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Rencontrer la France dans toute sa diversité

Rencontrer la France dans toute sa diversité

Allocution de M. Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères devant le Cercle des Ambassadeurs en poste à Paris. Paris, 29 mars 2005. Source: Quai d'Orsay, Paris.

    Merci, Monsieur le Président,
    Monsieur l'Ambassadeur,
    Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Bienvenue à chacune et chacun d'entre vous, dans les salons du Palais des Affaires étrangères, qui est un peu votre Maison ; en tout cas, vous y êtes tous les bienvenus, aussi souvent que vous le souhaitez. Et j'espère que vous trouvez ici, régulièrement, peut-être moins auprès du ministre lui-même, qui n'est pas toujours aussi disponible que vous le souhaiteriez, mais auprès de mes collaborateurs, des membres de mon cabinet et de l'ensemble des services, le conseil, l'attention, la disponibilité dont vous avez besoin pour faire votre travail.

En tout cas, je vous souhaite, très chaleureusement et très amicalement, la bienvenue, dans la diversité de vos nations, de vos pays et de vos engagements personnels.

Monsieur le Président, c'est bien volontiers qu'à mon tour je vous rencontre, dans ce cercle des Ambassadeurs, après que vous ayez vu, à deux reprises, le Premier ministre et beaucoup de personnalités. Je trouve très important que, dans ce cercle et par votre initiative, l'ensemble des ambassadeurs en poste à Paris puissent ainsi mieux rencontrer la société française dans sa diversité, pour peut-être, ainsi, participer à réduire l'un des défauts de notre pays, qui est ce cloisonnement.

En tout cas, c'est ce que, moi, j'observe, comme homme politique français, que j'ai observé quand, durant 5 ans, je me suis trouvé juste à côté de la France à Bruxelles. J'observe que mon pays souffre souvent de ce cloisonnement entre la société politique, la haute administration, les milieux académiques et, bien entendu, le secteur privé. Je trouve très important que, de manière décloisonnée, vous provoquiez ainsi, à l'attention des ambassadeurs en poste à Paris, cette occasion de rencontrer la France dans toute sa diversité.

La dernière fois que j'ai eu l'occasion de parler à autant d'ambassadeurs en une seule fois, c'était au mois d'août, mais ce n'était pas des ambassadeurs étrangers ou européens, c'était des ambassadeurs de France qui se réunissent une fois par an en conférence pendant 3 jours, en séminaire. J'ai eu l'occasion de leur dire, lors de ma première rencontre avec eux, un certain nombre de choses que vous avez sans doute notées et que je mets en application dans un discours auquel j'ai porté beaucoup d'attention et dont j'ai pesé chacun des mots. Je leur ai d'abord dit que leur premier réflexe, sans cesser d'être patriotes et de porter le message de leur pays, leur premier réflexe devait être un message et un réflexe européens.

Donc, Mesdames et Messieurs, je suis revenu dans la politique française à la demande du président de la République, il y a tout juste un an, c'était le 30 mars, je vais donc fêter mon premier anniversaire ici, si je puis dire, cette semaine, avec cette ambition de faire vivre ce ministère que j'ai l'honneur d'animer, en le modernisant, à l'heure de l'Europe et du projet européen.

C'est peu de le dire d'ailleurs en ce moment, puisque, vous le savez, l'actualité politique et diplomatique de la France c'est aujourd'hui - tous les sujets comptent bien sûr -, mais c'est aujourd'hui d'abord le vote du référendum du 29 mai, qui est, pour nous, à l'intérieur et à l'extérieur de la France, la priorité.

Nous allons donc consacrer, le président de la République et nous-mêmes, notre énergie, notre temps, notre disponibilité à expliquer les enjeux de ce référendum à chacun de nos compatriotes pour que, finalement, après un débat qui sera difficile, qui est difficile, la France reste fidèle à son engagement initial au service de la construction politique de l'Europe. Je dis cela ici à côté de cette pièce où se trouvaient Robert Schuman et Jean Monnet - dont j'ai fait mettre la photographie - quand ils ont appelé les Européens à mutualiser leurs énergies, au sens propre du terme d'ailleurs, leurs ressources, charbon et acier, et finalement, une partie de leur politique et de leur intelligence.

Comme vous le savez, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, j'ai passé presque deux ans, dans mon dernier temps en tant que commissaire européen, à être l'un des rédacteurs de la Constitution européenne, j'ai même eu la chance, au sein de la Convention, de présider le groupe de travail sur la défense européenne. Le texte de la Constitution, le texte du traité constitutionnel concernant la défense européenne, qui était le sujet probablement le plus improbable et, finalement, qui a été le premier à être approuvé par les vingt-cinq chefs d'Etat et de gouvernement, est issu directement des travaux du groupe que j'ai eu l'honneur de présider.

J'ai toujours pensé qu'une Constitution ou un traité constitutionnel, ce n'est pas un projet, c'est un outil au service du projet. C'est un cadre, une sorte de règlement de copropriété puisque aussi bien le projet lui-même consiste à réunir, sans les fusionner, sans effacer leur différence ou leur identité, leurs traditions, leurs cultures, leur langue, vingt-cinq, vingt-sept et un jour trente nations qui veulent rester des nations.

Beaucoup d'entre vous représentent ces pays ici, et ce que nous faisons sur ce continent européen est aussi unique. Je ne dis pas exemplaire, parce que j'ai aussi demandé à mes ambassadeurs, et donc je me l'applique à moi-même, de ne pas pratiquer l'arrogance. Mais, sans être arrogant, sans donner de leçons, notamment à des pays qui sont sur d'autres continents et avec d'autres cultures, je peux observer, sans me tromper et sous le contrôle des ambassadeurs représentant les pays de l'Union européenne, que ce que nous sommes en train de faire depuis 50 ans n'a pas de comparaison possible, ni dans l'histoire, ni ailleurs dans le monde.

Ving-cinq pays, vingt-cinq nations qui mutualisent - c'est pour moi le mot qui traduit le mieux ce que nous faisons depuis 50 ans, l'esprit de mutualisation - des politiques, des énergies, des intelligences qui font travailler des pays ensemble, y compris lorsqu'il faut partager une partie de notre souveraineté, comme nous l'avons fait dans le domaine monétaire, sans effacer l'identité nationale, cette construction politique-là est unique. J'ai beau chercher ailleurs dans le monde, je trouve des organisations internationales, des syndicats internationaux, je trouve des associations, des groupements, mais à ce point d'intégration, il n'y a pas d'autre exemple.

Probablement ce que nous faisons peut être utile et j'espère que ce sera utile, bien que toutes les expériences ne soient pas transposables. J'observe avec beaucoup d'attention ce qui se passe en Amérique du Sud ou en Amérique centrale et naturellement en Afrique ou encore en Asie. Mais, peut-être parce que ce projet européen est le premier qui ait été engagé sur cette base, il n'y a pas, à ce jour, de comparaison possible dans le monde et encore moins dans l'histoire, sauf des empires construits par la force, par la violence ou par le totalitarisme.

