italie officialisant l’armée tchéco-slovaque qui restera dirigée par des généraux français.

 

Abattu aux commandes de son avion le 4 mai 1919, vraisemblablement sur les ordres d’Edouard Benes, la Tchéco-Slovaquie perdra alors son trait d’union.

Prof. Ing. DrSc. Jan Fuska, Président de la Fondation Stefanik

Prof. Ing. DrSc. Jan Fuska: Stefanik a tout fait pour que la Slovaquie soit un jour libérée. C’est pour cela qu’il est parti en France, qu’il a pris la nationalité française, et qu’il a combattu dans les rangs de l’armée de l’armée française.

Le Général Stefanik accueille le Général italien Grazziani

Il a réussi à convaincre à la fois les diplomates et les hommes politiques français qu’il fallait aider la Slovaquie. Pour cela, il fallait diviser l’empire austro-hongrois en créant des petits États d’Europe centrale.

Le képi du Général Stefanik dans sa maison natale de Kosariska transformée en musée

L’idée de Stefanik était de fonder une nouvelle Europe, une Europe libre sous l’impulsion et sous l’influence des idées de la France.

Joël-François Dumont: En Slovaquie, le portrait de Stefanik a fait sa réapparition dès la disparition du Communisme. Le Général Stefanik repose aujourd’hui dans un mausolée sur la montagne de Bradlo qui surplombe sa ville natale de Kosariska.

Milan Rastislav Stefanik (21 juillet 1880 - 4 mai 1919)

(NDLR 1) Après avoir organisé le recrutement de volontaires tchéco-slovaques, Stefanik signe le 21 avril 1918 en Italie avec le premier ministre Orlando le traité de formation d'une armée tchéco-slovaque sur le front Italien: la France le fait commandeur de la Légion d'Honneur.

(NDLR 2) La plus grosse coupure slovaque, le billet de 5 000 Sk (couronnes slovaques) est à l'effigie du Général Milan Rastislav Stefanik. C'est désormais le seul billet de banque au monde qui représente un général français en uniforme.

Au verso du billet, on aperçoit notamment le mausolée sur la colline de Bradlo où repose Stefanik. On distingue une partie de la constellation de la Grande Ourse en hommage à ses travaux de savant astronome à l'Observatoire de Meudon (pour plus de détails cliquez ici).

Billets de 50 Ks émis en 1945 et 1948

(NDLR 3) A propos de la mort du Général Stefanik: Radio Prague a diffusé un long papier en français qui se veut une biographie de Stefanik. Celle-ci aurait certainement beaucoup gagné à être plus complète, à la fois sur les objectifs politiques recherchés par ce stratège militaire d'envergure européenne que fut Milan Rastislav Stefanik, et sur les causes restées "mystérieuses" de la mort du général.

Les "nationalistes slovaques" ont bon dos dans une affaire qui continue, 80 ans après, de faire peser un redoutable soupçon sur le président Edvard. Benes. Un soupçon qui, hélas, ne repose pas que sur des rumeurs colportées par quelques militants fiévreux d'une indépendance que Stefanik n'avait jamais envisagée. Bien au contraire, Stefanik croyait et militait sincèrement pour une véritable communion entre deux peuples, à la fois si proches et pourtant si différents. Pour l'opinion slovaque, ce genre de textes ne changera donc rien avec une telle argumentation qui n'apporte rien de nouveau..

Pour en savoir plus, l'auteur de ce reportage, Joël-François Dumont, grand Reporter à France 3, s'est attaché à rencontrer des historiens militaires slovaques, de tendance politique parfois opposées, et a eu accès à toutes les archives militaires disponibles, et pas seulement en Slovaquie. Il s'est même rendu dans le musée militaire avant son inauguration officielle, où l'on achevait de reconstruire l'avion de Stefanik à l'identique. Il y avait là les débris conservés de l'appareil. L'avion, un Caproni aux couleurs italiennes, semblables à celles de la Hongrie, a bien été abattu par la DCA slovaque. C'est un fait. Mais faut-il se contenter de parler d'erreur tragique et refuser d'accorder un crédit à de nombreux témoignages concordants et recoupés de l'époque, tant slovaques que français, de personnalités qui ne cherchaient aucunement à séparer les deux peuples ?

