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Quel avenir pour la relation transatlantique appliquée au Moyen-Orient ?
Quel avenir
pour la relation transatlantique appliquée au Moyen-Orient ?
Par Bénédicte Suzan
(©),
docteur en droit, chercheur associé de la Fondation Méditerranéenne d'Études
Stratégiques (FMES) et auditeur à
l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN).
Paris, le 28 février 2005.
Lorsque survinrent les
événements du 11 septembre, par solidarité atlantique et parce qu’ils étaient en
butte à la menace du terrorisme islamiste international, les Alliés européens
soutinrent les États-Unis dans leur opération militaire Enduring Freedom
en Afghanistan. Ils étaient prêts à donner une nouvelle profondeur à la
relation transatlantique. Non pas que l’alliance possédât les moyens nécessaires
de lutter contre le phénomène terroriste – mis à part ponctuellement – mais ils
pensaient cependant, qu’elle pouvait devenir le forum politique qui permettrait
d’articuler l’action des Occidentaux face au terrorisme. Le développement par
l’Administration George W. Bush I du concept de la guerre contre la terreur,
suivie de l’intervention préemptive américano-britannique en Irak, ont ensuite
provoqué une profonde rupture stratégique entre les Alliés.
Peut-être plus aux États-Unis qu’en Europe, où la posture
générale est de minimiser les dissensions transatlantiques d’ordre stratégique,
les analystes concèdent désormais que la relation transatlantique appliquée au
Moyen-Orient pose problème. Cela est assez paradoxal compte tenu de l’importance
équivalente que revêt cette région pour ces acteurs dont le socle commun des
valeurs partagées devrait plutôt conduire à une convergence de vues dans
l’appréhension des menaces qui les concernent. Toutefois, dans notre thèse de
doctorat soutenue au mois de mai 2001, nous présentions déjà l’idée selon
laquelle l’avenir des relations entre les pays européens, l’Union européenne,
les États-Unis et l’Alliance atlantique se jouait plus particulièrement autour
des défis stratégiques posés par des rives est et sud de la Méditerranée. Le
bassin méditerranéen ainsi que l’arc de crise qui s’étendait du Maroc au
Pakistan révélaient, plus que d’autres problématiques, le divorce stratégique
transatlantique.
Au travers de la refonte de
l’architecture de défense européenne, la gestion de l’instabilité
méditerranéenne aura été le plus sûr révélateur des divergences qui se sont
dessinées depuis la fin de la guerre froide. Le refus de
certains pays de participer à la guerre en Irak aura, en quelque sorte,
constitué un point de rupture (I). Le rapport des forces est,
actuellement, en faveur des États-Unis grâce à l’appui des Européens atlantistes
dans une Europe à 25. Néanmoins, l’engagement anglo-américain en Irak aura mis
en évidence la profondeur du hiatus qui existe entre l’approche développée par
les institutions européennes et les pays situés au cœur de la dynamique
européenne pour la stabilisation d’une partie de l’espace arabo-musulman et les
ambitions américaines pour la région. Nonobstant le désaccord sur l’utilité de
cette guerre, le refus de participer plus avant dans la gestion post-conflit
s’explique par l’importance de l’écart qui existe entre les fondements qui
président à l’engagement américain et ceux qui déterminent la sécurité
européenne (II). Au lendemain, de la réélection de George W. Bush à la
présidence des États-Unis, la communauté transatlantique souhaite tourner la
page de l’Irak et s’engager vers une réconciliation. Au-delà de l’accord qui
semble avoir été trouvé à la conférence de Charm el-Cheikh des 22 et 23 novembre
2004, les postures des différents acteurs ne semblent pas avoir évolué. Dans un
avenir proche les autres dossiers moyen-orientaux vont de nouveau poser problème
à la relation transatlantique (III).
Les opérations en Irak ont mis en évidence les limites de
la cohérence stratégique qui existe, aujourd’hui, dans la relation
transatlantique appliquée au Moyen-Orient. Depuis la fin de la guerre froide,
les intérêts des Occidentaux se croisent mais de moins en moins se recoupent.
Nous ne pourrons jamais parler d’une politique étrangère américaine monolithique
dont la cohérence s’opposerait aux ambitions européennes puisque les Européens à
25 n’ont pas le sentiment de partager un destin commun qui puisse se traduire
dans une politique étrangère et de sécurité commune. Seul un consensus de
principes réunit les Européens à propos du Sud. Toutefois, l’instabilité de
cette région interpelle régulièrement les Européens car elle a un impact direct
tant sur leur sécurité que sur leur prospérité. L’instabilité méditerranéenne
est l’occasion d’un questionnement récurrent sur la qualité de membre de l’Union
tant l’allié essentiel agit en fonction de son propre agenda en invoquant une
solidarité transatlantique.
Les événements survenus sur les
rives de la Méditerranée et dans le monde arabe ont interpellé les Alliés sur
l’avenir de leurs concepts de sécurité et de défense, la nature de la menace à
laquelle il convenait désormais de faire face et les intérêts vitaux,
fondamentaux ou nationaux, à la défense desquels ils s’attelaient.
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Une réforme de l’OTAN révélatrice du divorce
stratégique transatlantique
En rompant le socle de
l’alliance atlantique, la fin de la bipolarité a appelé une refonte de
l’architecture de défense pour l’adapter à la nouvelle donne internationale.
Bien que la question méditerranéenne ait toujours été seconde par rapport à
d’autres qui ont occupé le devant de la scène stratégique et médiatique, la
refonte de l’OTAN et la création de l’Europe de la défense furent
essentiellement conduites autour des défis posés par l’instabilité de cet espace
situé aux portes de l’Europe.
Les initiatives européennes et américaines ne se sont pas
d’emblée heurtées, mais les divergences qu’elles exprimaient durant les années
de transition post guerre froide ont en effet mis en évidence deux desseins
stratégiques pour la région méditerranéenne. Et ce sont bien des divergences
profondes quant à l’appréhension des défis locaux, à l’ordre de priorité à leur
donner, à leur inscription dans une stratégie régionale pour les Européens, et
mondiale pour les États-Unis, ainsi qu’aux moyens militaires et financiers que
chacun était prêt à leur consacrer, qui ont mis en exergue le divorce
transatlantique.
Stable politiquement et
économiquement prospère, il était naturel que l’Europe perde, aux yeux de
Washington, son statut de priorité stratégique dès lors que la Russie n’était
plus considérée comme un ennemi. Le tropisme américain s’est naturellement
déplacé vers le sud quand la fin de la guerre froide leur a permis de penser le
monde dans sa globalité et de développer, dans des espaces que jusque-là leur
fermait l’influence soviétique, la défense de leurs intérêts. Or, dans une
perspective américaine d’un monde globalisé et fini,
les espaces situés au sud de la Méditerranée concentraient une grande variété de
leurs intérêts stratégiques dont la maîtrise paraissait cruciale. La réforme des
commandements militaires américains a ainsi regroupé un ensemble d’États allant
de l’Afrique du Nord à la corne de l’Afrique, englobant le Proche-Orient et le
Golfe persique pour s’étendre jusqu’aux pays de l’Asie centrale pour les placer
sous un commandement unique, le CENTCOM.