La Constitution européenne, c'est donc un outil au service de ce projet et c'est un outil - nous nous efforcerons de l'expliquer aux Français impartialement - qui, sur tous les plans, améliore les textes actuels. C'est cela la difficulté que nous devons surmonter, ce texte constitutionnel n'apporte que des progrès par rapport au texte de Nice, d'Amsterdam, de Maastricht ou de Rome.

En même temps, vous le savez, nous avons essayé de reconstruire un nouveau Traité de Rome en restructurant les traités actuels et en essayant de les rendre plus lisibles.

En d'autres termes, si nous n'avons pas cette Constitution, si un des vingt-cinq pays ne la ratifiait pas, nous en resterions aux textes actuels qui sont moins bons sur l'ensemble des sujets. Je ne veux pas dire par-là que ce texte de Constitution est idéal, j'aurais moi-même souhaité, sur certains sujets, la gouvernance de l'économie européenne ou la fiscalité ou d'autres points, davantage d'avancées, mais nous sommes parvenus au meilleur texte possible, dans un consensus qui était, encore une fois lui aussi, assez improbable.

Finalement et encore une fois, ce texte n'apporte que des progrès, il faut donc saisir ce progrès, disposer de cet outil, de ce règlement de copropriété, qui, en même temps, rappelle ce que nous sommes. Et ce que j'ai essayé de vous dire, c'est que l'union des États et des peuples est fidèle - c'est inscrit dans le préambule de cette Constitution - à plusieurs héritages dont nous sommes fiers, des héritages religieux, spirituels, culturels, humanistes. Et, dans le mélange de ces héritages, dans leur addition, nous trouvons naturellement le socle sur lequel ce projet s'est construit. C'est donc un outil au service du projet et je pense fondamentalement que l'Europe, pour continuer à faire ce qu'elle fait et pour faire davantage, a besoin de cet outil-là.

Ma conviction aussi, Mesdames et Messieurs, c'est que nous avons besoin de ce texte constitutionnel pour gérer notre territoire européen, et un certain nombre de défis internes à ce territoire et tenir notre place dans le monde et, de ce point de vue, cette Constitution, à l'intérieur de la "boîte à outils" que j'évoquais à l'instant, dispose effectivement d'un certain nombre d'avancées, d'éléments dont nous avons besoin pour jouer notre rôle au plan international.

Gérer nos affaires à l'intérieur du territoire européen, cela veut dire faire fonctionner le marché intérieur, le marché unique, et on voit bien, avec les mésaventures de la directive Bolkestein, que ce n'est pas si facile que cela. Et nous allons continuer, peut-être en faisant davantage attention, en contrôlant davantage, en augmentant le dialogue préalable avec les différentes forces vives de nos pays et du territoire européen, à faire avancer le marché intérieur.

Il y a également le défi de prochaines adhésions, plusieurs d'entre vous représentent ces pays qui ont frappé à notre porte, auxquels nous avons ouvert notre porte naturellement, avec le souci que les règles soient respectées, que le cahier des charges soit bien pris en compte, c'est le cas de la Roumanie, de la Bulgarie, qui ont presque achevé leur processus d'adhésion, de la Croatie et, bien sûr, de la Turquie, avec laquelle les négociations d'adhésion vont s'engager.

Pour aucun de ces pays, comme par le passé, il n'y aura de raccourci ni de complaisance, je pense que c'est leur intérêt comme le nôtre que ce processus d'adhésion soit rigoureux, impartial ; faute de quoi, ce qui est un risque, c'est qu'il y ait un rejet ou une incompréhension. Et donc, c'est très important que, de notre côté comme du côté des pays qui vont entrer dans l'Union, il y ait ce travail rigoureux et patient, parfois un peu frustrant probablement, dans le processus d'adhésion.

Je pense aussi que l'un des défis que nous avons à relever en tant qu'Européens s'agissant de nous-mêmes, c'est d'établir des relations constructives, sereines avec ceux qui nous entourent immédiatement. C'est ce que l'on appelle la politique de voisinage. Je pense à particulier à la Russie, c'est notre intérêt, comme celui de la Russie, que d'établir, entre partenaires, l'ensemble de l'Union européenne et cet immense pays qui est, à lui seul, un Etat continent, une relation stratégique stable pour éviter les crispations ou des replis.

Et puis je pense, d'un autre côté, au Bassin méditerranéen. Pour moi, très franchement, après 10 ans, je pense qu'il y a - je l'ai dit l'autre jour à Alger, au Sommet de la Ligue arabe auquel j'avais été invité la semaine dernière - l'exigence d'une relance très forte du processus de Barcelone.

Régler nos problèmes à l'intérieur, faire fonctionner cet ensemble, je le répète, ce n'est pas si facile que cela de faire fonctionner vingt-cinq pays qui ont le souci de garder leur différence et leur identité, et puis jouer notre rôle dans le monde. Je pense que, en tout cas, s'agissant du ministre français des Affaires étrangères et du président de la République sous l'autorité duquel je travaille, chacun doit bien comprendre que notre ambition et ce n'est pas de la revanche, notre ambition est bien que l'Europe tienne sa place dans le monde et joue son rôle comme un partenaire et exprime son sentiment sur les affaires du monde.

Il y a assez longtemps, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, et notamment pendant les cinq années où j'ai eu la chance de participer au travail de la Commission européenne, j'ai acquis une conviction durable, c'est que plus l'Europe sera unie, plus les Européens seront efficaces et respectés ; chacun des Européens, chacune de nos nations. Et cela vaut pour l'ensemble des défis que nous avons à relever en tant qu'Européens et avec les autres puissances ou les autres pays du monde.

Naturellement cela n'interdit pas à chacun de nos pays, qu'ils soient grands ou petits, qu'ils soient anciens ou nouveaux dans l'Union européenne, qu'ils aient une tradition diplomatique mondiale comme c'est le cas pour le pays qui vous accueille, mais aussi pour l'Angleterre, l'Allemagne, parfois pour des pays plus petits que j'observe plus actifs, la Suède, le Portugal ou la Pologne, ne m'en veuillez de ne pas citer tous ces pays, mais j'observe une chose, c'est que chacun à quelque chose à apporter, chacun peut apporter une valeur ajoutée dans le "pot commun" de la politique étrangère et de sécurité commune. Chacun doit continuer à apporter cette valeur ajoutée et son trait singulier.

En revanche, s'agissant des grands défis du monde, plus nous les aborderons ensemble, mieux cela vaudra pour que nous soyons respectés et efficaces. Cela vaut sur l'ensemble des sujets que concernent les défis mondiaux, qu'il s'agisse de défis régionaux ou de défis globaux ou transversaux. Je vais simplement les énumérer pour bien me faire comprendre.

Peut-on imaginer, au-delà de nos relations bilatérales qui resteront fortes et que nous allons essayer de rénover et de moderniser, avec tel ou tel pays dont nous partageons la langue, je parle de l'Afrique, peut-on imaginer que les Européens continuent d'avoir, en Afrique, des politiques nationales juxtaposées, quand elles ne sont pas concurrentes ? Ma conviction est que nous devons, là encore, mutualiser et avoir une vraie stratégie de développement comme partenaire de l'Afrique. En tout cas, j'ai décidé d'y travailler avec vous.

