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L'autonomie stratégique de l'Union européenne

L'autonomie stratégique de l'Union européenne

Discours du ministre français de la Défense, Michèle Alliot-Marie, lors de la 2ème Université d'été de la Commission de la Défense de l'Assemblée Nationale sur le thème: « L'autonomie stratégique de l'Union européenne », Les Embiez (Var), le 7 septembre 2004. Source: DICoD. (Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le président,
Mesdames et Messieurs les députés,
Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi une grande satisfaction de prendre part, pour sa deuxième édition, à l'Université d'été de la Commission de la Défense nationale et des Forces Armées de l'Assemblée nationale.

Je veux d'abord saluer l'initiative audacieuse et originale du Président Teissier de réunir de façon informelle les principaux acteurs de la défense française et de grands responsables européens. Je me réjouis à ce titre de la présence parmi nous de nombreux présidents des commissions parlementaires, particulièrement ceux des nouveaux pays membres de l'Union.

Le thème que vous avez choisi est au cœur des problématiques actuelles. L'Union européenne, c'est désormais vingt-cinq États, 450 millions d'hommes et de femmes, un quart du PNB mondial.

  • La politique de défense européenne est une réalité concrète et cohérente qui peut être caractérisée par une certaine spécificité. 

Les États membres de l'Union se sont affirmés sur le terrain comme des contributeurs majeurs aux opérations de l'OTAN, capables, le cas échéant, d'assurer le relais de l'Alliance. Les Européens détiennent indéniablement un savoir-faire spécifique dans le domaine de la gestion des crises. C'est une condition de notre autonomie stratégique et de notre faculté à soutenir notre vision des défis actuels et futurs, qu'il nous revient de mettre en valeur.

  • 1. L'Europe, en matière de défense, doit désormais aborder son rapport à l'OTAN de façon décomplexée.

1.1 Parce qu'elle apporte beaucoup à l'OTAN.

Ce sont majoritairement des Européens qui forment aujourd'hui l'ossature des opérations menées par l'OTAN.
Au Kosovo, les trois plus importants contributeurs de la KFOR sont l'Allemagne, l'Italie et la France. A eux seuls, ils forment plus de la moitié des effectifs déployés. Il en va de même en Afghanistan pour la FIAS, composée pour plus de deux tiers par des troupes des États de l'Union. Pour la première fois, l'État-major du Corps européen assure également le commandement de cette opération. En Bosnie, sur les 8 500 hommes de l'effectif total de la SFOR, 5 800 proviennent des pays membres de l'UE, soit plus des deux tiers.

Dans cet apport, la France est particulièrement active. Les deux opérations de l'OTAN en Afghanistan et au Kosovo sont actuellement commandées par des généraux français. Cette participation aux opérations justifie que les Européens, et tout particulièrement la France, soient en parallèle pleinement impliqués dans la réforme de l'Alliance atlantique.

1.2 L'Europe est désormais en état de relayer l'OTAN lorsque cela est nécessaire.

L'Union européenne a acquis ces dernières années une crédibilité opérationnelle incontestable.
A mon arrivée au ministère de la Défense, affirmer que l'Union mènerait des opérations de soutien de la paix en laissait beaucoup perplexes.
Depuis, l'opération Concordia a prouvé la capacité de l'Union à faire usage de la force militaire, dans des opérations ayant recours aux moyens de l'OTAN. L'Europe a aussi démontré sa capacité à agir de façon totalement autonome dans un contexte difficile, lors de l'opération Artémis.

L'opération de relève de la SFOR en Bosnie sera, par sa dimension, par son double volet militaire et civil, par sa visibilité, le saut qualitatif majeur de cette fin d'année 2004. Elle sera une nouvelle occasion de démontrer notre crédibilité sur le terrain et la qualité de la coopération entre l'UE et l'OTAN dans le cadre des accords de Berlin plus. Je tiens à rappeler qu'il n'y a ni subordination, ni substitution de l'une à l'autre de ces deux organisations ; elles ont chacune un rôle à jouer selon les situations qui se présentent.

  • L'année 2003 a constitué un tournant majeur dans l'affirmation de l'outil de défense européen.