Au long des années quatre-vingt
dix s’est esquissé un continuum stratégique américain au gré des opportunités
internationales. La fin de la bipolarité a permis une intervention au cœur d’une
région jusqu’alors disputée par les deux Grands. La première
guerre du Golfe s’est prolongée par une augmentation sensible de la présence
militaire américaine dans les émirats du Golfe persique à partir de l’Arabie
Saoudite. L’opération Restore Hope en Somalie en 1993 fut une
autre étape marquée par l’échec. Enduring Freedom
a ensuite offert l’opportunité de nouveaux déploiements militaires américains en
Asie centrale. Au centre de cet espace qui s’étend du Maroc au Pakistan,
se situent géographiquement l’État d’Israël, allié stratégique privilégié, et
l’Irak pensé, dès 1992, comme un possible pivot de la puissance américaine. Un
changement de régime à Bagdad devenait l’étape nécessaire pour dénouer la
dépendance pétrolière américaine vis-à-vis de l’Arabie saoudite. La nationalité
saoudienne de 15 des 19 terroristes a mis en évidence les antagonismes inscrits
au cœur des stratégies américaines dans la région (telles les alliances avec
l’État d’Israël et l’Arabie Saoudite). Le CENTCOM traduit moins une réalité
géopolitique que géoénergétique.[i]
Par delà le caractère
profondément éclaté des pôles de décision américains en matière de politique
étrangère et de la diversité des stratégies mises en place par les agences
gouvernementales, la fin de la guerre froide a remis la mare nostrum, au
cœur de la stratégie américaine. Pour les tenants de l’encerclement de la Russie
à l’intérieur de ses marches, pour ceux qui plaidaient pour le développement de
la présence américaine en Asie centrale—le Heartland cher à Zbignew
Bzrezinski—, pour les partisans d’un renforcement de l’emprise sur les
ressources en matières premières de par le monde—en l’espèce une préemption sur
l’énergie fossile de la Russie, la Caspienne et le Golfe persique par la
privatisation et la prise de contrôle par des sociétés anglo-saxonnes du domaine
minier ou de façon plus prosaïque—, pour ceux qui cherchaient à redessiner la
carte des oléoducs pétroliers et gaziers, pour ceux qui percevaient les tensions
à venir sur le marché des matières premières face au développement économique de
la Chine et de l’Inde, la maîtrise de la Méditerranée, adossée au contrôle des
dimensions politiques et stratégiques de l’Europe, constituait un préalable
indispensable.
La refonte de
l’architecture de défense atlantique a donc traduit ces préoccupations
américaines. L’objectif était de transformer une alliance militaire
performante en une force de projection pour servir la défense des intérêts des
Alliés sous le leadership américain, dans ce qui fut défini comme relevant du « hors
zone. » Utiliser les bases militaires et les forces OTAN, dans ce cadre
institutionnel ou un cadre ad hoc, pour des interventions éventuelles dans l’arc
de crise Maroc-Pakistan, voire dans le Caucase, selon une division des tâches
dans la mesure où les Alliés refusaient d’augmenter leurs budgets de défense
pour participer au burden sharing et de réduire le différentiel
technologique—gap—dont l’ampleur constitue désormais un obstacle à
l’interopérabilité. Dans le cas où le Pentagone ne requerrait pas la
participation des alliés, l’OTAN devait demeurer ce forum politique, levier
principal de l’influence américaine auprès des Européens afin qu’ils apportent
leur soutien aux interventions américaines ou en relayent certains aspects,
notamment financiers. C’est exactement ce qui fut exigé des Alliés à propos de
l’Irak.
Parallèlement à cela, les
risques et les menaces qui étaient perçus par les Alliés n’ont trouvé que peu
d’écho auprès de la classe politique américaine. Ils ont été faiblement traduits
dans le nouveau concept stratégique de l’OTAN qui fut adopté au sommet de
Washington de 1999. Les intérêts régionaux européens n’étaient pourtant pas en
contradiction avec les priorités américaines, mais la posture de Washington
n’était pas coopérative et s’inscrivait plutôt dans une démarche de compétition
vis-à-vis de ses Alliés. Elle démontrait une certaine
ambivalence entre le désir de voir les Européens prendre en charge leur sécurité
et son corollaire inévitable, son développement dans un cadre nécessairement
européen. Il ne fallait pas que l’Europe puisse devenir un peer
competitor[ii],
un contrepoids. Les Administrations successives ont donc agi dans le sens de la
défense de leur liberté de manœuvre, qui passait par l’imposition de leur
leadership, qu’elles pensaient voir s’amoindrir en reconnaissant les intérêts de
sécurité et de défense des Européens.
Chaque crise survenue sur les
rives méditerranéennes, et notamment dans les Balkans, a provoqué une volonté
européenne d’autonomisation de défense à laquelle Washington s’opposait en
refusant le duplicata des forces et en imposant une standardisation faisant la
promotion des systèmes d’armes américains. Pris dans leurs contradictions, les
grands pays européens, qui seuls disposaient de réels moyens militaires
autonomes, n’ont pu que constater l’échec des CJTF (Groupements tactiques
interalliés) décidés au sommet de Berlin de 1996. La maîtrise américaine tant
politique que de la chaîne de commandement militaire empêchait, de fait,
l’émergence d’une identité européenne au sein de l’OTAN. L’initiative
britannique de Saint-Malo de 1998 a fait suite à une prise de conscience du
gouvernement britannique des limites de la relation spéciale qu’ils pensaient
entretenir avec les États-Unis sur le terrain à Sarajevo.[iii]
L’Europe de la défense fut ensuite renforcée par les enseignements tirés de la
guerre du Kosovo. Même si à l’heure actuelle, les angoisses
sécuritaires des nouveaux entrants ont imposé une inclinaison atlantiste et ont,
par le jeu des majorités, mis un terme provisoire à une expression indépendante
en matière de relation extérieure et d’autonomie de défense vis-à-vis de l’OTAN,
d’autres tendances se font également jour. Quand les Européens
atlantistes acquiescent politiquement aux demandes de l’OTAN, qui sont
américaines, et accèdent aux requêtes du Pentagone en Irak, ils le font a
minima. Au même moment, quand la responsabilité des opérations de maintien de la
paix en Bosnie passe de l’OTAN à l’Union européenne et que cette dernière
demande 2000 hommes, elle se trouve rapidement devant des propositions dépassant
ce chiffre en provenance de pays même non-UE comme la Norvège.[iv]
Il n’en demeure pas moins que
nombre d’Européens, appartenant à l’ancienne Europe des 15, peuvent pousser
l’ambivalence jusqu’à la schizophrénie en adoptant une position atlantiste
allant à l’encontre de ce que leur gouvernement avait décidé dans le cadre du
Conseil européen. Dans un même ordre d’idée, il est également
intéressant de noter que l’administration américaine et le gouvernement de Tony
Blair ont dénié à la vieille Europe le droit d’incarner la position européenne. Leur prise de position était, certes, conforme aux dispositions du droit
international public, au respect desquelles les États membres acceptent de se
soumettre lors de leur adhésion à l’Union européenne.[v] Mais elle suivait également les dispositions auxquelles les différentes
autorités gouvernementales avaient souscrit en adoptant les stratégies
européennes de 1999 et de mars et décembre 2003. Les pays européens sont en
effet convenus que la recherche de la paix et du développement dans le monde
arabo-musulman était une priorité stratégique pour eux. La logique de
l’élargissement en Méditerranée, du Processus de Barcelone, qui embrasse le
projet politico-stratégique européen pour la région méditerranéenne comme celle
des négociations en vue de l’adhésion de la Turquie s’opposaient à la volonté
américano-britannique de bousculer, par les armes, l’ordre régional.