Cette ambition-là, avec le commissaire au Développement, Louis Michel et l'ensemble de mes collègues, et déjà, par exemple, dans les pays du Maghreb arabe, nous avons décidé de faire cette photographie, on commencera par cela, de nos différentes politiques bilatérales dans les cinq pays du Maghreb arabe qui font l'objet d'efforts nationaux - portugais, espagnols italiens ou français, anglais aussi - de coopérations décentralisées avec les régions, les collectivités territoriales sans que l'on sache réellement qui fait quoi, avec qui et où. Nous avons donc décidé de faire cette photographie de nos politiques bilatérales pour les rendre plus cohérentes et aboutir ainsi, au moins dans cette partie du nord de l'Afrique, à cette politique mutualisée, à cette stratégie de développement.

C'est vrai pour l'Afrique qui, pour moi, est le principal défi parce que le plus proche, avec un continent, immense par sa population, par son territoire, ses problèmes et également ses opportunités, notamment sa jeunesse. C'est vrai aussi de l'ensemble du Proche et du Moyen-Orient qui est en mouvement, et plutôt dans un mouvement positif actuellement, je l'observe, nous l'observons partout depuis un an. Il me semble que le Proche et le Moyen-Orient se sont remis dans le bon sens s'agissant de la stabilité, je le dis avec beaucoup de précautions. Mais, aussi bien le dialogue entre Israéliens et Palestiniens qui a repris et que nous encourageons, la démocratie qui est exigée par le peuple au Liban, l'Irak qui sort difficilement mais qui sort, par la politique et par les élections, d'une guerre, et même le dialogue que nous avons entrepris, nous les Européens, en tout cas quelques-uns d'entre nous en avant-garde, dans notre relation avec l'Iran pour résister à la tentation de la prolifération nucléaire, tout cela me donne un sentiment, je le dis avec beaucoup de précaution, un sentiment de confiance.

Et nous voulons accompagner ces différents mouvements, qui ne sont pas tous liés les uns aux autres mais qui vont tous dans le même sens. Comment peut-on le faire efficacement si nous le faisons, nous, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Espagnols et d'autres encore, chacun chez soi ou chacun pour soi ? Nous avons donc décidé de le faire ensemble. C'est ainsi, parce que nous serons unis, que les Européens seront respectés et efficaces. C'est également vrai de notre relation, si importante, si sensible avec les États-Unis d'Amérique.

Je recevais ici même, dans le salon de l'Horloge, Condoleezza Rice, il y a quelques semaines, je l'entendais dire, avec beaucoup de force et pour la première fois, que les États-Unis ont besoin d'une Europe forte ; je lui ai répondu en souriant que les Européens aussi. Ainsi, vous le voyez, nous nous parlons davantage, nous avons décidé de regarder devant plutôt que derrière nous, non pas se faire plaisir mutuellement les uns aux autres - il ne s'agit pas de savoir ce que les Européens peuvent faire pour être agréables aux États-Unis et réciproquement - il s'agit de savoir ce que nous pouvons faire les uns avec les autres pour relever les défis que nous avons tous, de toute façon, à affronter à un moment ou à un autre.

Que peuvent faire les États-Unis et les Européens ensemble pour relever les défis du terrorisme, les défis du sous-développement, ceux de la pauvreté, de la démocratie et de la réforme ? Voilà la question que nous nous posons.

Pour tout cela, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, nous avons, à coup sûr, je le répète, besoin d'une règle du jeu, nous avons besoin, à coup sûr, d'une Constitution ou d'un règlement de copropriété qui nous permette de travailler ensemble, efficacement, de décider et de débattre.

Parmi les grands défis que je ne fais qu'évoquer pour mémoire mais qui sont importants pour nous ici dans cette Maison, c'est naturellement celui que j'ai mis en tête de l'agenda de mes ambassadeurs, qui est celui du développement durable. Je resterai un ministre très engagé sur les questions de l'écologie et du développement durable, j'ai d'ailleurs écrit plusieurs livres sur ces sujets, comme vous le savez, et je reste fidèle à cet engagement. C'est sans doute l'un des sujets les plus souterrains, les plus silencieux et, pour moi, les plus importants, que l'épuisement de notre planète et la responsabilité que nous en avons, notamment les pays développés, pour éviter le pire.

Naturellement, il y a un sujet auquel tient particulièrement le président de la République, c'est celui de la diversité culturelle. Ce n'est pas une idée française, c'est une idée que soutient la France avec d'autres, c'est celle d'un monde qui ne soit pas uniforme, uniformisé. Ce qui vaut pour l'Europe, je l'ai dit tout à l'heure, une Europe unie n'est pas uniforme, vaut également pour les affaires du monde.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire. J'ai parlé d'une règle du jeu pour les Européens dans ce projet si avancé qu'est la construction européenne depuis 50 ans ; au point de maturité où nous sommes parvenus, au moment où nous avons atteint notre rythme de croisière, où nous avons, à quelques pays près, atteint probablement la dimension qui doit être la nôtre, une dimension continentale avec ce pays charnière qu'est la Turquie, je crois fondamentalement que le projet européen, qui est vital pour les Européens eux-mêmes, et nécessaire pour la nouvelle organisation du monde si nous voulons prendre notre place avec d'autres pays, notamment ceux que vous représentez, ce projet est, encore une fois, un projet absolument indispensable. Voilà pourquoi j'y ai consacré tout ce temps dans ce petit exposé et voilà pourquoi, dans les deux mois qui viennent, je vais consacrer l'essentiel de mon énergie et de mon enthousiasme à l'expliquer pour, finalement, avec d'autres, emporter la conviction des Français.

    Merci de votre attention.

Question: Merci, Monsieur le Ministre, pour votre accueil, pour votre information, pour cette possibilité de discuter avec vous. L'Europe des Quinze, l'Europe des Vingt-cinq, après 2007 l'Europe des Vingt-sept, bien sûr restent la Croatie, la Turquie, et le 25 mars, le Figaro a écrit "peut-être les survivants sont la Moldavie et l'Ukraine", quel est votre point de vue en ce qui concerne l'intégration européenne de notre région ?

Michel Barnier: Pour moi, le projet européen est un projet éminemment politique et continental. C'est donc le continent européen qui est concerné par sa propre organisation à travers l'Union européenne.

J'ai indiqué le cas particulier de la Turquie qui est lié à une histoire, à un dialogue déclenché il y a maintenant 40 ans, par les six pays alors membres de la Communauté économique européenne, et je me souviens qu'à cette époque, c'était le général de Gaulle qui présidait la France et le chancelier allemand s'appelait Konrad Adenauer. La Turquie est un pays charnière entre deux continents.

