Éditoriaux Défense Sécurité Terrorisme Zones de conflits Logistique Livres de référence Liens
Terre Air Mer Gendarmerie Renseignement Infoguerre Cyber Recherche

La défense à la tête de la modernisation de l'État

La défense à la tête de la modernisation de l'État

Allocution du Ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, devant la 56ème session nationale de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale. Paris le 2 février 2004. Sources: DICoD et IHEDN.

Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les officiers généraux,
Monsieur le Chef d'État Major des Armées,
Mesdames et Messieurs les auditeurs,
Mesdames, Messieurs,

Nos sociétés sont entrées dans un monde d'incertitudes stratégiques permanentes.

Les événements du 11 septembre 2001, la succession des crises internationales et des actes terroristes sont là pour nous le rappeler en permanence.

Cette nouvelle donne impose que notre politique de défense s'inscrive dans une stratégie cohérente, flexible mais aussi intelligible par tous les citoyens. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité exprimer devant vous, ma vision de la politique de défense de la France, vous qui êtes un incomparable relais entre la Défense et la société.

La France se trouve, plus que jamais, à la croisée des chemins. Elle entend être un acteur majeur d'une de ces périodes où l'Histoire s'accélère.

Notre défense est un facteur essentiel de cette capacité de la France à rayonner et à prendre toute sa place dans les évènements actuels. Cela implique un certain nombre d'obligations. Aussi, parce que notre outil de défense est nécessaire à la crédibilité et la reconnaissance de la France sur la scène internationale, il nous appartenait de lui conférer les moyens de tenir ce rôle.

Parce qu'elle exprime notre vision et nos ambitions internationales, la défense se doit d'être au cœur de la construction de l'Europe et du renouveau du partenariat Atlantique.

La stature internationale de la France est, et c'est une évidence, servie par un outil militaire à même d'assurer sa crédibilité. Elle exige, en effet, la participation de notre pays aux relations internationales face à l'évolution des risques.

Notre statut de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies nous confère une influence déterminante en même temps qu'une responsabilité propre sur l'ensemble des questions internationales. Nos nombreux accords de défense bilatéraux, notre rôle moteur dans la construction européenne, notre participation active à l'Alliance atlantique, nous mettent au cœur de structures juridiques et politiques qui contribuent à la stabilité de notre environnement international.

Fidèle à ses engagements, fidèle à ses principes, solidaire avec ses alliés, la France s'implique dans la prévention et dans la résolution des crises. Rappelons qu'avec le Royaume-Uni, notre pays est l'un des rares pays d'Europe à avoir conservé une tradition d'intervention extérieure partout dans le monde.

En permanence, 15 à 20 000 de nos militaires sont déployés en opérations extérieures, sans compter les 10 000 militaires français prépositionnés à travers le monde, et tout particulièrement en Afrique.

  • La France est le seul pays européen disposant d'un dispositif aussi étendu.

Et nous savons, lorsque c'est nécessaire, prendre des risques pour empêcher la dérive vers des conflits régionaux majeurs, conflits qui peuvent, en s'étendant ou en créant de nouvelles perturbations, menacer notre propre continent et notre propre pays.

L'action de la France en Côte d'Ivoire pour le maintien de la paix et l'intégrité de ce pays témoigne de notre conscience et de notre volonté d'agir, mais aussi des risques que prennent nos militaires.

Notre crédibilité militaire est indissociable de notre volonté d'agir. Elle est assurée par un outil militaire aujourd'hui renforcé grâce à la Loi de programmation militaire, et surtout grâce à la garantie de la permanence de l'effort. En effet, dans cet environnement stratégique en mutation que j'évoquais à l'instant, la politique de défense de la France et les fondements de sa stratégie militaire générale, définis il y a plusieurs années demeurent pertinents. Et je tiens à le rappeler lorsque se posent parfois des interrogations.

Cela ne nous empêche pas de repenser notre défense pour assurer en permanence son efficacité. La Loi de programmation militaire 2003-2008 est une bonne illustration à la fois de cette permanence recherchée, mais également de cette efficacité qui reste notre objectif permanent. La LPM a en effet pour objectif de nous donner les moyens matériels mais aussi humains d'une défense plus opérationnelle et plus moderne.

Rappelons que notre pays se place parmi les rares pays de l'Union européenne et de l'OTAN qui maintiennent un effort de défense important. Sur la période 2003-2004, ce sont 14 % supplémentaires qui sont accordés à l'investissement en matière de défense. C'est ainsi que nous avons pu commencer à rétablir la disponibilité des matériels et commencer à acquérir des matériels plus performants. Il faut en effet se souvenir que la disponibilité des matériels était très affectée par la baisse continue des crédits qui lui étaient consacrés au cours des années précédant l'année 2002. Grâce aux engagements financiers mais surtout grâce à l'assurance de leur permanence, grâce aussi aux nouveaux contrats de maintien en condition opérationnelle, le redressement est aujourd'hui sensible. Même s'il n'est pas parfait. Par ailleurs, la Loi de programmation militaire permet la modernisation de nos forces pour faire face aux nouveaux enjeux.

 La modernisation des moyens de commandement et de conduite des opérations permet à notre pays de jouer le rôle de nation-cadre pour une opération européenne ou pour une opération internationale. C'est elle aussi qui nous permet d'assurer aux armées qu'elles disposeront demain des moyens matériels les plus performants, ce qui implique un budget de recherche et développement conséquent.

Car il nous faut aujourd'hui préparer l'avenir. C'est ainsi que, pour préserver notre avance technologique, j'ai lancé un vaste programme de démonstrateurs technologiques.

Mais il est évident que les hommes constituent un élément essentiel de l'efficacité de notre armée. Le défi de la professionnalisation a été relevé : il nous faut désormais l'assurer dans la durée. C'est la raison pour laquelle le Fonds de Consolidation, inscrit dans la Loi de programmation militaire, joue un rôle essentiel. Et je peux vous dire que les engagements du gouvernement dans ce domaine seront tenus. La professionnalisation nous conduit aussi à repenser le rôle des réserves, à la fois de la réserve opérationnelle et de la réserve citoyenne. Une nouvelle loi sera présentée au Parlement au second semestre de l'année 2004.

  • La Loi de programmation militaire n'est pas une simple déclaration d'intention:

C'est l'expression d'une volonté politique, et d'une volonté politique sur le long terme. Elle permet à la France d'assurer totalement ses responsabilités sur la scène internationale dans la durée. Elle permet également à notre pays de prendre pleinement en compte le contexte stratégique actuel.

Ainsi, pour assurer ses missions, notre défense maintient ses atouts fondamentaux et fait aussi preuve d'une capacité d'adaptation sans pareil. C'est ce que nous pouvons voir à travers les différents éléments de notre défense.

  • La dissuasion nucléaire tout d'abord, elle est toujours d'actualité.

Il y a plus de quarante ans que la France a fait, avec le Général de Gaulle, le choix de l'arme nucléaire comme condition de l'indépendance nationale.