A l’occasion de la préparation
de l’intervention en Irak, ce sont bien deux visions qui se sont heurtées.
Pourtant l’inspiration néoconservatrice qui sous-tendait la relance du projet de
nouveau Grand Moyen-Orient, présenté au sommet du G8 du mois de juin 2004,
rejoignait certaines des positions européennes formulées dans le cadre du
Processus de Barcelone dès 1995, reprises dans la politique de voisinage selon
la communication de la Commission du 11 mars 2003. Elle s’est pourtant heurtée
aux ambitions européennes pour la région. Vu de Washington, les intérêts
européens ou de ses États les plus grands ne devaient pas, sur la question
irakienne, se dissocier des intérêts stratégiques américains. Et pourtant, un
changement de régime en Irak, la manière de procéder et ses conséquences
éventuelles ne recoupaient pas les attentes de la Belgique, du Luxembourg, de
l’Allemagne, de la Grèce et de la France.
Si le projet européen n’est institutionnalisé que pour
les pays du rivage méditerranéen et la Jordanie, il apparaissait évident qu’un
engagement américain en Irak aurait des conséquences majeures pour l’ensemble de
la région. Les représentations développées par les membres les plus extrémistes
de l’Administration Bush divergeaient profondément de celles développées à
Bruxelles pour le pourtour méditerranéen. Plus encore, le divorce stratégique
entre les Occidentaux est d’ordre quasi-philosophique car il oppose les
fondements stratégiques développés au sein des institutions européennes ou au
travers des instruments dont disposent les États membres, aux conceptions
américaines.
L’argumentaire des Alliés
frondeurs durant l’hiver 2002-2003 à l’encontre de la diplomatie américaine à
l’ONU n’était pas d’inspiration vénusienne, pas plus qu’il ne constituait une
faiblesse munichoise,[vi]
ni même une mesure d’apaisement pour ces Européens qui connaissaient déjà le
phénomène terroriste et qui, pour certains, dont la France, avaient déjà mis en
œuvre une législation appropriée depuis de nombreuses années.[vii]
La posture de la Belgique, du Luxembourg, de l’Allemagne, de la Grèce et de la
France n’était pas guidée par un quelconque pacifisme,[viii]
pas plus qu’elle n’était motivée par des considérations communautaires dans une
perspective anglo-saxonne liant l’importance de la présence d’individus de
confession musulmane aux choix de politique étrangère.[ix]
Ces gouvernements étaient, au contraire, conscients de la réalité des risques
terroristes que leur engagement pouvait faire courir à leurs populations. Les
limites de leur puissance et leur géographie leur imposaient une lecture
réaliste dénuée d’idéologie de leur environnement et des menaces qui pesaient
sur leur sécurité.[x]
En toute souveraineté,
insensibles aux pressions et aux discours moralisateurs louant les vertus du
changement de régime et dénonçant les ADM destinés à emporter l’adhésion des
opinions publiques anglo-saxonnes, ces cinq pays craignaient que l’Irak ne
sombre dans une guerre civile ou dans la guérilla, et que l’imposition de la
démocratie conduise au démembrement du pays en trois sous-États et à
l’islamisation de ses institutions. Nombreux étaient les observateurs qui
craignaient que ne s’ouvre une boîte de Pandore, que les autres régimes ne
soient déstabilisés alors que l’administration Bush I continuait de se
désintéresser du règlement du conflit israélo-palestinien, jugé au cœur de la
complexité régionale. Prenant le risque de transformer le pays en un nouvel
espace de djihad, la rationalité américaine paraissait incompatible avec une
lutte efficace et cohérente qu’ensemble les Occidentaux se devaient de mener
contre les réseaux terroristes internationaux, ainsi que contre la prolifération
balistique et nucléaire.[xi]
Manifestement, ces cinq pays ne retrouvaient pas la
défense de leurs intérêts stratégiques dans cette seconde phase de la guerre
contre la terreur. En effet, seules des préoccupations touchant à la
préservation de leur sécurité dans un contexte tant national qu’européen ne
pouvaient que motiver ces pays qui savent manier cynisme et realpolitik lorsque
cela est nécessaire. Ils ont estimé que l’action des américano-britanniques
mettait en danger leur sécurité dans un contexte de lutte contre le terrorisme
islamiste international. Ce qui est tout de même paradoxal quand on appartient à
une même alliance après le 11 septembre.
Ce même décalage transatlantique
qui a conduit durant les années quatre-vingt-dix à une réforme de l’OTAN, pivot
de la puissance américaine au cœur de l’Europe, s’est accompagné, dans la région
méditerranéenne, de l’élaboration de projets politico-stratégiques divergents.
Non pas qu’ils aient été diamétralement opposés puisque tous les acteurs se
retrouvaient autour de la nécessité d’assurer un approvisionnement à bas prix en
pétrole, défendre la sécurité de l’État d’Israël, empêcher que ne s’affrontent
militairement les Alliés turcs et grecs, tenir en respect les États voyous
libyen et syrien, soutenir la diplomatie des Nations unies au Sahara occidental
et résoudre les conflits dans les Balkans. Mais derrière cette façade commune,
mise à part dans son acception maritime, nous pouvons parler, dans une
perspective européenne, « d’absence de catégorie méditerranéenne dans la
stratégie américaine. »[xii]
Sans redouter de conflit
militaire Nord-Sud, les institutions européennes n’écartaient pas tout à fait
l’éventualité d’un conflit Sud-Sud. Elles ne faisaient pas non plus vraiment
leur les analyses américaines sur la prolifération balistique au sud de la
Méditerranée, à tort selon certains observateurs.[xiii]
Les Européens estimaient que les fractures de tous ordres—économiques,
démographiques, politiques, environnementaux…—nourrissaient un faisceau de
risques et de menaces dont le potentiel pouvait être très déstabilisant pour les
sociétés européennes situées sur le pourtour méditerranéen. L’analyse des
institutions européennes exprimait le passage d’une conception classique des
enjeux de "défense" à la notion de "sécurité", englobant la notion
d’interdépendance entre voisins. Car les crises structurelles que traversaient
les pays tiers méditerranéens pouvaient directement se répercuter sur le sol
européen sans que ces dernières ne requièrent de solutions militaires
classiques. Tout l’enjeu était d’essayer de traiter les problèmes au plus près
de leur source[xiv].
Cette initiative européenne fut
contrecarrée par les États membres eux-mêmes, à commencer par les gouvernements
italien et espagnol qui s’en désintéressèrent. De son côté, Bruxelles s’investit
dans la préparation de l’élargissement à l’Est et dans l’élaboration de
nouvelles institutions européennes. Parallèlement, les États-Unis qui n’avaient
pas obtenu la qualité de membre observateur au Processus souhaitèrent reprendre
la main au travers du dialogue méditerranéen de l’OTAN dès 1996.
