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France-Émirats Arabes Unis : un partenariat global

France-Émirats Arabes Unis : un partenariat global

Conférence du ministre français de la défense, Michèle Alliot-Marie, à l'occasion de son déplacement dans les Émirats Arabes Unis le 24 avril 2004. Source: DICoD, Paris.

Mesdames et Messieurs,

D'abord merci d'être ici ce soir.

Je suis aujourd'hui aux Émirats Arabes Unis dans le cadre d'un déplacement qui m'amène dans plusieurs pays de la région. Je tenais à avoir ce contact aux Émirats. C'est mon troisième déplacement en l'espace d'à peine quinze mois et cela souligne la qualité des relations qui existent entre la France et les Émirats Arabes Unis.

Ces relations sont en effet très anciennes, elles ont été voulues par Cheikh Zayed et le Général de Gaulle, et depuis, elles se sont toujours approfondies, notamment après la signature d'un accord de coopération en matière de défense qui date de 1995. Ces relations se sont développées dans tous les domaines, et il s'agit là bien d'un véritable partenariat global. Il se manifeste par des contacts réguliers de haut niveau, qu'il s'agisse du niveau ministériel ou qu'il s'agisse du niveau des états-majors. Il se manifeste également par la présence très régulière de navires français et, à la demande des autorités émiriennes, ces présences régulières se sont encore intensifiées. Ces relations se marquent également par les échanges de personnels, qu'il s'agisse d'officiers en formation ou qu'il s'agisse d'exercices faits en commun. Enfin, c'est dans le domaine industriel que se manifeste aussi ce partenariat. Nous développons une conception commune sur un certain nombre de projets et de programmes, dans le domaine militaire, qu'il s'agisse du domaine aéronautique, qu'il s'agisse du domaine électronique, optronique, qu'il s'agisse également aussi du domaine naval. Mais je tiens à souligner que cette coopération dans le domaine de la défense n'est que l'un des éléments de l'excellente coopération qui existe entre nos deux pays.

Celle-ci se développe dans le domaine politique général où nous partageons les mêmes conceptions de ce que doit être une société internationale respectueuse de la légalité et de la force dominante des Nations Unies.

Cette coopération se développe aussi dans l'ensemble des secteurs de l'économie et de la culture. J'ai eu le plaisir et l'honneur d'être reçue dès ma descente d'avion par Cheikh Khalifa et Cheikh Mohammed avec qui nous avons abordé différents sujets, notamment des sujets de relations internationales, nous partageons les mêmes préoccupations de sécurité et de paix. J'ai donc été très intéressée par les réflexions et par les analyses qui ont été faites, à ma demande, de la situation tant en Irak que dans l'ensemble de la région. Et, avec le Vice-Prince héritier, Chef d'État-Major des Armées, nous avons bien entendu évoqué tous les aspects de notre coopération militaire. Ces entretiens se sont déroulés dans un climat particulièrement chaleureux et dans un climat de totale confiance. Ce qui est très important pour la France car avoir des amis, en qui nous avons toute confiance, dans cette région nous permet de recueillir leurs avis et d'être ainsi mieux informés et mieux au fait des préoccupations et de la situation politique de la région. Voilà ce que je peux dire pour résumer ces entretiens.

Question: Madame le Ministre, je voudrais vous demander si votre tournée aujourd'hui prépare à un accord de la France ou plutôt à une acceptation par la France de participer à une force de paix internationale en Irak. Est ce que la France a posé les conditions de cette participation comme par exemple l'existence d'un calendrier de retrait des forces de l'occupation américaine de l'Irak et une telle condition serait-elle le passage de la phase d'occupation à une nouvelle étape en l'Irak ?

Michèle Alliot-Marie: Depuis de longs mois, la France a dit qu'elle souhaitait que le peuple irakien retrouve le plus rapidement possible sa totale souveraineté. Inquiète de la situation humanitaire du peuple irakien, la France a également manifesté sa disponibilité à participer à la reconstruction de l'Irak si certaines conditions étaient remplies. La première de ces conditions, c'est que la situation passe sous le contrôle des Nations Unies ; la deuxième condition, c'est qu'il y ait un gouvernement irakien, légitime, qui fasse et la troisième condition, c'est une demande en ce sens. Aujourd'hui, ces conditions ne sont pas réunies. L'ensemble des conditions nécessaires ne sont absolument pas remplies pour qu'il y ait une participation française en Irak.