Ce choix n'a aujourd'hui rien perdu de sa pertinence. Seule la dissuasion nucléaire peut en effet garantir qu'en des circonstances extrêmes, notre pays pourra compter sur ses propres forces pour assurer sa survie et la défense de ses intérêts vitaux. J'entends parfois des doutes émis sur la pertinence de maintenir une dissuasion nucléaire dans notre pays. Je veux vous rappeler que, dans un monde imprévisible et dangereux, les grandes puissances dotées de l'arme nucléaire ne songent nullement à l'abandonner. Par ailleurs, la prolifération est un fait avéré et donc un danger potentiel toujours actuel, peut-être plus actuel que jamais. Il faut, là aussi, pouvoir y faire face. Alors je tiens à préciser, si c'était nécessaire, qu'en matière de dissuasion, il n'y a pas de nouvelle doctrine à l'étude. Le Président de la République l'a indiqué, ici même, le 8 juin 2001, la dissuasion est aujourd'hui “ un fondement essentiel de notre sécurité et elle le restera ”.

Les principes fondamentaux de son emploi restent inchangés : l'arme nucléaire est une arme politique, de nature différente, qui n'est en aucun cas destinée à la bataille. C'est d'ailleurs dans le respect de ces principes que nous avons écarté l'option d'une arme miniaturisée. Le développement d'une telle arme poserait, en effet, la question de l'évolution de notre doctrine vers l'emploi, ce que nous refusons. Parallèlement, nous observons un principe de stricte suffisance dans la définition du volume et de la qualité de l'armement, sous l'autorité directe du Président de la République. L'évolution du contexte stratégique que je viens d'évoquer, nous a conduits à juger que la crédibilité de la dissuasion impliquait d'éviter à la France de se trouver dans des situations de “ tout ou rien ”, et que par conséquent, elle supposait la possession de moyens suffisamment souples et diversifiés.

  • Assurer la pérennité et la crédibilité de notre dissuasion s'inscrit dans la durée.

Nos composantes complémentaires, sous-marine et aéroportée, font ainsi l'objet d'un renouvellement destiné à faire face aux nouveaux défis.

Et je vous rappelle qu'en l'absence d'essais, le programme de simulation, indispensable à la mise au point de nos armes, garantit la sûreté et la fiabilité de celles-ci. Alors pour tordre le cou à d'autres hésitations ou contestations que j'entends parfois, je dirai que la dissuasion nucléaire a un coût, bien entendu, comme l'indépendance. Mais parce que ce coût est celui de notre “ assurance-vie ”, j'estime qu'il n'est nullement exorbitant. Avec moins d'un dixième du budget de la Défense, sa part représente moins de 20 % en moyenne de l'effort d'investissement de la Loi de programmation 2003-2008.

L'équilibre de la Loi de programmation militaire montre qu'il n'y a ni concurrence, ni incompatibilité, entre notre effort nucléaire et la modernisation de nos moyens conventionnels.

N'oublions pas non plus que le développement de notre outil de dissuasion, reposant sur des technologies de pointe, contribue ainsi à la vitalité de notre recherche scientifique. Pour terminer sur la dissuasion, je vous demanderai de ne pas oublier que notre dissuasion est loin d'être incompatible avec notre engagement européen. La dissuasion s'inscrit au contraire dans un cadre de solidarité effective avec nos partenaires, comme le Président de la République a eu l'occasion de le rappeler à plusieurs reprises.

  • Le deuxième élément de l'adaptation de notre stratégie militaire, c'est le renforcement de notre volet protection.

Depuis les évènements du 11 septembre et la prise de conscience collective d'un "terrorisme de masse", le renforcement de la protection de notre territoire et de nos populations est devenu un impératif majeur. Il paraît d'autant plus nécessaire que nos sociétés, développées et ouvertes, y sont particulièrement vulnérables.

Soyons clairs, il n'existe pas de système de sécurité fiable à cent pour cent. C'est la raison pour laquelle nous insistons sur le développement de nos capacités de renseignement. Car c'est le renseignement qui peut nous permettre d'intervenir à temps et d'une façon efficace. Le Premier Ministre, qui a une responsabilité toute particulière dans ce domaine, coordonne avec énergie l'action des nombreux ministères impliqués, dont le ministère de la Défense. Je pense bien entendu à nos différents plans : VIGIPIRATE, mais également à BIOTOX, PIRATOX ou PIRANET.

Je note cependant que la Défense demeure la seule institution capable de déployer une réponse forte et rapide aux situations d'urgence, en cas d'agression extérieure, d'attentat ou de catastrophe naturelle majeure. Elle seule, en effet, dispose des moyens suffisants en termes de volume et de puissance des matériels spécialisés, de logistique ou d'organisation.

Je voudrais à cette occasion souligner la capacité, la qualité, le professionnalisme des forces armées françaises. Elles œuvrent, à chaque instant, pour que la protection de nos concitoyens soit à un niveau maximal. Elles le font en veillant à la sécurité de l'ensemble du trafic aérien et, ces jours-ci, nous savons combien ce domaine est sensible. Elles y veillent aussi en assurant la protection de nos approches maritimes, et il convient de le souligner. Elles y œuvrent, enfin, en mettant en œuvre le programme VIGIPIRATE.

Je voudrais attirer votre attention sur un fait, qui n'est peut-être pas suffisamment connu du grand public ou compris par lui, c'est le fait que nos opérations extérieures, elles aussi, contribuent à la prévention et à la lutte contre le terrorisme et que par-là même, elles protègent notre territoire et nos concitoyens d'un certain nombre de menaces.

Nous voyons mieux comment s'articule la fonction protection qui est, ou qui devient, de plus en plus indissociable de la fonction projection.

  • Et le troisième élément de notre adaptation au contexte actuel, c'est le renforcement de nos capacités de projection.

A la fois pour des raisons classiques tenant à nos obligations ou à nos solidarités, mais également dans ses perspectives d'intervention sur des crises d'où sont susceptibles de jaillir des déstabilisations, voire même des soutiens au risque terroriste.

Les armées ont su faire face à de nombreuses situations de crise grâce au professionnalisme de leurs hommes. Je l'ai constaté à de nombreuses reprises sur le terrain. Des hommes entraînés, prêts à intervenir rapidement, et je ne parle pas simplement ici des unités spécialisées. C'est là un des résultats tangibles, et dont il faut se féliciter, de la professionnalisation. Nos forces prépositionnées offrent de ce point de vue une capacité de réaction sans égal. Elles nous permettent en effet en cas de besoin l'évacuation rapide de nos ressortissants et, d'une façon plus générale, des ressortissants étrangers qui peuvent être menacés lors de crises. C'est ce qui s'est passé au Liberia, c'est ce qui s'est passé en Centrafrique, c'est ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire.

  • Néanmoins, et je le cacherais pas, certaines lacunes capacitaires persistent dans le domaine de la projection.

Elles sont en passe d'être comblées avec l'actuelle LPM. C'est le cas par le renforcement de nos moyens de transports stratégiques qui devrait être réalisé par l'acquisition des A400M ou par celle des NH90 ou enfin par la disponibilité permanente de notre groupe aéronaval. C'est là, bien entendu, le sens de la décision qui nous a conduit à décider l'acquisition d'un second porte-avions.

L'évolution de notre stratégie militaire, combinée au renforcement de nos capacités opérationnelles, doivent, dans la durée, s'accompagner d'une réflexion sur une meilleure gestion de nos moyens. C'est ce que nous faisons en réfléchissant à nos modes de gestion dans la stratégie ministérielle de réforme ou dans le cadre de la LOLF.