Je pense que les pays qui sont sur ce continent européen ont une aspiration européenne légitime. Ne m'en veuillez pas de ne pas m'engager davantage. Je pense simplement pouvoir répéter ce que j'ai dit à Kiev lorsque je suis allé, au lendemain de l'élection du président Iouchtchenko, rencontrer la nouvelle Premier ministre, c'était le jour même d'ailleurs de la réunion de son premier Conseil des ministres. Nous reconnaissons l'aspiration européenne de l'Ukraine et nous disons en même temps qu'il faut mettre les choses dans le bon ordre et organiser nous-mêmes notre propre union qui a besoin d'être mise en ordre. C'est l'objet de cette Constitution. Que ce pays fasse ce qu'il doit faire pour réussir sa modernisation démocratique et économique et entre-temps nous devons organiser avec lui cette relation de voisinage. Cela vaut naturellement pour d'autres pays qui sont également sur le continent européen. J'ai dit à Kiev, au président Iouchtchenko, pourquoi il nous paraissait important que l'Ukraine, comme d'autres, ne soit pas prise en otage dans notre relation entre Européens et Russes ; s'agissant de la Russie - un Etat continent, qui a, de toute façon, sa place à la table des grands - pourquoi il était important que nous ayons entre Russes et Européens - comme j'espère que cela sera consacré le 10 mai prochain à l'occasion du sommet que nous avons avec la Russie - une relation stable, stratégique et confiante. C'est dans le moyen et le long terme l'intérêt de tous les pays européens. Je pense d'ailleurs que la réponse que m'a donnée à l'époque le président Iouchtchenko confirmait que c'était également son état d'esprit.

Ma réponse à votre question, c'est : mettons les choses dans l'ordre et ne les bousculons pas, faute de quoi vous aurez dans ces pays des problèmes qui seront mis sur le dos de l'Europe et vous aurez le risque, en Europe, d'un sentiment difficile qui est celui de la fuite en avant. Il faut faire attention à cela, il y a déjà ce sentiment actuellement dans l'Union européenne. Je vois, dans les réunions publiques que je fais en France, cette inquiétude liée à la récente adhésion de dix pays. Et donc, nous devons prendre le temps. Jean Monnet disait "pas à pas". Cela vaut pour nous, cela vaut pour les pays qui veulent entrer dans l'Union européenne. Il faut prendre le temps. Et d'abord, réussissons cette relation de voisinage !

Question: Une simple question dictée par l'actualité électorale : le "non" est-il réversible ? Nous suivons cette campagne avec beaucoup d'attention, spécialement en Suisse d'ailleurs, et nous voyons cette tendance s'affirmer jour après jour. Vous parcourez la campagne. Vous avez le contact avec les électeurs, avec les jeunes. Est-ce que le "non" est encore réversible ?

Michel Barnier: Ma réponse est "oui", si je puis dire, doublement "oui". Oui, Monsieur l'Ambassadeur, il est possible d'inverser cette tendance qui est toute récente, qui est liée, vous le voyez bien, à une ambiance sociale difficile, à des humeurs, à un mélange. Les raisons de ce vote, tel qu'il est indiqué dans les sondages, sont cela. C'est une ambiance sociale difficile, une inquiétude sociale importante en France, une humeur. Et puis le mélange des questions.

Nous inverserons cette tendance par un travail d'explication, sûrement pas par de la propagande et encore moins par des slogans, mais par un travail d'explication. Expliquer, par exemple, qu'il ne s'agit pas, le 29 mai, d'approuver, de soutenir ou de critiquer le gouvernement. Il ne s'agit pas de voter pour les élections présidentielles. Il faut dire aux Français qu'ils auront l'occasion de dire ce qu'ils souhaitent de la politique française dans deux ans à peine, aux élections présidentielles et législatives. Voilà un premier travail d'explication : déconnecter en quelque sorte cette élection du 29 mai des sujets de politique nationale. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles j'ai sollicité ou nous avons sollicité, - vous le savez puisque vous les accueillez -, un certain nombre de responsables politiques d'autres pays, justement pour démontrer, par leur présence, la dimension européenne du débat. J'étais la semaine dernière en Lorraine, dans une réunion où il y avait 1.000 personnes, c'était jeudi soir. J'étais accompagné d'un député du Bundestag allemand et de M. Medgyessy, l'ancien Premier ministre hongrois. Leur seule présence devant 1.000 personnes démontrait qu'il ne s'agissait pas d'un débat franco-français.

La deuxième question, - l'ambassadeur de Turquie sait bien ce que je veux dire -, c'est cette amalgame que l'on fait entre le vote au référendum et l'adhésion de la Turquie. Et donc, là aussi, nous avons un travail d'explication à faire pour dire que cette adhésion de la Turquie, que certains agitent pour faire peur, se posera dans un certain nombre d'années, après et au terme des négociations d'adhésion.

C'est un vrai travail d'explication qui n'est pas gagné d'avance. Donc, je suis personnellement inquiet, mais il faut toujours avoir un peu d'inquiétude, quand on débute une élection, il ne faut pas avoir trop d'assurance. J'ai participé à beaucoup d'élections dans ma vie, à l'Assemblée nationale, au Sénat, dans la région, il faut toujours avoir un peu d'inquiétude, parce que l'inquiétude vous stimule. Mais nous allons avoir un vrai débat, comme au moment de Maastricht et je pense que le président de la République a pris un risque nécessaire. Parce que, dans ce pays comme dans les vôtres, je le dis pour ceux qui font partie de l'Union européenne, on ne peut pas continuer à construire le projet européen pour les citoyens et sans eux. A un moment donné, il faut bien donner rendez-vous aux citoyens pour qu'ils s'approprient le projet. Vous ne pouvez pas continuer à faire fonctionner un projet aussi important pour la vie quotidienne des gens sans leur en parler de temps en temps directement et sans leur demander leur avis directement de temps en temps.

Question: Vous avez évoqué la question de la diversité culturelle et je voudrais m'en féliciter, parce que j'ai rarement entendu un homme politique en Occident, en évoquant les questions de partenariat de développement, évoquer avec pertinence la diversité culturelle. Comme nous le consacrons en tout cas au niveau de l'Afrique, il ne peut pas y avoir de partenariat et de développement sans que la question centrale ne soit la diversité culturelle. Parce que l'histoire a prouvé que, depuis le commerce triangulaire, en passant par la colonisation, par l'échange inégal, ce qui a été surtout à la base, c'est justement ce manque de vision, de voir qu'il y a une diversité culturelle. Si aujourd'hui on pense qu'un Africain peut vivre avec un dollar et qu'un Européen peut vivre avec 30 ou 40 dollars, nous revenons à la même constatation, cette vision qui a manqué de la diversité culturelle. A votre avis, est-ce que la diversité culturelle ne devrait pas être au début et à la fin de tout partenariat avec l'Europe, en parlant évidemment du continent africain ?

Michel Barnier: Monsieur l'Ambassadeur, je ne peux que marquer mon accord avec cet état d'esprit et cette exigence. La diversité culturelle, vous l'avez bien compris, ne veut pas dire que nous imposons notre propre modèle occidental ou européen. Cela veut dire que nous établissons des règles qui permettent à chaque identité culturelle d'être respectée. C'est l'objet d'ailleurs de cette charte, de cette convention que nous défendons à l'UNESCO. Et c'est aussi l'état d'esprit que j'ai demandé à tous nos instituts culturels, à toutes nos alliances françaises de promouvoir, dans cet esprit de partenariat.

