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Notre objectif politique n'est pas de gagner des batailles, mais de gagner la Paix

Allocution de madame Michèle Alliot-Marie, ministre français de la défense au dîner des CEMA de l'OTAN. Cannes, le 9 septembre 2003. Source: DICoD, Paris.

Monsieur le député-maire,

Monsieur le Président du comité militaire,

Mesdames, Messieurs,

Je suis heureuse d’accueillir pour la première fois les chefs d’état-major des pays de l’Alliance Atlantique, et cela dans le cadre chaleureux de cette belle ville de Cannes.

L’OTAN a la réputation d’être un club anglo-saxon, militaire par surcroît. Et le nombre de femmes parmi les chefs d’état-major des armées a encore quelques marges de progression.

J’apprécie donc tout particulièrement le privilège de partager ce dîner avec vous. Cette rencontre, je la souhaite aussi conviviale que studieuse. Elle survient - reconnaissons-le - dans une période de graves incertitudes pour la communauté internationale.

De nouvelles formes de terrorisme se développent, comme l’illustrent de façon dramatique les évènements du 11 septembre 2001. Le risque de prolifération d’armes de destruction massive s’accroît dans le monde. La mondialisation, source de richesses, mais aussi d’inégalités, alimente une contestation parfois violente du modèle culturel occidental.

De ce fait, si la menace aux frontières, qui justifia la fondation de l’OTAN s’est estompée, notre sécurité n’en est pas moins fragilisée. Face aux nouvelles menaces, la solidarité atlantique reste plus que jamais nécessaire. L’adaptation de l’Alliance devient indispensable pour conserver sa légitimité et sa pertinence.

1. – La nécessité d’une Alliance Atlantique rénovée.

La mission de défense collective de l’Alliance, notre engagement commun contre le terrorisme et les menaces asymétriques, notre contribution solidaire à des opérations de stabilisation en sont les éléments indissociables.

  • 1 .1. Prague et le processus de transformation.

Pour mieux remplir ces missions, dès le sommet de Prague, l’Alliance a entamé un indispensable travail de transformation et d’adaptation de son outil militaire.

C’est la réforme du système de commandement, avec la création du Commandement Allié pour la transformation à Norfolk. C’est aussi la réforme de la structure de forces. Dès le départ j’ai appuyé sans réserve le principe de la force de réaction de l’OTAN. Elle doit permettre aux Européens et aux Nord-Américains d’assurer, de manière solidaire, sur le terrain, les engagements de l’Alliance.

Ces initiatives ont été menées avec une rapidité exemplaire. Elles dotent l’OTAN de structures plus réactives, plus déployables, plus flexibles. Elles nous éviteront à l’avenir d’immobiliser trop de moyens au sein de structures permanentes sans justification avérée.

  • 1.2. Diversification des engagements de l’Alliance.

D’ores et déjà, cette réactivité dont fait preuve l’Alliance a permis de diversifier nos modalités d’engagement dans plusieurs régions du monde.

Dans les Balkans, un partenariat étroit avec l’UE a permis aux Européens de prendre le relais de l’OTAN avec succès, dans l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine. L’étape suivante est logiquement, la prise en compte de la SFOR par l’Union Européenne en Bosnie.

En Afghanistan, l’Alliance a également pris la responsabilité du commandement, au sein de la force mandatée par les Nations Unies.

  • 1.3. Place de la France

Est-il besoin de le rappeler ? La France, tout en gardant sa position spécifique, s’est investie sans réserve dans cet effort d’adaptation. Ayant pris une part active et constructive aux décisions, elle contribuera de façon substantielle à la force de réaction rapide.

Les forces françaises sont très présentes dans les Balkans, notamment au sein de la KFOR, en tant que premier contributeur.

Notre effort budgétaire est considérable; il vise à garantir l’efficacité et la disponibilité de nos forces. Le Président de la République rappelle régulièrement que l’Alliance demeure le fondement de la défense de l’Europe. Notre volonté de participation à la NRF reste pleine et entière. Les propositions de contributions faites à cet égard le montrent sans ambiguïté. Cet engagement politique implique logiquement un accroissement de la présence française dans les états-majors de l’OTAN. Elle doit se traduire, notamment par l’obtention d’une place significative au sein de l’ACT.

2. – Les ambiguïtés de la réforme

Des ambiguïtés doivent être cependant dissipées s’agissant notamment de nos objectifs politiques, des modalités d’amélioration de nos capacités et de la relation entre l’OTAN et l’Union Européenne.

  • 2.1. Nécessité d’un processus politique

Notre objectif politique n’est pas simplement de gagner de batailles. Il doit être partout où nous sommes amenés à intervenir, de gagner la paix. L’expérience montre que nos efforts de sécurisation n’ont de chances de perspectives de succès que dans le cadre d’un processus politique clair.

Au Kosovo, la priorité est la restauration de l’Etat de droit, sous la tutelle des Nations Unies, un débat prématuré sur le statut ne favorisant que les extrémistes.

En Afghanistan, il convient de privilégier le processus de Bonn et donc la tenue d’élections.

En Irak, l’apaisement suppose que les Irakiens redeviennent rapidement maîtres de leur destin sous les auspices de l’ONU.

2.2. Mobiliser les capacités.

C’est aussi en matière capacitaire que des efforts restent à accomplir je l’ai déjà dit.

Dans le domaine de la planification et de la préparation, les procédures actuelles ont fait leurs preuves.

Je ne pense pas qu’un processus de décision militaire accéléré, contournant les instances politiques, améliorerait de façon significative notre efficacité. Le succès de nos opérations passe avant tout par une définition préalable en commun de nos objectifs politiques. C’est du reste dans la nature d’une alliance entre Etats souverains et égaux.

  • 2.3. La relation OTAN / UE

Dans cette logique, le développement de la relation OTAN/UE, qui a progressé de façon décisive avec Berlin Plus, devrait être un instrument clef d’une réponse efficace à la diversification des crises.

L’U.E. dispose d’une gamme de moyens diversifiés de nature militaire, mais également policière, judiciaire, économique et financière. Ils en font un partenaire précieux pour les missions de stabilisation. Les Européens se dotent par ailleurs de capacités d’agir de façon autonome pour des missions qui ne relèveraient pas de l’Alliance. Ils s’appuient sur un réservoir unique de forces disponibles pour leurs opérations nationales, européennes et OTAN. Il ne s’agit pas là d’une duplication, mais d’une démarche complémentaire, qui bénéficie à la sécurité de tous.

Les réserves soulevées par la construction de l’Europe de la défense devraient tomber si les Européens savent faire preuve de transparence. Ils l’ont montré au cours de l’opération Artémis.

Vos travaux arrivent à point nommé. Ils surviennent à un moment clef pour la rénovation de l’Alliance, le renforcement de la défense européenne, la revitalisation du lien transatlantique. Je ne doute pas qu’ils prépareront utilement la réunion des Ministres à Colorado Springs. En attendant, je vous souhaite de passer un moment agréable sur ce sol français.

Ce programme de la démonstration aéro-maritime à laquelle vous allez assister demain me fait regretter de ne pas vous y accompagner mais c’est entre connaisseurs que vous l’apprécierez.

Je vous souhaite, très chaleureusement, une très bonne soirée et bon vent, bonne mer pour demain mais surtout pour l’exercice de vos responsabilités.


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