Mais il nous faut, plus généralement, penser en interarmées et plus à un niveau européen qu'en franco-français pour les prochaines années.

Parvenir à une défense efficiente, ce qui veut dire sans gâchis, sans doublons, sans énergie gaspillée, cela impose aussi que nous fassions preuve d'imagination. Cette imagination, notre défense l'a. Les armées l'ont. Car elles ont une lecture dynamique des enjeux stratégiques de notre temps.

Notre Défense se met en situation d'être capable d'anticiper les défis de demain. Or l'un de ces défis, c'est justement de renforcer les instruments de coopération entre les États, préalable indispensable à la stabilité internationale. Et de ce point de vue, je ne peux et nous ne pouvons je pense, que nous réjouir de voir que la coopération en matière de Défense est probablement celle qui, au moins au niveau européen, avance le plus vite. Ces progrès méritent d'être soulignés car ne l'oublions pas, la défense exprime notre vision et nos ambitions internationales.

La défense, si elle contribue à la puissance de la France, est également un pilier essentiel de la construction et de la solidité des liens européens et transatlantiques. Et je viens de l'évoquer, la défense a joué et joue un rôle moteur dans la construction de l'Europe.

En effet, l'Europe est une puissance économique. Aujourd'hui, elle doit devenir une puissance politique. Pour être une puissance politique, il est indispensable qu'elle existe sur le plan de la défense. L'année 2003, personne ne peut le contester, a permis de faire progresser l'Europe de la défense de manière spectaculaire. Le dernier Conseil de Bruxelles, réuni en décembre 2003, a notamment permis l'adoption de la stratégie européenne de sécurité, apportant ainsi la preuve que les Européens, autant par pragmatisme que par ambition, sont capables de définir une ligne de lecture commune des défis de ce monde, afin de mieux garantir leur sécurité collective. Elle a également fait apparaître la prise en compte du besoin avéré d'une cellule européenne de planification et de conduite des opérations. C'était un grand progrès, un élément essentiel. Cette démarche doit maintenant se concrétiser pour optimiser la capacité de gestion de crise de l'Union européenne.

L'accord sur la création de l'Agence européenne de développement des capacités de défense, de la recherche, des acquisitions et de l'armement, l'Agence européenne de l'Armement pour faire court, permettra de donner les impulsions politiques - car c'est une décision politique et qui sera dirigée par les ministres de la Défense - nécessaires à un processus capacitaire européen ambitieux et à la création d'une véritable Europe de l'armement. Et donc d'une industrie européenne de l'armement.

La création d'une force de gendarmerie européenne, qui est au départ une proposition française et qui a été très favorablement accueillie par nos partenaires, permettra de compléter la gamme des moyens de gestion des crises aujourd'hui disponibles, en permettant notamment d'avoir une réponse spécifique pour la phase de transition entre les volets militaire et civil.

Ce qui s'est fait sur le plan institutionnel en matière d'avancée européenne, s'est également fait en matière d'avancées opérationnelles. C'est peut-être ce que les opinions publiques auront le plus retenu de cette année 2003.

L'Union européenne a mené avec succès ses deux premières opérations militaires en 2003 - CONCORDIA en Macédoine, et qui a été en quelque sorte le précurseur de la relève en Bosnie, et ARTEMIS en République Démocratique du Congo.

Dans ces deux opérations, la France était nation-cadre ce qui prouve bien la part que nous prenons à la construction de l'Europe de la Défense. Je crois que le succès d'ARTEMIS a impressionné les observateurs. Cette opération a montré la capacité de l'Union européenne à répondre rapidement à un appel des Nations Unies et à agir de façon autonome à des milliers de kilomètres de son territoire.

Sur le plan de la construction européenne, après les institutions, après les actions, il y a également la création de l'industrie européenne de Défense.

J'ai évoqué l'A400M, j'aurais également pu évoquer les avions ravitailleurs. J'ai évoqué le NH90, mais c'est vrai également pour le Tigre. La France et cinq de ses partenaires se sont engagés dans une opération sur le développement du missile METEOR. Pour le programme de démonstrateur d'avion de combat sans pilote UCAV que j'avais lancé en juin dernier, au Salon du Bourget, nous pouvons aujourd'hui compter sur la participation de la Suède et de la Grèce.

A travers les institutions, ces opérations, la construction d'une industrie militaire européenne, la Défense contribue très largement à faire de l'Europe une réalité.

  • Parallèlement, la Défense, contribue aussi à la refondation du lien transatlantique.

Notre solidarité transatlantique s'exprime largement par notre coopération d'abord dans la lutte contre le terrorisme ou contre la prolifération. Elle se manifeste aussi quotidiennement par notre soutien aux opérations de l'OTAN et à sa réforme. Le lien transatlantique est renforcé par la coopération dans la lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.

Ceci se fait en premier lieu à travers le renseignement, qui fait l'objet d'une attention soutenue de part et d'autre de l'Atlantique. Les échanges de renseignement sont réguliers et fréquents entre les services français et leurs homologues américains.

Des spécialistes du SGDN, de la DGSE, de la DST et des représentants du Quai d'Orsay ont récemment évoqué à Washington, avec leurs homologues américains, les moyens de renforcer cette coopération bilatérale dans la lutte antiterroriste.

Cette coopération a également une implication opérationnelle très concrète en Afghanistan, où nos militaires des Forces Spéciales sont déployés aux côtés de leurs homologues américains. J'ai pu me rendre compte sur place qu'ils font l'objet d'une très grande reconnaissance et d'une très grande estime de la part des Américains sur leur efficacité.

N'oublions pas non plus que la France fut le second contributeur de forces, après les Américains, dans le cadre de l'opération "Enduring Freedom". La France participe également à la prévention des menaces terroristes maritimes dans la Corne de l'Afrique, l'Océan indien ou la Méditerranée.

Ce lien transatlantique s'exprime aussi dans la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. Nous faisons, en effet, partie des pays qui portent depuis les origines l'initiative de sécurité contre la prolifération (PSI), lancée par le président Bush en mai 2003.

Voilà en ce qui concerne nos opérations faites avec nos amis américains.

Mais notre solidarité transatlantique se manifeste aussi par notre soutien actif aux opérations et à la réforme de l'Alliance. Notre perception de l'OTAN est, en effet, celle d'une institution en mouvement. Il est vrai que, conçue au départ pour protéger le territoire européen qui aujourd'hui apparaît comme moins directement menacé, l'OTAN est aujourd'hui en train d'envisager son extension géographique, en même temps qu'elle cherche à adapter ses structures.

L'OTAN est amenée à intervenir aujourd'hui dans des zones de crises qui sont hors de l'espace euro-atlantique, mais qui hébergent néanmoins des menaces contre la sécurité des pays européens : sites de terrorisme, mais également des pays engagés dans des crises favorisant les trafics voire l'installation du terrorisme.

Je pense aux Balkans, mais je pense également à bien d'autres pays. L'Alliance assure ainsi aujourd'hui en Afghanistan le commandement de la FIAS. Lorsque nous voyons ces mutations des risques, il est évident que pour être efficace, l'Alliance doit pouvoir agir vite. La transformation de l'Alliance, décidée pour l'essentiel au Sommet de Prague en novembre 2002, doit permettre d'adapter l'OTAN aux évolutions de ce contexte stratégique international. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de prendre part, de prendre toute notre part, à la nouvelle force de réaction rapide (NRF), en participant en particulier aux quatre premières forces.

