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L'Allemagne rend hommage aux victimes du génocide commis par les nazis contre les Juifs d'Europe

L'Allemagne rend hommage aux victimes du génocide commis contre les Juifs d'Europe

Commémoration du 60ème anniversaire de la libération des camps de concentration nazis. Discours prononcé à l'ONU par Joschka Fischer, ministre fédéral allemand des Affaires étrangères. New York, le 24 janvier 2005. Source: Auswärtiges Amt, Berlin.

  • Le nom du camp d'extermination d'Auschwitz symbolise la Shoah, le grand crime contre l'humanité au XXème siècle.

Le 24 janvier 1945, il y a 60 ans jour pour jour, les sbires SS allemands s'affairaient fiévreusement à Auschwitz à effacer les traces de leurs millions de meurtres: brûlant des dossiers, faisant sauter les chambres à gaz, démontant les fours crématoires et forçant une foule de détenus à bout de force à prendre part à un convoi de la mort en direction de l'ouest auquel ils furent nombreux à ne pas survivre.

Les troupes soviétiques qui entrèrent dans le camp le 27 janvier 1945 firent échouer cette tentative du régime nazi de dissimuler à la face du monde le crime contre l'humanité qu'était la Shoah.

La libération d'Auschwitz n'était pas une heure joyeuse et triomphale, car elle venait trop tard pour pratiquement tous ceux qui avaient été déportés dans ce camp: à peine plus de 7.000 survivants, voilà ce qu'y trouvèrent les soldats soviétiques. Peu nombreux étaient ceux qui avaient pu survivre à cet enfer sur terre. Le soulagement causé par leur délivrance se mêlait à la certitude de l'horrible destin de tous les autres, qui, eux, n'avaient pu être sauvés.

Primo Levi, l'un des survivants, décrit ainsi le sentiment d'oppression des soldats lorsqu'ils pénètrent dans ce lieu de l'horreur: "Ils ne saluaient pas, ils ne souriaient pas; ils semblaient bloqués, non pas tant par la pitié que par une certaine gêne qui les rendait muets et les poussait à fixer leur regard sur le sombre spectacle."

Les troupes américaines et britanniques qui avançaient vers Allemagne venant de l'ouest se heurtèrent elles aussi à des crimes horribles dans les camps de concentration qu'elles libérèrent. Samuel Pisar, survivant de Majdanek, d'Auschwitz et de Dachau, y fut libéré par les troupes américaines. Il en a fait le récit dernièrement dans le Washington Post.

Des millions de personnes ont été victimes du meurtre de masse monstrueux et programmé de sang-froid par les nazis: les Juives et les Juifs, avant tout, mais aussi les Sinti et les Rom, les homosexuels, les personnes handicapées, les prisonniers de guerre, les opposants et beaucoup d'autres personnes venues de toute l'Europe.

À Auschwitz, Treblinka, Sobibor, Majdanek et dans d'autres camps de concentration et d'extermination, les prisonniers ont été soumis à des tortures barbares exécutées sur l'ordre d'Allemands et par des Allemands, et brutalement assassinés par le travail forcé ou des expériences pseudo-médicales, exécutés ou passés à la chambre à gaz.

Aujourd'hui, 60 ans après la catastrophe, il est toujours difficile de dire la souffrance, la douleur et l'humiliation des victimes. Nous nous inclinons en ce jour devant toutes les victimes du régime de terreur national-socialiste et c'est animés d'un sentiment de deuil profond que nous rendons hommage à leur mémoire.

Auschwitz a été l'expression la plus terrible d'un système aveuglé par la folie raciale. L'idéologie raciste de l'Allemagne nazie a également conduit à une guerre de destruction criminelle contre la Pologne et l'Union soviétique. Elle a fait s'abattre d'horribles souffrances sur les habitants de ces pays.

Auschwitz restera à jamais gravé dans l'histoire de l'humanité comme symbole du mépris de l'être humain et du génocide. Et Auschwitz symbolise aussi l'abominable projet des nazis de faire complètement disparaître les Juifs d'Allemagne et d'Europe à l'aide de toute une industrie de destruction. Six millions de Juifs - hommes, femmes et enfants - y ont succombé.

Élie Wiesel a dit un jour que le pire avait été le meurtre des enfants, cette destruction de l'avenir: « C'était toujours eux qui étaient les premiers à être saisis et envoyés à la mort. Vouloir dire leur nom à voix haute, réciter les noms de tous ces Moischele, Jankele, Sodele, me prendrait des mois, des années (.) »

Ce crime barbare sera toujours parti intégrante de l'histoire allemande. Il représente pour mon pays le point moral le plus bas, une rupture de civilisation sans pareille. La nouvelle Allemagne démocratique en a tiré la leçon. Elle est profondément marquée par la responsabilité historique et morale d'Auschwitz.

L'Allemagne démocratique a intégré l'inviolabilité de la dignité de l'être humain dans les fondements de sa Constitution en 1949: "La dignité de l'être humain est intangible. Tous les pouvoirs publics ont l'obligation de la respecter et de la protéger", est-il énoncé dans l'article 1 de la Loi fondamentale.