[xv]
Ils jouèrent de leur influence à l’encontre des efforts entrepris dans les
cadres 5+5, du Forum méditerranéen ou de l’assemblée parlementaire de l’OSCE
pour la Méditerranée. L’initiative Eisenstat, du nom du sous-secrétaire d’État
américain de l’époque, inaugura l’offensive économique américaine en Afrique du
Nord, qui devait elle-même s’inscrire dans un ensemble économique de plus vaste
envergure—le projet MENA—devant récompenser les pays partenaires du processus de
paix israélo-palestinien. Se dessinaient déjà les premières évocations du
Great Middle East, qui sous-tendaient l’initiative du nouveau Grand
Moyen-Orient présenté au sommet du G8 de Sea Island du mois de juin 2004
et dont le changement de régime en Irak devait être la première pierre. Les
propositions de zones de libre-échange bilatéral entre les États-Unis et les
pays de la région se surimposèrent à la renégociation des accords d’association
européens avec les états tiers méditerranéens qui devaient déboucher sur la
création d’une ZLE à l’horizon 2010.
De fait, la complexité des enjeux régionaux et l’absence
de cohérence occidentale permirent aux États de la rive sud de jouer un double
jeu, en se servant des contradictions alliées bien que la particularité du
processus de Barcelone fut de lier entre eux la négociation des trois volets.
Dès 1996, la mort annoncée du processus de paix israélo-palestinien offrit
l’opportunité aux pays tiers méditerranéens de refuser tout avancement du volet
politique et sécurité de Barcelone. Ainsi dans ce domaine, la France s’est
trouvée dans une situation difficile face au gouvernement algérien. Paris eut du
mal à équilibrer ses ambitions européennes face à l’exportation de la violence
algérienne sur le territoire français. De son côté, Washington entretint
longtemps des relations ambivalentes avec les formations islamistes avec
lesquelles une entente fut longtemps pragmatiquement recherchée. Mais lorsqu’il
s’avéra que le rapport des forces n’était pas en faveur des extrémistes,
Washington n’intervint pas auprès des gouvernements à propos de leur gestion
autoritaire et contre-productive de leurs situations internes. L’aide militaire
et économique fournie au Caire ne s’accompagna pas de demande de réformes sauf à
la marge. De la même façon, les Européens ne dénoncèrent pas les modifications
de la constitution tunisienne ouvrant la voie à une réélection, à plus de 90%
des suffrages, du président Zine El Abidine Ben Ali à plus de 90% des suffrages
qui avait su préserver son pays de la vague islamiste au prix de violations des
droits de l’homme.
Si le statu quo politique était recherché, les
Occidentaux ont en revanche appuyé les protocoles du FMI et de la Banque
mondiale fers de lance du consensus de Washington auquel les pays du sud
opposèrent une résistance. Mais là encore les approches européennes et
américaines ont divergé. Les sollicitations américaines en faveur de la
déréglementation, et donc de la privatisation des économies, aurait favorisé une
prise de contrôle par des actifs étrangers des sous-sols miniers et gaziers au
profit notamment des grands groupes pétroliers anglo-saxons. Ce qui fut
prudemment écarté par des autorités locales lesquelles pressentaient également
que les réformes structurelles souhaitées par Bruxelles feraient perdre aux
élites le contrôle et le bénéfice des rentes.
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Refus du primat militaire dans la stratégie
américaine et opposition quant aux méthodes portées par des principes différents
Ces divergences occidentales
ont, cependant, un socle plus profond car, de fait, les logiques européennes et
américaines s’affrontent. C’est une des raisons pour lesquelles, en proposant
des analyses convergentes de l’instabilité régionale, les Occidentaux
aboutissent à des conclusions contradictoires quant aux moyens à mettre en œuvre
pour y remédier.
Bien que l’argumentaire
américain porte sur la défense d’une unité occidentale dont le partage des
valeurs ferait qu’in fine l’Europe choisisse toujours l’Amérique, il n’en
demeure pas moins que les faiblesses de l’Europe conduisent à l’élaboration
d’une stratégie de rupture vis-à-vis de la méthode américaine. Le paradoxe est
intéressant car c’est bien l’impasse politique dans laquelle se trouvent les
Européens qui, les obligeant à aborder la problématique stratégique par “le
petit bout de la lorgnette,” les conduit à introduire toujours plus de facteurs
civils dans leur stratégie. Ses tendances apparaissent ainsi par le biais
technique et la planification opérationnelle mais également par la recherche du
compromis et le dialogue.
Éviter de donner naissance à une
identité européenne concurrente des États-Unis constitue la posture générale
européenne au risque, le cas échéant, de décourager Washington de se porter
également garant de leur sécurité ultime. De son côté, l’argumentaire actuel du
Pentagone est dire que le soft power européen n’est possible que parce
qu’il repose sur le hard power américain. Se posant en faux, William
Pfaff, au contraire, pose la question de savoir contre quelle menace aujourd’hui
les États-Unis protègent l’Europe ? N’en déplaise aux ex-pays de l’Est, contre
la Russie ? Contre la Chine ? Contre l’Iran également ? La réponse de l’analyste
est négative. Dans un contexte de lutte contre la menace du phénomène du
terrorisme islamiste international et des idéologies islamistes, la guerre
contre la terreur américaine, en donnant l’ascendant au facteur militaire, a eu,
dans le domaine de la lutte contre le terrorisme islamiste international, un
effet contre-productif pour la sécurité des Alliés européens. La stratégie
militaire américaine a provoqué la destruction des infrastructures irakiennes,
des désordres sociaux et un effondrement social qui ont certes encouragé une
résistance irakienne contre les forces d’occupation mais, ont également créé une
nouvelle terre Djihad.[xvi]
Ainsi, malgré sa faiblesse
induite par les ambiguïtés britanniques, la pensée stratégique européenne rentre
de plus en plus en contradiction avec le primat que donne Washington au facteur
militaire comme pivot de la puissance et de son principal levier.[xvii]
Mais, force est de constater que sur cette question, la position européenne est
celle de l’isolement sur la scène internationale face aux autres grands acteurs
internationaux que sont la Chine, la Russie et l’Inde.
Exacerbée chez les nationalistes
américains ou chez les néoconservateurs, cette inclination est partagée par la
majeure partie de la classe politique américaine même si l’accent était mis,
sous le président Clinton et son secrétaire au trésor Robert Rubin, sur le
soft power et la diffusion de la globalisation de l’économie comme facteurs
principaux de la puissance américaine.