Notre implication dans l'Alliance se justifie d'autant plus d'ailleurs, qu'elle va de pair avec nos ambitions pour l'Europe de la défense. Il n'y a pas d'incompatibilité entre l'Europe de la Défense et l'OTAN. Il y a une complémentarité qui est un renforcement réciproque.

En conclusion, je dirais que notre Défense est, comme j'ai essayé de vous le démontrer, le résultat d'un choix politique : celui qui veut que la France puisse tenir son rang et tout son rang.

Oui, nous voulons que la France soit au cœur de l'échiquier mondial.
Oui, nous voulons que sa voix soit écoutée et respectée.
Oui, nous voulons que la France puisse faire entendre et puis défendre ses valeurs.

Et nous, n'oublions pas que la défense est également un élément structurant de la cohésion entre alliés : il n'est plus possible aujourd'hui d'agir seul. Nous savons que c'est par le dialogue et l'ouverture que la paix avance et se consolide. Nous savons que c'est dans le cadre européen et transatlantique que nous pouvons agir en ce sens.

Et puis, ne l'oublions pas, et vous en êtes le témoignage en même temps que le relais, la défense est un élément structurant de la cohésion nationale.
Je sais, vous qui êtes les auditeurs de la 56ème session nationale de l'IHEDN, vous qui partagez ces convictions, vous êtes des acteurs essentiels de notre ambition au service de la France et de la Paix dans le monde.

Je vous remercie.

Deuxième partie : questions - réponses

Question: Madame le Ministre, depuis quelques années, la France et l'Allemagne ont insisté sur le fait qu'il ne saurait y avoir de paix sans l'émergence d'une véritable culture européenne de défense et de sécurité de défense. A cette fin, vous avez donné l'impulsion à l'initiative de lancer une session pilote d'un collège européen de sécurité défense à partir de septembre 2004. Est-ce que vous pouvez nous apporter quelques précisions sur votre vision de ce que peut être ce CESD, à court et à plus long terme ? Je vous remercie.

Michèle Alliot-Marie: Je suis en effet persuadée que si nous voulons que les responsables de nos défenses, et en premier lieu les militaires, puissent se comprendre et agir très étroitement ensemble, il est indispensable qu'un certain nombre de bases de leur formation soient communes et que d'autre part, ils se voient au cours de leur formation.

J'ai toujours constaté que c'étaient ces liens établis lors de la formation qui fondaient la solidité des relations, amicales et également professionnelles. C'est ce qui m'a fait souhaiter que l'on puisse concrétiser, sans plus tarder, le Collège européen de sécurité et de défense dont il est question depuis des années. L'idée, c'est de rapprocher et d'harmoniser, ce qui ne veut pas dire du tout faire disparaître les spécificités. Mais je crois qu'il est temps que les Nations européennes aient une approche commune, tant de l'enseignement que des échanges de réflexions sur la politique européenne de sécurité et de défense, pour leurs principaux cadres de haut niveau, aussi bien civils que militaires.

Alors comme j'ai une certaine expérience des universités et de la construction des structures, je me suis dit que si l'on attendait pour mettre sur pied ce Collège de sécurité et de défense, d'avoir un bâtiment dans lequel ils s'exprimeraient, on en avait encore pour des années.

Et je vous le demande, qu'est-ce qui est le plus important dans la formation ? Est-ce que ce sont les enseignements ? Est-ce que ce sont les réflexions en commun ? Est-ce que ce sont les échanges ? Ou est-ce que c'est le nombre de mètre carré dans lequel on se retrouve ? Il me semble donc qu'avant que l'on ait déterminé d'abord le lieu, puis l'architecte, puis le modèle, puis les contributions financières, il y en a pour des années.

Et ce que j'ai proposé, c'est que nous fassions d'ores et déjà un collège, en quelque sorte virtuel, en utilisant des procédures qui ont été expérimentées au niveau européen depuis des années, expérimentées à travers les universités, que je connais bien, et qui est un peu le système Erasmus. Le système Erasmus, qu'est-ce que c'est ? Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, c'est la possibilité pour un étudiant d'aller passer une partie de sa scolarité, une année complète de sa scolarité en ce qui concerne un certain nombre de diplômes, dans une autre université européenne, cette année étant validée pour son diplôme commun. Ce que j'ai proposé à mes collègues, c'est que nous commencions d'ores et déjà à monter notre Collège de sécurité et de défense sur une procédure semblable, ce qui nous permettra de ne pas attendre d'avoir le dernier coup de peinture de l'immeuble qui abritera, peut-être dans des années, le Collège de sécurité et de défense.

Question: Madame le Ministre, pour la nouvelle donne que vous avez évoquée, les États-Unis intègrent très largement une composante spatiale dans tout ce qui est collecte de renseignement, conduite d'opérations, planification, et ils sont passés maîtres dans la réduction du temps des boucles bien connues de tous les opérationnels, qui sont l'observation, la décision et l'engagement. On a parlé de boucles de six minutes dans le dernier conflit irakien. On arrive donc à une nouvelle façon de conduire la guerre. De leur côté, les Britanniques s'interrogent sur l'opportunité qu'il y aurait à faire ce saut qualitatif, en le fondant notamment sur le concept de “ Network Centric Warfare ”. Ma question est la suivante, Madame le ministre : qu'en est-il de la position de la France sur cette utilisation plus intensive de l'espace ? Et à ne pas le faire, n'y aurait-il pas un risque que, dans un conflit à venir, la France soit écartée du traitement de ces conflits, et que, d'une certaine façon, nous perdions la capacité de Nation cadre ? Je vous remercie.

Michèle Alliot-Marie: Vous le savez sans doute, je suis très attachée, d'une part, à veiller à ce qu'il ne puisse pas y avoir d'écart qualitatif sur le plan technologique entre la France et, plus généralement, l'Europe et les États-Unis ; d'autre part, je suis très attachée aussi à ce que notre pays puisse garder une appréciation autonome d'un certain nombre de situations, et donc disposer des éléments de tous ordres nécessaires sur l'appréciation de ces situations, et donc le renseignement.

Pour ma part, je considère que le domaine spatial est aussi important sur le plan stratégique pour les prochaines années que l'a été la dissuasion en son temps. Je pense que c'est le nouveau grand défi que nous avons à relever. Et, bien entendu, nous ne pouvons pas le relever seuls. C'est la raison pour laquelle il est indispensable que nous agissions dans un cadre européen. Il nous revient aussi de motiver nos partenaires pour qu'ils participent à cette opération. J'ai déjà lancé un certain nombre d'études pour pouvoir mesurer les besoins que nous pouvons avoir en la matière, mais aussi, au vu de ce qui peut se passer, en particulier aux États-Unis, les choix stratégiques qui sont faits par les États-Unis en la matière.

Question: Madame le Ministre, Vous nous avez dit ce soir qu'une réforme de la doctrine en matière de dissuasion nucléaire n'était pas à l'étude. D'un autre côté, vous nous avez indiqué aussi que la France n'entendait pas rester prisonnière d'une politique du tout ou rien. Alors est-ce qu'on peut comprendre que, malgré tout, cette évolution de la position française sur cette question préfigure une évolution future de la doctrine ? Et en cette matière, il y a un sujet qui a été souvent évoqué devant nous, qui est l'insertion de la politique de dissuasion nucléaire française dans le cadre de la politique de défense européenne.