Je suis en train de réfléchir d'ailleurs à la manière d'imaginer pour l'avenir, pour demain, nos relations bilatérales avec les pays africains. Après de longues périodes de colonisation, de coopération, je pense que le moment est venu d'un état d'esprit qui soit davantage celui du partenariat et, au cœur de ce partenariat, il y aura cette idée de diversité, de respect mutuel de nos cultures. Vous le savez aussi, c'est une exigence et une ambition personnelle du président de la République française que le respect de l'ensemble des cultures du monde.

Question: Cette nouvelle étape de la construction européenne coïncide avec un débat international sur la réforme des Nations unies. Est-ce que vous pensez qu'il y aura une position commune de l'Union européenne, en ce qui concerne cette réforme ?

Michel Barnier: Nous y travaillons. Nous avons eu une première discussion, la semaine dernière à l'occasion du Conseil européen, entre ministres des Affaires étrangères, c'était au lendemain ou au surlendemain de la publication du rapport du Secrétariat général sur les idées de réformes. Il ne faut pas naturellement résumer cette réforme à la seule question du Conseil de sécurité. Avec la question du Conseil de sécurité, dont nous souhaitons l'élargissement et une plus grande représentativité, il y a d'autres questions qui touchent à la Commission des Droits de l'Homme, qui touchent par exemple à cette proposition, à laquelle je travaille beaucoup, d'une Organisation mondiale de l'Environnement. Il y a beaucoup d'éléments dans le projet de réforme et, sur la base du rapport qui a été rendu public, je sens au niveau des vingt-cinq ministres des Affaires étrangères la possibilité d'un accord. En tout cas, nous sommes décidés à travailler à cet accord dans le débat public qui a été ouvert aux Nations unies au mois de mai, et pour le mois de septembre, nous sommes décidés à arriver sur l'ensemble des sujets avec des positions communes.

Question: Je veux vous parler de paix et de reconstruction, notamment dans notre région. Comme vous le savez, nous avons commencé un processus de paix… Quelle est la vision de l'Europe concernant la Somalie et le Soudan ? Et quelle assistance l'Europe et notamment la France comptent apporter à ce processus ?

Michel Barnier: Je ne peux pas rentrer dans le détail de chacun des conflits régionaux ou des débats qui ont eu lieu. Malheureusement le continent africain, Madame l'Ambassadrice, est fracturé par des difficultés, par beaucoup de conflits, par beaucoup de crises. Même si j'observe, qu'à force de volonté politique et d'accompagnement international, notamment dans le cadre des Nations unies, un certain nombre de crises ont trouvé des solutions et la stabilité est revenue dans plusieurs endroits d'Afrique, d'autres endroits sont encore très troublés.

Vous avez parlé du Soudan, on pourrait parler des Grands Lacs, on pourrait parler naturellement de ce conflit très important qui est celui de la Côte d'Ivoire aujourd'hui. Mon sentiment c'est que, dans tous ces conflits, nous devons faire confiance d'abord aux Africains, et non pas imposer de l'extérieur un modèle de règlement des conflits ou une décision ou une parole extérieure. J'observe et c'est ce qui me rend un peu plus confiant dans le destin de ce continent que la question de l'Afrique tente d'être réglée par les Africains, à travers des organisations régionales, voire l'Union africaine elle-même. En tout cas, dans plusieurs conflits, Madame l'Ambassadrice, j'observe que cette médiation, cette prise de parole, cette action des Africains a produit ses effets très récemment au Togo, même dans la région des Grands Lacs et je vois les efforts que fait le président Mbeki au nom de l'Union africaine, que nous soutenons, dans la crise ivoirienne.

L'Europe ne veut pas imposer, de l'extérieur, par-dessus les Africains, une solution. Je crois qu'aucun pays ne devrait avoir cette idée. En revanche, dès l'instant où il y a une prise en charge de la gestion de ces conflits par les organisations régionales africaines, l'Union européenne peut venir en accompagnement et en soutien parce que nous savons bien que toute organisation africaine actuellement a besoin, sur le plan logistique, sur le plan financier, d'un appui extérieur et nous voulons apporter cet appui dans le cadre des Nations unies.

Question: Monsieur le Ministre, vous savez que l'une des dimensions de la coopération française, c'est la dimension culturelle et cette dimension va au-delà des pays africains et des pays francophones. Mon pays, l'Afghanistan, fut dans ce cadre pendant très longtemps et il retrouve heureusement cette dimension de la coopération française. Mais, malheureusement, je constate qu'il n'y a pas assez d'efforts pour renforcer la coopération culturelle française en Afghanistan dans les différents domaines. Je constate par exemple que, dans notre ministère des Affaires étrangères, nous avions une trentaine de personnes dans les années 1960 qui étaient francophones et qui sortaient des universités françaises. Aujourd'hui, nous n'avons même pas cinq personnes qui parlent le français au ministère. Or, comme vous le savez, Monsieur le Ministre, l'Afghanistan est extrêmement attaché à cette coopération vieille et très fructueuse pour nous. Que pourriez-vous donner comme impulsion pour que cette coopération, à laquelle nous sommes attachés, prenne une dimension nouvelle dans les années qui viennent ?

Michel Barnier: Monsieur l'Ambassadeur, ces chiffres sont très éloquents, vous dites qu'il y a 20 ans il y avait tant d'étudiants, et maintenant qu'il n'y en a quasiment plus. Mais, entre-temps, il s'est passé des choses graves dans votre pays qui expliquent que, probablement, la situation ait changé en 20 ans et pas dans le bon sens. Il se trouve que maintenant, votre pays est reparti dans la bonne direction. Nous suivons très attentivement ce qui se passe en Afghanistan. D'ailleurs, nous y sommes très présents puisque les forces de l'OTAN sont actuellement commandées par la France. Je suis décidé, en même temps que l'évolution de votre pays se développe dans la bonne direction, à augmenter les moyens de la coopération culturelle, linguistique, universitaire, d'éducation dans votre pays où j'espère me rendre bientôt.

Pour le reste, je n'ai pas forcément de bonnes réponses lorsque l'on me demande plus de moyens budgétaires, sauf de dire que je note toutes ces interventions pour en faire part au ministre français des Finances. Nous avons un budget difficile que j'ai réussi à stabiliser cette année dans son fonctionnement. Je m'efforce de dégager des priorités et je pense en effet que, dans un pays comme le vôtre qui renaît, si je puis dire, à partir d'une vieille civilisation et d'un socle culturel tout à fait exemplaire, nous avons des raisons de retrouver progressivement le niveau de coopération que nous avions il y a une vingtaine d'années.

Question: Monsieur le Ministre, loin de moi l'idée de faire de l'ingérence, mais à plusieurs d'entre nous, ce sera mon cas encore à Aix-en-Provence à l'Institut d'études politiques en parlant aux jeunes Français, très souvent, on nous demande ce que nous pensons, nous, Canadiens ou autres, non seulement du référendum mais de l'Europe telle qu'elle existe maintenant. Je m'adresse à vous peut-être plutôt en tant qu'ancien commissaire. Que répondez-vous à ces jeunes, qui sont peut-être de futurs énarques, à la question de savoir jusqu'à quel point la France peut conserver sa souveraineté et jusqu'à quel point bon nombre de décisions majeures seraient désormais entre les mains de Bruxelles ? Bruxelles étant, comme vous le savez, un très grand mot qui englobe beaucoup de gens et beaucoup d'institutions.