Question: Madame le Ministre, je représente l'agence de presse iranienne. Je voudrais savoir quelle est la position de la France sur la date fixée pour le transfert de l'autorité du pouvoir aux Irakiens ?

Michèle Alliot-Marie: Nous avons toujours dit que nous souhaitions que ce transfert se fasse le plus rapidement possible, c'est la raison pour laquelle nous sommes effectivement attachés à la date du 30 juin.

Question: Madame le Ministre, quel bilan tirez-vous de cette tournée dans le Golfe, puisque vous l'achevez ce soir. Et quant à l'approche que font les pays du Golfe de la situation internationale en Irak, que retenez-vous comme opinion de tous ces entretiens sur l'Irak et la situation dans la région ?

Michèle Alliot-Marie: L'ensemble de mes interlocuteurs ont marqué leur très grande préoccupation de la dégradation de la situation en Irak. Ils ont aussi marqué leur préoccupation de la garantie de l'unité de l'Irak. Ils ont enfin, partageant en cela totalement les préoccupations françaises, marqué leur souhait que le plus rapidement possible les Irakiens retrouvent leur souveraineté. Je crois que nos préoccupations, quand je dis "nos", je veux dire celles de la France et celles des interlocuteurs que j'ai eus, se rejoignent totalement, ce qui est normal, puisque nous avons la même conception finalement de ce que doit être l'organisation de la société internationale pour rechercher la sécurité et la paix et notamment le rôle dominant des Nations unies.

Question: Vous avez parlé lors de votre tournée d'une éventuelle conférence internationale sur l'Irak et vous avez parlé des conditions que la France posent pour l'éventuelle participation en Irak. Pensez-vous que le contexte international actuellement permet la tenue de cette conférence et quelles sont les chances de la tenue de cette conférence ?

Michèle Alliot-Marie: Ce que nous pensons, c'est qu'il y a finalement deux éléments différents, un étant plus large, et les autres étant plus spécifiques. Le transfert de la souveraineté aux Irakiens, le rôle déterminant des Nations Unies, les demandes irakiennes liées au transfert pour qu'il y ait des participations à la reconstruction de l'Irak, qui peuvent prendre d'ailleurs des formes extrêmement diverses, tout ceci c'est une chose. Par ailleurs, le sentiment que nous avons, c'est que ces premiers éléments ne règleront pas tout, nous le voyons aussi, et que ce qui est indispensable aujourd'hui, c'est qu'il puisse y avoir un véritable dialogue. Que tous ceux qui ont envie d'œuvrer pour que la situation du peuple irakien s'améliore, non seulement maintenant mais dans le long terme, aient intérêt à parler ensemble ; c'est cela l'idée de la conférence internationale ou de la rencontre internationale. Il faut que les choses se fassent aussi en associant très étroitement toutes les parties prenantes de cette région, parce que ce sont ceux qui connaissent le mieux, qui se connaissent le mieux et qui auront bien entendu un rôle déterminant à jouer dans un futur Irak qui soit en paix et qui ait une sécurité et un vrai développement dans la durée. Ce sont donc, je crois vraiment, deux problèmes qui sont liés bien entendu mais dont le domaine est différent.

Question: Je reviens sur la Conférence internationale, au plan des forces politiques irakiennes. Aujourd'hui le Président Chirac rencontre M. Brahimi à Paris. Est ce qu'il y a des consultations franco-onusiennes en vue de faire accepter cette proposition, surtout quand on sait déjà que les États-Unis n'ont pas répondu à la proposition française ?

Vous avez récemment déclaré aux Américains que vous connaissez assez bien la région et que vous leur demandez de vous écouter, donc vous déduisez que ce qu'il se passe actuellement en Irak, c'est le fruit d'une décision unilatérale. Est-ce que c'est ce que vous pensez ?

Enfin, votre réaction concernant le Moyen-Orient, les déclarations du Premier ministre Ariel Sharon se désistant, si l'on peut dire, des promesses qu'il a faites de ne pas attaquer le Président Arafat ?