Michèle Alliot-Marie: Je vous répète les deux éléments que je vous ai indiqués et qui ne sont nullement incompatibles, contrairement à ce que vous semblez croire. Il n'y a pas d'évolution de la doctrine. Nous sommes donc toujours sur les mêmes concepts, celui de la dissuasion et du non-emploi. Et il n'y a pas d'évolution envisagée.

Mais par ailleurs, à partir du moment où nous sommes dans le cadre de la dissuasion, il faut que cette dissuasion soit efficace. Il faut que ceux qui sont en face de nous, ne puissent pas penser que les effets des armements dont nous disposons seraient tels sur leurs populations que nous hésiterions à les employer. Donc nous gardons totalement la même doctrine et les mêmes concepts, mais pour les rendre efficaces, il peut y avoir des adaptations de l'armement. C'est ce que nous faisons.

Quant à votre question sur l'insertion dans une défense européenne, je dirais qu'il ne s'agit pas d'une insertion, mais d'une donnée essentielle, c'est-à-dire que, par notre dissuasion, nous contribuons aussi à protéger potentiellement nos alliés européens.

Question: Madame, l'Union européenne s'élargit à l'Est dans quelques mois, les nouveaux entrants sont plutôt atlantistes et leur budget de la défense, notamment pour des raisons économiques, risque d'être en diminution. Dans ces conditions, quelles seront, selon vous, quelles peuvent être, selon vous, les conséquences de cet élargissement sur l'Europe de la défense ? Est-ce que la position de la France ne risque pas d'être diluée ? Et enfin, dans ces conditions, comment fera-t-on pour combler le gap technologique avec les États-Unis ?

Michèle Alliot-Marie: Je crois qu'il faut distinguer les deux éléments de votre question. Vous dites : les nouveaux entrants de l'Union européenne sont plutôt atlantistes. Je vous dirais : oui, mais avec une évolution très nette. D'abord, pourquoi sont-ils aujourd'hui atlantistes ? Parce que peut-être, jusqu'à aujourd'hui, jusqu'à ces derniers mois, l'Europe de la défense n'était pas très crédible. La première fois où j'ai parlé d'Europe de la défense avec des pays de l'Est, je m'en souviens très bien, c'était lors des premières élections libres en Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie. Les fonctions que j'exerçais à ce moment-là, et le fait que je sois député européen, m'ont conduit à être observateur international pour ces élections. Bien entendu, j'ai rencontré leurs dirigeants à l'époque. On a parlé de l'Europe, et je leur ai parlé de défense européenne. Et c'est vrai que leur réaction était - cela remonte donc à une bonne dizaine ou douzaine d'années, même plus que cela maintenant - de dire : nous souhaitons rentrer dans l'Europe, et le plus vite possible, sur le plan économique. Mais sur le plan de la défense, quand je leur parlais “ Europe de la défense“ , puisqu'elle était en prévision, et ils répondaient toujours “ OTAN “ .

Ils avaient à l'époque à leurs frontières un grand pays qui leur faisait très peur et qu'ils voyaient, bien entendu, venant toujours de l'Est. Quand ils regardaient qui était capable de les défendre éventuellement contre une agression, ils me disaient grosso modo : « L'Europe, combien de divisions ? » Et je crois que ceci est finalement demeuré jusque très récemment. N'oubliez pas que ce sont des pays qui ont été dominés pendant des années, et qui en ont gardé une très forte crainte, encore jusqu'à ces derniers mois. On le comprend lorsque l'on en discute avec eux. Le problème, c'était donc de savoir quelle était la crédibilité éventuelle de celui qui pouvait les défendre. Les choses sont en train de changer.

Je l'ai vu notamment avec mon collègue polonais, que je rencontrais dans le cadre du Triangle de Weimar, et ce bien qu'il ait montré il y a encore quelques mois des sensibilités fortes à l'égard notamment des États-Unis et de l'OTAN. Ce que je note aujourd'hui, c'est que c'est l'un de ceux qui sont les plus demandeurs d'une participation à tout ce qui est construction de la défense européenne. Lorsque j'ai parlé avec le président de Macédoine, il m'a dit aussi très clairement que pendant des mois, il avait eu des réticences à voir l'Europe prendre le relais de l'OTAN parce qu'il pensait que l'Europe n'en avait ni les moyens ni la fiabilité. Lorsque je l'ai vu au moment du changement, et lorsque je l'ai revu depuis, il m'a dit qu'en fait, aujourd'hui, il était extrêmement heureux que l'Union européenne ait pris la relève de l'OTAN, et qu'il croyait à cette défense européenne.

Je crois que ces pays sont atlantistes plus qu'européens sans doute par défaut, plus que par choix définitif. C'est à nous de leur montrer que la défense européenne est non seulement quelque chose auquel ils doivent adhérer géographiquement, mais également quelque chose qui a une réalité. Et de ce point de vue, les opérations que j'ai mentionnées tout à l'heure, celles de la Macédoine, celles de l'Ituri, et d'ici quelques mois, celles de la Bosnie, contribueront à faire avancer cette idée de l'Europe de la défense dans ces pays. Dans les années qui viennent, il y aura de leur part, au contraire - et regardons aussi d'où nous venons –une volonté d'adhérer.

Alors, ceci amène ensuite à votre deuxième question. Adhérer, oui, mais en apportant quoi ? C'est vrai que ce sont des pays qui ont énormément de difficultés, notamment économiques, et qu'ils ont tendance à s'en remettre à d'autres pour assurer leur protection. Ils en ont peut-être d'ailleurs d'autant plus tendance qu'ils se sentent de moins en moins menacés sur leurs territoires eux-mêmes, et qu'avant de s'adresser à d'autres, ils s'intéressent d'abord à leurs propres problèmes de développement et de mise à niveau.

Leur problème, c'est très rarement, sauf pour quelques pays, il ne faut pas dire tous parce qu'il y en a qui ont de vraies armées, une vraie volonté d'intervenir à l'extérieur dans le cadre du maintien de la paix, de la prévention des crises ou de différentes actions. Pour beaucoup d'entre eux, ils n'en ont pas les moyens, et ils n'en ont pas non plus d'ailleurs réellement la conscience et la volonté.

Le problème sera donc de les intégrer en tenant compte aussi de ce que sont leurs contraintes, et de ce que sont notamment leurs contraintes financières. Il est évident que l'on ne va pas demander à un petit pays, petit par le nombre d'habitants et la richesse, de faire la même chose, c'est-à-dire d'être à la fois capable de se défendre totalement et d'être capable d'intervenir sur n'importe quelle opération. C'est chez eux, plus vraisemblablement, que l'on trouvera une certaine spécialisation, en quelque sorte, c'est-à-dire un apport, mais un apport qui sera limité à certains aspects, dans le cadre de la construction de la défense européenne.

Pour ma part, je suis persuadée qu'il y a d'une part, des pays qui entendent agir et qui ont envie de le faire, et d'autre part, que l'ensemble des pays aura effectivement très rapidement envie d'être acteurs de cette Europe de la défense en construction.