Sur le terrain, l'Union européenne a démontré la justesse de ses approches en matière de sécurité commune. Elle s'est montrée capable de fournir des réponses adaptées à des défis différents. Aucune des menaces actuelles, les Européens le savent bien, ne peut être contrée par des moyens purement militaires. L'Union européenne est à même de répondre à des situations de crise dans leur globalité, au niveau civil comme au niveau militaire, parce qu'elle dispose d'un savoir-faire particulier.

  • 2. L'Europe a développé certaines spécificités en matière de politique de sécurité et de défense.

2.1 Une conception propre de la gestion des crises.

Avec la Stratégie européenne de sécurité, l'Union partage désormais une grille de lecture commune des risques, ainsi que des moyens d'y faire face. On a pu ainsi affirmer que les Européens convergent de plus en plus sur l'attitude à avoir face aux menaces.

Pour planifier et conduire ses opérations, l'Union s'est aussi dotée de sa propre charpente juridique.
Elle a développé en 2002 un « concept d'emploi de la force ». Nos forces engagées disposent ainsi de consignes précises sur la conduite à tenir lors des opérations militaires menées par l'UE.

Cela se vérifie dans la pratique.
Les Européens ont cette capacité à jouer de toute la gamme des moyens disponibles, et pas seulement de l'outil militaire.
Les interventions de l'Union européenne peuvent ainsi avoir de multiples aspects : intervention militaire, mission de police, assistance par des instruments civils, aide humanitaire, ou encore aide à la reconstruction.

Les cinq caractéristiques de ces interventions pourraient être :

  • Leur rapidité ; elles le seront encore davantage avec les groupements tactiques qui se mettent actuellement sur pied.

  • Leur créneau de déploiement, fixé dès le départ. Nous mettons un point d'honneur à respecter les délais.

  • Ceci implique également que la prise de relais est identifiée très en amont, et que dès le départ nous avons une idée précise de la séquence de sortie de crise.

  • La nouvelle force de gendarmerie européenne viendra renforcer cette exigence. Elle sera en effet particulièrement utile durant les phases de désengagement et de transition du militaire au civil. Enfin, dernière caractéristique, parce qu'elle est le fruit d'une longue expérience,

  •  l'image du soldat européen est très bonne auprès des populations.

Pour conserver avec elles des rapports de qualité, nous accordons une grande importance aux susceptibilités, aux aspects psychologiques des problèmes. C'est bien là la particularité européenne : nous détenons un véritable « savoir-faire » de sortie de crise qu'il nous faut cultiver.

2.2 Vers une plus grande autonomie stratégique

L'Union européenne dispose d'un potentiel considérable pour s'affirmer en tant qu'acteur majeur de la sécurité internationale. La contribution des Européens doit néanmoins être à la hauteur de ce potentiel. Il faut pour cela développer nos capacités et renforcer la cohérence de nos efforts.

L'Agence européenne de défense nous aidera à renforcer nos capacités militaires. Elle permettra de rationaliser nos efforts, de concevoir nos besoins, de mutualiser nos moyens et de préparer l'avenir. Parce que l'émergence d'une véritable industrie européenne de défense est aussi une condition de notre autonomie stratégique, la France doit être dotée d'une industrie performante, apte à nouer des partenariats européens solides. C'est dans ce but que mon ministère conduit une politique d'acquisition fondée sur le principe de l'autonomie compétitive. Il nous faut aussi améliorer nos capacités de planification et de commandement. La cellule européenne nous permettra de mieux prévoir et organiser les futures opérations extérieures de l'Union.

Tout au long de cette démarche, il importe de travailler en harmonie avec nos différents partenaires stratégiques, au premier rang duquel les États-Unis. La relation transatlantique est irremplaçable. Il y a une réelle complémentarité à mettre en œuvre entre l'Europe et les États-Unis, ce qui exige de l'Union d'être un acteur crédible et un partenaire influent.

  • Il y a dix ans, l'Europe de la défense était un mythe. Il y a cinq ans, elle relevait du discours. Aujourd'hui, elle est une réalité.

Les avancées spectaculaires de la défense européenne concrétisent et renforcent le projet européen. Poursuivons nos efforts ! Ils sont la condition de l'Europe que nous voulons : une Europe fière de ses valeurs et de ses atouts face aux grands enjeux actuels et futurs, une Europe déterminée à jouer son rôle pour préserver la paix et la stabilité dans le monde.


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