Michèle Alliot-Marie: En ce qui concerne la question sur la rencontre entre M. Chirac et M. Brahimi, cette rencontre a pour but que M. Brahimi donne à M. Chirac sont sentiment sur ce qu'il a constaté durant sa mission en Irak. Nous connaissons bien M. Brahimi qui a été depuis plusieurs années en Afghanistan et qui a fait un très bon travail et c'est donc quelqu'un dans l'analyse de qui nous avons tout à fait confiance. Il est possible que le problème de la conférence ou de la rencontre ait été évoqué. Je n'y étais pas. Je ne peux donc pas vous en parler. Simplement, je sais que le Président Chirac attache effectivement une grande importance à ce dialogue et à cette concertation de tous ceux qui peuvent permettre de faire progresser la paix et la sécurité.

En ce qui concerne l'écoute par les États-Unis de nos analyses, ce que j'ai dit c'est plutôt qu'un certain nombre des membres de l'administration américaine, que j'ai rencontrés, ont fait part de leur intérêt pour nos analyses en disant que nous connaissions bien ou assez bien la région. Notre langage et nos analyses n'ont pas changé depuis plusieurs mois en la matière. Ce que je constate simplement, c'est qu'il y a aujourd'hui davantage de personnes qui manifestent leur intérêt pour ce que nous disons. Mais n'y voyez rigoureusement aucune frustration parce que nous n'avons jamais ressenti de frustration.

Votre troisième question porte sur les déclarations de M. Sharon. Ce que je constate, c'est que M. Bush a émis une mise en garde sur les propos de M. Sharon et je crois que cette mise en garde est suffisamment significative en soi.

QuestionJ'aurais deux questions à vous poser Madame le Ministre, la première est la suivante : la France aujourd'hui a parlé de la possibilité d'annuler une partie de la dette irakienne. A combien se monte la dette irakienne envers la France et quel est le montant de la dette irakienne que la France serait prête à annuler dans ce cas ? Quelques pays du Golfe ont déclaré qu'ils étaient prêts à envoyer des forces pour participer au rétablissement de la paix en Irak. De part les entretiens que vous avez eus, pouvez-vous nous confirmer ou nous infirmer une telle information ?

Michèle Alliot-Marie: Je crains de ne pas vous apporter beaucoup de réponse en la matière, vous me le pardonnerez. Sur votre première question sur le montant de la dette irakienne, je dois vous dire que le Ministère de la Défense n'est pas particulièrement en première ligne. Alors, je sais que l'on a effectivement parlé d'une telle perspective d'annulation d'une partie de la dette qui a d'ailleurs déjà plusieurs mois. Très honnêtement, je ne peux pas vous dire ce que sont les chiffres. Je les ai vus à l'époque, mais je ne les ai pas suffisamment en tête et je ne veux pas donner des informations qui ne seraient pas exactes. Mais peut-être l'Ambassadeur de France pourra-t-il vous faire passer l'information en la matière.

En ce qui concerne maintenant l'Irak et les perspectives en Irak, plusieurs de mes interlocuteurs ont effectivement manifesté très clairement leur souhait, leur perspective d'aider à la reconstruction de l'Irak et notamment à tout ce qui peut améliorer la situation du peuple irakien. Je pense que c'est un problème à la fois de solidarité humaine, mais également un problème politique. Il y a besoin de pays qui soient stabilisés dans la région et qu'il y ait de vraies perspectives de développement. Mais aucun d'entre eux n'a évoqué la perspective d'envoi de forces parce que simplement, peut-être, la question n'a pas été soulevée entre nous.

Question: Je suis du journal Al Hayat. Je sais qu'il y a deux contrats en cours de négociation avec les Émirats Arabes Unis pour l'achat de chars Leclerc et de Mirage 2000. Où en êtes-vous de la livraison de ce matériel ? Je voudrais savoir si la France est inquiète du programme nucléaire iranien et surtout après que les États-Unis aient déclaré qu'ils étaient inquiets sur ce programme ?

Michèle Alliot-Marie: En ce qui concerne les contrats qui sont déjà signés, ce sont des contrats qui sont en cours et je n'ai été saisie d'aucun problème, ni de retard ni quoi que ce soit, donc les contrats se déroulent apparemment tout à fait normalement. Il y a d'autres contrats en perspective, mais je dirais que cela fait partie des relations industrielles normales que nous avons entre les Émirats et la France.

En ce qui concerne le programme nucléaire iranien, vous savez la part que la France a prise avec l'Allemagne et la Grande-Bretagne pour inciter le gouvernement iranien à se rapprocher de l'AIEA. Ce que nous souhaitons, maintenant, c'est qu'il y ait effectivement un suivi de ces premiers contacts et que le gouvernement iranien tienne les engagements qu'il a pris à cette occasion.


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