Question: Madame la ministre, je ne suis pas représentant du Saint-Siège, je ne pourrais pas vous dire combien de divisions possède aujourd'hui le Vatican, mais ma question portera sur le débat sur la laïcité. Nous savons que les armées ont une expérience historique et sont aussi un lieu possible de questionnement et d'intégration. Dans l'histoire, pour ne citer qu'une anecdote, Pierre Teilhard de Chardin, qui est un jésuite, a été aumônier non-officiel d'un régiment de zouaves à majorité musulmane. Alors que pensez-vous de la possibilité des armées d'apporter sa pierre à cette question d'actualité ? Je vous remercie.

Michèle Alliot-Marie: Je vais vous renvoyer à la lecture de la Croix. Ce serait paradoxal. Et pourtant j'ai trouvé qu'il y avait une tribune qui disait très bien les choses. C'est-à-dire que les armées pratiquent, effectivement, une forme républicaine de la laïcité, c'est-à-dire une forme de grande tolérance. Tolérance qui est le respect des hommes et de leurs croyances, à la fois entre eux, c'est le principe de la laïcité, mais également dans chacun, ce qui explique la présence des différentes religions au sein des armées. Mais, ce qui me paraît très important et c'est justement ce que j'ai noté dans l'article que je citais, c'est que si les armées ont le devoir, ou se donnent le devoir, de permettre à chacun de pratiquer son culte, il y a plus que cela ; c'est-à-dire que j'ai le sentiment que ces hommes et ces femmes qui sont soumis à de très fortes pressions psychologiques, des situations extrêmement dures, ont aussi souvent besoin d'avoir des gens qui puissent être à leur écoute et qui puissent éventuellement leur donner des références dépassant les individus eux-mêmes, en représentant une forme de spiritualité.

C'est la raison pour laquelle, lorsque j'en ai discuté, notamment en allant dans les Opex, et ce qui m'a beaucoup frappé, c'est que très souvent les militaires peuvent aussi bien parler avec quelqu'un qui va être un représentant d'un culte qui n'est pas le leur, sans que cela pose problème. Je crois que c'est cela aussi ce que représentent les armées. Je dirais que là aussi, les armées peuvent également servir de modèle, sans doute, de l'application d'un grand principe républicain. Si l'ensemble de notre société avait su intégrer ces problèmes du rapport des religions et de la laïcité comme l'ont fait les armées, il y a bien des débats que nous ne connaîtrions pas aujourd'hui au sein de la France.

Question: Vous avez souvent évoqué dans votre discours le côté très volontariste de la politique du gouvernement en matière d'investissements ; le budget étant annuel, comment comptez-vous sécuriser ledit budget ? Et deuxième question : dans le cadre des opérations extérieures, des surcoûts apparaissent ; dans l'avenir, est-ce que la Défense les portera, ou est-ce que la Nation dans son ensemble les supportera ?)

Michèle Alliot-Marie: Comment j'entends sécuriser le budget de la LPM ? Comme je le fais depuis deux ans, en me battant. Après tout, c'est mon rôle. Et surtout, avec le soutien du président de la République et du Premier ministre. Ce que je note, c'est que pour la deuxième année consécutive, et je pense que cela sera pour la troisième année consécutive, l'annualité de la Loi de programmation militaire est intégralement respectée.

En ce qui concerne les Opex, il y avait une tradition dans ce pays. C'est que d'abord les Opex n'étaient vues qu'au niveau de la loi de finances rectificative, au motif maintes fois répété par Bercy, et même si ce n'était que très partiellement vrai, que l'on ne savait le coût exact des Opex qu'en fin d'année. Ce qui permettait d'ailleurs la plupart du temps de faire prélever le montant des Opex largement sur le titre 5, d'où d'ailleurs une partie des problèmes que j'ai évoqués tout à l'heure sur la maintenance de nos appareils et sur les retards d'un certain nombre de programmes, dus à ces prélèvements.

Il y a déjà quelques mois, j'ai donc fait arbitrer sur le maintien de l'intégralité des Opex dans la forme réelle, c'est-à-dire un ajout qui doit venir au budget du ministère de la Défense. Pour le garantir, il devra y avoir une inscription dès le début de l'année, qui ne sera bien entendu qu'une inscription provisoire. J'ai effectivement bien conscience que des tas de choses peuvent apparaître au cours de l'année. Mais ce qui est vrai aussi, et il convient de le noter, c'est que vous avez des Opex qui se prolongent sur plusieurs années et dont on est sûr, à peu de choses près, de connaître le montant. C'est la raison pour laquelle, et à la suite d'un amendement sénatorial pour le budget 2005, il devrait déjà y avoir une inscription dans la loi de finances initiale, ce qui est aussi une façon de garantir le paiement à terme.

Question: Madame le ministre, vous avez annoncé dans le courant du mois de janvier que le délégué général pour l'armement allait être renouvelé, et que la DGA allait recevoir de nouveaux objectifs. Alors qu'est-ce que vous pouvez nous dire aujourd'hui des nouvelles orientations de la Délégation générale pour l'armement, et puis également, dans la mesure où c'est possible, quel serait le profil de l'homme qui serait chargé de la diriger ?

Michèle Alliot-Marie: Je vais répondre déjà à la deuxième question. Le profil de l'homme sera celui qui paraîtra le mieux à même de mettre en œuvre les options retenues. Bien.

La DGA joue un rôle essentiel, pour les armées bien entendu, mais également pour l'avenir de notre excellence en matière d'armement. Ceci dit, il y a un contexte qui est aussi en évolution. Je vous parlais également du rôle de l'Europe en la matière ; tout ceci, il faut le préparer. C'est la raison pour laquelle, en liaison d'ailleurs avec l'ensemble des intéressés, avec les membres de la DGA, mais aussi avec les états-majors et avec les industriels, une mission a été menée depuis plusieurs mois. Cinq objectifs sont aujourd'hui fixés : il s'agit d'une part, de clarifier les responsabilités des uns et des autres ; savoir qui fait quoi ? et qui est responsable de quoi ? notamment lorsqu'il y a un certain nombre de changements en cours de route dans les programmes, et en particulier lorsque cela se traduit par des surcoûts budgétaires, voire par des retards. Et nous avons malheureusement un certain nombre d'exemples qui peuvent venir à l'esprit. Deuxième objectif, je souhaite, parce que je pense que c'est un élément fort, maintenir et renforcer les compétences techniques de la DGA, et d'une façon plus générale, renforcer les moyens de la DGA de travailler dans une culture de résultats. Je pense que c'est comme cela que nous lui permettrons de jouer réellement tout son rôle, et même un rôle pilote dans la construction de l'Europe de la défense. Je souhaite également remobiliser l'institution en lui donnant un certain nombre de nouveaux objectifs. Et enfin, je souhaite également maintenir un certain équilibre au sein du ministère entre les enjeux opérationnels et les préoccupations de plus long terme.

Ce sont les cinq objectifs, qui se traduiront ensuite par un certain nombre de moyens, par le renforcement du rôle du chef d'état-major des armées, par exemple en matière d'arbitrage, et par un certain nombre d'autres points, mais qui seraient peut-être trop longs à développer aujourd'hui dans le cadre de la simple réponse à une question. Cela pourrait faire l'objet d'une communication complète devant l'IHEDN.