Si Robert Kagan n’avait pas tort
d’écrire[xviii]
que le recours au multilatéralisme et à la légalité internationale sont au cœur
de l’engagement européen qui cherche à exporter son modèle de diplomatie
coopérative basé sur la paix par le développement, la réciproque est également
vraie. La pensée stratégique américaine est dominée par la notion de
conflictualité et de guerre. De la même façon qu’il s’est agi de faire la guerre
au communisme, puis à la pauvreté dans les années soixante, à la drogue dans les
années quatre-vingts, il faut faire la guerre au terrorisme et à la terreur[xix]
bien qu’il paraisse difficile d’identifier comme un ennemi personnel ce qui
finalement n’est qu’un procédé.[xx]
Cette représentation de la force
pourrait bien être la résultante d’une mobilisation excessive de l’appareil
militaire face à l’importance de la dissuasion nucléaire acquise contre la
menace soviétique. Appuyée sur une perception paroxystique d’insécurité, l’outil
militaire a ainsi façonné la pensée stratégique comme il pèse désormais sur la
diplomatie américaine. L’administration de George W. Bush étant composée de
faucons ayant pris l’ascendant, « la panique engendrée par l’attaque
[du 11 septembre] ne pouvait être contrôlée que dans la menace systématique
d’emploi, puis dans l’emploi de cette force militaire conçue pour rassurer
l'Amérique dans ses phantasmes sécuritaires. De là les aventures militaires et,
surtout, la militarisation de toute la pensée politique américaine, puis,
au-delà, la fabrication de “menaces” justifiant ces mesures. »[xxi]
Il semble, en effet, que la pensée politique américaine concernant la garantie
de sécurité relève en priorité du militaire.
Le rejet par le Defense
Policy Board, l’organe de direction civile du Pentagone, de l’OTAN et
par-là de ses protocoles d’engagement certes contraignants[xxii]
mais qui avaient prouvé leur efficacité dans les sorties de crises successives
dans les Balkans, a rajouté aux inquiétudes.[xxiii]
Au vu de l’expérience communautaire acquise lors des différents processus
d’élargissement et dans les missions ni guerre ni paix dites de peace-making,
peace-keeping ou nation-building, la coalition n’apportait que peu
de garanties tangibles sur la gestion post-conflit et l’organisation de la phase
de reconstruction.
Là encore, outre l’inclination
militaire de la stratégie américaine, l’aspect économique de l’intervention
américaine a heurté des Européens échaudés par l’expérience de la première
guerre du Golfe. Sans s’appesantir sur l’attribution quasi-exclusive, annoncée
avant l’intervention, de contrats aux entreprises américaines et notamment aux
71 des plus gros contributeurs de la campagne électorale de 2000 de Georges W.
Bush,[xxiv]
les valeurs communes qui se vivent différemment des deux côtés de l’Atlantique
entraînent une organisation institutionnelle et juridique qui ne coïncide pas
avec les attentes européennes. Si dans l’absolu, « Bruxelles travaille à la
construction de la démocratie dans des espaces politiques déterminés, autant
Washington insiste sur la libéralisation progressive des sociétés en écartant
l’élaboration d’institutions fortes et en insistant sur le caractère de fluidité
interne supposée des sociétés—une transposition du modèle sociétal américain. »[xxv]
L’intervention américaine en
Irak fut un modèle du genre poussé à l’extrême. Certes, la politique étrangère
américaine est connue pour être au service du succès de son expérience nationale
et d’aucuns ont également vu, dans l’entreprise irakienne, une opération de
keynésianisme militaire à destination de l’économie intérieure, faisant de
l’Irak un marché captif pour les intérêts américains. Toutefois, telles qu’elles
furent notamment dénoncées par Paul O’Neil, le premier Secrétaire du Trésor de
l’Administration Bush, les réformes légales et institutionnelles qui furent
imposées à l’Irak étaient en contradiction avec le droit de la guerre mais se
situaient également hors du cadre international de l’OMC et au-delà des
recommandations de la Banque mondiale. L’ouverture du marché irakien fut décrite
comme étant le rêve de tout investisseur américain à l’étranger. L’Iraqi
Coalition Provisional Authority, dirigé par le proconsul Paul Bremer, prit
toute une série de décrets d’inspiration ultra-libérale—privatisation de près de
200 entreprises nationales, abolition des tarifs douaniers, impôt sur les
entreprises réduites à 15% —, dont celui controversé du 19 septembre 2003 sur
les investissements étrangers dont les termes sont, de très loin, moins
contraignants que les législations américaine et britannique[xxvi].
Ils sont également fort éloignés de l’inspiration des réformes que tente de
propager l’Europe dans le cadre du Partenariat euro-méditerranéen ou des
négociations en vue de la signature d’accords d’association. Lorsqu’il s’agira
pour l’Union européenne de s’impliquer plus avant dans la stabilisation du pays,
la question se posera sur la compatibilité de ses protocoles d’action avec ceux
imposés par l’administration intérimaire américaine. Cette situation contribuera
à faire naître des tensions dans les relations transatlantiques
États-Unis-Europe.
-
III. Les points de rupture transatlantique à
venir au Moyen-Orient
Au lendemain de la réélection de
George W. Bush, les thèmes de la relation transatlantique et celui de
l’émergence du pôle européen demeurent au centre des relations Europe-États-Unis
avec en toile de fond les prochains défis moyen-orientaux. Si le temps du mandat
de George W. Bush apparaît comme déterminant pour l’évolution des tendances que
nous avons vu poindre dans l’élaboration de la stratégie européenne, l’année
2005 est appelée par tous les acteurs à être celle de la réconciliation. Mais la
question devient redondante : sur quelle base ? D’autant
que les premières nominations laissent présager un durcissement du nouveau
cabinet de George W. Bush.
Les plus fervents atlantistes
voudraient que la reconduction du président des États-Unis conduise les Alliés
frondeurs, auxquels s’est agrégée l’Espagne, à s’incliner devant le leadership
américain. Pour l’Europe non anglo-saxonne, la réélection de George W. Bush est,
certes, un fait incontournable pour les quatre ans à venir mais il n’est pas la
manifestation du destin exceptionnel d’une Amérique qui se situerait du bon côté
de la providence alors que l’Europe regarderait passer le train de l’histoire.
L’évolution de la situation en Afghanistan et en Irak, la déstabilisation
interne du royaume saoudien n’ont pas infléchi les positions des différents
acteurs si ce n’est pour la forme. Depuis le printemps 2004, la France est « punie »
avec une intensité moindre qu’auparavant et l’équipe Bush a manifesté la volonté
de dépasser la division entre vieille et nouvelle Europe pour convaincre ses
Alliés récalcitrants de participer à ses projets.
Pour les années à venir va-t-on
assister à un renforcement d’une dérive de compétition au sein de la relation
transatlantique ou bien allons-nous enfin voir l’émergence d’un partenariat
transatlantique pour la région méditerranéenne ? Déjà, au cas par cas, les
Alliés se retrouvent lorsque leurs intérêts se croisent : acquiescement poli
mais sans engagement à l’initiative du nouveau Grand Moyen-Orient ; refus
allemand et français d’un véritable processus de relève des forces de coalition
sous le drapeau de l’OTAN mais acceptation du plan américain pour la formation
des forces de sécurité irakienne ; vote à l’unanimité de la résolution sur
l’autorisation de la restauration de la souveraineté irakienne et la
transformation de l’occupation de l’Irak en une force multinationale et vote de
la France pour la résolution sur la Syrie. Pris dans la nasse des négociations à
propos des otages français, Paris a consenti à l’effacement de la dette
irakienne au sommet de Charm el-Cheikh des 22 et 23 novembre 2004.[xxvii]
Cependant, l’argumentaire des
atlantistes européens en faveur d’une néo-alliance transatlantique paraît de peu
de poids face à la persistance des dissensions. Si les élections ukrainiennes
ont encore démontré l’impossibilité d’une cohérence à 25 en matière de PESC,
l’affirmation d’une identité européenne se trouvera renforcée lorsque l’Union
européenne se sera dotée des instruments prévus par le traité constitutionnel
européen. Mais la définition d’intérêts
communs européens continuera d’être contrebalancée
par les exigences d’allégeance imposées aux Alliés par l’équipe Bush. Des
pays naturellement atlantistes comme les Pays-Bas, le Danemark, la Pologne
continueront d’être régulièrement rappelés à l’ordre transatlantique. L’attitude
de l’Italie, de l’Espagne, de l’Allemagne et de la France sera vraisemblablement
fonction des personnalités qui dirigeront ces pays.