L'auteur s'est également entretenu avec le fils d'un ancien membre de cette batterie de DCA slovaque, celle là même qui a abattu le Caproni. Selon lui, l'ordre transmis informait à l'avance de l'heure et du lieu d'arrivée de cet avion sans escorte d'une manière tout à fait inhabituelle. Ceux qui ont tiré ne savaient évidemment pas qu'ils étaient en train de viser l'avion de Stefanik, ils pensaient abattre un avion ennemi hongrois.

Les raisons de tuer Stefanik étaient certes multiples à l'époque. Il était d'abord un farouche adversaire du Communisme, il était donc pour eux l'homme à abattre. Le silence qui a d'ailleurs entouré son nom pendant toutes les années ou la Tchécoslovaquie a vécu en dictature communiste en dit long à ce sujet. Il aura fallu attendre l'arrivée au pouvoir de Meciar pour que le sujet ne soit plus tabou et pour que Stefanik, héros national, soit réhabilité. Entre 1946 et 1958, le nom du Général de Gaulle n'a pas été cité une seule fois par la radiodiffusion publique française. Voilà des performances qui en disent long sur l'objectivité qui a régné pendant toutes ces années !

L'hypothèse la plus sérieuse est puisée aux meilleures sources militaires françaises de l'époque et démontrent clairement que pour l'Etat-Major français, "le crime était signé et le commanditaire identifié". La désignation annoncée de Stefanik comme Ministre de la Guerre de Masaryk gênait manifestement et dérangeait les plans de ceux qui ne partageaient ni sa vision politique (un lien très fort avec la France) ni ses vues sur l'équilibre à respecter entre les deux communautés réunies. Curieusement, après la disparition de Stefanik, les relations militaires entre la France et la Tchéco-slovaquie ont commencé à diminuer d'intensité, avant de se dégrader et d'être finalement interrompues quelques années plus tard, contrairement à l'esprit de l'alliance voulue et mise en œuvre par Stefanik. Pour mémoire, la jeune armée tchéco-slovaque était principalement formée par les membres de la fameuse légion tchéco-slovaque encadrée par des militaires français. Ensemble, au lendemain même de la création de cet Etat tchéco-slovaque, ils ont remporté une importante victoire militaire sur l'armée hongroise, la Hongrie ayant très mal vécu cette union des peuples tchèque et slovaque anciennement sous administration hongroise. Autant d'éléments absents des analyses faites par des historiens tchèques proches des pouvoirs qui se sont succédé à Prague..

Pourquoi ne pas reconnaître, une fois pour toutes, les faits, certes inavouables pour un Etat qui se voulait de Droit? Tous les pays cachent ainsi des épisodes peu glorieux avec un inégal succès. Pourquoi, pendant si longtemps, avoir maintenu un secret de plomb sur cette page noire de l'histoire de la Tchécoslovaquie ? Quant à l'image de Benes, pour beaucoup d'historiens, elle ne sera jamais comparable à celle d'un Masaryk ou d'un Stefanik. Un peuple se trompe rarement. Quant au bon sens populaire, c'est de loin la qualité fondamentale qui fait le plus défaut aux hommes politiques actuels.. Leurs prédécesseurs ayant superbement ignoré le mot même de "transparence".

80 ans après, la lumière mérite d'être faite sur ce drame au risque de continuer de laisser planer un doute aussi fort.

L'armée tchécoslovaque: Extrait de 1914-1918 "La der des der". Excellent site historique. Une précision toutefois: à cette époque "tchéco-slovaque" s'écrivait avec un trait d'union, qui a disparu après la mort de Stefanik.

- Remerciements au Lieutenant-Colonel Joël Bros qui a beaucoup fait pour que le nom de Stefanik ne soit pas oublié et au Colonel Ivan Kvackaj pour son aide lors de notre tournage en Slovaquie.

Liens utiles et Biographie:

-- Programme Stefanik: Programme d'actions intégrées franco-slovaque dans le domaine de la recherche scientifique et technologique. Il est administré pour la République slovaque par le Ministère de l'Education. En France, les PAI sont financés et administrés par le ministère des Affaires étrangères et le ministère de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche. La gestion des appels à candidature, puis des programmes eux-mêmes, est confiée à ÉGIDE.

 

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