Michel Barnier: Dans un discours qu'il a prononcé, Tony Blair a donné une définition de la souveraineté nationale pour les Anglais, ce qui est au moins aussi sérieux que pour les Français. Il disait : "la souveraineté nationale pour nous, Britanniques, ne se mesure plus à la capacité de dire "non" ou d'être seuls, mais d'être là où les choses se disent, d'y imprimer notre marque et d'y avoir de l'influence".

La souveraineté nationale, au sens où on l'entendait il y a 20, 30 ou 40 ans - le général de Gaulle a fait beaucoup de discours là-dessus - ne peut plus être comprise dans le monde d'aujourd'hui comme il y a 40 ans. La question que l'on se pose, lorsque l'on parle de souveraineté nationale, c'est : comment défend-on le mieux les idées, les intérêts, les propositions de notre pays ? Ma conviction est que nous les défendrons mieux si on les défend ensemble, en tant qu'Européens. Nous n'abandonnons pas notre souveraineté, nous la partageons, parfois même pour construire une souveraineté européenne et redonner de la force à chacun de nos pays, alors qu'ils n'en avaient plus.

Le plus bel exemple, même s'il faut encore donner le temps à la monnaie de faire sa place et de trouver son bon rapport avec le dollar, Monsieur l'Ambassadeur, c'est la question monétaire. Quelle était la souveraineté française en matière monétaire avant l'euro ? Nous étions dominés, nous le franc, par le Deutsch Mark, lequel était dominé en permanence par le dollar et je ne parle pas des autres monnaies. Nous nous faisions la guerre entre nous. Quand la lire italienne était dévaluée ou la peseta espagnole, j'ai vu dans ma région de Savoie, des milliers d'emplois être détruits en quelques semaines et réciproquement. Nous avons donc créé une monnaie unique qui, j'espère, sera bientôt la monnaie de tous les Européens, car c'est leur intérêt, et nous avons créé une souveraineté européenne en matière monétaire qui est infiniment supérieure à l'addition de ce qui restait de nos souverainetés nationales.

Je fais beaucoup de débats avec les étudiants. Chaque semaine, j'essaie de consacrer deux heures de débat à des jeunes Français. Il faut rappeler le monde tel qu'il est, le monde tel qu'il devient aujourd'hui. Il faut leur dire comment on se défend, comment on se fait respecter, comment on existe dans ce monde-là. A partir de là, vous retrouvez le sens du projet européen, ce que Robert Schuman a dit : "aucun d'entre nous ne compte avec son charbon ou son acier seul, mettons-les ensemble, créons une masse critique". C'est cela qui est en jeu pour les Européens. Une fois que l'on a retrouvé le sens du projet européen, ce sens-là, il faut une règle du jeu pour que cela fonctionne parce, encore une fois, cet ensemble de nations n'existe nulle part ailleurs. Nous ne sommes pas un super Etat, nous ne sommes pas une nation européenne, il faut donc une règle du jeu, voilà pourquoi il faut une Constitution. Voilà comment je dirai les choses à des jeunes.

En tout cas, je vous remercie beaucoup, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, du temps que vous prendrez ou que vous prenez, je le sais, pour chacun d'entre vous, pour aller à la rencontre des Français, pas seulement à Paris. Prenez le temps d'aller expliquer ce qu'est votre pays et de dialoguer. J'ai pu constater dans ma région de Savoie, pendant le temps où j'en étais le président, à quel point, chaque visite d'ambassadeur avait un vrai écho.

Question: Nous comprenons très bien la priorité de l'Europe, de l'Afrique et des pays voisins. Mais j'aimerais quand même écouter un petit mot sur l'Asie et le Pacifique, savoir l'importance que vous attachez à cette partie du monde dans la politique étrangère de la France.

Michel Barnier: Le président de la République arrive ce matin du Japon. J'étais avec lui en Chine, je suis allé en Inde, j'ai l'intention d'aller en Nouvelle-Zélande et en Australie dans les mois qui viennent. J'ai même, tout jeune député français en 1978 - j'étais à l'époque le plus jeune député Français, c'est un titre que l'on perd assez vite d'ailleurs -, présidé le groupe d'amitié France-Australie de l'Assemblée nationale et j'ai envie de connaître votre pays.

La place de l'Asie n'est pas suffisante, voilà ce que je pense fondamentalement et donc j'ai l'intention d'opérer une vraie orientation stratégique au profit de l'Asie. Je vais d'ailleurs organiser très prochainement, dans les jours qui viennent, un séminaire stratégique au sein du Quai d'Orsay. Il ne s'agit pas de diminuer notre action ailleurs, il s'agit d'augmenter notre action, probablement aussi en tant qu'Européen, vis-à-vis de l'ensemble des pays, qui ne se ressemblent pas lorsque vous parlez de l'Asie et du Pacifique. Nous avons d'autant plus de raisons de le faire que nous sommes présents territorialement.

Je pensais en particulier, cette nuit encore, aux pays d'Asie qui sont touchés par un nouveau tremblement de terre, comme ils l'ont été tragiquement le 26 décembre. Lorsque l'on parlait d'un système d'alerte contre les tsunamis ou contre les tremblements de terre, je rappelais que nous sommes présents, avec l'île de La Réunion - 800.000 Français sont là - au cœur de l'océan Indien, comme nous sommes présents dans le Pacifique, très près de vous, par trois territoires français. Nous avons donc des raisons de faire cette réorientation stratégique. En tout cas, j'ai décidé de la faire.

Mais je suis franc et j'observe que la politique française, la diplomatie a un temps de retard vis-à-vis de l'Asie par rapport aux entreprises, je n'aime pas cela.

Question:  Monsieur le Ministre, je ne parlerai pas de la Russie, je poserai la question, je m'en excuse, peut-être la plus difficile. Comment voyez-vous le monde et l'Europe d'ici à 5 ans et 10 ans ? Je comprends que c'est le thème d'un discours à part mais, en quelques mots, que pensez-vous des menaces qui pèsent maintenant sur la stabilité et sur nous tous, telles que les menaces de déviation des régimes de non-prolifération, de la division du monde, un monde pauvre et un monde riche, des narcotiques. Ces nouvelles menaces sont tout à fait différentes de ce qui existait il y a même dix ans. Dans ces conditions, comment voyez-vous ces nouvelles menaces et comment l'Europe sera-t-elle dans 5 ou 10 ans ? Je comprends que ce soit une question un peu délicate car elle est très large.

Michel Barnier: En répondant à votre collègue canadien tout à l'heure, au sujet de votre dialogue avec les jeunes Français que vous pouvez rencontrer, je répondais : "regardez le monde tel qu'il est, tel que vous le dites, avec toutes ces nouvelles menaces, la prolifération des armes, les nouveaux trafics, les mafias, le terrorisme". Tout ce qui nourrit ces menaces, c'est un point sur lequel j'insiste, parce que c'est la clef, c'est la pauvreté et l'injustice.