Question: Madame le ministre, le président de la République et le Premier ministre ont rappelé encore récemment tout le prix qu'ils attachaient à la mise en œuvre de la politique de réforme de l'État. Alors quelle place entendez-vous faire occuper par le ministère de la Défense dans cette politique de réforme de l'État, et notamment, au-delà des mesures déjà prises dans ce cadre, qui semblent toucher aujourd'hui essentiellement des outils d'action administrative, ou comment entendez-vous replacer le besoin opérationnel des forces au cœur de la réforme, et lier de ce fait les transformations de l'outil militaire que vous avez évoquées avec les réformes qui touchent aujourd'hui son environnement et ses soutiens ?

Michèle Alliot-Marie: Je crois l'avoir dit à plusieurs reprises depuis que je suis à la tête de ce ministère, après l'avoir découvert. J'ai constaté notamment qu'il était à la pointe de la modernisation de l'État, et j'entends qu'il demeure à la tête de cette modernisation de l'État. C'est bien dans cette perspective que nous entendons appliquer la LOLF. C'est bien la perspective de la stratégie ministérielle de réforme.

La qualité professionnelle et humaine des hommes et des femmes de la défense, qu'ils soient civils ou militaires, lui donne cette capacité d'être un exemple pour l'ensemble de l'administration et pour l'ensemble de la fonction publique d'État. Pour cela, les priorités que je souhaite mettre en œuvre, et que nous commençons d'ailleurs à mettre en œuvre, reposent sur trois éléments.

D'abord, recentrer les militaires sur leur cœur de métier, qui est l'activité défense. Ensuite, donner aux forces les moyens nécessaires, et pour cela, renforcer le rôle du chef d'état-major des armées dans la préparation des arbitrages. Enfin, mutualiser les soutiens.

Il y a là les trois éléments qui doivent nous permettre de conforter, de renforcer les éléments d'opérationnalité que vous évoquiez tout à l'heure. Alors, comment est-ce que cela peut se traduire concrètement ? Je dirais qu'il y a un certain nombre d'actions qui sont en cours de préparation, et dont certaines seront mises en œuvre rapidement, ou sont quasiment en train de l'être. C'est par exemple le regroupement de certains services, je pense aux services constructeurs, par exemple, ou aux services d'archives. C'est la création de l'Économat des armées, qui a déjà commencé, et permettra de regrouper les acquisitions de vivres. Il pourra même aller au-delà et nous a d'ores et déjà permis de faire un certain nombre d'économies importantes, des économies que nous pouvons consacrer à autre chose en interne.

Se recentrer sur le cœur de métier, c'est aussi l'externalisation d'un certain nombre de fonctions qui n'ont pas grand-chose à voir avec ce pour quoi les gens s'engagent dans les armées. Je prendrai deux exemples : lorsque je vois que 1 200 gendarmes consacrent leur activité à gérer les logements de la gendarmerie, je ne suis pas sûre qu'au départ, ils aient eu la vocation d'être gendarmes pour faire ce genre de tâche. Lorsque l'on parle de la gestion des véhicules de la gamme commerciale, là aussi, on peut se demander quelle est la spécificité, sur la gamme commerciale, de l'entretien de ces véhicules.

Ce peut être également, parce que je pense qu'il faut aller dans une logique qui soit pragmatique, il ne s'agit pas de faire de l'idéologie, mais regarder concrètement ce qui peut mieux fonctionner autrement. Il s'agit par exemple de l'externalisation de la formation de base des pilotes d'hélicoptère à Dax. Donner les premières appréciations ou les premières connaissances du pilotage d'hélicoptère, communes à tous les pilotes d'hélicoptère, spécialement sur des appareils militaires dont nous savons aujourd'hui que nous avons des problèmes d'entretien avant qu'il n'y ait un renouvellement, ce sont aussi des heures qui peuvent servir aux militaires et qui sont gâchées. Il vaut bien mieux avoir cette formation commune assurée d'une façon civile, pour ensuite pouvoir se consacrer et avoir le nombre d'heures nécessaires quand il s'agit de la formation plus spécialement militaire des pilotes.

Je vous ai donné là quelques exemples. Les objectifs de ces réformes sont clairs : il s'agit d'offrir un meilleur service aux forces, ce qui se fera d'autant mieux que nous aurons recentré le ministère sur son cœur de métier.

Question: Ma question porte sur le lien transatlantique. Du fait de leur hyper puissance, les Américains actuellement semblent vouloir rabaisser l'Europe dans des positions de dépendance, que cela soit au niveau économique ou militaire. Et ceci est contraire à la doctrine qu'ils avaient il y a une quinzaine d'années, quand ils voulaient un pilier européen fort. Tous nos interlocuteurs que l'on a rencontrés à Bruxelles, Berlin ou Vienne, nous ont dit pourtant qu'il était important que l'Europe soit forte. Alors concrètement, puisque vous avez été aux USA, vous avez fait un voyage aux USA récemment, qu'est-ce que vous avez dit aux Américains pour leur faire entendre raison ?

Michèle Alliot-Marie: Vous avez raison de dire que cela a été au cœur de mes discussions récentes à Washington. C'était vrai avec Donald Rumsfeld. C'était vrai avec Condoleezza Rice. Je dois dire que c'était également vrai avec le président de la commission de la défense du Congrès, ou avec les responsables des think tanks que j'ai rencontrés, voire même d'ailleurs avec Henry Kissinger, qui avait amené un certain nombre d'éditorialistes de grands journaux new-yorkais à un déjeuner. Ce que j'ai constaté, avant tout, c'est qu'il y avait un très grand besoin de dialogue et d'explications. J'ai été franchement surprise de me rendre compte, dans les discussions, qu'il y avait un certain nombre de choses complètement méconnues et qui, sur des faits concrets, étaient carrément au niveau de l'erreur.

Finalement, le fait qu'il y ait eu au cours de ces derniers mois, des relations un peu tendues, qui ne facilitaient pas l'explication et le dialogue, était peut-être aussi à l'origine de tout ceci. Je crois, et c'est ce que j'ai essayé de dire, que les États-Unis ont besoin d'un allié fort, même si militairement aujourd'hui il est vrai qu'ils auraient la possibilité de mener quasiment toute opération qu'ils souhaiteraient.

Sur le plan de la légitimation de leur action, ils ont besoin de se reposer sur leurs alliés. Pour cela, il faut que leurs alliés soient crédibles, et donc qu'ils soient forts. C'est le premier point.

Deuxièmement, nous le voyons aussi, et en Afghanistan c'est je crois tout particulièrement vrai, ils ont besoin de nous sur un certain nombre de savoir-faire auxquels ils ne sont pas aujourd'hui préparés. S'ils saluent la qualité du travail des troupes françaises, c'est aussi parce qu'ils savent bien, entre eux, qu'eux-mêmes n'ont pas cette même capacité à intervenir. Ils n'ont notamment pas cette capacité de dialogue avec les populations dans un certain nombre de cas, et donc la possibilité de renseignement, voire d'action, que cela donne.

Et je crois aussi qu'il ne faut pas sous-estimer aussi le poids de l'Europe. Tout à l'heure, nous parlions des technologies. C'est vrai que les États-Unis consacrent un budget considérable à leurs capacités militaires. Et j'ai lu ces jours-ci qu'ils vont encore l'augmenter. Ceci dit, arrêtons de faire de l'auto-dénigrement. Comme je vous le disais tout à l'heure, sur le plan qualitatif, il n'y a pas de gap technologique entre les Américains et nous. Il y a un certain nombre de domaines où la France seule, je ne parle même pas de l'Europe, est aujourd'hui au même niveau, voire en avance sur les Américains.