Mais une attention toute
particulière devra être portée à la posture de la Grande-Bretagne qui est à la
fois un pivot majeur de la puissance américaine sur le continent, et son relais
essentiel auprès des Pays-Bas et du Danemark. Alliée indéfectible des États-Unis
depuis 1956, les autorités vont se trouver devant des contradictions fortes tant
le concept de la special relationship est actuellement mis à mal. Les
critiques de l’opinion publique, d’une partie de l’establishment et des
conservateurs sont virulentes à l’encontre de l’alignement inconditionnel du
Premier ministre Tony Blair. Vécue comme une humiliation, l’intrication qui
existe entre les plus hautes sphères des services britanniques et américains a,
de fait, révélé le degré de perte de souveraineté britannique en matière de
politique étrangère, de défense, de système d’armes et de renseignement alors
que le royaume a toujours communiqué sur le fait d’incarner le rempart de
souveraineté dans le cadre européen. La guerre en Irak a ainsi mis en évidence
la très grande difficulté pour Londres d’incarner le pont entre l’Amérique et le
continent tant la politique de Blair fut peu payée en retour au Moyen Orient.[xxviii]
Depuis les attentats de Madrid
et l’assassinat du cinéaste néerlandais Theo Van Gogh—signal faible mais d’une
grande importance—les autorités britanniques font leur possible pour articuler
leur politique étrangère avec une lutte efficace contre le terrorisme islamiste
international, alors qu’une grande partie des élites et de l’opinion publique se
reconnaît de moins en moins dans le conservatisme américain et ne partage pas
ses ressorts populaires.[xxix]
En fonction de l’importance que prendront les futurs arbitrages en matière de
politique étrangère américaine dans la prochaine campagne électorale
britannique, il n’est pas impossible que Tony Blair soit contraint d’adopter une
position de compromis réaliste avec l’Europe, et qu’il soit amené à rechercher
la protection de ses intérêts nationaux dans le cadre des initiatives
européennes et peut-être à développer plus avant la poursuite d’un leadership
britannique au sein de l’Europe de la défense.
En effet, si les intérêts des
majors pétroliers britanniques et américains se recoupent en Libye[xxx]
et ailleurs dans le Golfe persique, Londres reste prudent quant aux desseins des
nationalistes et des néoconservateurs américains pour la région. Dans le cadre
des prochaines élections, le Premier ministre britannique pourrait être mis en
difficulté sur plusieurs points de son alignement sur Washington. Le caractère
contre-productif de la guerre contre la terreur finira par poser la question de
la compatibilité de l’action des autorités britanniques avec une lutte contre le
terrorisme qui, pour être efficace, doit être respectueuse de la légalité
internationale et communautaire, de l’État de droit et du refus de la torture.
Le gouvernement pourrait également rencontrer des difficultés à convaincre ses
électeurs de son approbation éventuelle quant à un changement de régime en Syrie
demandé à Washington ou un règlement du conflit entre Israël et la Palestine aux
conditions du Likoud, alors que la mort de Yasser Arafat et la tenue de
nouvelles élections peuvent être l’occasion de relancer les négociations. Au vu
du catastophic success irakien, la promotion d’une résolution par la
force de la question du nucléaire iranien par les médias pro-guerre, détenus par
Robert Murdoch et Conrad Black, pourrait éventuellement rencontrer le
scepticisme des publicitaires comme d’une partie de leur lectorat.
Jusqu’à présent sur ces sujets, la diplomatie de Londres
converge encore avec celle de Bruxelles dans le cadre du Quartette et de la
Troïka européenne pour l’Iran. Cependant, le choix des individualités appointées
par George W. Bush indique une reconduction du
parti de la guerre qui est accompagnée par un durcissement du débat américain
sur l’avenir du monde arabo-musulman. Londres risque d’être écartelé entre la
protection de la sécurité de ses concitoyens et l’impossibilité d’incarner le
pont transatlantique face à une Administration Bush II probablement aussi
intransigeante que la première à propos du Moyen-Orient.
-
Un durcissement des positions américaines
A la mi-2004, le débat politique
américain prédisait un retour probable de l’influence des réalistes auprès du
président.[xxxi]
Les circonstances qui avaient permis aux nationalistes et aux néoconservateurs
d’imposer leur agenda paraissaient lointaines et la situation en Irak semblait
compromettre leurs desseins pour la région. Au sein du National Security
Council, Condoleezza Rice créait l’Iraq Stabilization Group pour
contrebalancer la gestion de sortie de crise par le Pentagone tandis que se
montait une Coalition for a Realistic Foreign Policy pour faire
contrepoids aux lobbies néoconservateurs. La perspective de novembre 2004
rendait difficilement vendable par Karl Rove d’autres aventures militaires.
Ainsi, la majeure partie des républicains présents au sein d’administrations
précédentes pensait qu’une politique plus réaliste s’imposerait d’elle-même : la
troupe étant insuffisante en Irak, le coût de la guerre prohibitif… Les
contingences matérielles et la complexité de la géopolitique régionale seraient
le frein le plus sûr à l’exercice de l’hubris impérial comme aux
aventures entreprises sous l’administration Bush I.
Il semblerait pourtant que, des
conditions de sa victoire électorale, George W. Bush ait retiré un « mandat »
et une nouvelle légitimité pour son second terme.[xxxii]
La reconduction à leurs postes de ceux qui incarnaient le « parti de la guerre »
laisse présager une consolidation de la ligne dure emmenée par Dick Cheney, le
vice-président. La majeure partie des nominations comme celle de Stephen Hadley
au poste du numéro un du National Security Council confirme la volonté de
placer des personnalités qui sont des courroies de transmission des thèses les
plus dures tout particulièrement aux postes concernant les questions
moyen-orientales. Eliott Abrams est reconduit au NSI. Le remplacement de Colin
Powell par Condoleezza Rice au Département d’État confirme une volonté dans le
sens d’un contrôle accru du personnel diplomatique et du Near East Bureau
souvent critiqués par les faucons pour leurs penchants réalistes, pro-arabes,
voire multilatéraux.