C'est la responsabilité de la Shoah qui engage tout spécialement l'Allemagne envers l'État d'Israël. Le président de la République fédérale d'Allemagne, M. Johannes Rau, a demandé pardon devant la Knesset pour l'infinie souffrance causée aux Juifs par des Allemands. Il l'a fait - je cite - "pour moi et ma génération, pour nos enfants et leurs enfants, dont j'aimerais voir l'avenir aux côtés des enfants d'Israël".

Les relations entre l'Allemagne et Israël auront toujours pour nous un caractère particulier. Le droit à l'existence de l'État d'Israël et la sécurité de ses citoyennes et citoyens demeureront à jamais une position fondamentale non négociable de la politique étrangère allemande. Israël pourra toujours en être assuré.

Nous célébrons cette année le 40ème anniversaire de l'ouverture des relations diplomatiques entre Israël et l'Allemagne. Le fait qu'Israël nous considère aujourd'hui comme un partenaire fiable n'est pas du tout naturel et nous remplit d'un sentiment de profonde gratitude.

Notre histoire nous engage à bannir et à combattre toute forme d'antisémitisme, mais aussi de racisme, de xénophobie et d'intolérance.

C'est pourquoi nous n'avons pas le droit de ne pas réagir quand des personnes sont humiliées, attaquées et blessées en raison de leurs croyances. Nous n'avons pas le droit de détourner les yeux quand des synagogues sont souillées et profanées. Et nous n'avons pas le droit non plus de garder le silence devant des incitations à la haine antisémite. Nous devons nous opposer à la menace de l'antisémitisme avec toute la détermination et la fermeté de la loi.

Car la question de savoir si les citoyennes et citoyens juifs et leurs communautés se sentent chez eux et en sécurité dans nos pays est un indicateur-clé de l'état de notre démocratie. Dans mon pays tout spécialement, nous devons nous poser chaque jour à nouveau cette question et y répondre par l'affirmative.

Instaurer la confiance et la réconciliation par le rapprochement et une étroite coopération, voilà aussi la réponse de l'Europe à la catastrophe de la Shoah et de la Seconde Guerre mondiale. Il est essentiel pour nous dans ce contexte que nos voisins de l'Est, et la Pologne en particulier, soient nos partenaires depuis mai 2004 au sein d'une Union européenne en voie d'unification croissante.

Les Nations unies ont été fondées il y a 60 ans sous l'effet des crimes horribles du national-socialisme. C'est la raison pour laquelle nous sommes réunis aujourd'hui, au siège des Nations unies, pour rendre hommage à la mémoire des victimes du génocide commis par les nazis contre les Juifs d'Europe.

En grande partie à cause de la terrible expérience de la guerre et de la dictature nazie, les membres fondateurs des Nations unies ont inscrit la proclamation des droits fondamentaux de l'homme et de la dignité et de la valeur de la personne humaine au début du préambule de la Charte des Nations unies. Empêcher le génocide, le "plus jamais ça" catégorique, compte parmi les motifs qui sont à l'origine de la création des Nations unies.

Un génocide n'arrivant jamais inopinément, il nous faut déjà lutter contre ses signes annonciateurs. Nous devons nous opposer résolument à la guerre, à la guerre civile et aux violations des droits de l'homme, mais aussi aux idées totalitaires, à la propagande de haine et à l'apologie de la violence. C'est une obligation morale.

Pour cela, il nous faut coopérer efficacement. L'Organisation des Nations unies, j'en suis convaincu, dispose mieux que toute autre des qualités et de la légitimation nécessaires pour prévenir le crime de génocide. Car aucune organisation n'a autant d'expérience dans la prévention des conflits et la protection des droits de l'homme. Renforcer encore davantage cette organisation mondiale dans ce domaine demeure donc une priorité de la politique étrangère allemande. Notre histoire nous y engage.

60 ans après la libération des camps de concentration, la communauté des survivants s'amenuise de jour en jour. Aucune archive, aucun film, aucun manuel d'histoire ne peut rendre leurs douloureuses expériences comme le font les témoignages personnels. Nous qui pouvons encore écouter les survivants avons pour mission de transmettre leur histoire aux générations futures.

Afin de pouvoir vivre dans la paix et le respect mutuel, nous ne devrons jamais oublier de quelle barbarie l'homme est capable. Car, comme l'a dit le président de la République fédérale d'Allemagne, M. Richard von Weizsäcker, dans son discours du 8 mai 1985: « Quiconque ferme les yeux devant le passé ne voit pas le présent. Quiconque refuse de se souvenir de la barbarie se retrouve exposé à de nouveaux risques de contagion. »

Que la Shoah ait pu se produire au XXème siècle en plein cour de l'Europe et de la main des Allemands devra toujours nous servir d'avertissement: une société éclairée, tolérante et ouverte n'est pas une évidence. Nous devons chaque jour la cultiver pour qu'elle perdure. Le souvenir de tous ceux qui ont été assassinés et la souffrance des survivants des camps d'extermination nazis nous engagent à poursuivre cet objectif commun. Nous devons y oeuvrer.

Je vous remercie.


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