Alors je ne vais pas vous dire, bien entendu, que ce sera toujours la même chose. Bien entendu, il nous faut de l'argent pour maintenir cette égalité de niveau. Il faut de l'argent au niveau français, n'oubliez pas d'aller le dire au ministre du Budget, mais il faut également de l'argent au niveau européen, ce dont nous essayons de convaincre un certain nombre de nos partenaires européens. On ne peut pas continuer à vouloir jouer et l'opérationnalité, d'une part, mais également notre capacité à exister et donc à être entendu et à peser sur le monde, sans qu'il y ait un minimum d'efforts. Mais aujourd'hui, je tiens à dire que les États-Unis sont une grande puissance militaire. Mais je dirais que l'Europe, avec notamment la France comme élément moteur, a également une grande capacité militaire. Et comme je le disais l'année dernière à Rumsfeld, j'espère que je n'aurai pas à le redire cette année : être allié, cela suppose de respecter le poids, les idées et l'existence de l'autre.

Question: Madame le ministre, dans le cadre de la réforme de l'État, les pouvoirs publics ont décidé de réformer la loi de 72 portant statut général de la fonction militaire. Pouvez-vous nous indiquer quels sont les grands arbitrages que vous avez rendus en la matière, notamment en ce qui concerne la conciliation entre la professionnalisation et la liberté d'expression individuelle et collective des personnels ?

Michèle Alliot-Marie: J'ai souhaité qu'il y ait une actualisation, une réforme du statut général des militaires, pour une double raison. La première effectivement, c'est que le précédent statut date de trente ans - la société elle-même a évolué depuis cette date- et d'autre part, parce que depuis cette date, il y a eu aussi la professionnalisation. Et l'on ne traite pas les choses exactement de la même façon, et notamment la liberté d'expression, selon qu'il s'agit d'encadrer un certain nombre de jeunes venant de la société civile et faisant leur service militaire, ou selon qu'on s'adresse à des professionnels.

Au niveau des libertés, le nouveau statut général des militaires a été inspiré de deux idées. La première, c'est de tenir compte de ces évolutions. La deuxième, c'est de tenir compte de la spécificité de l'état de militaire, qui tient à leur rôle au sein de la Nation et à la garantie que cela représente.

Il y a donc des choses qui ont été améliorées, et nous en avons d'ailleurs parlé. Je crois qu'elles ont fait à peu près l'unanimité au sein du Conseil supérieur de la fonction militaire et dans les différentes réunions qui ont eu lieu. C'est par exemple mettre fin à un certain nombre de choses qui me paraissaient assez archaïques, comme l'interdiction d'introduire des journaux dans les casernes, ou des choses de ce genre. Il y a en revanche d'autres éléments qui me paraissent indispensables, qui nous ont paru, devrais-je dire, indispensables à conserver, parce que cela fait partie de la spécificité militaire, et notamment de ce rôle de neutralité des militaires. C'est, d'une part, le refus des syndicats, et d'autre part, la même interdiction de se présenter par exemple à des élections.

Mais c'est bien le double équilibre : à la fois ouvrir un certain nombre de choses parce que c'est normal et que les militaires sont des citoyens à part entière, et d'autre part, préserver ce qui fait la grandeur et en même temps la confiance de la société à l'égard des armées, avec notamment le fait que les armées ne peuvent être prises en otage par la politique.

Je vous remercie.
 


Derniers articles

Verdun 2016 : La légende de la « tranchée des baïonnettes »
Eyes in the Dark: Navy Dive Helmet Display Emerges as Game-Changer
OIR Official: Captured Info Describes ISIL Operations in Manbij
Cyber, Space, Middle East Join Nuclear Triad Topics at Deterrence Meeting
Carter Opens Second DoD Innovation Hub in Boston
Triomphe de St-Cyr : le Vietnam sur les rangs
Dwight D. Eisenhower Conducts First OIR Missions from Arabian Gulf
L’amiral Prazuck prend la manœuvre de la Marine
Airmen Practice Rescuing Downed Pilots in Pacific Thunder 16-2
On ne lutte pas contre les moustiques avec une Kalachnikov...
Enemy Mine: Underwater Drones Hunt Buried Targets, Save Lives
Daesh Publications Are Translated Into Eleven Languages
Opération Chammal : 10 000 heures de vol en opération pour les Mirage 2000 basés en Jordanie
Le Drian : Daech : une réponse à plusieurs niveaux
Carter: Defense Ministers Agree on Next Steps in Counter-ISIL Fight
Carter Convenes Counter-ISIL Coalition Meeting at Andrews
Carter Welcomes France’s Increased Counter-ISIL Support
100-Plus Aircraft Fly in for Exercise Red Flag 16-3
Growlers Soar With B-1s Around Ellsworth AFB
A-10s Deploy to Slovakia for Cross-Border Training
We Don’t Fight Against Mosquitoes With a Kalashnikov
Bug-Hunting Computers to Compete in DARPA Cyber Grand Challenge
Chiefs of US and Chinese Navies Agree on Need for Cooperation
DoD Cyber Strategy Defines How Officials Discern Cyber Incidents from Armed Attacks
Vice Adm. Tighe Takes Charge of Information Warfare, Naval Intelligence
Truman Strike Group Completes Eight-Month Deployment
KC-46 Completes Milestone by Refueling Fighter Jet, Cargo Plane
Air Dominance and the Critical Role of Fifth Generation Fighters
Une nation est une âme
The Challenges of Ungoverned Spaces
Carter Salutes Iraqi Forces, Announces 560 U.S. Troops to Deploy to Iraq
Obama: U.S. Commitment to European Security is Unwavering in Pivotal Time for NATO
International Court to Decide Sovereignty Issue in South China Sea
La SPA 75 est centenaire !
U.S. to Deploy THAAD Missile Battery to South Korea
Maintien en condition des matériels : reprendre l’initiative
La veste « léopard », premier uniforme militaire de camouflage
Océan Indien 2016 : Opérations & Coopération
Truman Transits Strait of Gibraltar
Navy Unveils National Museum of the American Sailor
New Navy, Old Tar
Marcel Dassault parrain de la nouvelle promotion d’officiers de l’École de l’Air
RIMPAC 2016 : Ravitaillement à la mer pour le Prairial avant l’arrivée à Hawaii
Bataille de la Somme, l’oubliée
U.S., Iceland Sign Security Cooperation Agreement
Cléopatra : la frégate Jean Bart entre dans l’histoire du BPC Gamal Abdel Nasser
Surveiller l’espace maritime français aussi par satellite
America's Navy-Marine Corps Team Fuse for RIMPAC 2016
Stratégie France : Plaidoyer pour une véritable coopération franco-allemande
La lumière du Droit rayonne au bout du chemin





Directeur de la publication : Joël-François Dumont
Comité de rédaction : Jacques de Lestapis, Hugues Dumont, François de Vries (Bruxelles), Hans-Ulrich Helfer (Suisse), Michael Hellerforth (Allemagne).
Comité militaire : VAE Guy Labouérie (†), GAA François Mermet (2S), CF Patrice Théry (Asie).

Contact