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La libération des camps est celle de toute l'humanité

La libération des camps est celle de toute l'humanité

Pour commémoration la libération des camps de concentration nazis, l'Assemblée générale des Nations unies a décidé de convoquer une session spéciale pour commémorer ce 60ème anniversaire. M. Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères, s'est rendu lundi 24 janvier à New-York pour participer à cette session spéciale de l'Assemblée générale des Nations unies consacrée à la commémoration de la libération des camps nazis. Texte de son intervention. Source: Quai d'Orsay, Paris le 25 janvier 2005.

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,
Cher Élie Wiesel,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs,

Il y a soixante ans, alors que les Alliés prenaient en tenaille les territoires du Reich, aux horreurs des combats venait s'ajouter l'épouvante de la découverte des camps. Tous ceux qui ont alors croisé le regard fiévreux des survivants, découvert les monceaux de cadavres décharnés, assisté à l'agonie pathétique de ceux pour qui la libération arrivait trop tard, ont été marqués à vie par l'impensable et l'indicible.

Depuis les premiers jours de son accession au pouvoir en 1933, le régime nazi avait construit un système de répression implacable et cruel. A mesure que s'agrandissait l'Europe hitlérienne s'allongeait la liste des lieux de supplice. Belzec : 600.000 morts ; Sobibor, 250.000 ; Majdanek, 230.000 ; Treblinka, 800.000 ; Auschwitz, plus d'un million...

Dans ces lieux de mort, les premières victimes furent allemandes : opposants politiques, syndicalistes, intellectuels. Les Juifs, poursuivis d'une haine particulière, furent soumis d'emblée à un traitement spécial : leur fiche mentionnait "retour non souhaité". 90 % des Juifs allemands ont péri. Aux Nazis, rien ne devait résister. Ni les handicapés, qui souillaient le "sang allemand", ni les Tsiganes ou les homosexuels, qu'ils stérilisèrent par milliers. Femmes, enfants, vieillards ont nourri l'effroyable brasier.

Avec l'occupation de l'Europe, la barbarie trouvait un champ plus vaste encore. Les Juifs qui avaient fui l'Allemagne et ceux des pays asservis, furent traqués, enfermés, envoyés vers la mort. Avec, souvent, la collaboration d'une partie de l'appareil d'Etat.

Cela a été le cas en France où, comme l'a dit le président Chirac solennellement dans son discours du Vel d'Hiv en juillet 1995, « la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français ». Face à cette trahison, répondant à l'appel de Charles de Gaulle, la Résistance s'est levée alors que, devinant le destin qui attendait les déportés, des citoyens exemplaires - les "Justes" - cachaient et sauvaient des milliers de Juifs.

Eux-mêmes pourchassés, ces soldats de l'ombre comme ces héros anonymes furent à leur tour jetés dans les convois de "nuit et brouillard" - s'ils n'étaient pas morts sous la torture ou les balles de pelotons d'exécution.

L'entreprise nazie a été celle de la négation de l'homme. La "race inférieure" devait disparaître. Le Juif, par-dessus tout, cristallisait cette obsession exterminatrice. A l'horreur de la barbarie érigée en système, les nazis ont ajouté le génocide et la "solution finale". Au-delà de la fin de souffrances extrêmes, la libération des camps restitue aux déportés, morts ou vivants, leur identité, leur dignité d'être humain.

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Mesdames, Messieurs,

Notre Organisation des Nations unies est née d'un conflit sans précédent par son étendue géographique, par son effrayant bilan de 55 millions de morts, majoritairement civils, mais aussi par le caractère unique du génocide. Les nations unies contre cette barbarie l'ont emporté. Elles se sont promis, en créant une organisation mondiale fondée sur le droit, d'éviter au monde un nouveau cataclysme.

Au chapitre des espoirs concrétisés, des promesses tenues, je veux citer d'abord les immenses développements du droit international : l'usage légitime de la force est encadré ; les Droits de l'Homme sont reconnus par une déclaration universelle - un texte dont, symboliquement, le principal inspirateur, René Cassin, prix Nobel de la Paix, était à la fois un Juif, un grand blessé de la Première Guerre mondiale et un résistant de la première heure.

La démocratie exemplaire, Joschka Fischer vient d'en parler, qui s'est établie au lendemain de la guerre en République fédérale d'Allemagne est un second motif de réconfort, après la déviation abjecte d'un régime qui honnissait tout ce que cette grande culture européenne avait apporté au monde. Et puis, l'Europe, meurtrie, a su s'engager vers l'union, c'est-à-dire vers la paix. Et cette promesse de paix a été constamment tenue depuis1950. Cette marche sans équivalent se poursuit aujourd'hui.

Le peuple juif, enfin, que les nazis avaient tenté d'éliminer, a pu, par la décision de cette Assemblée, par le courage et la valeur des pionniers qui l'ont fondé, établir son refuge, son Etat, sur la terre d'Israël.

Mais depuis 60 ans, combien, aussi, à travers le monde de promesses non tenues, d'engagements ignorés ! De civils massacrés, combien de droits bafoués ! Concentrations de femmes, d'hommes, d'enfants, massacres au Cambodge, au Rwanda, dans les Balkans et ailleurs.

Que cette commémoration nous rappelle le serment que chacun de nos États a fait en adhérant à notre Organisation et aux principes de notre Charte : préserver les générations futures du fléau de la guerre ; proclamer notre foi dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des femmes ; instituer des méthodes garantissant qu'il ne sera pas fait usage de la force des armes, sauf dans l'intérêt commun.

  • Monsieur le Président,

La France, comme tous ses partenaires européens, a vigoureusement appuyé la tenue de cette session extraordinaire, qui honore cette Assemblée. Car la libération des camps est celle de toute l'humanité ; et toute l'humanité doit se souvenir, rester vigilante. C'est ce que nous faisons ici aujourd'hui. C'est ce que nous serons nombreux à faire jeudi à Auschwitz.

Mais l'humanité doit tout autant rester vigilante. Cette vigilance est le devoir que nous prescrit le souvenir de la multitude abandonnée à la sauvagerie méthodique des nazis. Vigilance, intransigeance contre ceux qui ont encore nié le crime. Vigilance, intransigeance implacable contre l'antisémitisme, contre toutes les formes de racisme. C'est en citant un pasteur allemand, déporté durant sept ans par d'autres Allemands, que je voudrais conclure. En quelques vers, Martin Niemuller nous rappelle où le totalitarisme peut mener chacun d'entre nous :

« Comment cela a-t-il été possible !
Quand les nazis sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit.
En effet, je n'étais pas communiste.
Quand ils ont jeté en prison des sociaux-démocrates,
Je n'ai rien dit.
En effet, je n'étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n'ai pas protesté.
En effet, je n'étais pas catholique.
Quand ils sont venus me chercher,
Il n'y avait plus personne pour protester. »

Monsieur le Président, n'oublions jamais: lorsque les premiers signes sur lesquels Élie Wiesel s'interrogeait tout à l'heure, les prémices de la persécution des Juifs annonçant la Shoah se sont produits, combien se sont levés ? Combien se sont exprimés ?

Le devoir de mémoire nous unit aujourd'hui. Il nous oblige à la vigilance. Il nous engage à l'action.

Je vous remercie./.


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