Je suis convaincu que la première raison de l'instabilité, c'est l'injustice et la pauvreté. On voit bien que, partout où il y a de l'humiliation et de la pauvreté, partout où les parents ne voient pas d'avenir pour leurs enfants, il y a des raisons supplémentaires, un terreau, une base pour le terrorisme, pour les trafics et pour les mafias.

C'est la raison pour laquelle, lorsque le président Bush parlait aux Nations unies, en septembre 2004, d'un monde plus sûr et d'un monde plus libre, 48 heures après, j'ai eu l'occasion de parler au nom de la France à la même tribune et j'ai dit "oui" à un monde plus sûr et plus libre, mais d'abord à un monde plus juste. Ce sera la clef ou la ligne principale de la diplomatie française, avec les autres diplomaties européennes, que de combattre toutes les sources d'injustice.

Par rapport à cet ensemble fracturé et dangereux du monde, nous avons à combattre l'injustice. C'est une raison supplémentaire pour moi de dire, Monsieur l'Ambassadeur, que je vois l'Europe dans 5 ou 10 ans, à condition que nous ayons la Constitution car, sinon, en étant aussi nombreux - c'est peut-être le rêve de certains, ce n'est pas le mien -, nous serons une grande zone de libre-échange à peu près organisée. Mais moi, je ne rêve pas de cette Europe-là et donc je n'accepterai pas cela. Je n'accepterai pas cela en ce qui me concerne, et avec un certain nombre d'hommes politiques européens, nous n'accepterions pas cela. Nous ferions autre chose, autrement.

Nous avons, avec la Constitution, les moyens d'être tous ensemble et d'avancer. Pas seulement de gérer l'acquis, c'est déjà difficile, mais de gérer toutes les politiques communes. Lorsque vous regardez tout ce que l'on a fait ensemble, tout ce que nous avons partagé ensemble, c'est considérable : des politiques dans tous les domaines de l'économie, de l'environnement, du marché intérieur. Nous avons un socle de politiques communes considérables, décidées ensemble. Il faut donc gérer tout cela. Mais je ne souhaite pas que l'on gère seulement l'acquis. Je souhaite que l'on aille plus loin dans le domaine de la justice, de la coopération policière, dans le domaine de la fiscalité ou dans le domaine de la politique étrangère et de la défense.

Nous avons donc besoin de cette Constitution, et si nous l'avons, avec les souplesses qu'elle comporte, notamment les coopérations renforcées qui permettront à quelques pays de partir sur la route commune, en avant-garde, alors, je vois l'Europe, dans 5 ou 10 ans, comme un acteur global dans le monde. Je vois notre continent parler d'une seule voix.

Ce que je sens parmi mes collègues, c'est cette nécessité. Je ne parle pas seulement du ministre français qui se trouve être un ministre très européen comme vous l'avez compris, mais je parle de mes autres collègues, je vois bien que chacun, au Conseil de ministres, comprend mieux que notre intérêt est d'être ensemble. Je ne sentais pas cela il y a 5 ans.

Il y a 5 ans, je voyais une sorte de discours de façade dans certains domaines mais pas le besoin d'être ensemble. Je sens beaucoup plus aujourd'hui le besoin d'être ensemble, y compris chez mes collègues britannique, espagnol, allemand et des autres pays aussi car chacun compte. Au fond, les outils actuels, qui sont insuffisants - avant d'avoir le ministère européen des Affaires étrangères -, commencent à faire leur œuvre dans cet esprit de mutualisation.

Dans 5 ans, pour moi, si nous avons la Constitution, l'Europe sur la plupart des enjeux, parlera d'une seule voix et ce sera l'intérêt de chacun.

Question: Monsieur le Ministre, vous parlez d'une règle du jeu, et je me demande si celle-ci est pour la diplomatie européenne. Où voyez-vous cette ligne imaginaire qui divise les responsabilités entre la diplomatie nationale, les ministres des Etats nations de l'Europe, et le ministre commun de la diplomatie européenne ? Y a-t-il une méthode, un critère ? C'est peut-être le poids, je ne sais pas, des problèmes ou autre chose peut-être, une approche différente des problèmes ?

Michel Barnier: Je ne crois pas qu'il y ait une recette que l'on puisse écrire. Il y a d'abord un état d'esprit, l'idée d'avoir ce ministère européen des Affaires étrangères pour lequel j'ai beaucoup milité.

J'ai été, pour la petite histoire, négociateur français pour le traité d'Amsterdam, et je me souviens de la bataille que j'ai dû mener, ici même - j'étais ministre des Affaires européennes à l'époque. J'ai dû convaincre cette maison à l'époque d'accepter le poste de Haut Représentant et tous les "quais d'Orsay" d'Europe étaient hostiles à cette idée, pas seulement le nôtre, que nous ayons un Haut Représentant qui n'était que le Haut Représentant. M. Solana qui fait bien son travail n'est aujourd'hui que le Haut représentant des ministres des Affaires étrangères. Lorsque les ministres ne veulent rien dire ensemble, il ne dit rien. Sur l'Irak, nous n'avions pas de position commune, il n'a rien dit. Mais je me suis battu pour ce progrès-là qui était pour moi l'une des leçons de l'impuissance européenne en Yougoslavie car je n'ai jamais accepté l'impuissance européenne, et notamment franco-allemande, à empêcher cette guerre moyenâgeuse qui a provoqué 700 000 morts sur notre continent. J'ai pensé qui fallait en tirer les leçons. L'une des leçons a été cette première étape du Haut Représentant. Dans la Constitution, je me suis battu, fondamentalement, pour aller plus loin, et créer ce poste qui sera, Mesdames et Messieurs, l'un des plus importants de l'Union européenne. Le premier vice-président de la Commission européenne, et en même tant le ministre des Affaires étrangères, est quelqu'un qui aura une position singulière : placé sous l'autorité des chefs d'États, nommé par eux et disposant des pouvoirs de la Commission européenne, ce sera un personnage. Au sein du collège, je me suis battu à nouveau contre les tenants du fédéralisme qui voulaient que ce personnage soit entièrement dans la Commission et les autres qui voulaient prendre les pouvoirs. Je me suis battu pour le mettre au milieu ! Ce personnage sera au milieu : vice-président de la Commission européenne avec les moyens de la Commission qui sont très importants et, en même temps, notamment dans le domaine du commerce, de la coordination en matière d'environnement, l'action extérieure, qui aura la confiance des chefs d'États.

C'est donc un progrès important. Et que sera ce lieu ? Il sera le lieu qui manque aujourd'hui d'une culture diplomatique. Je ne sais pas où est la frontière, nous le verrons bien selon les sujets, je pense que nous ne pouvons pas écrire cela. Il travaillera, vous l'avez bien noté, sous l'autorité des ministres et des chefs d'États. Il y aura toujours la règle de l'unanimité ; il sera possible que des coopérations renforcées s'engagent sur certains sujets si des pays veulent aller plus loin, en avant-garde ; cela, c'est peut-être l'une des réponses à votre question. Si tous les pays ne veulent pas faire quelque chose ensemble, certains peuvent aller plus loin.