Il se pourrait que la priorité
du second mandat soit donnée aux questions de politique intérieure
américaine—réforme des impôts et du système de sécurité sociale. Mais la
cohérence renforcée autour du parti de la guerre laisse imaginer que l’on
s’oriente désormais vers des arbitrages présidentiels à partir de postures dures
en matière de politique étrangère. Les néoconservateurs et les nationalistes
ont, semble-t-il, gagné la bataille des idées même si entre eux le débat reste
vif… Or, c’est moins contre leurs thèses que se développe le débat actuel mais
bien à partir de celles-ci. La présentation qui est faite actuellement de la
défense des intérêts américains au Moyen-Orient va bien au-delà de notions
pseudo morales et humanistes faisant l’apologie de la liberté et la démocratie[xxxiii]
pour abattre des régimes dictatoriaux et hostiles aux intérêts américains. En
mettant en avant la crainte de voir basculer les pays amis aux mains des
islamistes—Maroc, Égypte, Jordanie et Arabie saoudite—le discours ambiant
présente la diffusion de la démocratie dans le monde arabe comme une question de
survie pour l’Amérique[xxxiv]
ce qui constitue un incontestable durcissement de l’approche. D’autant
qu’ainsi que le fait remarquer Scott McConnell,[xxxv]
dans le sillage des durs de l’Administration qui souhaitent un
approfondissement sur le terrain de l’engagement des forces armées américaines à
Damas et Téhéran, s’est opéré un durcissement sans demi-mesure chez les autres
acteurs de la politique étrangère américaine qui tendent à partager l’idée selon
laquelle le monde arabe doit se démocratiser ou bien périr car il en irait ainsi
de la sécurité de l’Amérique.
Au-delà donc d’un rude débat
inter-agences, l’approche américaine sur le Moyen-Orient se radicalise encore.
Cela ne veut pas dire que les ambitions des nationalistes et des
néoconservateurs rencontreront les conditions de leur développement mais cette
posture aura de lourdes conséquences sur la relation transatlantique alors que
les Alliés disent s’engager vers une réconciliation.
[xxxvi]
En tout état de cause, ces derniers vont être appelés à travailler de concert à
la stabilisation de l’Irak, œuvrer ensemble pour une solution au conflit
israélo-palestinien après le retrait d’Israël de la bande de Gaza mais déjà
s’affirment les pressions de Washington sur la Syrie et l’Iran.
Si une coopération
transatlantique est indispensable pour l’avenir de la région, encore faudrait-il
qu’une nouvelle donne[xxxvii]
établisse les grandes lignes d’un véritable partenariat stratégique qui prenne
en compte les intérêts stratégiques européens.
Nombreux sont les thèmes qui
nourrissent aujourd’hui le malaise transatlantique. Or certains d’entre eux se
dessinent de l’intérieur même du bloc occidental. Les querelles sur les valeurs
« communes » portent désormais sur la référence à la règle de droit. Le refus
toujours plus marqué du Congrès américain de reconnaître la légitimité des
Nations unies porte le retrait des autorités gouvernementales des grands traités
internationaux. Le non-respect des Conventions de Genève comme certaines des
dispositions des Patriot Acts I et II semble également traduire une
priorité donnée à une efficacité supposée de la lutte contre le terrorisme au
mépris des libertés publiques et de l’État de droit qui sont au cœur de la
construction juridique et politique de l’Europe au risque de compliquer la
coopération transatlantique.
Outre la question du
Moyen-Orient, certaines des divergences sur le plan diplomatique sont tout
autant porteuses de frictions à venir. Dans un contexte de guerre économique et
de pressions américaines pour une déréglementation poussée des économies
européennes, la question se pose aussi de la main mise américaine sur une grande
partie des ressources en pétrole et en gaz des Européens. Face à une
multipolarisation de fait des relations internationales, Washington se méfie de
l’évolution des liens tissés entre Bruxelles, Moscou et Pékin et souhaite
maîtriser, au profit de son leadership, le processus d’intégration des pays de
l’Est à l’Union européenne.
Toutes ces questions sont
toutefois de nature sectorielle mais, si d’aventure, le débat transatlantique
sur le Moyen-Orient venait à être confisqué, il n’est pas impossible de penser
que cela pourrait produire un contre choc européen.[xxxviii]
Les équilibres européens notamment ceux qui sont internes à l’Union et sont déjà
secoués par la vague des élargissements pourraient être fragilisé par le
Royaume-Uni. En effet, si ce dernier ne pouvait pas se permettre de jouer son
rôle d’intermédiaire obligé entre l’Europe et les États-Unis au nom de ses liens
spéciaux, il pourrait s’inscrire dans la projection de Saint-Malo et prendre ses
distances vis-à-vis de Washington et de l’OTAN. Il pourrait à l’inverse être
tout autant tenté par la restauration de sa souveraineté hors du jeu européen.
La Grande-Bretagne serait alors encline à renouer avec son ancienne diplomatie
pour chercher à diviser les Européens sans trop s’engager dans le but de
replacer Londres en position d’arbitrage au cœur de l’Europe. Dans une Europe
qui cherche à s’adapter à sa nouvelle dimension, cette attitude britannique, qui
n’est pas exclusive, pourrait ainsi porter atteinte à la dynamique européenne.
Mais, elle pourrait tout autant se heurter à une forte relance du couple
franco-allemand déjà engagé dans une intégration discrète mais toujours plus
poussée de ses politiques nationales.
[i]
Pascal Chaignaud, conférence donnée devant la 156e session
régionale de l’IHEDN à Bordeaux en février 2004.
[ii] Dans
la stratégie américaine actuelle, l’émergence d’un peer competitor
(de niveau équivalent) d’ici 2015-2030 pourrait remettre en cause leur
statut de puissance hégémonique et qui sera la Chine.
[iii]
Après l’ultimatum donné aux forces serbes d’enlever du mont Igman
surplombant Sarajevo, celles-ci firent croire au retrait de leurs armes à
tirs courbes (mortiers). L’envoi d’un Mirage IVP de Bordeaux-Mérignac,
disposant d'une caméra spéciale a éventé la ruse serbe. Leurs armes
menaçaient directement des soldats britanniques et français en plus de la
population musulmane visée. Pourtant, la photo satellite non datée montrée
par les Américains à leurs Alliés montrait un mont Igman vide... Le
lendemain, Français et Britanniques - dont les troupes d’élite doutèrent de
cette "information" sur place - se retrouvèrent à Saint-Malo. Joël-François
Dumont, grand reporter à France 3, directeur du site
European-Security.org, « Conférence sur le renseignement en
Europe : l’Espace, enjeu stratégique pour la France ? Pour l’Europe ? »
conférence sur le renseignement à l’IHEDN avec la participation du général
Bernard Molard et du général François Mermet, Paris, 22 mai 2001,
[iv] Philippe
Grasset, « Ébranlement stratégique », Rubrique de defensa, Revue De
Defensa, Volume 20, n°03 du 10 octobre 2004, http//:
www.dedefensa.org. La Norvège s’est de nouveau interrogée sur son
intégration à l’Union européenne pour des raisons stratégiques au lendemain
de la réélection de George W. Bush.
[vi] Un
comportement analogue à 1938 aurait conduit la Belgique, le Luxembourg,
l’Allemagne et la France à céder à la puissance dominante va-t-en-guerre en
l’espèce incarnée par les États-Unis.
[vii]
Jeremy Shapiro and Bénédicte Suzan, “The French experience of
Counter-terrorism,” in Survival The ISS Quaterly, Vol 45 number 1 Spring
2003, pp. 67-98.
[viii]
Certes le mouvement pacifiste est important en Europe mais ce que dénonçait
la presse anglo-saxonne était le « pacifisme » de l’opinion publique
qui avait à près de 80% qualifié cette guerre d’injuste et d’illégale.