Mais la première réponse n'est pas une réponse de règles ou de limites, c'est une réponse d'état d'esprit. Oui ou non, sommes-nous prêts, au moins pour tout ce qui nous entoure - les relations avec la Russie, avec les Balkans avant qu'ils n'entrent dans l'Union, cet enjeu central pour moi qu'est le conflit israélo-palestinien et le Proche-Orient, la relance du processus méditerranéen de Barcelone, nos relations transatlantiques -, sur tous ces sujets, et d'autres encore je l'espère, notamment l'Afrique, sommes-nous prêts pour avoir un pot commun où chacun apporte ? J'ai dit cela à mes collègues, notamment pour le Proche-Orient où la France a, traditionnellement, une histoire et une politique et les autres aussi. On voit que si nous n'avons pas une position européenne dans le conflit israélo-palestinien, nous ne comptons pas. Nous comptons si nous avons une position européenne.

Nous allons construire cela et, encore une fois, la réponse n'est pas dans la limite. La limite variera avec le temps ou avec la nécessité. Vous verrez que cette nécessité sera plus forte qu'on ne le pense aujourd'hui. Je sens cela parmi mes collègues, même ceux qui n'en ont pas envie, même ceux qui ont la nostalgie d'un passé glorieux. Je ne crois pas que l'on fasse de la politique avec de la nostalgie. On peut faire dans les souvenirs, on doit avoir de la fierté dans le souvenir, mais pas de nostalgie, et c'est d'ailleurs aussi pour cela que je voudrais que l'on quitte le Quai d'Orsay.

Nous allons garder le Quai d'Orsay, rassurez-vous. Quand je recevrai, ou quand mon successeur recevra les ambassadeurs, il les recevra toujours ici, mais nous installerons le ministère dans un endroit plus moderne, avec la modernité qui doit être celle du 21ème siècle.

Je sens, même parmi les représentants des pays qui ont une histoire diplomatique, un réseau diplomatique, une action dans le monde entier - c'est le cas de la France bien sûr -, je sens ce sentiment, au fond d'eux, que nous sommes plus forts ensemble. Et je sens que cela va assez vite parce que c'est vrai. Je ne fixerais pas de limite dans un texte, je dirais qu'il faudra être pragmatique, empirique, et d'abord, commencer par analyser ensemble.

Ce qui nous a manqué, ce qui a été pathétique dans l'affaire de l'explosion de la Yougoslavie, et même dans la question irakienne, c'est que nous n'avons jamais réfléchi ensemble, nous n'avons pas de lieu où l'on réfléchit par avance aux crises possibles, où l'on fait une analyse commune. Il y a des "think tanks" qui font cela, mais la diplomatie européenne, ce n'est pas un "think tank". Ce ministère européen sera le lieu d'une culture diplomatique commune où l'on va mettre nos spécialistes ensemble, la Commission, le Conseil, les États membres, pour faire une analyse géopolitique, géostratégique commune et, avec le temps nécessaire, lorsque arriveront d'autres crises, nous aurons analysé ensemble. Il n'y a aucune raison, rétrospectivement, si nous réfléchissons à l'avance ensemble, à ce que nous ne soyons pas d'accord sur la question de comment nous faisons partir M. Saddam Hussein, ou la question de savoir ce qui se passe lorsque Tito est mort et que les Nations qui composent la Yougoslavie veulent reprendre leur indépendance. Il n'y a aucune raison, mais à condition d'avoir réfléchi ensemble. Cela demande du temps, un outil et du temps.

Question: Je voudrais poser une question qui a trait, peut-être, à nos enjeux européens puisque tout à l'heure, il a été dit que le "non" était "réversible". Ma question porte sur l'inquiétude que l'on peut percevoir et qui a été évoquée aussi dans nos propos de ce matin.

L'inquiétude est-elle réversible et est-il souhaitable que l'inquiétude soit réversible ? Sans doute, peut-on penser qu'il y a 50 ans, lorsque MM. Schuman et Monnet ont proposé cette construction nouvelle, il y avait aussi autant d'inquiétudes, sinon davantage dans le monde et donc, l'inquiétude est une donnée que nous devons accepter. La réponse, dans le "non", face au "non", de certains ici en France et ailleurs en Europe, pourrait-elle consister dans une meilleure manière d'approcher l'inquiétude justement, de décider de faire face en adoptant un comportement qui accepte l'idée que le monde ne sera pas forcément simple mais qu'il s'agit d'affronter la complexité. Comment faire en sorte que la complexité soit mieux appréciée de nos concitoyens ?

Michel Barnier: Monsieur l'Ambassadeur, d'abord, je vais vous proposer que l'on considère cette question comme la dernière, mais nous nous retrouverons et puis nous irons faire une photographie, sur le perron, tous ensemble. Je serai content d'avoir ces deux photographies, les ambassadeurs de France et puis les ambassadeurs européens et étrangers ensemble. C'est une photo qui comptera pour moi.

Je pense en effet que le monde est appelé à être moins simple qu'il ne l'était il y a 20 ans, lorsqu'il était divisé entre puissances qui s'étaient partagées l'influence. En même temps, le monde est inquiétant, je crois qu'il faut ne pas le cacher, ni nier cette inquiétude-là, ou ce danger. L'ambassadeur de Russie parlait tout à l'heure des nouvelles menaces et j'ai cité quelques-uns des défis auxquels nous voulons nous attacher : le défi écologique, le défi de la pauvreté et du développement, celui de la sécurité… Ma manière d'expliquer le projet européen est de partir de ce monde fracturé, qui s'épuise, et qui est injuste, non pas pour dire qu'il faut s'en contenter ou le subir, mais pour dire qu'il faut le changer.

Quand je fais une conférence, comme j'en fais deux ou trois par semaine ces temps-ci, avec des cartes et des schémas, j'explique précisément cela. Je dis que je vais montrer, comme ministre des Affaires étrangères, le monde tel que je le parcours, tel que je le vois et ma question est, après avoir décrit ce monde-là, un peu inquiétant en effet, comment l'on se protège, comment l'on existe, comment l'on agit dans ce monde, comment on s'y fait respecter. C'est la question que je pose aux gens qui sont devant moi, est-ce chacun chez soi, ou pour soi ? Et ma réponse est non. Ma réponse à cette inquiétude ou à ces menaces, c'est de dire que nous devons être ensemble, à quelques-uns qui ont des raisons d'être ensemble, géographiquement, culturellement, économiquement. Et voilà pourquoi le projet européen est une réponse à cette inquiétude. Ce n'est pas une partie du problème, c'est une partie de la réponse.

Je profite de cela pour vous dire, Monsieur l'Ambassadeur, à quel point nous sommes reconnaissants à votre pays, le Luxembourg, pour l'intelligence avec laquelle il préside l'Union européenne actuellement.

Peut-être me permettrez-vous de dire un mot, d'avoir une pensée particulière pour le pape Jean-Paul II et pour le Prince de Monaco qui sont actuellement en grande difficulté de santé, chacun le sait, et d'avoir une pensée pour eux.

Je vous remercie beaucoup, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, malgré la brièveté de notre échange, d'avoir accepté cette invitation et peut-être, pourrons-nous recommencer l'expérience de temps en temps. J'essaierai de vous parler toujours aussi spontanément et simplement. Merci en tout cas./.

 


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