Certes le chancelier Schröder
était en campagne électorale mais le
pays avait déployé des forces militaires en Afghanistan. Le Danemark, de son
côté, rappelait ses troupes d’Afghanistan après que certains de ses soldats
y aient trouvé la mort.
[ix] Il y
a aussi - et surtout en ce qui concerne la France - une autre vision de ses
intérêts politiques dans le monde arabe qui est indépendante de la présence
des immigrés maghrébins et du développement récent du terrorisme. La posture
de la France est très antérieure à ces nouvelles données. Et elle n’est même
pas liée directement aux intérêts pétroliers français puisque Total, 4e
groupe pétrolier mondial exploite majoritairement des ressources extérieures
au monde arabe. Entretien avec Hubert Michel, président des Auditeurs
IHEDN Provence.
[x]
Pour un point de vue américain, Philip H. Gordon and Jeremy Shapiro,
Allies at War,
America, Europe and the Crisis over Irak,
A Brookings Institution Book, éd. McGraw-Hill, New York 2004, 266 pages.
[xi]
D’aucuns expliquent le choix d’une stratégie militaire dans le cadre d’une
guerre contre la terreur devant, notamment, la difficulté pour les
Anglo-Saxons de s’atteler à lutter contre le volet financier du terrorisme
et la crainte de voir les actifs saoudiens ou autres quitter Wall Street, la
City et autres paradis fiscaux.
[xii]
Dominique David, Conférence sur les États-Unis et l’Europe, FMES Marseille,
juin 2004.
[xiii]
Voir Thérèse Delpech, directeur des affaires stratégiques au Commissariat à
l’énergie atomique, Paris, « The Proliferation of Weapons of Mass
Destruction in the Mediterranean », in sous la direction de
Alvaro de Vasconcelos, A European Strategic Concept for the Mediterranean,
Lumiar Papers 9, Instituto de Estudos Estrategico E Internacionais,
Lisbonne, Septembre 2002, 155 pages.
[xiv]
Pour une présentation des fondements de la politique méditerranéenne de l’UE
voir Martin Ortega, « Une nouvelle politique méditerranéenne de l’Union
européenne », in Partenariat et voisins : une PESC pour une
Europe élargie, Cahiers de Chaillot, ouvrage collectif, n°64, Institut d’Études
de Sécurité, septembre 2003, pp. 90-106.
[xv] Sous
la direction de Jean-François Daguzan, Les États-Unis et la Méditerranée,
Collection Strademed Fondation Méditerranéenne d’Études stratégiques, éd.
Publisud, Paris 2002, 179 pages.
[xvii]
Pour une description des contradictions entre les stratégies militaires
américaines, de l’OTAN et de l’Union européenne, voir notamment les travaux
de Vincent Desportes ainsi que l’ouvrage collectif, sous la direction de
Joseph Henrotin, Au risque du Chaos, Leçons politiques et stratégiques de
la guerre en Irak, éd. Armand Colin, septembre 2004, 288 pages.
[xviii]
Robert Kagan, Paradise and Power America and Europe in the New World
Order, éd. Alfred A. Knopf, New York 2003, 103 pages.
[xix]
N’imposant pas d’obligation de résultat, la guerre contre la terreur peut
ainsi être reconduite perpétuellement. Voir, François-Bernard Huyghe,
Quatrième guerre mondiale, Faire mourir et faire croire, coll. L’Art de
la guerre, éd. Éditions du rocher, Monaco, 2004, 236 pages.
[xx] Les
Européens luttent contre les terroristes. Voir
le discours de Jean-David Levitte, Ambassadeur de France aux États-Unis, prononcé devant l’Elliot
School of International Affairs, George Washington University,
Washington DC, 10 octobre 2003,
[xxi]
Philippe Grasset, « Ébranlement stratégique »,
Rubrique de defensa, Revue
De Defensa, Volume 20, n° 03 du 10 octobre 2004,
[xxii]
Lors de la guerre du Kosovo, les militaires américains ont regretté la
lourdeur des procédures entre les 19 alliés pour le choix des cibles
aériennes. Ils refusaient le partage de la prise de décisions comme ils
n’acceptaient pas de dépendre d’une autre autorité pour lancer des frappes
aériennes. Sachant que ce serait à l’Europe de financer la reconstruction de
la Serbie, Berlin et Paris, dont l’objectif n’était pas de détruire le pays,
préféraient incapaciter certaines infrastructures critiques comme les
centrales électriques par exemple. Les deux capitales souhaitaient également
préserver le patrimoine culturel ainsi que le moral des populations. Pour
l’Irak, les civils du Pentagone ont exigé du Président George W. Bush
d’avoir les mains libres. Entretien avec le général François Mermet.
[xxiii]
En effet, les procédures OTAN tant militaires que civiles ont prouvé leur
efficacité dans les Balkans et furent une des raisons majeures du succès des
interventions alliées.
[xxiv]
Cette question ne fit guère débat à Washington. L’interpénétration des
cercles politiques et économiques est une caractéristique américaine.
[xxv]
Propos tenus par Dominique David, Conférence sur les États-Unis et la
Méditerranée, FMES-Marseille, mai 2004.
[xxviii]
Peter Ridell, « This is
a balancing act that may no longer be possible », November 16th
2004, The Times,
[xxx]
Voir également, Peter Beaumont, Martin Bight, Kamal Ahmed, “Libya Spiece’s
Secret Deat to reveal terrorists,”
The Guardian, December 3rd
2003,
[xxxi]
Des noms tels que ceux de Robert Blackwill, un proche d’Henri Kissinger,
George Kennan, Hans Morgenthau ou même de Brent Scowcroft un membre de
l’équipe Bush I qui s’était publiquement opposé à l’invasion irakienne,
étaient évoqués.
[xxxii]
George W. Bush a remporté les élections avec 51% des voix contre 49% mais
ces 51% comportaient 3 millions de voix supplémentaires—nouveaux inscrits
sur les listes électorales—par rapport aux élections de 2000.
[xxxiii]
Voir le discours inaugural de George W. Bush du 20 janvier 2005.
[xxxiv]
Le débat n’a pas porté sur la situation irakienne ou la réalité de la menace
terroriste sur les États-Unis mais, inspiré par Rove et Limbaugh, George W.
Bush a su convaincre son électorat que l’Irak était le point central de la
guerre contre la terreur, privant ainsi les Démocrates qui avaient voté pour
la guerre du bénéfice des critiques sur sa mauvaise conduite par le
Pentagone. Voir Mark
Danner, « How Bush Really Won »,
The New York Review of Books, vol 52,
number 1, January 13th 2005,
[xxxvi]
2005 sera une année consacrée à la restauration des relations
transatlantiques selon George W. Bush. Pour Jacques Chirac, il s’agit
désormais de revitaliser la relation transatlantique.
[xxxvii]
Philip H. Gordon, « Pour un new deal, lettre à mes amis français sur
l’Europe et l’Amérique », Revue Commentaire, n°108, Hiver 2004-2005, pp.
915-921.
[xxxviii]
Entretien avec Olivier Pirotte, Professeur émérite de droit de l’Université
de Lille II.
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